jeudi 28 février 2019

Sur mes pas en danse: "En secret" et fort inspirant

Dès que j'ai eu connaissance, je me suis procuré, "to the go" mon billet (gratuit). Je pourrai être témoin du résultat d'une douzaine d'ateliers suivis par une vingtaine de participant.e.s non professionnel(le)s dirigé.e.s par Sara Dell'Ava. De cette chorégraphe qui explore la danse et le mouvement avec sa signature particulière, je me souviens encore de  "Ori ou les chambres du coeur" et de sa vingtaine de participant.e.s , que j'avais beaucoup apprécié, il y a un peu plus d'un an et pour laquelle, j'avais conclue mon texte avec "Le grand moment humain de ma saison danse."

Elle nous proposait le résultat d'une démarche similaire avec "En secret", présenté dans l'Espace Bleu par l'Agora de la Danse. Moi, j'y étais et tellement heureux d'y être. Et je ne serai pas seul, puisque la présentation prévue et l'autre ajoutée, affichaient complet. Une fois, les portes ouvertes, nous sommes invités d'abord à retirer nos souliers (nous nous déplacerons éventuellement dans l'espace !) et prendre place dans l'espace dans lequel les chaises et les bancs sont disposés de façon quelque peu surprenante, "pas du tout à l'italienne" et habité par un certain nombre de panneaux monochromes, mais pas seulement. Je choisis donc ma place pour avoir déjà bien en vue les différents "interprètes", immobiles en position assise ou accroupie. Ils le resteront, le temps que la place se remplisse, bien pleine (sans être inconfortable !) et tout subtilement le signal soit donné. 



Et puis arrive le moment, où une se lève, puis peu après, une autre, enclenchant un effet d'entraînement, porté par des chants fort évocateurs. Puis tout le groupe, ensemble, se met en mouvements, de haut en bas, et l'harmonie irradie et ils se mettent tout en phase, dans un rythme de plus en plus vite. Leurs bras se rajoutent et cette diversité de corps (d'âge et de sexe) à l'unisson fait un et des liens s'établissent entre eux. Impossible de rester insensible à ce début !

Ensuite le moment où les corps se dispersent, qu'ils prennent possession de l'espace dans lequel nous cohabitons. La suite me parle tellement que mon crayon devient fort actif, malgré mon attention portée autour de moi. De leurs mouvements, en apparence aléatoire, j'en saisie peu à peu l'organisation. Ces corps qui se déplacent selon des codes qui peu à peu émergent dans ma tête. Ils se rencontrent, communiquent du regard et du geste et qui communient aussi ! Les corps par leurs propos intérieurs transmettent leurs secrets. Une fois, le chemin et les rencontres faits, ils reviennent à la source du départ. Il suffit de porter attention, pour découvrir quelques codes, dont celui derrière moi, où après s'être mis en attente, juste à côté, il y a un ou une qui se met à danser devant l'autre qui retournera le sablier et sonner le gong  pour la fin de la confidence exposés du "secret". 

Peu importe où je porte mon regard autour de moi, je constate que les rencontres irradient la réceptivité et la "connexion". Mais pour peu que l'on porte attention, il est possible de constater que les secrets se transmettent aussi discrètement de la bouche des participants aux oreilles des spectateurs, un à la fois. Nous pourrons aussi inscrire sur un tableau un de nos secrets, ce que je ferai en le signant d'un cœur. Mon secret, devant le rester, je me garderai bien de vous le partager !

Et une fois que toutes et tous semblent libéré.e.s de leurs secrets, nous assistons au retour au point de départ, le noyau originel. Et c'est la fête, exprimée dans des mouvements fortement colorés de joie. Il est facile d'y voir le "Big Crush", suivant le "Bing Bang" originel ! Mais ce nouvel état, il faut le propager, tel un nouveau cycle de vie, et c'est ce qu'ils feront, d'abord entre eux pour ensuite, nous inviter à leur suite.

Et puis arrive la conclusion où nous sommes invités à nous joindre à eux pour le feu de joie final. Tous acceptent et se mettent à crépiter et flamboyer jusqu'à ce que les lumières s'éteignent.

 Merci Catherine Aucuit, Floriane Barny, Pierre Bastien, Alain Bolduc, Sarah Bourgault, Céline Cossette, Matteo Esteves, Luce Fortier, Madeleine Gustavino, Anick Joliot, Takashi Kawashi, Lise Labranche, Marie Lasssiat, France Levert-Gagnon, Jean-Luc Pelletier, Dounia Ravonel, Geneviève Rouillard, Diane Ruiz, André Vidricaire et Manon Villeneuve et aussi à Hélène Messier, Alex Larrègle, Marie-Jeanne Beaulieu, Matéo Chauchat et à toi, unique Sarah Dell'Ava !

De cette citation (de Gilbert Keith Chesterton), tirée du feuillet de cette rencontre, "La vie possède un secret, celui d'un constant étonnement", je ne peux qu'approuver du plus profond de mon être !

Je suis aussi toujours surpris de constater l'effet profond et apaisant que ce type de rencontre produit sur moi. Et si cela se représentait, j'y serai encore et vous devriez vous aussi !

Merci donc aux responsables de l'Agora de la Danse d'accueillir ces ateliers et de nous en faire profiter des retombées, gratuitement !!!

dimanche 24 février 2019

Sur mes pas de spectateur: "Carnet de voyages", version de "Les Intimistes"

Mes rencontres avec elles ont beau se faire plus distancées depuis quelques temps, malgré tout lorsque je me suis présenté à la plus récente, "Carnets de voyages", c'est comme si la précédente était hier, tout proche. Et l'occasion était spéciale, "Les Intimistes" fêtaient leur deuxième anniversaire en présentant leur treizième chapitre. Comme quoi le chiffre treize peut résonner tout positivement !

Donc pour ce treizième chapitre, nous aurons droit chez L'éditeur Café (Rue St-Hubert au sud de Jean-Talon) à cinq versions, toutes différentes de carnets de voyage par Tania Arana, Audrey Lavigne, Vanessa Seiler, Laurence A. Perrault et Sandrine Quynh, avec en plus, leur liste de "Ce qui m'est arrivé de plus étonnant en voyage" et des réponses à leur question au public, "Avec qui vous ne partirez pas en voyage ?"

                                                      Tirée du site de "Les Intimistes"

Devant un auditoire avec plein de nouveaux venus, Sandrine les rassure, malgré que ce soit le treizième chapitre de leur périple dans leurs "confidences", ils s'y retrouveront. À cela, je suis d'accord, mais éclairés par les chapitres précédents, le tout prend une coloration différente, plus riche aussi. De ces épisodes de vie, il en est possible de brosser un tableau plus complet et surtout fort intéressant qui fait en sorte que le nom de leur collectif est encore plus vrai pour moi.

Donc, trêve de préambule et revenons sur les points marquants (mes points marquants, devrais-je plutôt écrire !) de cette soirée.

Le tout débute avec le retour au pays de Tanya Arana avec "Ce sera mieux plus tard". Un retour dans la ville (Alger) de sa mère patrie avec sa mère (et sa famille), coloré de ses m(is)ères, mais surtout coloré des souvenirs d'enfance et aromatisé des odeurs des orangers. Et au final, apprendre à choisir sa perspective, sage femme !

S'en suit Audrey Lavigne, avec "Mon camino" (ou ma route ou de mon interprétation personnelle, mon "chemin de vie") durant laquelle, elle nous entraîne dans sa fuite du métro, boulot, dodo pour prendre le Chemin de Compostelle. Après un début laborieux (lire ici dans la mauvaise direction sous la pluie !), elle nous amènera avec elle tout au long de son parcours, parsemé de rencontres de toutes sortes dont certaines ne manquent pas de "piquant". De ces occasions aussi de redécouvrir le privilège d'avoir un toit, mais aussi celui de découvrir un toi, fort cher ! Elle nous rappelle, fort sagement, que la destination est souvent plus secondaire et que le chemin parcouru et le sac porté. Nous pouvons découvrir, cette fois, comment ce chemin parcouru nous ramène à soi !

Et voilà Vanessa Seiler qui avec "Prendre son sac" et toute la famille avec des enfants peut réserver son lot de périls et de détours médicaux. Du récit de son voyage en famille en route vers le vieux continent dans l'hexagone, des préparatifs pour lesquels lequel le simple sac d'antan devient un souvenir nostalgique. De ce Paris qui n'est plus pareil à cette Provence colorée par une arête de poisson, nous suivons, compatissants, le parcours de la combattante voyageuse ! Dans son récit, je retiens les péripéties, mais aussi et surtout l'expression du propos !

Après leur liste de ce qui leur est arrivé d'étonnant en voyage, nous poursuivons avec "Mon été avec Rémi" de Laurence A. Perrault. De cet été en Gaspésie, durant lequel, elle a décidé de ne pas tenir kiosque de souvenirs, de reléguer les paysages en arrière-plan pour plutôt s'occuper d'un jeune garçon autiste, "le petit monstre" de sa mère Madame Houle. De Laurence en mission, impossible de ne pas être touché, comme encore aujourd'hui, elle-même l'est. Encore une fois, Laurence "tu me rentres dedans !".

Et, une fois remis de nos émotions, Sandrine Quynh, nous parle de son périple, "D'un pays à l'autre" pour devenir une star "famous" ! De ce qu'elle nous raconte de son passage à Montréal pour vivre l'expérience Kino et à New York, j'en retiens qu'elle a trouvé celui qui la décidera à revenir. Sandrine, toujours aussi intense, nous parle de son plus gros défi, "s'aimer soi-même" et de décider de choisir sa perspective "positive" ! Difficile de ne pas se rendre "drette là" la prendre dans mes bras, mais je sens qu'elle a ce qu'il faut pour aller droit devant avec son sourire et sa détermination.

Et puis arrive le dernier moment durant lequel nous découvrons les réponses des spectateurs ayant répondu à la question de la soirée. Les réponses sont tout azimut, mais sont relégués loin derrière les "confidences" de ces cinq femmes.

Une autre soirée réussie avec cinq membres de ce collectif qui m'a permis de compléter le portrait de cinq d'entre elles et pour cela merci mesdames ! Et à la prochaine, le 26 avril.



Sur mes pas en danse: Quand la lumière devient le pivot des mouvements.

Lorsque mes pas m'ont amené jusqu'à cette soirée de Tangente, je n'avais pas pris pleine conscience que cette soirée serait construit autrement. Soit, que c'est autour et sur de la lumière que les trois œuvres de la soirée seraient construites et non pas l'inverse, comme ma "petite" expérience de spectateur m'avait habitué. Et n'ayant pas assisté à "Lamelles" présenté à l'Usine C le printemps passé, le dispositif scénique tout lumineux de Cédric Delorme-Bouchard, je le découvrais pour ce programme triple de danse. Ainsi donc, le collectif Castel Blast (Guillaume Rémus, Olivia Sofia et Léo Loisel), Annie Gagnon et Camille Lacelle-Wilsey construirons leur oeuvre sur ce pivot lumineux et projeter leur présence chorégraphique et musicale.

Une fois tous les spectateurs en place et les lumières fermées, à l'inverse d'un orage, c'est le son qui nous parvient d'abord, tel un vrombissement lourd, semblant venir d'ailleurs comme l'installation lumineux, encore discret pour annoncer le début de "Dispositif 01" de Castel Blast ! Et puis arrive cette bande orange, par terre, à la texture "poilue", parallèle à nous qui se présente à nous. Et apparaît, ensuite, le corps nue de cette femme (Katia Lévesque) provenant du côté sombre, derrière cette bande. Jouant avec sa position dans la lumière, elle nous présente son corps riche de plis et de ses replis aux multiples et surprenantes apparences. Je pourrai dire qu'une fois dans ma vie, j'ai vu une illustration durant laquelle la lumière a sculpté un corps. Fascinant de découvrir comment la lumière s'associe à l'ombre pour ciseler, affiner et modeler ce corps présenté de différentes façons. Une vingtaine de minutes qui éclairent nos perceptions et nos perspectives sur ce corps.

Et puis, elle disparaît pour laisser la scène riche de sa présence passée et fertile de sa noirceur pour la suite, "Dispositif 02" de et avec Annie Gagnon. De cette chorégraphe, j'ai encore en tête, "La marche invisible" (en 2010) et surtout aussi "Rituel Géométrique" (il y a quelques mois) qui me montrait à ces occasions (et à d'autres aussi), comment la lumière peut nous amener dans un rituel intensément poétique qui me plaisait bien. Et bien, cette fois ci, la magie à encore fonctionné et de cette femme avec son prisme, riche de ses arêtes illuminés qui est le point de départ et le point d'arrivée de son chemin à travers les rayons lumineux sur cette scène parfois gorgée de fumée. Particulièrement bien réussis, ces moments durant lesquels, je confondais la provenance (de l'intérieur ou de l'extérieur) de la lumière sur certaines parties des arêtes de ce prisme. Et lorsque nous apparaît, ces billes de verres, tels des photons libérés et capturés, j'ai compris que c'est à un doux rituel de chasse d'une femme que j'avais eu la chance d'assister et que son arme "prismique" avait touché sa cible et la mienne. La poésie du moment prenait tout son sens et j'étais fort heureux d'y avoir trouver "mon" sens !

                                   Photo de Annie Gagnon par Vanessa Fortin tirée du Devoir

Une autre fois, un court moment, la noirceur reprend ses droit, pour laisser la place ensuite à "Dispositif 03" de Camille Lacelle-Wilsey avec d'abord aux gestes (Maude Ares, Charles Brecard, Alanna Kraajeveld et Nien Tzu Weng et ensuite à la musique (Ian Davies, Laura Heather Jeffery et Kaity Zozula). Le tout débute fort doucement pour évoluer vers un tableau chorégraphique qui pour moi à tout à une Bacchanale qui "explose", libérée de possibles contraintes et portée par des mouvements. Le tout appuyé par la musique fort "portante" qui tout à coup apparaît sur scène ! Pour ma part, si je suis dans un premier temps, quelque peu décontenancé par cette explosion, cette sensation d'exultation, "je m'éclate" que toutes et tous montrent sur scène, me contamine, me décoince et me fait finalement du bien.

De cette soirée "Carte blanche" avec une lumière qui sculptait d'abord, qui guidait ensuite et qui éblouissait enfin, j'en retiens qu'il est possible d'utiliser toute la gamme de ces composantes.à partir du même dispositif, s'exprimer fort différemment et porter les corps et nos esprits dans toute la gamme de son spectre.

vendredi 22 février 2019

La fois où à Danscussions & Co, l'ex prof de science que je suis a pris la parole pour parler danse !


Merci Klara et bonjour à vous tous,

Avertissement à toutes et tous, cette chronique sera fortement colorée de science par l’enseignant de chimie que j’ai été. Parce qu’un des buts de la science est de tenter de modéliser et d’expliquer un phénomène ou un ensemble de phénomènes. Cela m’a toujours allumé. Voilà donc pourquoi, je vous propose de le faire pour la danse. Mais soyez sans crainte et ne changez pas de poste, la danse gardera bien sa place. Le spectateur aguerri que je suis devenu s’en assurera ! Allons-y !

Il était une fois une petite graine qui était enfouie dans un coin sombre au fond de ma tête. Et puis arrive ce jour, quelques semaines après la chronique de Bettina Szabo « Arts and Science, an unusual mix ? » présentée à cette émission et au lendemain d’une représentation, allez savoir pourquoi cette fois-là! que la graine trouve ce qu’il faut pour germer. Et cette petite graine d’idée se transforme en une plante à se mettre à son activité préférée, la photosynthèse, soit de transformer la lumière en du vivant.
Et pour la petite histoire, c’est sous la douche que cela s’est fait !!! Comme quoi, de l’eau c’est toujours utile pour faire germer une graine, idée soit-elle ! Et cette plante toute réflexive que je veux vous présenter à partir d’aujourd’hui, est une plante qui vient de la greffe d’une tige de spectateur de danse sur un porte greffe d’un prof de science.

À partir d’aujourd’hui, donc, et dans de prochaines chroniques, voici une approche spectroscopique pour mieux comprendre autrement ce qui se passe lorsque nous assistons à une représentation chorégraphique.
La spectroscopie, pour les moins familiers est selon monsieur Larousse, l’ensemble des méthodes et des techniques d'études générales des rayonnements émis, absorbés ou diffusés par une substance. Ce qui présente de fortes analogies dans les arts de la scène et donc en danse. Et voici pourquoi.
Habituellement, lorsque nous assistons à une présentation, il y a l’œuvre incarnée par les interprètes sur la scène et il y a nous, sur notre siège dans l’estrade. Transposée en science, nous pouvons parler de la relation entre un émetteur de radiation ou de lumière, soit une source, et un récepteur ou un détecteur qui la reçoit. Et tout spectroscopiste pourrait vous dire que chacun possède ses caractéristiques propres, fort importantes pour définir la nature, la qualité  et le succès de leur interactions.

Donc techniquement, la source produit des longueurs d’onde de différentes natures. Par exemple, une lampe au sodium émet surtout une lumière jaune qui lui est caractéristique. En général, une source lumineuse émet un rayon polychromatique qui est composé de plusieurs longueurs d’onde, et qui peut être une lumière blanche. Cette lumière blanche peut être séparée à l’aide d’un prisme en ces différentes composantes.

Une belle illustration de ce phénomène est la pochette de l’album fort connu du groupe Pink Floyd, « Dark Side of the moon », qui montre la composante rouge tout en haut et violet tout en bas, une fois ce rayon lumineux passé à travers le prisme. Mais ce que la pochette ne montre pas, ce sont les parties invisibles de ce rayon qui en haut du rouge est la partie infrarouge. Tandis que tout en bas, sous le violet du spectre, il y a l’ultraviolet.

Lorsqu’une source émet, elle le fait, habituellement dans les différentes régions du spectre avec des intensités variables (ce qui n’est pas le cas pour un LASER qui lui, le fait à une seule longueur d’onde). De son côté, le récepteur reçoit la radiation émise avec une sensibilité variable selon les régions spectrales. Il se peut donc qu’une source soit fort intense dans une région spectrale, mais que le récepteur y soit totalement insensible et n’ait pas de réaction. Comme nous pouvons être sourd au son d’un sifflet à ultrason tandis qu’un chien lui, le percevra de façon fort claire.

Et Robert, c’est quoi le lien de ce long préambule tout coloré avec une représentation chorégraphique ?

Et bien, en danse, il y a une œuvre qui est la source de radiations et il y a le spectateur qui est le détecteur et qui reçoit les différentes ondes émises par l’œuvre. Dans cette œuvre, tel un rayonnement lumineux, il y aura la partie visible (la chorégraphie, les costumes, la trame sonore et l’éclairage, évidemment !) que tous pourront voir. Cette partie visible de l’œuvre peut être différente, selon le type d’œuvre, comme peuvent l’être du buto ou de la danse urbaine.

Et il y a aussi les parties invisibles de cette œuvre, comme pour la lumière. D’abord les infra-rouges, qui sont pour moi, la partie « émotions »de l’œuvre, celle qui touche nos trippes. Des émotions qui seront de différentes natures. Voilà en gros, ce qui constitue la partie infrarouge de l’œuvre sur laquelle je vous reviendrai à un autre moment.

Il y a aussi la partie dans l’ultraviolet de l’œuvre, toute aussi invisible, qui, elle, s’adresse à notre tête, à notre rationalité, à nos connaissances ou à notre bagage culturel. L’intention et le message que la ou le chorégraphe veut ou souhaite nous transmettre. Et j’y reviendra aussi.

En conclusion, un œuvre possède donc son « spectre » qui lui est caractéristique dont le rayonnement avec ces maximas rayonnera vers un public fort diversifié, peut-être hétéroclite, qui sont donc des détecteurs fort différents. Alors quand, le chorégraphe créé, est-il conscient de « son spectre » et quand le spectateur se procure un billet est-il conscient de ses zones de détection ?
Question fort large sur laquelle, je vous laisse et qu’il me fera plaisir d’échanger avec les intéressé.e.s. Je reviendrai aussi pour compléter cette perspective qui peut s’avérer fort complexe.
Mais d’ici là, bonne prochaine semaine de danse!

Sur mes pas en danse: Un surprenant programme double à l'Usine C !

Je ne saurais dire si j'avais déjà vu une oeuvre de Jan Martens, parce que pas de traces retrouvées dans ma mémoire, ni non plus écrites. Mais, son nom m'était assez connu pour me procurer un billet et me rendre à la première de son programme double à l'Usine C. "Bis" et "Ode to the Attempt", les œuvres au programme qui seront chacune d'une trentaine de minutes, avec un entracte presque aussi long. Ce qui est assez difficile à comprendre avec une scénographie en apparence aussi simple, avant et après, mais bon !!!!

                                                Jan Martens par Phile Deprez tiré du site de l'Usine C

Ainsi donc, dans la grande salle de l'Usine C, nous prenons place devant cette grande scène toute vide. Et puis arrive, ce que je croie être lui, mais qui s'avère être elle, Truus Bronkhorst. À ma défense, ses vêtements et son allure androgyne m'ont déjoué. Elle débutera en inscrivant à la craie sur la scène, trois injections, la première, trois fois, la deuxième, deux fois et enfin une dernière, une fois. Trois injonctions ou "principes de vie" qui peuvent s'adresser à nous et qui comme la suite le montrera, pourront au contact de l'autre, peut s'effacer de notre parcours de vie.

Mais une fois, les injonctions partiellement effacées et délestée de ses vêtements, vêtue de son seul maillot, que lui est-il possible de faire ? Et c'est là, que nous serons interpellés, surpris aussi ! Parce que le tout prend une tournure, au propre comme au figuré qui m'interpelle au propre et qui me déstabilise au figuré. Cette femme se fera hymne à la détermination, à l'affirmation, mais aussi à la résilience. Tout cela, dans une simplicité désarmante laissant exposé son authenticité. Au final, difficile de se faire une impression nette de cette rencontre. Et bizarrement, je me suis posé intérieurement cette question (et que je vous partage), "Y a-t-il des œuvres qui sont faites pour ne pas être applaudies ?", sans manquer de respect pour l'interprète, évidemment !!!

Une fois le tout terminé, nous sommes invités à quitter la salle pour l'entracte qui s'est avéré dans mon système de référence temporel personnel, très long (!) et dont la fin a été annoncée par le son de la cloche.

A notre retour en salle, Jan Martens est déjà là, assis derrière sa table sur laquelle on retrouve un ordinateur et une console (qui contrôlera tous les aspects de la suite). Il nous observe arriver tout en effectuant certaines tâches. Une fois tout le monde rendu à sa place, il s'adresse à nous et inscrit sur le grand écran derrière la scène, treize titres fort énigmatiques qui présentent, nous le découvrirons plus tard, les treize parties de son oeuvre, dont "Tentative de mieux le définir". Certaines de ces parties qui seront accompagnées des huit pièces musicales, qu'il sélectionnera devant nous et qui par conséquent, je peux prendre en note, dont la percutante et appropriée "Bloody Mother F***Ing A**Hole"  ou "BMFA"de Martha Wainwright.

Le tout s'avère fort surprenant, drôle aussi, mais surtout d'une simplicité qui s'avère fort efficace. Il s'adresse simplement à nous, en toute honnêteté, avec de petits faux pas techniques qui rendent la rencontre fort chaleureuse. Et lorsqu'il entreprend des mouvements de danse au son de la guitare Pat Metheny, avec des "Selective Conterpoint" de "Electric Conterpoint (de Steve Reich), je suis tout à fait comblé, qui s'est avéré mon tableau coup de coeur !

Une première rencontre, peut être, toute simple et fort belle qui méritait le temps pour la faire. Et mes pas ont accompagné un spectateur fort satisfait à son retour à la maison !

dimanche 17 février 2019

Sur mes pas comme membre d'un jury: À Cégep en Spectacle

Ce n'était pas une première fois pour moi, mais la curiosité n'avait d'égale que le plaisir d'aller découvrir ce que les élèves de "mon" Collège Ahuntsic avait de bon à me proposer lors de la finale locale de Cégep en Spectacle. J'étais invité et honoré de l'être, par Valérie à faire partie du jury de cette soirée. Nous serons presque vingt à devoir déterminer les meilleures performances de cette soirée, mais au final, chacun ou chacune des participant.e.s peut se déclarer grand gagnant et pas juste à mes yeux ! 

Nous, membres du jury, recevons dans un premier temps, les instructions d'usage et les critères de sélection, soit 30 % pour l'originalité, 30 % pour la présence sur scène et 40% pour le talent. Ensuite, nous nous dirigeons à l'Espace Le vrai Monde pour prendre place. Je prendrai place dans cette belle salle, mais pas en première rangée !!! avec les autres membres du jury avec tout autour, entre autre, famille et amis de ceux qui se succéderont sur scène. Onze prestations d'une durée maximale de dix minutes chacune (sinon tu es disqualifié !) sont au programme. Du chant surtout, de la musique aussi et de la danse avec entre chaque numéro une animation composée d'une suite d'épisodes par quatre jeunes fort audacieux, comme leur propos !

Et moi, au début, armé de mon crayon, je me mets en mode écoute et évaluation (comme le prof que j'ai été, l'a fait si souvent !), mais rapidement, il m'a fallu travailler fort à me garder objectif, parce que d'un numéro à l'autre, j'étais impressionné avec de bonnes pointes d'émotion ! Tous n'avaient peut-être pas le plus grand talent, néanmoins toutes et tous, plein de talents, montraient une belle et irradiante détermination. Juste à monter sur scène et nous proposer leur travail, moi, ça me remplissait d'émotion et pas qu'un peu. Oser faire face au jugement et nous proposer un message positif, tous ont relevé haut la main ce défi.

Les prestations toutes effectuées en respectant le temps alloué, je devrai en choisir quatre, comme tous les autres membres du jury. De nos choix, il en ressortira un top quatre, avec un numéro "1" relativement unanime qui, coquinerie de situation, s'avère être un numéro fort impressionnant de danse urbaine par le quatuor "F(x) Crew !



Face à cette jeunesse qui ose de leur talent, moi, je suis ébahi ! Je repars donc, fort heureux de cette soirée, mais surtout me sentant fort privilégié d'y avoir assisté. Merci Valérie pour l'invitation ! 

Merci aussi à Hans Kabeya (musique interprétation), Gabriel Sigouin (musique création), Legacy (danse mixte), Alexendre Parent (musique création), Dieunika Polynice (chant interprétation), Mohamed-El Amine Chennouf (chant mixte), Wesley Rameau (musique création), Lovely Brévil (Chant interprétation), Jean-Simon Desforges (musique interprétation), F(x) Crew (danse mixte) et Félix Beaubien (musique création) et aussi Noémie-Jade Fischer-Choinière, Francis Ménard, Ralph Chouchou et Jonathan Antoine (à l'animation). 


samedi 16 février 2019

Sur mes pas en danse: Perturbé par "Ne me dis pas que tu m'aimes"

Je dois l'avouer, une fois les applaudissements envolés, j'étais quelque peu dubitatif suite à ce que Geneviève Jean-Bindley et sa gang (Marie-Ève Dion, Elizabeth-Anne Dorléans, Myriam Foisy, Jacynthe Léger-Leduc et Marie-Philippe Santerre) m'ont proposé. Découvrant l'oeuvre sans avoir lu sur elle avant de m'y rendre, ma première impression de "Ne me dis pas que tu m'aimes" était assez tiède et c'est un euphémisme ! Si l'esthétique était intéressante et la qualité d'interprétation, gestuelle et vocale, était fort bien réussie, le message lui durant certains tableaux m'a fortement perturbé. J'y ai senti une violence latente, retenue ou exprimée malgré un enrobage séduisant. Pour moi, de voir de la domination, peu importe sa forme, cela m'interpelle et je pourrais dire que cela m'agresse.

                                     Photo de Élisabeth-Anne Dorléans par Josée Lecompte tirée du site de Tangente

Et lorsque une ou des femmes, même face à une autre femme, est ou sont en situation de domination ou de dépendance, là juste devant moi, cela me met inconfortable, pour le moins ! Et ce que j'ai surtout retenu, tout au long de la présentation. Il y aura bien d'autres aspects, mais au final, ils auront été relégués derrière, malgré leur côté flamboyant et même séduisant. De ces femmes qui "font la belle" pour obtenir une récompense, moi, ça me perturbe et ça m'interpelle !

Le tout aurait pu mal se terminer et j'aurais pu repartir avec un goût amer de cette soirée, malgré ses qualités, mais heureusement, je suis resté pour la discussion d'après représentation ! Parce que de cette discussion, j'en ai retenu une partie du message de la chorégraphe et ses interprètes qui me proposaient, pas personnellement évidemment (!) à réinterpréter son oeuvre dans une perspective portant sur la dépendance qui est indépendante de notre sexe. Et effectivement, mémoire toute ouverte, j'ai fait le tour de l'oeuvre et lorsque je revois certains tableaux, ces "états de femme", dont celui du séchoir à cheveux pour se "faire belle", je comprends mieux. Cela a fait monter en haut, de mes tripes à ma tête, le propos reçu et m'a fait mieux apprécier ce que je venais de voir. La chorégraphe, de son propre aveu, ne se donne pas la mission de dénoncer, mais il me semble évident qu'une partie de son propos féministe lui échappe. Et de la violence de son propos, qu'elle assume totalement, difficile d'y rester indifférent, parce que durant certains tableaux, elle insiste au point de me déranger et me rendre inconfortable. Pour cela, elle semble avoir atteint son objectif.

J'en reviens donc de cette soirée avec l'impression que cette chorégraphe, Geneviève Jean-Bindley, dont j'avais apprécié auparavant, "Parade" (pour laquelle j'avais écrit "Six minutes, c'est court, mais l'impression, elle, est durable") et "Rainblow" (dont j'avais conclu mon impression avec "Six minutes, c'est court, mais l'impression, elle, est durable"), que cette impression donc, sera encore "durable"et avec une touche de revenez-y ! De cette discussion d'après représentation, je retiens aussi que cette jeune chorégraphe est fort déterminée et que rien ou si peu l'empêchera de s'exprimer à sa façon. 

Et au final, comment faire suite à "Ne me dis pas que tu m'aimes" ?, sinon par la phrase iconique et aussi tout ambiguë de Serge Gainsbourg, "Je T'aime, ...Moi Non Plus" que j'ai chantonné dans ma tête à mon retour à la maison !