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samedi 18 janvier 2020

Sur mes pas en danse: Retour sur ma soirée fort porteuse de messages riches des esthétiques proposés

À cette soirée de Tangente à laquelle mes pas m'ont porté, les deux oeuvres que j'allais découvrir étaient le fait de créateurs que je connaissais et que j'appréciais. D'abord "Habitat" de et avec Bettina Szabo, dont j'en avais, entre autre, déjà vu deux versions de cette oeuvre dont la première au Studio 303, il plus de 3 ans ! Ensuite, "On the Brink" de et avec Alexandre Mortin et Jonathan Goulet qui tous les deux, un comme chorégraphe et l'autre comme interprète m'ont fait plonger dans un univers marin avec "Breach", l'an dernier. Deux oeuvres avec du propos, mais aussi avec la latitude pour en faire ma lecture personnelle.

C'est donc dans l'Espace vert du Wilder, riche de l'intimité qu'elle permet ("full plein" en cette première soirée), qu'en première rangée, je découvrirai ces deux propositions chorégraphiques.

Je reviendrai sur chacune d'elle, mais en revenant à la maison, j'avais en tête, leur habile utilisation des accessoires pour passer leur message. Deux oeuvres qui ont de ma perspective toute personnelle possèdent un rayonnement spectral très fort dans la partie ultraviolette, soit la partie rationnelle d'une oeuvre. Pour les deux, j'ai trouvé des messages, les messages souhaités, je ne saurais dire, mais des messages qui m'ont touché et voilà pourquoi.

D'abord, dans "Habitat" se présente à nous, un être incarné par Bettina Szabo qui évolue seul loin de nous. Elle, pieds et mains par terre, face regardant en haut, bouge de façon incertaine. Que recherche-t-elle, chacun pourra y trouver sa réponse, mais pour ma part, elle recherche un abri, un "Habitat", une protection face à son environnement ! Et cet abri, elle le trouvera avec ce bel objet de papier dans lequel elle se glisse. Cet objet difficile à décrire, mais fort beau à voir, elle le module avec ses mouvements et selon des intentions connues juste par elle, mais qui, néanmoins, nous permettent de nous laisser toute la place pour notre interprétation. Et puis, une fois sa place fait à l'intérieur, elle se met à rayonner. Et là, mon plaisir du spectateur y trouve son compte d'espoir. Parce que le message, encore latent dans ma tête à ce moment, éclot à mon retour à la maison. Ainsi donc cette femme ou cet homme qui vient de là-bas et qui veux venir ici, devra d'abord s'intégrer pour ensuite contribuer (ou rayonner). Une oeuvre en trois temps, en une trentaine de minutes, qui résume le cheminement d'un être "différent" de là-bas jusqu'à son intégration positive parmi sa communauté d'accueil !

                                         Photo par Guillaume Lavallée

Après la pause, nous reprenons place pour découvrir "On the Brink". Au début, tout est noir et nous apparaît un faisceau de lumière blanche dirigée vers nous sans que l'on en découvre plus sur la scène devant. Peu à peu, au gré de ce faisceau lumineux de plus en plus révélateur, nous apparaît deux hommes dans un environnement lunaire ou post apocalyptique. Il semble être les deux seuls survivants dans un environnement géologique hostile. Peu importe l'objectif de leurs mouvements, il sont à la recherche de quelque chose et bientôt, il semble que l'espace soit trop petit pour les deux. De leur confrontation en résulte que l'un reste et que l'autre est propulsé tout là-bas (ce qui est en fait dans le fond de la scène) sans ses habits. Il y donc celui qui reste et celui qui part, libéré, et nous, nous en sommes témoins. De ma perspective, une fable moderne de notre monde en mode décomposition et du choix que nous devrons faire ou que nous serons forcés de faire !

                                          Photo par Carl-Hugo Poirier

Au final, deux oeuvres fortes de leur esthétique et de leur message qui avaient une résonance forte en moi. Une qui parle de venir ici et l'autre de partir pour là-bas. Deux oeuvres enrobées d'un bel esthétisme et d'une trame musicale fort riche et porteuse. Une soirée qui m'a permis des réflexions fort riches, cela grâce à des jeunes qui ont vu des aspects de notre monde d'une façon toute personnelle.




mardi 12 mars 2019

Sur mes pas en danse: Une sortie danse tout en atmosphère chez Tangente.

S'il y a une évidence dans l'univers chorégraphique, c'est bien celle que les oeuvres évoluent et qu'elles prennent le temps de le faire. À preuve, les deux propositions de Tangente en ce début de mois de mars, "Look" de Bailey Eng et "Breach" d'Alexandre Morin que j'avais découvertes lors des Danses Buisonnières en automne 2017. Cette fois, c'est dans l'Espace Vert, plus intime, que je suis invité à venir les redécouvrir. Il y a quand même quelque chose d'intéressant à revenir voir deux œuvres plus matures dans un espace plus intime. Comme si l'éclosion, plus d'un an plus tard, de ses propositions nous demandaient une plus grande intimité ? Et au final, ce fût selon moi, une très bonne décision.

Une fois, l'ouverture des portes faites, nous devons prendre place autour du lieu de prestation, contenant certains objets sur le plancher, attendant l'arrivée de "Look, la mystérieuse créature" (selon le feuillet de la soirée) de et avec Bailey Eng. Une fois tous les sièges occupés, les lumières s'éteignent et comme pour la fois précédente, son arrivée est particulière. Plutôt que d'investir un territoire occupé, par l'oeuvre précédente, elle nous arrive, cette fois, du haut du plafond par une lente descente d'un mât chinois. Tout au long de sa descente, difficile de distinguer les différentes parties de la "créature", tant le corps semble enchevêtré. Une fois rendue au sol, elle évoluera à quatre pattes dans l'espace sans que jamais l'on puisse voir son visage. L'objectif de la quête m'échappe, mais me garde fort attentif. Et une fois le tour de l'espace fait, tous les coins explorés, elle semble avoir trouvé sa destination finale qui s'avère être l'obscurité tout au loin là-bas et se met en chemin ! Et nous, sans moyen et sans intention non plus de la retenir, nous la regardons partir, sereins sommes-nous, de la libération arrivée de cette "mystérieuse créature" venue sur terre pour trouver sa voie !

Mais le territoire (lire ici l'espace de présentation) doit se métamorphoser et pour se faire, nous devons quitter pour un entracte (quelque peu long, de ma perspective !). D'un univers aérien et terrestre, nous retrouvons une place autour d'un autre, aquatique cette fois, "Breach" d'Alexandre Morin. Sur le plancher blanc, éclairé par une lumière bleutée et occupé par des épaulards faits de plastique gonflé, dans un coin et les interprètes (Alexandre Morin, Jonathan Goulet, Ivanie Aubin-Malo, Noémie Dufour-Campeau, Chloé Ouellet-Payeur et Simon Renaud) vêtus d'habits "Marineland" !

                                      Photo de PO Cadieux, tirée du site d'Alexandre Morin

La suite nous entraîne dans une agréable plongée en apnée au fond de la mer et il n'y a que les interruptions audio d'Azura Dragon Feather (sur sa chaîne YouTube) nous parlant de sa relation particulière avec son animal totem (l'épaulard ou l'orque) qui nous ramène à la surface. Mais heureusement (de ma perspective !), elle se fait éventuellement discrète et les mouvements des corps, portés et influencés par le son de la respiration d'un de ces habitants de cet espace, occupent toute la place. Et si comme moi, on se laisse aller à suivre les différents rythmes et déplacements de ces corps, il est possible de rentrer en phase avec ces êtres des "ondes" ! Ce que je vois n'a rien de spectaculaire, mais est d'une redoutable quiétude jusqu'à provoquer une plongée en moi, en apnée !

Et c'est tout doucement que je réémerge à la surface et saute hors de l'eau (comme une des traduction du verbe anglais "breach" !) pour, enfin, affronter en toute "zénitude" les périls de cette eau glacée tout dehors !

lundi 2 octobre 2017

Sur mes pas en danse: Des "Danses buissonnières" audacieuses

Après l'Agora et Danse Danse (et deux belles soirées avec Marie Chouinard), c'était ma journée de rentrée chez Tangente avec la présentation de "Danses buissonnières". Ouvrir la saison avec la relève (ou les créateurs de demain, dixit le feuillet de la soirée), c'est comme, selon moi, ouvrir sur l'avenir, ouvrir sur de nouveaux pas plein de promesses. En simple, très bonne idée. Au programme, cinq oeuvres qui seront à l'image des qualificatifs que l'on retrouve sur leur site internet, "intimiste", "collaboration", "générosité", "inventivité", "prise de risque" et aussi de leur invitation, soit "Envie d'être secoué, dérouté…bouleversé ?" et de la réponse affirmative que l'on peut donner.

En ouverture de programme, "Summertime" de Marie-Pier Laforge-Bourret avec Natacha Viau. Plongée dans le noir, est la scène, jusqu'à ce qu'un projecteur nous montre l'interprète, toute immobile sur le côté gauche. Elle prend le temps de construire les attentes de la rencontre (entre elle et nous) et tout à coup, elle s'agite en mouvements brusques. Dans la suite de ses mouvements et de ses déplacements, nous ressentons une vie intense en montagnes russes. Cette présentation est appuyée par l'interprétation de "Summertime" par Janis Joplin et des extraits d'entrevue de cette chanteuse. Quand il est question d'une vie intense, le choix de cette chanteuse est très approprié. En une dizaine de minutes, le pouvoir d'évocation de cette chorégraphie, en fait un de mes coups de coeur de la soirée.

Courte pause, le temps d'installer dans la noirceur des éléments scéniques pour "No need for blue jeans here" de et avec Aliah Schwartz et Guillaume Loslier-Pinard. Cette pièce, je l'avais déjà vue cet été, au Festival ZH et comme pour la première fois, elle m'a laissé dubitatif. Je n'arrive pas à "embarquer" dans cette exploration de "l'absurdité inhérente à la réalité." Il en reste, je le reconnais, que l'absurdité est présente, la prise de risque aussi. Et comme elle été retenue par un jury de pairs parmi une trentaine de candidatures, cela m'interpelle comme spectateur.

Tout en douceur avec les éléments scéniques, incluant un des interprètes de la présentation qui l'a précédé, Bailey Eng (chorégraphe aussi) arrive doucement et prend possession du lieu à sa façon, avec "Look". Elle prend aussi possession de mon attention avec sa posture inversée, pieds et mains par terre, et qui le restera tout au long des déplacements de sa prestation, ce qui en soit est soi, est impressionnant pour le spectateur que je suis. Elle indique dans le feuillet qu'elle "valorise la virtuosité déguisée" et cette "créature" qui se déplace occupe un tout petit carré, au centre de la scène illuminé par des traits de lumière comme un espace de tic-tac-toe. Cet espace, elle l'investit totalement, jusqu'à ce que les lignes "de son destin" changent et qu'elle se dirige entre deux lignes hors de notre vue vers le côté jardin de la scène, sûrement vers la liberté !

                                          Photo de Bailey Eng prise par Marie-Ève Dion sur le site de Tangente

Entracte, sortie de salle et retour dans la salle. Nous sommes invités à enlever nos souliers et prendre place sur l'espace de prestation pour découvrir "Breach" d'Alexandre Morin. S'y retrouve déjà les quatre interprètes, non les cinq interprètes (Jonathan Goulet, Ivanie Aubin-Malo, Noémie Dufour-Campeau, Chloé Ouellet-Payeur et Simon Renaud), un étant enfoui, sauf le bas d'une jambe, sous un amas d'orques en plastique gonflé. Ils sont immobiles et c'est peu à peu qu'ils se mettront à bouger, avec en accompagnement une musique de "fond marin" et des textes lus sur les orques. Portant attention aux corps devant moi, ils me semblent bouger, tels des êtres inanimés dans les fonds au gré des courants marins. J'ai l'intuition qu'il faut que je reste attentif parce que les choses pourraient évoluer brusquement, tel un ressac. Mais si le ressac ne se pointe pas le bout du nez, chaque orque de plastique trouvera un compagnon et prendront le large, prenant une brèche pour leur liberté et l'ouvrant pour l'homme qui était dessous. Voilà une oeuvre qui demande au spectateur un lâcher prise qui peut s'avérer exigeant, telle une longue plongée en apnée.

Après le retour à nos places dans les estrades et l'installation d'une bâche en milieu de scène, débute "To shovel wings" de et avec Myriam Arseneault Gagnon et Laurence Lapierre, accompagnées par le musicien Patrick Moubarac. Comme, elles nous l'indiquent dans la présentation de leur processus de création, soit "notre recherche gestuelle est une quête d'ascension vers un univers illusoire". Cet univers illusoire, tel la bâche. qui se contracte, se déforme et se modifie par les pas et les mouvements des deux interprètes. Le tout s'accompagne par les sons qui percutent et se répercutent en phase avec ce qui nous est présenté. Elles nous proposent une démonstration de la relativité des lieux et des choses qui nous entourent. Une oeuvre qui m'a donc fasciné et qui a été mon autre coup de coeur de ces Danses Buissonnières 2017.