mercredi 20 janvier 2021

Mon retour sur quelques uns de mes pas virtuels ici à Montréal et ailleurs !

La richesse de mes sorties culturelles en ligne n'a d'égale que le bienfait de mes sorties de course à pied. Et les deux se produisent régulièrement et approvisionnent en oxygène mon cerveau de confiné ! Pour ce texte, je voudrais revenir sur trois d'entre elles, mes sorties cultuelles, évidemment ! 

À mon agenda, il y avait d'abord une lecture publique, d'après résidence de la gang de La Fratrie ( Erika Mathieu, Patrick R. Lacharité et Alex Trahan) , "La fin des haricots // The end of beans" à la Maison de la Culture Notre-Dame-de-Grâce. Ensuite, "Bigico - Soirée de gigue contemporaine virtuelle" à la salle Pauline Julien présentée par l'arrondissement L'Île Bizard-Sainte-Geneviève. Et enfin, une présentation de fin de résidence au Salon 58 à Marsoui (de Priscilla Guy et Mandoline Hybride) par Karla Étienne et Chloë Lum & Yannick Desranleau. 

Débutons avec "La fin des haricots // The end of beans" dont j'avais découvert une première mouture au Festival ZH en 2019, époque "lointaine" où nous pouvions nous rendre et nous assoir pour assister en personne (fin de ce court moment de nostalgie !) J'avais terminé mon commentaire suite à cette présentation avec la phrase, "Une oeuvre qui amalgame fort bien le théâtre et la danse dans un monde "tout brisé" de fin d'humanité qui, malgré tout a devant elle, de l'avenir." J'avais donc raison, elle avait de l'avenir ! Pour cette évolution, lecture publique oblige, la danse était absente, mais la théâtralité, elle rayonnait, appuyé par les projections vidéo et les éclairages. De cette histoire, j'en avais oublié des "gros bouts", mais cette sensation de mystère et de catastrophe, de cet homme, de ce couple et de cet ami, je l'ai bien retrouvé. Je me suis fait porté par le texte d'Erika Mathieu et les prestations des quatre lecteurs-interprètes (Alexandre Lavigne, Catherine Paquin Béchard, Philippe Thibault-Denis, Patrick R. Lacharité) dirigé dans les différents moments par Ariane Lavery aux didascalies.

                                 Photo de Maxim Paré Fortin tirée du site de la Maison de la culture

Cela avait beau être une lecture publique, le résultat était convaincant et une des dernières scènes par Catherine Paquin Béchard était d'une force et d'une conviction qui m'a touché droit au coeur. Je suis certain qu'il y aura, un de ces jours, une présentation sur scène et moi, promis j'y serai !

Le lendemain, c'est d'abord à un apéro danse avec Lük Fleury de Bigico et Frédéric Lapierre de l'arrondissement que j'étais convié. Apéro fort bien mené qui m'a permis de mieux connaître, entre autres, le parcours du co-fondateur de Bigico. Un peu plus tard, l'apéro terminé et digestif en main, quatre oeuvres de gigue contemporaine, toutes différentes étaient au programme. En début de programme, "Espace" de Lük Fleury avec Olivier Arseneault et Antoine Turmine, m'a entraîné dans les pas d'une réalité virtuelle mystérieuse tout en dualité. 

Ensuite, "Une gigue sur le coeur" de et avec Sandrine Martel-Laferrière me propose, sur fond de battements de coeur, l'évolution de cette femme sur cette ligne rouge, son combat pour se libérer, se connecter à l'autre. Jusqu'au bout de ses efforts, aux sons des pulsations, elle nous quitte, libérée ! Une oeuvre forte et surtout fort inspirante pour le spectateur que je suis.

Après, "S'accorder" de et avec Jonathan C. Rousseau accompagné par Thierry Clouette au bouzouki irlandais. Cette oeuvre est une improvisation qui implique un dialogue codé entre les deux interprètes. Il était fascinant et intrigant de constater comme la musique de l'un influençait les pas de l'autre et vice et versa ! J'ai été captivé par la résonance des pieds jusqu'au départ du "lonesome cowboy" !

La présentation se terminait par "L&L" de et avec Mélissandre Tremblay-Bourassa et Vincent-Nicolas Provencher. De leurs pas, j'y ai vu différents épisodes de la vie d'un couple qui projetés dans mon imagination me donnait l'histoire d'un quotidien fort riche.

La gigue contemporaine ajoute "le haut du corps" au "bas du corps" à la gigue traditionnelle, comme le mentionnait Lük Fleury lors de l'apéro Et ce haut du corps inclue le cerveau avec les trames narratives que l'on peut y découvrir. Et cela pour moi, j'aime bien cela !

Et pour terminer, c'est tout loin de Montréal, en Gaspésie à Marsoui dans cette belle maison (que j'avais pu visiter virtuellement lors du lancement de la saison des résidences) que je rencontre, chacun dans  leurs pièces, Priscilla Guy, directrice artistique du Salon 58, Karla Étienne, chorégraphe et interprète ainsi que Chloë Lum & Yannick Desranleau, artistes multidisciplinaires pour présenter ce que ce lieu a pu produire comme effet créatif. Pour les moins initiés, Salon 58 "mise, entre autres, sur l’expérimentation artistique et la pluridisciplinarité" permet, comme il est possible de le découvrir sur leur site . Voilà donc pourquoi, j'étais curieux de découvrir le résultat de cette première résidence de 2021. Malgré mes problèmes de connexion (!!!!), j'ai pu découvrir comment ce lieu et ses espaces autour, imprégnés de calme et de beauté permet d'explorer autrement ! Le deuxième extrait de Karla Étienne, "Dans le buisson" m'a soufflé par sa beauté. La captation vidéo était tout à fait réussie. Malheureusement, "l'internet" étant capricieux, j' ai découvert par intermittences et je  n'ai pas pu aller jusqu'au bout. Mais comme lors du lancement de la saison de ce lieu auquel j'avais assisté (virtuellement), dans ma tête, je chantais après, "J'aurais voulu être un artiste" pour pouvoir aller au Salon 58 !

Ainsi donc se terminait trois belles soirées et l'année ne fait que commencer !

 

mercredi 13 janvier 2021

Sur mes pas aux quatre courts métrages tout autochtone proposés par Regards Hybrides et La Fabrique culturelle

Je ne sais pas pour vous, mais moi, mes soirées commencent à être de plus en plus remplies. Les algorithmes font bien leur travail et ils me proposent plein de belles propositions à découvrir sur mon petit écran. Ce dernier devient de plus en plus mon accompagnateur pour mes "sorties culturelles virtuelles" !

À preuve, ce partage, via Olivier Bertrand, que le Festival Wildside propose cette année des oeuvres en ligne gratuitement. Ce festival présenté au Théâtre Centaur était celui qui me proposait mes premières sorties culturelles une fois le début d'année passé. Je me promets d'y "aller" encore cette année !

Mais pour l'heure, c'est "pisté" par Mandoline Hybride que je me suis mis devant mon écran pour découvrir quatre courts métrages dédiés aux voies autochtones. Je me rappelle encore de cette soirée fort belle et enrichissante à la Maison de la culture Rosemont-La Petite-Patrie en ce mois de novembre pré-pandémie ( en 2019). On nous proposait "Voix de femmes autochtones" et sa douzaine de courts métrages de l'ONF avec Sonia Bonspille Boileau pour nous les présenter. 


C'est donc avec grand plaisir que j'ai ouvert mon ordino et qu'après quelques clics, je me suis retrouvé sur le site https://www.lafabriqueculturelle.tv/articles/8061/territoires-hybrides/?fbclid=IwAR170guJ0oeR7Ssp70WDMw9DoqpE7EqG_Odo-fmItNDZPWnfUN4d30WbReAqui me montrait le titre "Poésies autochtones en mouvement". Sur cette page, on y retrouve d'abord la présentation du projet, suivi de l'info sur la "mise en bouche" de chacun des cours avec les poèmes de présentation de chacune des oeuvres par Ivanie Aubin-Malo et pour terminer la présentation des responsables de ce projet, "La plateforme Regards Hybrides, une initiative de Mandoline Hybride, a pour mandat de favoriser l’articulation, le développement et le rayonnement des pratiques artistiques liant danse et cinéma."

Et puis nous pouvons aller à la découverte de ces quatre courts que j'ai vu dans l'ordre de présentation. D'abord "Kijâtai" qui signifie «ensoleillé avec un ciel bleu» de Kijâtai-Alexandra Veillette-Cheezo et du Wapikoni mobile. Prénom de cette jeune femme dont nous suivons les pas en ville et dont nous écoutons les rythmes près d'une rivière. Ce qui m'a le plus impressionné durant les quatre minutes trente du visionnement est définitivement son sourire.

Le prochain, "Balmoral Hotel" de Wayne Wapeemukwa m'amène plus loin. Pendant une dizaine de minutes, je suis cette femme qui déambule dans le quartier Downtown Eastside de Vancouver (mais cela pourrait être quelque part ici à Montréal !). Elle me fait ressentir ce qu'elle ressent intérieurement tous au long de son chemin à travers la faune urbaine qu'elle croise et ce jusqu'à sa destination le "Balmoral Hotel". Impossible pour moi de rester indifférent à ses expressions faciales et aussi à cette misère humaine qu'elle croise !

Le prochain court, m'amène dans une atmosphère toute différente. En effet "Petit animal" d'Ivanie Aubin-Malo et Flamant s'avère beaucoup plus poétique. À preuve cette phrase, "Je pense que j'ai déjà été un arbre." ! J'ai été porté par la sagesse du propos et des images de cette femme dans la forêt et sur le lac. Après les deux minutes trente, je suis revenu très, sinon trop vite dans ma réalité. Un coup de coeur pour moi, par la beauté et la sagesse du propos poétique.

Le tout se termine avec "Wamin" ou "La pomme" de Katherine Nequado et du Wapikoni Mobile. Ce court, je m'en souviens très bien, je l'avais vu  et bien aimé aussi lors de cette soirée "Voix des femmes autochtones"(présentée plus haut) et comme la première fois, le propos fort affirmé sur le fond cinématographique fort "brillant" a encore porté "fruit" en moi. Ce que je retiens de ce court métrage est l'important pour nous définir n'est pas où l'on va, mais d'où l'on vient ! La démonstration en deux minutes trente est fort éloquente et très bien réussi. 

Au final, des propositions fort riches de par leur diversité et de la qualité des rencontres qu'ils nous proposent.

mardi 12 janvier 2021

Sur mes pas de lecteur: Expédition déstabilisante "Avec un poignard" !

Depuis le début de la pandémie, je lis peu avec comme bilan quelques livres déjà lus, tel que "La Peste" de Camus et des essais. Comme si je voulais explorer et mieux comprendre les enjeux actuels. Les romans, eux, s'accumulent devant moi et il a fallu que la nouvelle année se pointe le bout du nez pour que je change de direction. À vrai dire, pas de changer de direction, mais d'ouvrir de nouveaux horizons littéraires. 

                                                           Tiré du site internet du Devoir

Voilà donc pourquoi le plus récent roman de Mathieu Leroux, "Avec un poignard" était tout à fait approprié pour satisfaire mon besoin! Il me propose une expédition, au propre comme au figuré, dans des territoires, pour moi, inexplorés. Le guide-narrateur est tout à fait différent de moi, à l'opposé même, dans les différents aspects de sa vie. Et je reviens de cette expédition satisfait, mais aussi troublé. Ainsi donc, de cet homme, je découvre la relation "stérile" avec son père et celle inachevée avec un amant. Je découvre aussi le pouvoir de ses mots pour illustrer des lieux et des personnages. Comme l'écrivait Dominic Tardif dans Le Devoir (26 septembre 2020), ce roman est une "Lettre double, donc, manœuvrant de nombreux glissements (très habiles) entre des paragraphes s’adressant à ce paternel veule et vieillissant, et d’autres s’adressant à l’amant insaisissable. Entre les deux : une féconde zone de flou." Et cette zone floue est très riche, troublante et intense !

Je resterai bien en contrôle tout au long de ma lecture lors de ces glissements et surtout je serai très attentif lors de la description des lieux visités (Las Vegas et Berlin) et des différents personnages rencontrés, dont certains sont surprenants. J'ai vu les lieux, j' vu les gens et parfois, je m'y sentais même dedans ou avec !

Au final, cet homme, j'ai appris à le connaître et à le comprendre, même si entre lui et moi, il n'y a aucun point en commun. Comme si nos univers de chacun des deux côtés de la lame se rejoignaient à la pointe de ce poignard.

Un premier roman cette année qui dilate mes papilles littéraires, merci Mathieu !

mercredi 30 décembre 2020

Sur mes pas (virtuels) avec le Cirque Éloize: Enchanté et emporté par mes "Sept moments de joie" !

 "Pisté" par Ivanie Aubin-Malo (un.e des chorégraphes invité.es), la proposition du Cirque Éloize ne se refusait pas. Par conséquent, c'est avec mon billet virtuel que j'ai pris place devant mon écran pour découvrir leurs "Sept moments de joie" qui sont devenus mes sept moments de joie ! Bien décrits par les organisateurs, ce moment de rencontre, "est une incursion dans l’esprit de 7 chorégraphes aux univers très différents, un regard intime posé sur leur humanité commune". Cette humanité m'a rejoint par delà mon confinement tout au long de mon visionnement. 

C'est Jeannot Painchaud, "grand patron" du Cirque Éloize qui nous accueille en début de visionnement. De ses mots d'accueil, j'en retiens deux expressions, "le temps suspendu" et "un peu de tendresse". Expressions, qui vous l'avouerez, sont fort bien appropriées en ces temps incertains !

Chaque moment de joie qui suivra est précédé par une présentation fort intéressante par la ou le chorégraphe. Le tout débute avec "Fine ligne" de Virginie Brunelle avec Isabelle Arcand, Angelica Bongiovonni et Milan Panet-Gigon, accompagné.es par le Quatuor Molinari qui explore fort bien les "oppositions dans le between". Dès le début, je suis happé par cet amalgame musique et mouvements, comme me le propose toujours si bien la chorégraphe. J'y verrai l'envol, les corps suspendus comme le temps actuel et ce territoire dont on veut s'échapper mais auquel nous revenons sans cesse, en gestes effrénés ! Un moment fort de ma "soirée" !

Il s'en suit une proposition d'un chorégraphe que je ne connaissais pas, Christian Garmatter qui fait dans le breakdance. Avec "Slick", il veut faire "bigger" avec un amalgame de moderne et de nostalgique avec son sept minutes, portées par Samuel "Mass" Cyr, Samuel "Samsung" Nadai, Jorge Petit et Marie-Ève Quilicot. En entrée de jeu, c'est le son de ces pas qui claquent et qui captivent jusqu'à cette autre époque empreinte de modernisme et de jonglerie. Et puis, sans crier gare, les mouvements se transforment dans une coloration toute moderne et dynamique !

Et cette balle lancée ira jusqu'à Claudia Chan Tak qui nous présente les prémisses créatifs de ses ravissements de l'amour qui trouve le fil créateur entre le violence et la beauté avec "Ravissements 42-45". La fulgurance multicolore que peut nous réserver la rencontre amoureuse, avec ses hauts et ses bas, ses transformations aussi ! Voilà ce que je découvrirai avant et pendant les déplacements de David Ayotte et Naomie Vogt-Roby sur leurs mâts chinois avec une finale toute hollywoodienne et fort belle en ombres chinoises !

Et cette plume venant d'en haut de ces mâts chinois sera captée par Axelle Munezero qui nous propose une oeuvre, "Souffle" qui nous montre le chemin sombre vers la lumière. En utilisant le waaking (Jessica Gauthier et Maude Laurin) et la magnifique manipulation des cerceaux par Tuedon Ariri, nous sommes enjôlés par les mouvements circulaires et les rotations des corps. Le tout enveloppé musicalement par ma chanson coup de coeur, "Shabrang, interprétée par Sevdaliza. Débutant dans l'ombre, j'y vois l'évolution de ces papillons de nuit qui tournent autour de la lumière pour la libérer dans la finale de toute contrainte.

Ces papillons se retrouveront au pied d'Ivanie Aubin-Malo qui nous présente, "Yalapasicik" une oeuvre qui fera cohabiter le monde des esprits et le monde réel dont la frontière poreuse est représentée par une draperie en frange. Ainsi donc, incarnées par Catherine Dagenais-Savard et Kenann Komaksiutiksak, les différentes relations entre ces deux mondes nous sont proposées. Le tout est portée par une musique  de Kizis qui rehausse la nature des ressentis de cet homme et de l'esprit qui rôde autour de lui jusqu'à leur envolée conjointe ou que l'un rejoigne l'autre !

Edgar Zendejas sort de l'ombre jusqu'à nous et nous parle de sa création, "Ojas", dans des termes qui font grand bien à entendre. De ce quatuor sur scène, Sara Harton (danse), Arthur Morel Van Hyfte (trapèze-danse), Guillaume Paquin (corde lisse) et Oscar Coyoli (au chant et à la guitare), j'y vois des relations complexes, improbables aussi avec une finale qui porte tout en haut.

Jusqu'au prochain créateur, Manuel Roque qui nous présente sa proposition qui se veut, de ma perspective, un pied de nez à la notion du temps. Et puisqu'il ne veut pas imposer de sens pour "Furie", j'y ai trouvé le mien ! C'est donc en suivant cette femme (Valérie Doucet) qui explore en toute légèreté (gracieuseté de l'effet de ralenti !) tout l'espace qui lui est offert et quand cet espace se fait trop restreint, elle ouvre une porte pour en trouver un autre et puis, tout sourire, un dernier qui n'a pas de limites. Une oeuvre exutoire en ce temps de confinement qui nous permet, par procuration, de vivre un moment de pure libération, un moment de joie, sans artifices, sinon les mouvements et le sourire de cette femme.

Voilà une proposition du Cirque Éloize avec Lilli Marcotte à la réalisation et Benoit Landry à la mise en scène qui a su bien mettre dans le creuset de la création la danse contemporaine, les arts du cirque et la musique pour me proposer "Sept moments de joie", dont j'ai bien pu apprécier !




mardi 22 décembre 2020

Retour sur mes pas (virtuels) avec le "Cru d'automne" des étudiant.es de 3e année de l'École de Danse Contemporaine de Montréal

 Avec ce "Cru d'automne", je complétais ma tournée (virtuelle !) de fin d'année qui m'a permis de découvrir les performances des étudiant.es du département de danse de l'UQAM et de l'École de Danse Contemporaine de Montréal. Je n'oublie pas une proposition de l'UQAM (la gang de troisième année) qui sera présentée en janvier. Mais pour l'heure, portons le regard sur ce programme triple des étudiant.es de troisième année de l'ECDM. Avec une voix remplie de fierté et d'émotions fort palpables, madame Lucie Boissinot, directrice artistique nous présente le programme de la soirée. Le tout débute avec "Terpsichore" de James Viveiros, qui sera suivi par "Where to put my wild wild vibrations" de Riley Sims pour se terminer par "Chaînons manqués" de Charles Brecard.


Un programme de près de deux heures qui j'ai écouté en différé. Ce qui m'a permis de le revoir et qui m'a consolidé dans mon impression que les trois propositions avaient une filiation logique parce qu'elles me semblaient les trois chapitres successifs d'une même histoire. 

En entrée de jeu, "Terpsichore" (muse de la danse dans la mythologie grecque et aussi connue comme la mère des sirènes), me propose six personnages habillés de façon identiques qui semblent venir d'une faille lumineuse tout au fond de l'océan et qui viennent "éclairer" un (notre ?) monde tout sombre. Ces êtres dans le noir, ils rayonnent, me montrant à tour de rôle que le seul et le ensemble peuvent cohabiter. Leurs gestes dégagent une texture "toute aquatique" qui montrent aussi des remontées à la surface lorsque ces personnages abaissent leur masque, question de reprendre leur souffle. Je les suis donc attentivement jusqu'à leur libération. Merci Pauline Ansquer, Justine Dagenais-de Montigny, Lauren Fisher, Rose Gagnol, Alexandre LeBlanc et Aaricia Laperrière Roy, vous m'avez amené à bon port.

Avec "Where to put my wild wild vibrations", je me retrouve "sur la terre ferme" à notre époque, riche de ces caméras, avec six autres personnages, tout différemment habillés, symboles forts de l'individualité ambiante de notre époque. Et je ressens très bien ce que le programme de la soirée m'indique "Des fois, j'me sens comme un volcan. J'veux tout, j'le veux maintenant. J'veux que ça arrive tout d'suite." Nous les voyons bien faire face à la menace, eux jeunes sacrifiés au son de ces cloches qui résonnent inlassablement. Le temps compte et tout le montre, leurs gestes, leur fébrilité, leurs paroles, leurs expressions, tout comme la trame musicale. Une oeuvre très cinématographique et théâtrale. Merci Lou Amselem, Sophie Fekete, Adèle Garnier de Boisgrollier, Anny Gauthier, Mathieu Hérard et Nikita Peruzzini pour ce bout de chemin vers l'affirmation.

Le tout se termine avec "Chaînons manqués", où je me retrouve dans un monde futur, la menace passée. Les cinq personnages sont habillés de façon similaire, signe pour moi de solidarité. Ils prennent possession des lieux et collaborent pour trouver un langage commun. Leurs mouvements sont fort éloquents et bien beaux à regarder, surtout ces rotations de corps et aussi ceux des bras. Il y aura bien des difficultés à aller de l'avant et la conclusion montre bien qu'il faut continuer à faire front et à revendiquer. Merci Élisa Barrat, Sabrina Dupuis, Klaudy Gardner, Evelynn Yan, et Ernesto Quesada Perez (avec une bonne pensée pour Gabrielle Kachan blessée) de nous avoir montré le chemin et ses écueils.

Je dois quand même avouer que j'aurais tellement apprécié voir ces oeuvres en personne, immergé dans cette histoire qui m'a fait voyager dans le temps et les époques portée avec des jeunes fort talentueux. Il en reste que la captation a réussi à me garder bien assis sur mon siège. En cette fin d'année, je ne peux que souhaiter que chacune et chacun puissent trouver une place au soleil sur nos scènes, malgré les temps difficiles qui sont et qui seront peut-être encore pour un certain temps les nôtres !

mercredi 16 décembre 2020

Sur mes pas (virtuels) en danse: Un "Décalage vers le rouge" qui promet !

J'ai été informé par une amie de la présentation des premiers pas d'une proposition en développement, soit "Décalage vers le rouge" de Chloé Bourdages-Roy et je m'y suis dirigé virtuellement ! Pour cette présentation, j'ai d'abord eu droit, après les présentation d'usage, à quatre extraits de sa pièce suite à une résidence à la Maison de la Culture Notre-Dame de-Grâce, entrecoupés des mots quelques artisans. Le tout se terminant par une discussion ouverte avec la chorégraphe et deux des interprètes.

                                               Tirée du site Accès Culture de la ville de Montréal

En entrée de jeu, je peux affirmer que j'ai beaucoup apprécié le pouvoir évocateur des différents extraits que j'ai vus. Elle a cristallisé son oeuvre à partir de ses observations du ciel lors d'un séjour en région et des phénomènes cosmologiques qui s'y passent. Et comme l'univers recèle plein de mystères à explorer, la chorégraphe a fait ses recherches et à partir de concepts scientifiques découverts dont le décalage vers le rouge, les mouvements ont émergé. Peut-être parce que son territoire d'inspiration a été un jour, un de mes territoires d'intérêt, il y a eu une connexion forte entre l'oeuvre et moi. 

Le premier extrait avec Myriam Foisy et Ariane Dubé-Lavigne m'amène dans l'espace avec une première femme qui évolue dans un monde sans gravité qui semble le découvrir avec des gestes fort amples. Elle est rejointe par une deuxième qui chacune de leur côté explorent. Dans l'espace où toutes les molécules sont éloignées, ainsi en est-il de ces deux corps, mais toujours en harmonie !

Le deuxième extrait avec Kim L. Rouchdy et Ariane Dubé-Lavigne a l'inverse débute, pour moi, par une illustration de mouvements sous la contrainte de gravité qui les gardent sur le mur. Mais peu à peu, elles s'en libèrent et leurs mouvements deviennent d'une belle amplitude en exploration. 

Le troisième extrait, avec Ariane Dessaulles et Marie-Ève Dion avec une robe qui les relient (création de Kim L Rouchdy, dixit la chorégraphe) illustrent fort éloquemment par leurs gestes la propagation des ondes et que tout est interrelié. Cet effet est multiplié par la projection des ombres de leurs deux "bras" sur le mur. 

Le dernier extrait avec les cinq interprètes me propose le lent déploiement de cinq corps "enracinés" sur un astre sans gravité et qui évoluent selon les vents cosmiques qui les balaient de plus en plus. La lutte pour se libérer du sol semble intense avec leurs mouvements de bras qui semblent vouloir appeler l'envol. J'y ai aussi vu cette image des algues dans le fond de l'eau d'une rivière au fort courant. 

Au final, quatre tableaux fort inspirants avec la musique "spatiale" en direct de Tristan Henry qui porte le propos chorégraphique de façon fort juste et bien. 

Je suis fort intéressé à découvrir comment ces quatre tableaux seront reliés dans cette exploration tout en haut dans l'univers lorsque sur scène (ou sur mon écran), elle sera présentée !

 

jeudi 10 décembre 2020

Sur mes pas (virtuels) en danse: De beaux moments avec les élèves de deuxième année de l'École de Danse Contemporaine de Montréal.

Parce qu'il faut que la vie se poursuive, les élèves de deuxième année de l'École de Danse Contemporaine de Montréal (ou ECDM) nous proposaient "AVES" de José Navas qui "exprime en mouvement les thèmes de la résilience et de la renaissance" (programme de la soirée). Et cette proposition, je l'ai accepté avec grand plaisir.

                                        

Bien installé devant mon écran, j'attends le début ! Je suis accueilli par la directrice de l'École, madame Lucie Boissinot qui met la table pour la suite. Une soirée en deux temps séparée par un entracte qui nous présentera deux diplômé.es de cette école (et que j'ai eu l'occasion de voir sur scène quelques fois) Stacey Désilier et Danny Morissette. 

La première partie débute avec l'arrivée toute douce de cette femme sur la scène toute blanche divisée en carrés de deux mètres carrés. Elle est vêtue tout en blanc et semble avoir un but à atteindre droit devant elle. Et puis, sur un coup de pied, elle est rejointe par onze autres interprètes. Tous sont vêtus en blanc et tous ont un cache-visage rouge (ou orange), sauf certains qui ont un long bec tout blanc. Ils prennent possession des lieux et de mon attention. J'en apprécie particulièrement les gestes des bras tout en rotation et l'harmonie des corps avec la musique, "Le Boléro" de Ravel. Le crescendo se voit et se ressent. Et quand le Boléro se termine, les corps tombent au sol. Et tout en douceur, sur un changement de ton musical, les autres quittent et cette première femme restera seule. Il s'en suit d'un moment fort frustrant, celui où les interprètes (André Abat-Roy, Meihan Carrier-Brisson, Aliénor Chamoux, Chanel Cheiban, Maéva Cochin, Clémence Dinard, Mara Dupas, Anna Duverne, Rony Joaquin Figueroa, Carlos-Alexis Mendoza, Isabelle Sue Pilette et Jérôme Zerges) et José Navas se mettent droit devant nous, à visage découvert sans que je puisse les applaudir. 

Après le court entracte, le deuxième groupe (Nolwenn Duhaut, Aurélie-Ann Figaro, Débora Huynh, Nûr Khatir, Marianne Lataillade, Nils Levazeux, Marianne Murphy, Valentine Rousseau, Jérôme Tremblay-Lanthier et Zoé Uliana) nous propose ces mêmes mouvements que je revoie avec tout autant de plaisir. 

Difficile de bien décrire cette oeuvre qui porte bien la signature de José Navas et bien "enrobée" par les éclairages de Stéphane Ménigot. Il en reste que de découvrir une chorégraphie de grand groupe en ces temps, cela fait du bien et comme pour ces jeunes qui persévèrent malgré un avenir fort incertain pour leur art. Cela me fait espérer en des jours meilleurs. Merci à vous !