mercredi 18 mars 2020

Sur mes pas en lecture: une coïncidence, peut-être, mais ma lecture de "La maison brûle" tombe juste à point !

Lorsqu'on m'a demandé des suggestions pour mon échange familial de cadeaux de Noël, j'ai mis dans ma liste "La Maison brûle" (Lux Éditeur) de Naomi Klein. Et il fût l'heureux élu choisi ! Je m'y suis mis à la lecture, il y a quelques temps. Et je l'ai terminé, il y a quelques jours. Impossible pour moi de ne pas trouver des liens entre son propos, sur un autre sujet, les réchauffements climatiques" et l'actuelle crise du COVID 19. Je ferai court sur les différents textes fort inspirées et agréables à lire qu'elle a présenté depuis dix ans sur la question des changements climatiques. Je m'en voudrais cependant de ne pas insister sur un point fondamental de ses propos et c'est le suivant. Si les différents gouvernements veulent vraiment intervenir sur l'urgence climatique, ils le peuvent pour y mettre les montants conséquents. Comment ne pas adhérer à sa logique, si on considère la réaction des différents gouvernements face à la crise du COVID 19 ! Les directives coercitives et l'argent coulent à flot pour juguler la progression de ce fléau planétaire. Ainsi donc, les événements récents lui donnent raison. Et moi, je mets à la recherche et à la lecture de ses prochains livres, comme de ses précédents, pourquoi pas vous !
                                                        Tiré du site de l'éditeur

dimanche 15 mars 2020

Sur mes derniers pas en danse pour un petit bout de temps: "In-Ward", une oeuvre d'une grande maturité !

Lorsque mes pas m'ont amené jusqu'au Wilder, je ne le savais pas encore, mais ils étaient les derniers, direction aller, pour un certain temps. En ce mercredi soir de première, dans le hall d'entrée, tousser déclenchait une réaction de regards inquisiteurs ! Puisque la faible capacité de la salle le permettait, je pourrai assister à la présentation de "In-Ward" de la chorégraphe Alexandra "Spicey" Landé ! (les directives changeront peu de temps après, et toutes les présentations seront annulées, en espérant pour les artisans qu'elles seront reportées !).

Mais revenons au sujet de ce texte, la rencontre avec l'univers de cette chorégraphe que j'avais apprivoisé, il y a un peu plus de quatre ans, lorsque dans ma Maison de la Culture, j'avais assisté à la présentation de "Complexe R". À l'époque, je l'avoue, de cette première rencontre avec la danse urbaine, j'en étais revenu quelque peu dubitatif ! Mais je promettais d'en revoir d'autres et effectivement, mes pas m'ont amené à d'autres propositions de ce type. L'apprivoisement a bien fonctionné et de cette rencontre avec l'univers de "Spicey" et de ses interprètes (Ja James "Jigsaw" Britton Johnson, Christina "Hurricane Tina" Paquette, Elie-Anne "Rawss" Ross, Mukoma-K"JStyle" Nshinga", Nindy "Banks" Pierre-Louis et Jaleesa "Tealeaf" Coligny) a été tout à fait réussie. Et voici pourquoi !

                                          Photo tirée du site de l'Agora de la danse

À mon entrée en salle, je peux prendre place sur un siège en première rangée sur un des deux côtés, en face à face, de l'espace de prestation. Déjà présents dans la salle, les six interprètes, tout de blanc vêtus, en pleine action, dont une tout proche de moi, tout juste à trois sièges ! Donc déjà, une dizaine de minutes avant l'heure annoncée du début de la prestation, elle est commencée et capte, de facto, mon attention.

La suite me parle fort et surtout fort bien. L'intention de la chorégraphe qui est de décrire "entre la tentation, de l'isolement et la menace de conflit", incarnant "l'ambivalence féconde des relations humaines", je la ressens très bien. Ces relations avec un petit côté anarchique, mais aussi ludique, sont pour moi des moments fort agréables à découvrir ! Et bon choix de celle qui a conçu les costumes, Polina Alekseyevna,parce qu'ils sont tous vêtus en blanc, permettant de mettre en évidence leur personnalité différente que je découvre.

De ces tableaux durant lesquels, ils s'immobilisent pendant que les autres ou les autres s'expriment ou qu'ils interagissent ensemble, ou que l'un ou l'une est à l'écart des autres, j'en retiens des épisodes de ma propre vie. Il y a aussi ces moments de métamorphose, de ces relations de femmes fort affirmées,  de celle aussi où l'une d'entre elle se retrouve toute seule "dans la foule". Les symboles sont forts et les gestes exprimés les rehaussent. Moi qui apprécie de plus en plus des différents styles de la danse urbaine, j'en apprécie encore plus ceux et celles qui les incarnent ! Et durant ces moments incertains, moi, je me mets à espérer, avec en mémoire les mots d'une des interprètes entendus lors de la discussion d'après représentation qui nous disait qu'elle s'était "abandonnée dans l'incertitude du métier".

Il semble que je devrai vivre les prochaines semaines sans que mes pas m'amènent jusqu'à une destination danse. Je suis donc heureux de pouvoir conserver dans ma mémoire ces moments qui feront le pont jusqu'à la prochaine fois ! Merci Alexandra !

Sur mes pas en danse: Un mémorable programme triple de la Nederlands Dans Theater !

Je serai honnête, en entrée de jeu (ou de soirée de spectacle de danse), un programme composé de plusieurs œuvres, entrecoupé d'entractes, je n'aime pas trop ! Et c'était ce qui était prévu pour ce programme triple de la Nederlands Dans Theater présenté par Danse Danse. Devant nous, nous attend pour les deux heures quinze à venir (qui seront plus proche de deux heures trente !) à trois œuvres de 30 , 19 et 34 minutes. Faites le compte, cela fait presque une heure pour les deux entractes !

Je vous rassure, ma soirée a passé vite et les entractes ont été bien utiles ! Parce que, voyez-vous, les trois propositions au programme, la première de Hofesh Shechter, la deuxième de Crystal Pite et la troisième de Sol Leon et Paul Lightfoot étaient tellement différentes que les pauses permettaient de "faire le vide" entre chacune. Les pauses permettaient aussi au personnel technique d'installer les éléments scéniques fort importants pour les deux dernières œuvres, dont surtout la dernière. Mais, sur ce dernier point, j'y reviendrai !

                                                    Tirée du site de Danse danse

Les directives d'usage énoncées et les lumières de la salle devenues discrètes, le rideau se lève et nous découvrons des personnages immobiles pour débuter "Vladimir". Le tout débute, donc, de façon très lente avec des personnages d'allure menaçantes. Pour ma part, ce début me laisse un peu "froid" ! Et puis arrive le moment où les mouvements se font anarchiques, menaçants, intenses et dynamiques. Impossible de rester indifférent devant la qualité d'exécution et la beauté des gestes de ces interprètes. Une oeuvre, je dois l'admettre, qui m'a plu surtout par l'exécution que par le propos !

Une pause s'en suit, le temps pour le personnel technique de faire son travail et pour nous de faire le vide avant la suite, "The Statement" de Crystal Pite (et de Jonathan Young à la dramaturgie). Le rideau se lève pour nous permettre de découvrir un homme et une femme autour d'une table (qui j'imagine, on peut retrouver une carte géographique et des enjeux politiques) et au-dessus d'eux, un immense plafonnier. Nous découvrirons les tractations politiques, tout en discours verbal et gestuels. Ils seront rejoints par deux de leurs supérieurs qui comme on peut l'imaginer, tentent d'influencer le cours des choses sans s'impliquer formellement.  Le tout a beau être en anglais et rapidement débité, la gravité du propos est fort évident et les contorsions morales présentées par les gestes.Pour ma part, je retrouve, en un concentré d'une vingtaine de minutes, la façon "Crystal Pite" que j'avais fort bien apprécié, il y a moins d'un an avec "Revisor" présenté aussi par Danse Danse. De ma perspective toute personnelle, un moment fort de la soirée de par son propos fort clair, en mots comme en gestes.

Il s'en suit un très long entracte de près de trente minutes, selon mon estimation non chronométrée ! Mais lorsque, une fois tous assis les spectateurs, les rideaux s'ouvrent, nous comprenons mieux la raison de ce délai à poursuivre la soirée. La scène est complètement métamorphosée et nous nous retrouvons devant un salle d'attente d'une gare pour découvrir "Singulière Odyssée" de Sol Leon et Paul Lightfoot". Une salle vide, avec deux portes de dimensions différentes, une au fond à droite plus petite et l'autre en avant à gauche beaucoup plus grande. Et aussi en haut du mur du fond, une horloge qui conservera précieusement la même heure, 9h35 jusqu'à la toute fin, symbole du temps immobilisé pour ce que nous verrons ! Il y a déjà une femme immobile assise sur un banc. Arrivera un homme habillé tout en noir, en apparence immense parce que la porte. Il semble désorienté, sinon inadapté à ce lieu et il l'exprime avec ses mouvements. Puis arrive les usagers de la place, ces femmes et ces hommes qui vont et viennent. J'y vous un poème chorégraphique qui se décline en différentes strophes au propos doux. Je me laisse bercer aux vagues des gestes portés par une musique fort efficace qui me plait énormément ! Pour les intéressé.es, il s'agit de "Exiles" par Max Richter, composée spécifiquement pour cette oeuvre.

Et puis arrive sur scène un déluge de feuilles qui proviennent d,abord de la porte avant et ensuite du plafond. Et c'est sur un tapis de feuilles que la pièce se poursuit et se termine. Et comme pour les deux œuvres précédentes, la fin est suivie d'un déluge d'applaudissements et de commentaires dithyrambiques tout autour de moi.

Mon bilan de la soirée est fort positif, malgré les longues pauses qui permettaient de faire le vide entre trois oeuvres toutes fort différentes. Une soirée qui m'a présenté de brillantes performances d'interprètes. Une soirée qui malheureusement qui n'a pas pu être présentée jusqu'à la fin, because "COVID-19" ! Il en reste que de la deuxième oeuvre, je ne peux m'empêcher qu'elle peut représenter les tractations dans certaines officines gouvernementales !

mardi 10 mars 2020

Sur mes pas en danse: De belles rencontres fort prometteuses sur la "Passerelle 842" !

Difficiles à intégrer à mon agenda, je me fais néanmoins un devoir d'aller assister à au moins l'une des trois Passerelles de chaque saison. Pour cette édition du Festival Passerelle 840, Hiver 2020, mes pas m'ont amené "un peu à l'avance" jusqu'au Pavillon de Danse de l'UQAM, rue Cherrier pour découvrir celle du Collectif 842.



À mon arrivée, le hall est tranquille et le moment de débuter la représentation est encore assez "loin". Ça qui me permet de compléter la lecture de mon livre ("La maison brûle, plaidoyer pour un New deal vert" de Naomi Klein). Terminer ce plaidoyer rempli d'espoir est un beau préambule avant de découvrir les pas de ces jeunes !

Ma lecture terminée et mes yeux relevés de mon livre, je découvre un hall fort achalandé. Il ne reste qu'à laisser mon manteau sur le support et mes souliers "à ses pieds" pour prendre place dans la salle, une fois les consignes d'usage énoncées par Ariane Levasseur, hôtesse de la soirée. Je présente mon billet et je prends place dans ce toujours beau local tout en long, premier étage, en première rangée (évidemment !). Nous aurons droit à cinq œuvres.

La première, "DEUX" de Valérie Huard en collaboration avec Éliane Viens-Synnott, a été interprétée par cette dernière. De cette femme de dos tout au loin, je découvre d'abord les projections bleues et jaunes sur le mur du fond. De ce tableau tout en complémentarité qui est fort bien illuminé et qui est, selon moi, un moment fort de cette chorégraphie. Elle se rapprochera du mur pour opérer la jonction de ces deux déclinaisons colorées qui deviennent une.  Et puis, comme si elle était en paix avec elle-même, elle viendra vers nous, Une perspective différente mais toute aussi intéressante et captivante. Comme l'indique le feuillet de la soirée, "Je préfère le mystère. La question est plus intrigante que la réponse". Par ses pas et ses mouvements sur scène, j'en ai ressenti des éléments évocateurs. Et de sa dualité exposée, j'en ai une seule réponse et elle est positive.

Avec "PORTRAITS", j'irai ailleurs,  dans un premier temps à une autre époque. Celle qui voulait que sur la pellicule, soit capturé une image de nous fort bien présentable ! Mais derrière ce vernis de présentation capté par  la pellicule que peut-on retrouver ? C'est ce que je découvrirai par la suite, fort bien interprété. Peut-on face aux autres, être soit ? Voilà la question qui nous est posée. Mais au final, chacun et chacune retrouvera "sa" place, parce que devant la visite ou pour la postérité, les apparences, c'est important ! Pour cela, merci Alice Jean et ta gang, Louise Germain, Alicia Toublanc, Julien Derradj !

Il s'en suit, mon premier coup de coeur de la soirée, "BRACKET"  de et avec Rose Morel. Difficile de ne pas être intrigué par cette jeune femme qui avance dans cette diagonale scénique illuminée dans une oeuvre en trois temps sur trois extraits musicaux fort contrastés. Mais le point fort, sinon le point d'orgue de cette présentation sera verbal et aussi et surtout interpellant ! Le moment où elle nous aborde frontalement, brisant le quatrième mur parce que ce "mi majeur" ne lui permet pas de s'exprimer chorégraphiquement ! Et elle nous demande, en nous regardant "droit dans les yeux" ce que nous en pensons en nous demandant de mettre notre opinion sur un papier qu'elle a mis sous ma chaise ! La réponse spontanée en cette première soirée sera timide, mais l'impression ressentie autour de moi, elle, sera forte ! Et moi, Rose, je prends bien note de ton nom et je garde en moi précieusement ton exploration "issu d'une recherche (réussie) sur l'humour dans la danse.

Il s'en suit, après un moment fort utile pour reprendre contenance, "SAD INDIE BOY#3" de et avec Julien Derradj. De son dernier essai chorégraphique, fort bien exécuté, j'en apprécie l'exécution, fort belle et dynamique et qui fait réagir tout autour de moi. Une oeuvre sympathique, mais dont le propos m'a semblé bien mince et qui m'a moins rejoint.

La soirée se termine avec "POÉSIE IRRÉSISTIBLE, CORPS MOUVANTS ET AMBIGUÏTÉ PASSAGÈRE" qui s’avérera mon deuxième coup de coeur de cette soirée. Chorégraphié par Mélia Boivin en collaboration avec les interprètes Chirstopher Noël, Cyrielle Rongier Saint-Sulpice, Jaine Albert, Mélodie Charbonneau-Demers, Morgane Guillou et Rozenn Lecomte. Déjà à la lecture du texte de présentation, j'étais fortement "teasé" !Pour que vous compreniez, je vous en propose deux des vers. "Ces imaginaires multiples regorgent de vitalité" et "Quand la poésie s'invite au théâtre, elle est invitée à danser".

C'est avec plaisir que je découvre ces personnages dans des modulations qui effectivement me permettent d'imaginer des sens à ces pas et ces mouvements présentés. Difficile de mettre en mots, ce que je découvre, comme si le propos chorégraphique flattait mon imagination comme le vent chaud le fait sur ma peau. Cette proposition a du potentiel et j'espère bien la revoir en version allongée très prochainement pour tenter d'y mettre mes mots !

Une fois les applaudissements bien mérités à tous celles et ceux qui ont "performé" durant la soirée, je me remets en marche, destination maison. Spectateur fort bien satisfait d'avoir pu trouver une place dans mon agenda pour cette Passerelle. Je m'en voudrais de ne pas mentionner le travail de Sophie Robert aux éclairages, soient la conception et les ajustements efficaces tout au long de la soirée.

J'en reviens aussi un peu malheureux, de ne pas pouvoir découvrir plus de Passerelles !


samedi 7 mars 2020

Sur mes pas en danse: Interpellé par cette soirée à Tangente !

Ça ne sera pas la première fois que mes pas m'amènent à une proposition de "ma" gang de Tangente et que j'en suis "interpellé", sinon déstabilisé ! Cette fois, au programme, "pour 18 ans et +", deux performances dans l'intimité (lire ici aussi, proximité) de l'Espace Vert du Wilder. D'abord, Geneviève Smith-Courtois accompagnée par Juliette Pottier Plaziat nous proposeront "∞POSTX∞" qui sera suivi par "There she was" de et par Jane-Allison McKinney. 

            Photo de Jane-Allison McKinney par Francesca Chudnoff tirée du site de Tangente

En entrée de jeu, je dois dire qu'autant les unes que l'autre sont de nouveaux "visages" pour moi, le spectateur "aguerri" ! À part l'avertissement tant qu'à l'âge, je m'y présente donc sans aucune idée préconçue. Et en plus, je ne lis pas le feuillet de la soirée avant de prendre place dans la salle. Je pourrais dire que j'arrive "vierge" pour cette soirée !

Une fois les portes ouvertes devant moi, je découvre tout autour de l'espace de prestation des coussins tout autour par terre et on m'invite à prendre place sur l'un d'entre eux. Invitation que j'accepterai, bien que des sièges plus confortables, soient disponibles dans les trois premières rangées de l'estrade. Voilà une première invitation à partager de l'intimité que j'ai accepté. Juste après, bien installé, je peux découvrir cette jeune femme (Juliette Pottier Plaziat) "légèrement" vêtue, qui se retrouve juste là devant moi ! Sur cette scène dépouillée (pour ne pas utiliser le terme dénudée !), elle est sur un "lit" à adopter des poses. Ces poses, je le découvrirai plus tard, sont tirées d'un livre d'Annie Sprinkle qui présente "Bosom Ballet". Pour les intéressé.es, si le nom d'Annie Sprinkle ne vous dit rien, une courte recherche sur Google vous permettra de vous la"situer" ! En sourdine, nous pouvons entendre des paroles d'une femme (d'Annie Sprinkle, je suppose !) qui porte sur la "porn", mais impossible pour moi d'en saisir le propos, mon attention étant portée à l'arrivée des gens en salle et aussi par ce que cette femme au regard et au corps fort affirmés me propose. 

Une fois tous les spectateurs à leur place, débute officiellement la performance. Cette performance sur et autour de cet "autel d'exhibitionnisme" au milieu de la place, situe bien le malaise possible du spectateur. Elle semble fort à l'aise, mais moi homme blanc hétérosexuel, quelle posture de spectateur dois-je prendre ? Ma perspective oscille face à ce qui m'est offert et que cela peut susciter en moi. Mais le spectateur que je suis en a vu d 'autres et reste donc très attentif au propos !

Il y aura le chant des oiseaux qui accompagnera les premières étapes du cheminement de cette femme qui se présente à nous de façon fort affirmée tout en se dépouillant ! Le tout peut prendre des proportions multiples rehaussées grâce à sa caméra portative qui projette les perspectives sur les trois murs tout autour. L'esthétique qui en résulte est fort réussie et me plait beaucoup. Mon regard "navigue" frénétiquement entre la performeuse qui évolue en mouvements comme en propos et ses traces visuelles projetées sur les murs. Murs qui déforment d'autant plus qu'ils sont constitués de draps blancs tout ondulés.

Et puis arrive le noir (dans la salle) et le changement de perspective. Une fois les lumières rallumées, nous retrouvons tout au fond de la scène face au mur, un "autel", sur lequel se retrouve offerte à nous de dos, une autre femme (Geneviève Smith-Courtois) qui, elle aussi nous propose une perspective toute intime d'elle même. Perspective projetée qui intrigue d'abord pour ensuite faire réfléchir, sur ce que l'on peut voir ou sur ce que l'on veut voir. Aussi, de de cette autre perspective, jusqu'où peut-on ou doit-on aller pour se dévoiler ? À cette question, je suis incapable de donner ma réponse comme homme, à cette époque du "#me too" durant laquelle on se requestionne sur ce qui est souhaitable et même acceptable.

Et sur ces réflexions, les lumières s'éteignent et peu de temps après les applaudissements se font entendre avec les deux interprètes juste là devant moi !

S'en suit une courte pause durant laquelle nous pourrons rester en place. Et c'est que je ferai, le temps de laisser mon coussin sur la scène pour un siège en première rangée !

Une fois prêt pour la suite, les lumières éteintes et rallumées, nous apparaît dans le coin arrière droit de la scène une femme de dos. Elle n'a qu'une culotte et se met à évoluer de dos, d'abord pour ensuite venir vers nous dans une démarche lente avec un propos gestuels portés par ses mouvements de bras fort captivants que j'apprécie beaucoup! Une entrée en la matière fort bien réussie, de ma perspective. Pour la suite, les jambes et le corps compléteront son propos avec des éclairages qui colorent par intermittence le sol d'un bleu fort apaisant. Arrive le moment de la transformation, de la libération de ses cheveux, durant lequel elle revêt une robe noire et des souliers noirs à talons hauts. Sa métamorphose me captive, mais surtout ses déplacements parfois hésitants, mais le plus souvent affirmés sur ses talons hauts qui me garde rivé à elle. Et puis, en troisième partie de l'oeuvre, elle nous interpellera en anglais (mais on obtiendra en sortant de la salle la traduction française, merci Tangente !) avec un propos qui débute par "It's crazy, it's insane, it's wild" jusqu'à "it's can be funny". Son réquisitoire (traduit en français) de dix lignes et que je peux lire et méditer, j'en retiens principalement quelques mots qu'elle nous à illustrer juste avant "Tout oublier et foncer".

Et arrive le moment où elle revient en arrière, comme si elle revenait dans le passé pour retourner, non pas à son point de départ, mais un peu en avant et vêtue autrement ! Comme si l'expérience des pas faits sur cette scène comme dans la vie l'amenait à être autrement et ailleurs.

Voilà une oeuvre forte, un coup de cœur pour moi, avec je serais tenté de dire, du propos (ou en d'autres termes, riche dans la partie U.V. du spectre d'une oeuvre) et une prestation fort belle et bien exécutée. Une oeuvre dont autant le propos que l'interprétation m'a rejoint et m'a fait réfléchir!

Je ressors de la salle, interpellé, un peu troublé aussi, à la suite de deux oeuvres qui m'ont permis de découvrir autant les corps que les propos de femmes dans des démarches d'affirmation !

mardi 3 mars 2020

Sur mes pas dans "La nuit blanche": Une sortie "Short & Sweet recyclé XXL" tout à fait réussie.

Bon cette année pour cette édition de la Nuit Blanche, une fois venu le temps de prendre une décision, je l'ai prise et je n'aurai qu'une seule destination. Non pas que plusieurs autres propositions n'auraient pas mérité que je m'y rende, mais il arrive, comme en cette nuit, que je veuille faire ça simple. Par conséquent, ça ne sera que "Short and Sweet" au CCOV de 10h00 à 1h00.


Compte-tenu de la popularité pour cet endroit que j'avais constaté l'an dernier, nos pas nous y ont amené une heure avant le début prévu de la soirée. Et nous ne serons pas les premiers dans la file d'attente ! File qui s'allonge rapidement une fois que nous sommes arrivés. Pour ceux et celles qui ne connaîtraient pas la formule de la soirée co-imaginée et co-dirigée par Sasha Kleinplatz et Andrew Tay, c'est tout simple ! Ils laissent carte blanche aux performeurs pour une durée de trois minutes, après cette durée, ils ferment son et éclairage (et ils aiment cela, se plaisent-ils de nous dire !). Pour cette soirée (ou cette nuit blanche), ils ont proposé aux participants de construire leur "trois minutes" sur le thème, au sens large, du recyclage, soit celui des objets ou celui de créations existantes ou tout autre aspect qui peut s'en rapprocher de proche ou de loin. Thème dans le même esprit que la soirée précédente à laquelle j'avais assistée, il y a deux ans et demi et qui avait pour thème "Covers", dans le sens lyrique du terme !

Une demie-heure avant le début prévu, les portes s'ouvrent et nous pouvons descendre jusqu'à la salle du CCOV dans laquelle les spectateurs pourront prendre place sur trois côtés de l'espace de prestation. Fidèle à mes habitudes, c'est sur un siège en première rangée de face que nous prenons place, conséquence heureuse de notre arrivée hâtive. La salle se remplit rapidement et, pile poil à l'heure, après les présentations d'usage des deux organisateurs, le tout débute.

Pendant les trois heures, je verrai défiler environ quatre-vingt interprètes dans trente-sept propositions. Comme je connais bon nombre de ceux qui viendront devant nous, cela ajoute à mon plaisir anticipé. Et dans ce qui suivra, il y aura des propositions couvrant tout le spectre de la danse mais aussi celui de la performance. Des bouts d’œuvres, recyclés que j'avais déjà vues ou d'autres, j'en suis certain, ont été créés pour l'occasion et qui pourront être recyclés !

Je ne mettrai pas à utiliser mes notes pour revenir sur chacune d'elles, même si l'envie ne me manque pas ! Je tenterai donc de m'en tenir à mes principaux coups de cœur dont certaines tiennent au fait de ma réaction, "ben voyons !"

Le tout a débuté en force avec une proposition de Matéo Chauchat qui recycle le tissu (celui qu'il avait utilisé avec Christina Martin lors d'une prestation dans le cadre du Festival Soir rue Beaubien, en 2018) qui recouvre la figure. Une prestation fort inspirante sur les enjeux actuels de la société, ceux que nous n'osons pas regarder en face, d'autant plus qu'une bouteille d'eau de plastique vide est utilisée pour nous en rappeler les enjeux !

Il y aura aussi  Bettina Szabo avec tout son attirail lumineux, bleu et blanc, tout nouveau pour moi, nous propose, une perspective corporelle fort intrigante. Encore une fois, elle utilise ou plutôt réutilise la "matière" pour nous fasciner.

Sydney McManus et Jean Bui nous propose sur "toile de fond" qui est plutôt une longue bande de différents tissus (que j'ai l'impression avoir déjà vue !!!). À tour de rôle d'abord et ensemble ensuite, elle est transformée pour les vêtir de façon fort magnifique. En trois toutes petites minutes, ils réussissent de nombreuses métamorphoses vestimentaires fort impressionnantes. Comme quoi, dans la vie, un même objet (recyclé) peut combler différemment !

Dans un tout autre ordre type de recyclage, Nicolas Patry nous demande d'abord de fermer les yeux (ce que je ferai !) pour les rouvrir à son signal. Et à ce moment, nous le découvrirons, comme "porte-drapeau". Recyclant ses habiletés de jeunesse, il est fort évident qu'il en a gardé les habiletés.

Lucy May, pour sa part, nous propose de recycler un solo de Marie Chouinard (pour laquelle elle a dansé sept ans). Bon OK tout simplement, j'ai été subjugué par sa prestation dans la pénombre.

Geneviève Duong nous arrive dans un peignoir, accompagné d'une autre femme. La séparation, malgré qu'elle semble douce, la laisse dépourvue de tout. Et devant nous, le regard tout désespéré, elle tentera avec des blouses médicales jaunes, de se refaire une contenance humaine. Je me rappelle encore sa prestation à Tangente et encore une fois, elle me rejoint et me fait ressentir de fortes émotions.

Émile Pineault et ses acolytes nous propose l'oeuvre la plus audacieuse, soit celle d'imaginer, parce fait dans l'obscurité, le mouvement de ses corps par le bruit et aussi notre imagination.

Nasim Lootij, être dans l'obscurité, nous livre dans sa robe noire, un propos empreint de souvenirs recyclés (dont celui de sa peur) avec des gestes fort évocateurs.

Côté performance déjantée, la palme revient à Maxine Segalowitz qui dans son personnage tout bougon, recycle le mot "recycling" pendant toute sa prestation fort impressionnante en passant de tons graves à d'autres plus aigus.

La palme d'or du contraste revient à Kimberley De Jong avec Sovan Rochon-Prom Tep et Lucy Mai qui nous déversent sur la scène une mer de canettes vides, prêtes à être recyclées, pendant que derrière eux, sur grand écran,  nous découvrons dans les mers du sud, un Éric Lapointe aux propos discordants dans la plus grande opulence d'un yatch dans lequel le mot recyclage n'existe pas !

Et une toute petite dernière, celle d'Emalie Ruest, Marie Philip Santerre, Marie Mougeolle, Marine Rixhon, Liane Thériault, Stéphanie Fromentin et Marijoe Foucher qui ont découvert dans des exhibits d'une autre époque (lire ici cassettes audio ) pour nous entraîner dans des mouvements aux vêtements multiples. Un trois minutes fort riches et qui, selon moi, mériteraient d'être "recycler" dans une oeuvre bien plus longue.

Je pourrai poursuivre, mais je m'arrête ici, avant de mentionner les créations et/ou les prestations de plein d'autres, dont Hanna Sybille Müeller, Alexandre Morin, Lina Cruz, Ivanie Aubin-Malo, Myriam Foisy, Andréa Page, Bill Coleman, Katie Ward, Alexia Martel, Simon Lacroix, Jordan Brown, Silvia Sanchez, Maria Kefirova, Alexis O'Hara, Stacey Désilier, Jossua Collin. Trois heures qui à coup de trois minutes à la fois devant un public fort réceptif ont semblé si courtes. Une suite de propositions qui ne m'ont pas laissé indifférent, allant des moments fort émotifs, d'autres réflexifs, d'autres surprenants, d'autres aussi provocants, mais jamais ennuyant.

Et dans cette salle dans laquelle, performeurs, amis et spectateur conjuguaient leurs présence, j'en garde de beaux souvenirs et en espérant en revoir une autre bientôt ! Merci à vous, Sasha Kleinplatz et Andrew Tay et toute le reste de l'équipe du CCOV de nous avoir ouvert les portes dans cette nuit blanche "fort colorée" et mémorable !





jeudi 27 février 2020

Sur mes pas en danse: "Les corps avalés" du "Virginie Brunelle" fort et percutant !

Pour peu que vous vous intéressez comme à la scène chorégraphique montréalaise, le nom de Virginie Brunelle vous est bien connu. Pour ma part, ma première fois, c'était il y a presque sept ans, à l'Agora de la Danse, rue Cherrier. De "Plomb", j'avais dit "Wowwwwww!", mais aussi "Plomb" comme dans l'expression "du plomb dans l'aile" pour les relations humaines mais aussi comme l'oeuvre qui amène Virginie Brunelle dans la "cour des grands". OK, je l'avoue la fin de ma citation était un peu prétentieuse pour un simple spectateur de danse ! Depuis cette première fois, j'ai vu et revu plusieurs de ces oeuvres, toujours avec le même plaisir dans lesquelles. J'avais aussi écrit (en 2017), toujours sur "Plomb" que je revoyais pour un soir seulement, " "Au final, "Plomb" irradie comme un corps noir soumis à la haute tension des relations humaines pour lequel les tableaux présentent tout le spectre des excès de notre nature.". Et j'avais complété par "À quand le retour chez un grand diffuseur, pour plus qu'une soirée ?"

                            Photo de la Compagnie Virginie Brunelle tirée du site de Danse Danse

Voici donc venu ce moment ! Celui de faire partie de la programmation de Danse Danse au Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts. Et moi, j'avais bien hâte, comme ceux à qui j'ai parlé juste avant le début de la présentation. En ouverture de rideau, le Quatuor Molinari (Olga Ranzenhofer, Antoine Bareil, Frédéric Lambert et Pierre-Alain Bouvrette) est là au fond de la scène au milieu. Et puis, brillamment portée par les interprètes, Isabelle Arcand, Claudine Hébert, Sophie Breton, Chi Long, Milan Panet-Gigon, Peter Trosztmer et Bradley Eng, le tout débute. Devant moi, les relations humaines se tissent et se présentent en douceur, mais aussi en force, sinon en puissance, tout cela porté par la musique. La chorégraphe aime beaucoup la musique classique et pour son plus récent opus, elle incarne sur scène son accompagnement musical. Et comme Sophie Breton le mentionnait de façon fort convaincante lors de la rencontre d'après représentation, la présence sur scènes des musiciens avait un effet synergique tangible pour eux sur scènes. Et cela, je l'ai bien ressenti ! 

Dans les tableaux qui "explore(nt) les relations de pouvoir, les inégalités et le désordre social" (dixit le feuillet de la soirée). Ils sont incarnées dans des tableaux de groupe, de solo, et aussi de duo qui sont parsemés de symboles fort bien perceptibles, dont par exemple celui du Mur des Lamentations ! J'y retrouve régulièrement avec grand plaisir la répétition des mouvements telle que la propagation des ondes jusqu'à conscience. Si les musiciens utilisent des instruments à corde, les corps eux deviennent des instruments de percussion. soit en se projetant l'un sur l'autre ou en battant la mesure des mains sur leurs corps. Je revoyais là, les relations de cette humanité avec des excès, comme la chorégraphe le fait si bien. Des différents tableaux, j'en ai aussi beaucoup apprécié l'asymétrie des tableaux par le nombre impair des sept personnages. Par ce que découvre, pour moi, amateur de symétrie, il y a celle ou celui qui est seul.e . Cet aspect me trouble, mais surtout m'interpelle avec grand plaisir !

Au final, de cette épopée humaine que me reste-t-il en fin de parcours de ces efforts relationnels parfois inachevés? Désespoir ou désolation, peut-être, mais aussi de l'espoir et de l'émotion qui reste dans nos tripes et aussi des images de "ces corps avalés" déployés, voilà ce que je conserve en moi, à mon retour. 

Je m'en voudrais de ne pas mentionner, en terminant, la satisfaction fort palpable et bien méritée de Pierre Des Marais entendant tous les commentaires fort positifs des spectateurs lors de la discussion d'après. Au final, un grand cru de cette chorégraphe et si cette oeuvre revient sur une scène montréalaise, promis, j'y retourne pour m'en faire une autre lecture parce que cette oeuvre est "polymorphique" de sens !