dimanche 20 janvier 2019

Sur mes pas en danse: Une sortie devant "El silencio de las cosas presentes"

Voici venu le moment de me rendre à ma première proposition chorégraphique de cette saison, après une introduction magistrale au MAC ( "Canopée" de Catherine Lavoie-Marcus). À cette proposition de Danse-Cité au théâtre La Chapelle, j'y vais équipé de ma paire de pantoufles, tel que nous le demandait les organisateurs. Avec un mercure qui plonge profond sous le zéro, les pantoufles, synonymes de confort chaleureux et douillet, est une apparence contradiction, mais tout en lien avec l'atmosphère annoncée et qui sera vécue dans la salle de prestation.

                                Photo de Martin Benoit tirée du site du Théâtre La Chapelle

Me voilà donc, dans le hall d'entrée, un peu à l'avance mais déjà achalandé, "because" première ! Je peux trouver une place pour mon manteau, pour être un peu plus "confo" ! Le temps que les portes s'ouvrent, je prends le temps de lire le feuillet de la soirée et, surprise pour moi, "El Silencio de las Cosas Presentes" (ou en français, selon Google, "Le silence des choses présentes"), j'apprends que la durée de l'oeuvre est d'environ 3 heures. Rien de bien dramatique en soi, mais lorsque le réveil-matin t'a réveillé très tôt en matinée, que la journée a été fort chargée et que tu avais un rendez-vous en fin de soirée, le spectateur que je suis sent un début d'angoisse s'immiscer en lui. Mais les portes s'ouvrent, mes pantoufles remplacent mes souliers et une belle place confortable, sur coussins blancs, m'attend et je la prends ! Profite du moment présent, je me répète intérieurement !!! Et ce mantra, répété pendant que tous les spectateurs prennent place, fait son effet !

Je m'installe donc et j'évalue ce qui se présente devant moi. Du côté gauche, j'y découvre une console, un piano et par terre, des tasses et des soucoupes. Du côté droit, encore plus de tasses et de soucoupes et ce qu'il faut pour les laver. Le temps que je fasse l'état des lieux, toutes les places trouvent preneurs ou preneuses. Et à l'heure prévue, se présentent à nous, deux hommes et deux femmes, tout de blanc vêtus qui débutent la distribution d'une boisson chaude, qui s’avérera une chocolat chaud fortement aromatisé et très bon à boire. Le tout dure une dizaine de minutes. Le temps que les derniers breuvages soit distribué, Eduardo Ruiz Vergara, le créateur et interprète, prend place au milieu de la scène. Il y restera pendant plus d'une vingtaine de minutes, le temps que son immobilité se métamorphose en une fébrilité, d'une assurance faciale assurée en une autre décomposée, dont ses longs cheveux camouflent ensuite son visage, mais pas l’irradiance de ses gestes, sur un fond sonore qui se fait de plus en plus intense.

Un premier long tableau qui capte mon attention et qui me permet de lâcher prise. Un premier long tableau donc, qui se termine sur une finale qui nous montre que des tasses, comme des "tâches" ou des relations précieuses avec les autres, si nous sommes animés d'une fébrilité aveugle, ne peut qu'annoncer une suite catastrophique et d'innocentes victimes dont certaines, collatérales. À preuve, en cette soirée de première, un résidu d'une tasse, victime de cette fébrilité est resté sur scène, malgré les passages répétés et minutieux du balai et a blessé le pied d'une des interprètes, laissant sur ce plancher tout blanc, les traces de sang pour en fournir la preuve.

La suite m'amène dans une expédition forte en sensations et en prestations. Une suite de tableaux, riches des interactions humaines et de leurs interactions équilibre-déséquilibre ou de leurs perspectives horizontale-verticale, de transitions musicales, de ces intrusions dans les estrades. Tableaux portés par la grande qualité et la présence, forte, des interprètes ( Marie Mougeolle, Sophie Levasseur et Eduardo Ruiz Vergara aux "gestes" et Nathan Giroux et Gabriel Vignola à l'environnement musical et sonore).

Le tout m'a demandé un lâcher-prise avec un certain effort, sinon un effort certain, mais une fois fait, je me suis rendu dans un univers surprenant, recelant des surprises, et des tableaux forts et réussis. Par exemple, celui durant lequel, elle (Sophie Levasseur) nous arrive avec son sac rempli de grésillements et qu'elle ouvre devant nous. Pour, par la suite, être rejoint par lui, pour un bout de chemin, plein de distractions pour finalement être laissée là, en plan, au point de départ. Difficile de dire en mots, ce qu'il est possible de ressentir tout au long, mais le ressenti percute en moi. Et nous pourrons aussi voir, comment aveugle, sur les pas de Marie Mougeolle), il est possible d'aller de l'avant et se rendre à bon port.

Avec "El silencio de las Cosas presentes", Danse-Cité, Le Théâtre La Chapelle et Eduardo Ruiz Vergera, est ce qui est annoncé, "Danse performative axée sur le partage polysensoriel de l’intime" qui nous demandent de sortir des sentiers battus de spectateur pour explorer autrement, en quinze temps et trois heures. Une exploration que j'ai apprécié de faire et qui mérite de la faire.

vendredi 18 janvier 2019

Sur mes premiers pas en danse en 2019: Une Canopée fort inspirante !


La saison danse débutait à peine, mais je peux déjà vous dire que j’ai vécu mon premier coup de cœur de la saison. De quoi rendre le spectateur, à sa première sortie, fort optimiste face aux semaines à venir.

                                         Photo de Maryse Larivière, tirée du site du MAC

Merci Maud et bonjour à vous tous. La saison danse débutait à peine, il y a une semaine, mais je peux déjà vous dire que j’ai vécu mon premier coup de cœur de la saison. De quoi rendre le spectateur, à sa première sortie, fort optimiste face aux semaines à venir.

Une première rencontre chorégraphique tellement inspirante pour moi, que mon carnet ne se pouvait plus de tourner ses pages face aux agissements de ma plume hyperactive, tout en gardant mes yeux sur l'action, évidemment !!!!

Mais quelle est cette œuvre Robert, avez-vous comme question sur le bout de vos lèvres ? D'autant plus que la saison n'était pas encore ouverte officiellement !! 

Et bien, c’était « Canopée » de Catherine Lavoie-Marcus, présentée seulement deux fois, au Musée d’art Contemporain dans le cadre de l’exposition de Françoise Sullivan. « Canopée » et moi, j’y étais pour la première. Et je n’étais pas seul. Dans cette trop petite salle du MAC, il y aura une trentaine d’interprètes au milieu et plusieurs dizaines de spectateurs, tous entassés autour. Et moi de « ma » belle place acquise grâce une arrivée fort hâtive, j’ai pu aussi assister au moment fort intéressant durant lequel la chorégraphe donnait ses dernières indications aux interprètes amateurs qui incluait un conseil fort beau, « On se donne à soi-même ».

Avant de vous présenter la symbolique que j’ai découvert dans cette œuvre, je vous rappelle la définition de canopée qui est l'étage supérieur de la forêt. Pour tous les spectateurs présents, au figuré, c’est vers le haut qu’il a fallu porter notre regard, pour voir la canopée. Et c’est vers le haut, au sens propre, que l’œuvre nous a amené, vers la lumière.

Une canopée, riche de sa diversité humaine, j’en ai découvert une belle illustration. Après l’avoir vu, je suis certain que ce titre est celui qu’il fallait, pour symboliser ce que nous découvrirons par la suite. J’ai donc apprécié en cette soirée d’hiver au MAC, une œuvre d’une soixantaine de minutes en deux temps.

Le moment venu, quatre interprètes se présentent à nous, tenant à la main une grande feuille dorée, portée tout haut, tel un offertoire. Les autres, peu à peu se joindront à eux. Et rapidement, le sens de l’œuvre, mon sens, se construit devant moi. Devant moi, donc ce que chacune et chacun porte, est son idée.

Ces idées qu’on portent, donc. Que l’on donne aussi, Qu’on échappe. Qu’on partage, qu’on tient ensemble, qu’on récupère, celle dont on ne se sait que faire. Celle qui nous protège. Celle qu’on jette. Celle qui s’accroche à nous. Celle qu’on balance ou qu’on laisse en plan derrière soi, celle qu’on foule sous nos pieds ou qui s’y réfugie. Ces idées qu’on accumulent, celles qui nous recouvre, celle qu’on brasse seul ou ensemble. L’idée qu’on offre ou qu’on souffle à l’autre ou celle qui n’est pas la nôtre. Celle qu’on présente ou celle qu’on enlève.

Mais de la rencontre de toutes ces idées que peut-on en faire ? Un choc des idées, une révolution, tranquille ? Comme l’a provoqué la publication du Manifeste du Refus Global, co-signée par Françoise Sullivan.

Oui, nous en verrons une suite intense qui a tout du volcan qui s’active et qui captive. Un volcan alimenté par ces idées, dorées et aussi différentes, mauves, que chacun et chacune des interprètes alimentent. Le tout se présente devant moi, tel un magma bouillonnant qui passe d’états fort actifs à d’autres plus calmes. Au rythme des percussions et de la harpe. Les idées sont célébrées et portées au plus haut de la canopée. Elles alimentent le changement et l’exercice est manifestement physiquement exigeant pour les interprètes, parce que maintenir des idées vivantes est exigeant, surtout si on y ajoute de nouvelles idées. De cet ordre anarchique et organique, présenté devant moi, je ne suis qu’admiratif. Pendant que l’action se passe devant, les "idées" se distribuent tout autour dans la foule. Et moi, j’ai droit à la mienne, merci Katia ! Et puis tout à coup, l’activité diminue et peu à peu, les interprètes quittent leur rôle actif pour devenir à leur tour spectateur, jusqu’au « last man standing » qui sera le seul jeune garçon de la distribution, porteur de l’avenir.

Merci, Maude Blanchette-Lafrance, Olivier Boucher, Vincent Brault, Simon Cardin, Émilie Cardu-Beauquier, Corinne Crane, Heather Croft, Jean-Marc Deschamps, Catherine Duchesneau, Geneviève Dauphin-Johnson, Ariane Dubé-Lavigne, Laura Donohue, Michel F. Côté, Anne-Julie Falcon, Annie-Joëlle Fortin, Anne Gauthier, Estelle Grandbois-Bernard, Camille Havas, Charlotte Horny, Miori Lacerte, Vanessa Landry, Anne Lardeux, Marna Mars, Katya Montaignac, Théo Durieux, Tim Powell, Morena Prats, Anick Saint-Louis, Alanna Thain, Camille Trudelle, Audrey Wells et Sonja Zlatanova pour m'avoir fait vivre ce "beau brassage d'idées" qui représente bien ce que le Québec a vécu suite à la publication du "Refus Global" !

vendredi 11 janvier 2019

Sur mes pas de spectateur: Mes voeux de début d'année !

Chaque début de saison est l'occasion de transmettre ses voeux.  Ce que j'ai fait lors de l'émission "Danscussions & Co" du 11 janvier 2019. Je vous invite à écouter toute l'émission, mais pour l'instant, je vous remet en mots mes voeux de la prochaine année.

http://www.choq.ca/episodes/danscussions/emission-du-11-janvier-2019/

Merci Maud et bonjour à vous tous. Très, très heureux de vous retrouver en ce début d’année 2019 qui luit encore comme un sou tout neuf. Pour ouvrir la saison, je vous offre avec cette chronique, d’abord mes vœux pour la nouvelle année et une de mes résolutions.

C’est de coutume, fort bonne, de commencer l’année en souhaitant à toutes et tous, des vœux pour la nouvelle année que je veux colorer, cette année, avec les thèmes de l’ouverture et du risque.

D’abord, j'offre mes vœux pour les créateurs et les interprètes, par qui tout est possible. Qu’ils prennent, encore plus cette année, le risque d’explorer des univers nouveaux, de mettre des pas nouveaux sur scène, des pas de tout horizon culturel et ethnique, des pas hors des sentiers et de leurs ornières. Et que leurs prises de risque, au risque de décevoir, soient soutenus par les organismes subventionnaires, par les diffuseurs qui leur ont ouvert leurs portes et aussi par les spectateurs.

Ensuite, mes vœux pour les diffuseurs montréalais et ceux en région afin qu’ils prennent encore plus de risque et qu’ils continuent de soutenir les créateurs et à offrir des programmations toujours plus audacieuses et aussi encore plus inclusives de la diversité, si riche. Et que leur audace soit récompensée par des salles bien pleines et des applaudissements.

Aussi, mes vœux pour les organismes subventionnaires afin que nos gouvernements leur fournissent, pour toute la nouvelle année, de quoi remplir leurs goussets. Et une fois ces goussets bien remplis, qu’ils permettent au plus grand nombre de créateurs de prendre des risques et de faire rayonner la grande valeur de la diversité humaine si riche de tous ses pas sur scène, jusqu’au fond de la salle, dans le cœur et la tête de chacun des spectateurs.

Et tant qu’à y être, j'offre mes vœux à nos gouvernements. En effet, pourquoi pas leur souhaiter un peu d’audace et de risque pour qu’ils affrontent, tel des Robin des Bois, les géants du WEB pour prélever, en toute équité fiscale, les taxes afin de les redistribuer aux artisans qui sauront bien les utiliser.
Aussi mes vœux pour les spectateurs, afin qu’ils ouvrent leur tête, leur cœur et leur portefeuille aussi, pour découvrir, au risque d’être surpris et déstabilisé Qu’ils remplissent « full », chaque représentation de chaque œuvre à l’affiche. Parce que dans le risque, il y a une décharge d’adrénaline qui peut être récompensée par une dose de plaisir, accompagnée par une ouverture sur des univers diversifiés.

Enfin, pour vous, ma très chère gang de Danscussions and Co, pour chacun et chacune de vous, qui mettez votre cœur, votre enthousiasme et votre temps afin de guider les spectateurs vers les œuvres sur scène. Je vous, non plutôt, je nous souhaite encore de poursuivre notre beau travail. Et, pourquoi pas, qu’on adopte, cette année, la devise suivante « Risquer encore plus et faire le pas de plus pour aller encore plus loin, à la rencontre de l’autre ».

Une fois tous ces vœux faits, devant, 2019, ce territoire temporel à investir et à conquérir, je veux vous partager une de mes résolutions de spectateur pour la nouvelle année.

Je me promets de trouver du temps pour porter mes pas sur des sentiers que j’arpente peu. Me porter à la rencontre des autres, d’ici et d’ailleurs, dont je partage la différence. Nous qui sommes si semblables par delà nos différences pour peu que l’on se rencontre. Et pour cela cette année, je me propose de regarder attentivement la programmation du MAI (Montréal arts interculturels) et de m’y rendre plus souvent. Et pour débuter l’année, je me propose de m’y rendre pour découvrir l’exposition « le je et le nous » de la commissaire Zoë Chan accessible du 31 janvier au 2 mars prochain. Une expo qui rend hommage aux groupes qui passent souvent inaperçus ou qu’on ne célèbre que trop rarement. Et c’est gratuit !


Je m’arrête là. Bonne prochaine année de prises de risque et de danse!