vendredi 10 juillet 2020

Sur mes pas au cinéma: "It must be heaven" pour retourner en salle !

Pour moi qui apprécie bien les oeuvres cinématographiques, les dernières semaines ont été assez calmes. Il y a bien eu quelques propositions en "VSD" qui m'ont plu, mais c'est tellement mieux sur grand écran. D'autant plus que les propositions de films étrangers qui attiraient mon attention et mon intérêt étaient peu nombreuses.

C'est avec grand plaisir que j'ai appris que mon retour en salle était venu. Et il est arrivé en ce jeudi soir caniculaire. Une fois examiné attentivement les propositions de "mon" Cinéma Beaubien, le choix s'est porté sur "It must be heaven" du réalisateur et acteur palestinien Elia Suleiman. C'est dans une salle à guichet fermé "en temps de pandémie", soit presque vide, que nous avons pris place. Nous étions donc les seuls à prendre place dans la rangée E de la salle 3.

                                                             Tiré du site de Cinoche

Déjà le titre"It must be heaven" ou "C'est ça le paradis" dans sa traduction française, annonçait une perspective personnelle du réalisateur, confirmé par entrevue, " Le récit se tisse par un montage subliminal, des scènes s’articulant autour de mouvements chorégraphiques ; un burlesque tiré de l’univers de l’absurde ; des images ouvrant à la poésie du silence qui est au coeur du langage cinématographique".

Et ce récit est celui d'un homme qui part de sa Palestine pour aller d'abord à Paris, ensuite à New York et enfin à Montréal, avant de revenir chez lui, constatant que les scènes de vie quotidienne avec leurs aspects absurdes n'avaient pas de frontières. Mais ce qui frappe tout au long des différentes scènes est l'apparence stoïque du personnage face des épisodes de vie particulières et parfois surprenantes montrées à grands traits. La scène des utilisateurs de chaises autour d'un lac urbain révèlent beaucoup sur notre nature collective.

Le rythme est rapide grâce aux différents épisodes qui ont souvent du punch, toujours un côté fantaisiste et qui transpirent toujours de la vérité. Et enfin, c'est surprenant et très plaisant de découvrir les traits caractéristiques de notre ville.

Avec ce film, ne cherchez pas de l'action, mais plutôt une perspective très personnelle d'un  réalisateur qui saura rester stoïque face à ces observations. Et moi, ce film m'a fait rire souvent.

mardi 7 juillet 2020

Sur mes pas en danse: Marie Chouinard en deux parties sur mon écran

La première vague de la pandémie est passée, le ressac est à craindre, mais devant mon écran d'ordinateur, je reprends un peu plus mon souffle de spectateur. Depuis "ma" dernière fois en salle, la danse est "venue" à moi, par l'intermédiaire de mon écran. La présence en direct me manque, mais certaines propositions réussissent à me "rejoindre". Parmi celles là, les deux plus récentes oeuvres de Marie Chouinard. "JARDIN DE SCULPTURES ÉPHÉMÈRES- ACTE 1", présenté par et sur le site du Musée d'art contemporain de Montréal et "Sur la lame" dans le cadre du Festival "Une solitude partagée" organisé par le Festival des arts de Saint-Sauveur (FASS). Deux propositions fort différentes qui portent fort clairement la signature de la chorégraphe.

"JARDIN DE SCULPTURES ÉPHÉMÈRES- ACTE 1" nous est proposé dans un espace tout blanc dans lequel évolue deux femmes (Motrya Kozbur et Clémentine Schindler). Elles "feront corps" avec ce bloc de bois déjà présent ou un des quatre autres qu'elles apportent dans l'espace de prestation. Sur la musique de Louis Dufort, nous voyons évoluer les deux femmes qui se déplacent lentement, prenant ces blocs de bois, comme socle pour créer des "sculptures éphémères"! Et de l'ombre d'où elles sont venues, elles retournent une vingtaine de minutes plus tard. L'esthétique est réussie et me captive. Je dois l'avouer, la "communion" avec l'oeuvre aurait été encore plus réussie, si j'avais été là devant elles. 



Quelques jours plus tard, nous avions droit à la première proposition de "Une solitude partagée" (quelle belle proposition de titre !) du FASS. D'un espace intérieur tout pâle, nous sommes amenés sur les pas d'une femme (Valeria Galluccio) dans un boisé de saint-Sauveur (Camp YMCA Kanawana), portée par le son des percussions d'Alexandre Lavoie de l'Orchestre Métropolitain qui interprète la musique de Louis Dufort. 



Après la rencontre des artisans dans une sorte de "making off", nous découvrons cette femme qui marche sur une route d'asphalte avec des pointes. Et puis arrive la musique, cet appel à sortir des sentiers battus ou à répondre à cet appel de la nature. Nous en découvrirons différentes étapes. D'abord, l'exploration, le contact avec la matière ligneuse, qu'est le bois, durant lequel je ressens bien, moi aussi le contact. Il en résulte une transformation qui se développe en affirmation du lieu. Le chemin se poursuit avec un tableau tellement "Marie Chouinard" dans lequel cette femme, long bâton de pellerin à la main et pointe au pieds, semble prendre son envol et trouver sa base, qui ici est un tronc d'arbre. Et elle poursuit sa route pour découvrir la source de son appel et nous montrer un sentiment de joie fort communicatif.

Une oeuvre d'environ cinq minutes, toute intense, avec une trame narrative pour moi fort claire et qui m'a particulièrement plu. Et pour cette proposition, je dois en convenir, grâce la caméra de Jean-Sébastien Giroux et la prise de son de Simon Bellefeuille et Paskal Perreault. je m'y suis senti tout près.

Une première proposition qui en appellera d'autres, promis ! Comment hésiter avec des noms comme Virginie Brunelle, Daina Ashbee et Margie Gillis. Le Festival en présentera dix oeuvres au total.

mercredi 10 juin 2020

Mots du spectateur nostalgique: "Voir" à qui je dis au revoir et merci !

Ainsi donc, j'apprenais récemment que "Voir" allait cesser ses activités. Je le concède, depuis quelques années, je le consultais de façon irrégulière, mais sa fermeture me laisse un goût de nostalgie à la bouche. Je veux donc revenir sur mon histoire avec ce média qui m'a permis de devenir l'amateur de culture que je suis maintenant.


Ma "relation" avec lui débute, il y a une vingtaine d'années. De ma visite hebdomadaire à ma bibliothèque municipale, j'en revenais à l'époque avec une copie des quatre hebdomadaires culturels, le "Ici", le "Mirror", sous un de mes bras et sous l'autre le "Hour" et mon préféré, le "Voir". À l'époque, je ne faisais que du lèche vitrine parce que je consommais peu parce que être père ça occupe autrement. Mais je lisais et peu à peu, le goût est venu et du temps pour le satisfaire.

Et puis est arrivé la "grande époque" en 2003 ! Celle durant laquelle il était possible de proposer un commentaire sur un article, de recevoir une note de une ou deux ou trois étoiles et d'être publié sur le site internet de l'hebdomadaire. Nous pouvions gagner des "jetons" et aussi de recevoir des votes par les autres membres. Il y avait même un classement ! Ces jetons nous permettaient de participer à des enchères. Si nous étions parmi ceux qui avaient misé assez haut, nous gagnions ! Mon premier prix, un laisser passez double pour le film "Choses secrètes" qui était projeté au Beaubien. Par la suite, j'ai poursuivi la rédaction de textes, assez pour remporter un deuxième prix quelques mois plus tard et pas n'importe quel ! Un prix qui allait modifier mon parcours de spectateur. "Pour 229 jetons", j'ai gagné deux billets pour aller découvrir un spectacle de danse à l'Usine C, soit "Document 3" de Lynda Gaudreau lors de la dernière édition du Festival FIND. Je me souviens encore de cette "rencontre" qui amalgamait la danse et la technologie. Le déplacement des interprètes créait sur les costumes des interprètes des sons qui étaient amplifiés pour nous être projetés par les haut-parleurs. Cette rencontre a tout eu du coup de foudre et cela grâce à Voir. Si le festival a cessé ses activités, mon intérêt pour la danse, lui commençait.

Je suis devenu un fidèle de cet hebdo culturel, lisant avec intérêt les spécialistes culturels et les chroniqueurs. Parmi ceux-ci, Fabienne Cabado dont la prose m'amenait à aller à la découverte de ses propositions danse et "tant qu'à y être", de rédiger un texte par la suite ! Il y a eu aussi Benoit Jutras qui savait s'y prendre avec moi pour m'amener à apprivoiser la poésie et à en lire, même dans les transports en commun. Manon Dumais, aussi qui éclairait mon chemin vers des propositions du septième art. La liste pourrait être longue, mais avant d'aller plus loin, je m'en voudrais de ne pas mentionner le bon travail de Tristan Malavoy, comme chroniqueur littéraire et rédacteur en chef.

Que de bons souvenirs de cette époque ! J'ai fait plein de découvertes culturelles grâce aux textes que j'écrivais, dont un abonnement annuel à Danse-Cité et un autre à l'Usine C. À ces deux diffuseur, je suis encore, plus de dix ans plus tard, un fidèle abonné.

Cerise sur la gâteau, fort bon et riche, j'ai même eu le privilège de voir dans la copie papier un extrait de mes textes, 10 fois en deux ans !!!

Et puis, est arrivé le grand changement, en 2007 ! Les textes des lecteurs passaient sur un autre site et leur visibilité a nettement diminué. Les prix étaient encore présents, mais les textes des lecteurs étaient moins présents. La transition a été difficile, mais les changements étaient compréhensibles. Comment réussir à lire et à valider les nombreux textes qui arrivaient chaque jour ? Cependant, de mon côté, le spectateur avait pris son envol et explorait avec curiosité et grand plaisir les lieux culturels de toute nature, mais surtout ceux de danse.

Et puis, arriva le jour ! Plus du tout de place sur les plateformes du Voir et moi, qui voulait continuer à écrire, je suis laissé en plan ? Les adieux ont été secs, mais en est ainsi souvent la vie. Depuis, je suis devenu plus autonome, mon blogue a pris le relais. Je me suis aussi quelque peu détaché de cette publication.

Il en reste que sans Voir, je ne serais pas devenu le grand amateur de culture et fanatique de danse que je suis devenu aujourd'hui. Grâce à leurs textes et mes billets gagnés, j'ai fait des découvertes que je n'aurais fait par moi-même. Par exemple, c'est grâce à Christian Saint-Pierre que j'ai appris l'existence du "Wildside Festival" qui se déroule en tout début d'année au Centaur Theater. Et à ce festival, j'y retourne depuis ce temps à chaque année ou presque !

Bon, toute bonne chose à une fin, comme le dit l'expression populaire ! Il en reste que c'est avec un léger pincement au coeur que j'ai appris sa fort probable disparition. Et comme le mentionnait la chroniqueuse politique Josée Legault, elle-même chroniqueuse politique au Voir de 2007 à 2012), "Mon Voir, même transformé de fond en comble depuis, tu me manqueras".


dimanche 31 mai 2020

Sur mes pas de spectateur confiné: Mon retour sur le OFFTA et "son "Prologue" !

La proposition était audacieuse, mais j'ai dit "présent" pour cette édition du OFFTA, en festival déconfiné ! J'avais identifié dans le programme des propositions prometteuses et des noms aussi que je connaissais. Au final, je l'avoue (!), j'ai butiné, mais pour l'abeille-spectateur que je suis sans téléphone portable, certaines propositions étaient inaccessibles. Néanmoins, je voudrais revenir sur une proposition qui malgré que je l'ai vu sur mon écran d'ordino (toujours trop petit), m'a particulièrement touchée. Est-il possible de ressentir les émotions malgré la distance dans mon îlot de confinement ? Oui et je l'ai ressenti plusieurs fois durant le visionnement des neufs vidéos de Mani Soleymanlou et de la Jeune Troupe du Quat’Sous (Compagnie Orange noyée). Si vous les avez vu, vous me comprenez, mais si non, je me propose de tenter de vous en transmettre un aperçu. Aperçu, j'en conviens, qui ne vous permettra pas de bien d'en saisir toute la portée, mais quand même !




Ainsi donc, "Prologue" est composé d'une série de neuf courts vidéos qui nous étaient proposés par série de deux, sauf évidemment le premier (Prologue#0), tout à fait déjanté (et amusant) sur l'esplanade toute vide du Stade Olympique qui annonce la suite. Comme cette année tout est annulé, on nous annonce que c'est une proposition réinventée ! 

Huit propositions dans des lieux différents, certains tout proches de chez moi, comme le Parc Beaubien et des ruelles montréalaises, un autre, "un peu plus" loin à Pointe au Père, à côté du sous-marin Onondaga. Le plus souvent, les spectateurs sont accueillis (à distance) par un homme masqué qui les invite à prendre place, à fermer leur cellulaire et à déballer leur bonbon avant le début de la représentation qui dure de 3 à 5 minutes. Chaque représentation sauf une, la dernière, se fait devant deux "entité de spectateurs" qui ne se côtoient pas et "à distance sécuritaire. Des spectateurs uniques, des amis et aussi des familles composent l'audience chanceuse et privilégiée ! 


Il y aura "La lettre d'Orphée à Eurydice (par Jean-Christophe Leblanc), "Le voyage" (par Stephie Mazunya), "Rapunzel" (par Anaïs Cadorette Bonin), "Antonio" (par Marc-André-Trépanier), "Balade d'un inconnu amusé" (par Peter Meltev), "Juste parce j'peux" (par Alexandra Gagné), "Elles ont fait l'Amérique" (par Célia Laguitton) et enfin "Stories from la pandémie" (par Chloe Giddings). 


Chacune me proposait de bons moments et je l'avoue, j'aurais aimé faire partie du public en présence pour ressentir pleinement la qualité des moments. Il en reste qu'au final, je les toutes appréciées,mais je m'en voudrais de ne pas vous présenter mon top 3. D'abord "Le voyage" (texte de Stephie Mazunya) qui avec une douceur fort efficace, me rappelle que le voyage peut être une évasion vers l'espoir. Et qu'il en tient à nous pour qu'il ne soit pas décevant ! 


Ensuite, "Elles ont fait l'Amérique", fort bien construit en trois temps. D'abord, la narratrice nous présente l'arrivée de Marie Brazeau au début de la colonie (en 1681) après une longue et difficile traversée en bateau. Ça se poursuit par l'arrivée en nos terres de la narratrice avec sa famille et ses espoirs (Célia Laguitton) par avion, cette fois. Et le tout se termine par une perspective optimiste, "les épreuves, vous les avez surmonté, nous aussi on les surmontera". 


Enfin, assis sur le banc du Grand Antonio, une spectatrice et son chien et un spectateur (dont le prénom, coïncidence (!)  est Robert, écoutent avec sourire, attention et émotions exprimées le texte de Marc-André Trépanier, lu par lui-même sur cet homme, légende montréalaise de mon époque ! Il a su me toucher, mais le plus fort a été de voir la réaction de "mon" Robert par procuration qui à la toute fin semble fort touché et qui met sa main avec respect la plaque sur ce banc public. Merci Robert de l'avoir fait pour moi !


Une mention spéciale pour "Stories from la pandémie" et la réaction des deux hommes à la toute fin ! Ouf !


Je m'en voudrais de ne pas mentionner le travail de l'équipe de production qui a su saisir l'émotion du moment, mais aussi la vie humaine, animale et végétale qui se passait autour. Je suis un spectateur qui apprécie la présence, mais tout au long de ces œuvres devant mon écran, le courant a passé !


Je me promets en ce 31 mai à venir à compléter, en ce 32 mai, mon tour des propositions !



lundi 20 avril 2020

Sur mes pas de spectateur: Mes réflexions en ces temps durant lesquels mes pas font du sur place.

C'était, il y a environ un mois  que je découvrais en personne ma dernière proposition danse. Autant dire, c'était il y a une éternité, le temps est une notion toute relative ! Depuis, à part sortir courir (et mes sorties course avait souvent la fonction de faire fondre une boule d'anxiété sur laquelle plusieurs cafés n'avaient pas de prise) , mes pas se sont déplacés "de par chez nous", sur mon tout petit territoire ! C'est donc avec les réseaux sociaux, fort riche en propositions, que je tente d'assouvir ma soif de découverte de mouvements. Je dois avouer que je suis impressionné par l'abondance et la diversité de ce qui m'est proposé. De cette performance maison jusqu'à la performance filmée sur scène d'une oeuvre de Pina Bausch, je pourrais rester devant mon écran d'ordinateur plusieurs heures, pourtant, je ne suis pas rassasié ! C'est comme si je respirais à l'aide d'une paille, celle de la fibre digitale ! Depuis le début de mon confinement de spectateur, j'ai fait le deuil de plusieurs oeuvres de créateurs et interprètes que je connaissais bien. Je suis triste pour vous, Sébastien, Marilyn, Ingrid, Hélène, sans oublier mes gangs de l'UQAM et de l'École de danse contemporaine de Montréal ! Comment savoir s'il sera possible d'avoir un nouveau rendez-vous en personne et si oui quand ?



Pendant ce temps, le milieu de la danse (et celui culturel en général) ne reste pas les bras croisés. En plus de faire preuve de résilience et de lucidité, les différents intervenants échangent et tentent de trouver des pistes pour traverser les moments présents et envisager ceux qui suivront., En exemple, cette première rencontre "en ligne", "Ensemble à distance: Faire face aux annulations" initiée par le CCOV et animée par Andrew Tay. J'en étais et cela m'en a donné une preuve qui m'a fait du bien. Étaient présents jusqu'à une centaine de participants du milieu (sur Zoom) avec un panel était composé de Michael Toppings du MAI, de Jessie Mill du FTA, Julie Deschènes de Tangente, de Axelle Munezero de 100 LUX, Dorian Nuskind-Oder de Je suis Julio et Sébastien Provencher, interprète, chorégraphe et du Festival Furies (tenu en Gaspésie). 

Ce que j'entends tout au long de ces quatre-vingt-dix minutes (et un peu plus) m'indique un grand respect des organisations envers les différents intervenants. Tenter de faire en sorte que diffuseurs, artistes, personnels technique et administratif ne soient pas laisser pour compte. Des questions fort légitimes aussi, telles que "Quand tu es prête maintenant, qu'en sera-t-il dans 2 ou 3 ans ?", parce que les programmations sont planifiées des années d'avance ! Poursuivre à travailler qui se traduit par devenir juge d'un battle en ligne. Là j'avoue que pour avoir assisté une fois à ce type de présentation, il y a manifestement un grand défi d'être loin de l'action pour bien la ressentir et je ne parle pas ici de la juger !

Les échanges et les points de vue portent aussi sur l'après pandémie et sur ses conséquences pour au moins les deux prochaines années. De la réflexion aussi sur les processus de création qui se font parfois dans de courtes résidences pour tenir compte des nombreux co-producteurs. Comment concilier les nombreux voyages de création et de présentation et les changements climatiques ! Les questions sont posées et les réponses ne seront pas données sans difficulté.

Moi tout simple spectateur, devenu observateur de leurs réflexions, je ne peux qu'offrir mon soutien envers ce milieu qui me donne tant. 

Il y a manifestement de grands défis qui se présentent devant nous, une fois la pandémie derrière nous. Je me suis senti rassuré par les propos entendus, parce que pas question de moins, mais de différent pour la suite. Il y aura bien l'écueil d'une plus grande diffusion en ligne des oeuvres, peu importe la grandeur de l'écran, qui de mon humble avis, atténuent de façon fort notable l'effet sur les spectateurs. Je ne saurais dire (ou même crier !) comment je veux me projeter dans l'avenir pour espérer reprendre ma place ne première rangée et ressentir ce que les propos chorégraphiques de chacune et chacun peut m'apporter. 

D'ici là un autre rendez-vous d'échanges et de réflexions est proposé et mis à mon agenda de confiné, soit, "Ensemble à distance - Danse: le corps et le toucher après la distanciation". Question fondamentale pour préparer le juste après et le un peu plus tard aussi. Merci à vous la gang du CCOV pour les rendre possible ! Le spectateur que je suis les apprécie grandement !

mercredi 18 mars 2020

Sur mes pas en lecture: une coïncidence, peut-être, mais ma lecture de "La maison brûle" tombe juste à point !

Lorsqu'on m'a demandé des suggestions pour mon échange familial de cadeaux de Noël, j'ai mis dans ma liste "La Maison brûle" (Lux Éditeur) de Naomi Klein. Et il fût l'heureux élu choisi ! Je m'y suis mis à la lecture, il y a quelques temps. Et je l'ai terminé, il y a quelques jours. Impossible pour moi de ne pas trouver des liens entre son propos, sur un autre sujet, les réchauffements climatiques" et l'actuelle crise du COVID 19. Je ferai court sur les différents textes fort inspirées et agréables à lire qu'elle a présenté depuis dix ans sur la question des changements climatiques. Je m'en voudrais cependant de ne pas insister sur un point fondamental de ses propos et c'est le suivant. Si les différents gouvernements veulent vraiment intervenir sur l'urgence climatique, ils le peuvent pour y mettre les montants conséquents. Comment ne pas adhérer à sa logique, si on considère la réaction des différents gouvernements face à la crise du COVID 19 ! Les directives coercitives et l'argent coulent à flot pour juguler la progression de ce fléau planétaire. Ainsi donc, les événements récents lui donnent raison. Et moi, je mets à la recherche et à la lecture de ses prochains livres, comme de ses précédents, pourquoi pas vous !
                                                        Tiré du site de l'éditeur

dimanche 15 mars 2020

Sur mes derniers pas en danse pour un petit bout de temps: "In-Ward", une oeuvre d'une grande maturité !

Lorsque mes pas m'ont amené jusqu'au Wilder, je ne le savais pas encore, mais ils étaient les derniers, direction aller, pour un certain temps. En ce mercredi soir de première, dans le hall d'entrée, tousser déclenchait une réaction de regards inquisiteurs ! Puisque la faible capacité de la salle le permettait, je pourrai assister à la présentation de "In-Ward" de la chorégraphe Alexandra "Spicey" Landé ! (les directives changeront peu de temps après, et toutes les présentations seront annulées, en espérant pour les artisans qu'elles seront reportées !).

Mais revenons au sujet de ce texte, la rencontre avec l'univers de cette chorégraphe que j'avais apprivoisé, il y a un peu plus de quatre ans, lorsque dans ma Maison de la Culture, j'avais assisté à la présentation de "Complexe R". À l'époque, je l'avoue, de cette première rencontre avec la danse urbaine, j'en étais revenu quelque peu dubitatif ! Mais je promettais d'en revoir d'autres et effectivement, mes pas m'ont amené à d'autres propositions de ce type. L'apprivoisement a bien fonctionné et de cette rencontre avec l'univers de "Spicey" et de ses interprètes (Ja James "Jigsaw" Britton Johnson, Christina "Hurricane Tina" Paquette, Elie-Anne "Rawss" Ross, Mukoma-K"JStyle" Nshinga", Nindy "Banks" Pierre-Louis et Jaleesa "Tealeaf" Coligny) a été tout à fait réussie. Et voici pourquoi !

                                          Photo tirée du site de l'Agora de la danse

À mon entrée en salle, je peux prendre place sur un siège en première rangée sur un des deux côtés, en face à face, de l'espace de prestation. Déjà présents dans la salle, les six interprètes, tout de blanc vêtus, en pleine action, dont une tout proche de moi, tout juste à trois sièges ! Donc déjà, une dizaine de minutes avant l'heure annoncée du début de la prestation, elle est commencée et capte, de facto, mon attention.

La suite me parle fort et surtout fort bien. L'intention de la chorégraphe qui est de décrire "entre la tentation, de l'isolement et la menace de conflit", incarnant "l'ambivalence féconde des relations humaines", je la ressens très bien. Ces relations avec un petit côté anarchique, mais aussi ludique, sont pour moi des moments fort agréables à découvrir ! Et bon choix de celle qui a conçu les costumes, Polina Alekseyevna,parce qu'ils sont tous vêtus en blanc, permettant de mettre en évidence leur personnalité différente que je découvre.

De ces tableaux durant lesquels, ils s'immobilisent pendant que les autres ou les autres s'expriment ou qu'ils interagissent ensemble, ou que l'un ou l'une est à l'écart des autres, j'en retiens des épisodes de ma propre vie. Il y a aussi ces moments de métamorphose, de ces relations de femmes fort affirmées,  de celle aussi où l'une d'entre elle se retrouve toute seule "dans la foule". Les symboles sont forts et les gestes exprimés les rehaussent. Moi qui apprécie de plus en plus des différents styles de la danse urbaine, j'en apprécie encore plus ceux et celles qui les incarnent ! Et durant ces moments incertains, moi, je me mets à espérer, avec en mémoire les mots d'une des interprètes entendus lors de la discussion d'après représentation qui nous disait qu'elle s'était "abandonnée dans l'incertitude du métier".

Il semble que je devrai vivre les prochaines semaines sans que mes pas m'amènent jusqu'à une destination danse. Je suis donc heureux de pouvoir conserver dans ma mémoire ces moments qui feront le pont jusqu'à la prochaine fois ! Merci Alexandra !

Sur mes pas en danse: Un mémorable programme triple de la Nederlands Dans Theater !

Je serai honnête, en entrée de jeu (ou de soirée de spectacle de danse), un programme composé de plusieurs œuvres, entrecoupé d'entractes, je n'aime pas trop ! Et c'était ce qui était prévu pour ce programme triple de la Nederlands Dans Theater présenté par Danse Danse. Devant nous, nous attend pour les deux heures quinze à venir (qui seront plus proche de deux heures trente !) à trois œuvres de 30 , 19 et 34 minutes. Faites le compte, cela fait presque une heure pour les deux entractes !

Je vous rassure, ma soirée a passé vite et les entractes ont été bien utiles ! Parce que, voyez-vous, les trois propositions au programme, la première de Hofesh Shechter, la deuxième de Crystal Pite et la troisième de Sol Leon et Paul Lightfoot étaient tellement différentes que les pauses permettaient de "faire le vide" entre chacune. Les pauses permettaient aussi au personnel technique d'installer les éléments scéniques fort importants pour les deux dernières œuvres, dont surtout la dernière. Mais, sur ce dernier point, j'y reviendrai !

                                                    Tirée du site de Danse danse

Les directives d'usage énoncées et les lumières de la salle devenues discrètes, le rideau se lève et nous découvrons des personnages immobiles pour débuter "Vladimir". Le tout débute, donc, de façon très lente avec des personnages d'allure menaçantes. Pour ma part, ce début me laisse un peu "froid" ! Et puis arrive le moment où les mouvements se font anarchiques, menaçants, intenses et dynamiques. Impossible de rester indifférent devant la qualité d'exécution et la beauté des gestes de ces interprètes. Une oeuvre, je dois l'admettre, qui m'a plu surtout par l'exécution que par le propos !

Une pause s'en suit, le temps pour le personnel technique de faire son travail et pour nous de faire le vide avant la suite, "The Statement" de Crystal Pite (et de Jonathan Young à la dramaturgie). Le rideau se lève pour nous permettre de découvrir un homme et une femme autour d'une table (qui j'imagine, on peut retrouver une carte géographique et des enjeux politiques) et au-dessus d'eux, un immense plafonnier. Nous découvrirons les tractations politiques, tout en discours verbal et gestuels. Ils seront rejoints par deux de leurs supérieurs qui comme on peut l'imaginer, tentent d'influencer le cours des choses sans s'impliquer formellement.  Le tout a beau être en anglais et rapidement débité, la gravité du propos est fort évident et les contorsions morales présentées par les gestes.Pour ma part, je retrouve, en un concentré d'une vingtaine de minutes, la façon "Crystal Pite" que j'avais fort bien apprécié, il y a moins d'un an avec "Revisor" présenté aussi par Danse Danse. De ma perspective toute personnelle, un moment fort de la soirée de par son propos fort clair, en mots comme en gestes.

Il s'en suit un très long entracte de près de trente minutes, selon mon estimation non chronométrée ! Mais lorsque, une fois tous assis les spectateurs, les rideaux s'ouvrent, nous comprenons mieux la raison de ce délai à poursuivre la soirée. La scène est complètement métamorphosée et nous nous retrouvons devant un salle d'attente d'une gare pour découvrir "Singulière Odyssée" de Sol Leon et Paul Lightfoot". Une salle vide, avec deux portes de dimensions différentes, une au fond à droite plus petite et l'autre en avant à gauche beaucoup plus grande. Et aussi en haut du mur du fond, une horloge qui conservera précieusement la même heure, 9h35 jusqu'à la toute fin, symbole du temps immobilisé pour ce que nous verrons ! Il y a déjà une femme immobile assise sur un banc. Arrivera un homme habillé tout en noir, en apparence immense parce que la porte. Il semble désorienté, sinon inadapté à ce lieu et il l'exprime avec ses mouvements. Puis arrive les usagers de la place, ces femmes et ces hommes qui vont et viennent. J'y vous un poème chorégraphique qui se décline en différentes strophes au propos doux. Je me laisse bercer aux vagues des gestes portés par une musique fort efficace qui me plait énormément ! Pour les intéressé.es, il s'agit de "Exiles" par Max Richter, composée spécifiquement pour cette oeuvre.

Et puis arrive sur scène un déluge de feuilles qui proviennent d,abord de la porte avant et ensuite du plafond. Et c'est sur un tapis de feuilles que la pièce se poursuit et se termine. Et comme pour les deux œuvres précédentes, la fin est suivie d'un déluge d'applaudissements et de commentaires dithyrambiques tout autour de moi.

Mon bilan de la soirée est fort positif, malgré les longues pauses qui permettaient de faire le vide entre trois oeuvres toutes fort différentes. Une soirée qui m'a présenté de brillantes performances d'interprètes. Une soirée qui malheureusement qui n'a pas pu être présentée jusqu'à la fin, because "COVID-19" ! Il en reste que de la deuxième oeuvre, je ne peux m'empêcher qu'elle peut représenter les tractations dans certaines officines gouvernementales !

mardi 10 mars 2020

Sur mes pas en danse: De belles rencontres fort prometteuses sur la "Passerelle 842" !

Difficiles à intégrer à mon agenda, je me fais néanmoins un devoir d'aller assister à au moins l'une des trois Passerelles de chaque saison. Pour cette édition du Festival Passerelle 840, Hiver 2020, mes pas m'ont amené "un peu à l'avance" jusqu'au Pavillon de Danse de l'UQAM, rue Cherrier pour découvrir celle du Collectif 842.



À mon arrivée, le hall est tranquille et le moment de débuter la représentation est encore assez "loin". Ça qui me permet de compléter la lecture de mon livre ("La maison brûle, plaidoyer pour un New deal vert" de Naomi Klein). Terminer ce plaidoyer rempli d'espoir est un beau préambule avant de découvrir les pas de ces jeunes !

Ma lecture terminée et mes yeux relevés de mon livre, je découvre un hall fort achalandé. Il ne reste qu'à laisser mon manteau sur le support et mes souliers "à ses pieds" pour prendre place dans la salle, une fois les consignes d'usage énoncées par Ariane Levasseur, hôtesse de la soirée. Je présente mon billet et je prends place dans ce toujours beau local tout en long, premier étage, en première rangée (évidemment !). Nous aurons droit à cinq œuvres.

La première, "DEUX" de Valérie Huard en collaboration avec Éliane Viens-Synnott, a été interprétée par cette dernière. De cette femme de dos tout au loin, je découvre d'abord les projections bleues et jaunes sur le mur du fond. De ce tableau tout en complémentarité qui est fort bien illuminé et qui est, selon moi, un moment fort de cette chorégraphie. Elle se rapprochera du mur pour opérer la jonction de ces deux déclinaisons colorées qui deviennent une.  Et puis, comme si elle était en paix avec elle-même, elle viendra vers nous, Une perspective différente mais toute aussi intéressante et captivante. Comme l'indique le feuillet de la soirée, "Je préfère le mystère. La question est plus intrigante que la réponse". Par ses pas et ses mouvements sur scène, j'en ai ressenti des éléments évocateurs. Et de sa dualité exposée, j'en ai une seule réponse et elle est positive.

Avec "PORTRAITS", j'irai ailleurs,  dans un premier temps à une autre époque. Celle qui voulait que sur la pellicule, soit capturé une image de nous fort bien présentable ! Mais derrière ce vernis de présentation capté par  la pellicule que peut-on retrouver ? C'est ce que je découvrirai par la suite, fort bien interprété. Peut-on face aux autres, être soit ? Voilà la question qui nous est posée. Mais au final, chacun et chacune retrouvera "sa" place, parce que devant la visite ou pour la postérité, les apparences, c'est important ! Pour cela, merci Alice Jean et ta gang, Louise Germain, Alicia Toublanc, Julien Derradj !

Il s'en suit, mon premier coup de coeur de la soirée, "BRACKET"  de et avec Rose Morel. Difficile de ne pas être intrigué par cette jeune femme qui avance dans cette diagonale scénique illuminée dans une oeuvre en trois temps sur trois extraits musicaux fort contrastés. Mais le point fort, sinon le point d'orgue de cette présentation sera verbal et aussi et surtout interpellant ! Le moment où elle nous aborde frontalement, brisant le quatrième mur parce que ce "mi majeur" ne lui permet pas de s'exprimer chorégraphiquement ! Et elle nous demande, en nous regardant "droit dans les yeux" ce que nous en pensons en nous demandant de mettre notre opinion sur un papier qu'elle a mis sous ma chaise ! La réponse spontanée en cette première soirée sera timide, mais l'impression ressentie autour de moi, elle, sera forte ! Et moi, Rose, je prends bien note de ton nom et je garde en moi précieusement ton exploration "issu d'une recherche (réussie) sur l'humour dans la danse.

Il s'en suit, après un moment fort utile pour reprendre contenance, "SAD INDIE BOY#3" de et avec Julien Derradj. De son dernier essai chorégraphique, fort bien exécuté, j'en apprécie l'exécution, fort belle et dynamique et qui fait réagir tout autour de moi. Une oeuvre sympathique, mais dont le propos m'a semblé bien mince et qui m'a moins rejoint.

La soirée se termine avec "POÉSIE IRRÉSISTIBLE, CORPS MOUVANTS ET AMBIGUÏTÉ PASSAGÈRE" qui s’avérera mon deuxième coup de coeur de cette soirée. Chorégraphié par Mélia Boivin en collaboration avec les interprètes Chirstopher Noël, Cyrielle Rongier Saint-Sulpice, Jaine Albert, Mélodie Charbonneau-Demers, Morgane Guillou et Rozenn Lecomte. Déjà à la lecture du texte de présentation, j'étais fortement "teasé" !Pour que vous compreniez, je vous en propose deux des vers. "Ces imaginaires multiples regorgent de vitalité" et "Quand la poésie s'invite au théâtre, elle est invitée à danser".

C'est avec plaisir que je découvre ces personnages dans des modulations qui effectivement me permettent d'imaginer des sens à ces pas et ces mouvements présentés. Difficile de mettre en mots, ce que je découvre, comme si le propos chorégraphique flattait mon imagination comme le vent chaud le fait sur ma peau. Cette proposition a du potentiel et j'espère bien la revoir en version allongée très prochainement pour tenter d'y mettre mes mots !

Une fois les applaudissements bien mérités à tous celles et ceux qui ont "performé" durant la soirée, je me remets en marche, destination maison. Spectateur fort bien satisfait d'avoir pu trouver une place dans mon agenda pour cette Passerelle. Je m'en voudrais de ne pas mentionner le travail de Sophie Robert aux éclairages, soient la conception et les ajustements efficaces tout au long de la soirée.

J'en reviens aussi un peu malheureux, de ne pas pouvoir découvrir plus de Passerelles !


samedi 7 mars 2020

Sur mes pas en danse: Interpellé par cette soirée à Tangente !

Ça ne sera pas la première fois que mes pas m'amènent à une proposition de "ma" gang de Tangente et que j'en suis "interpellé", sinon déstabilisé ! Cette fois, au programme, "pour 18 ans et +", deux performances dans l'intimité (lire ici aussi, proximité) de l'Espace Vert du Wilder. D'abord, Geneviève Smith-Courtois accompagnée par Juliette Pottier Plaziat nous proposeront "∞POSTX∞" qui sera suivi par "There she was" de et par Jane-Allison McKinney. 

            Photo de Jane-Allison McKinney par Francesca Chudnoff tirée du site de Tangente

En entrée de jeu, je dois dire qu'autant les unes que l'autre sont de nouveaux "visages" pour moi, le spectateur "aguerri" ! À part l'avertissement tant qu'à l'âge, je m'y présente donc sans aucune idée préconçue. Et en plus, je ne lis pas le feuillet de la soirée avant de prendre place dans la salle. Je pourrais dire que j'arrive "vierge" pour cette soirée !

Une fois les portes ouvertes devant moi, je découvre tout autour de l'espace de prestation des coussins tout autour par terre et on m'invite à prendre place sur l'un d'entre eux. Invitation que j'accepterai, bien que des sièges plus confortables, soient disponibles dans les trois premières rangées de l'estrade. Voilà une première invitation à partager de l'intimité que j'ai accepté. Juste après, bien installé, je peux découvrir cette jeune femme (Juliette Pottier Plaziat) "légèrement" vêtue, qui se retrouve juste là devant moi ! Sur cette scène dépouillée (pour ne pas utiliser le terme dénudée !), elle est sur un "lit" à adopter des poses. Ces poses, je le découvrirai plus tard, sont tirées d'un livre d'Annie Sprinkle qui présente "Bosom Ballet". Pour les intéressé.es, si le nom d'Annie Sprinkle ne vous dit rien, une courte recherche sur Google vous permettra de vous la"situer" ! En sourdine, nous pouvons entendre des paroles d'une femme (d'Annie Sprinkle, je suppose !) qui porte sur la "porn", mais impossible pour moi d'en saisir le propos, mon attention étant portée à l'arrivée des gens en salle et aussi par ce que cette femme au regard et au corps fort affirmés me propose. 

Une fois tous les spectateurs à leur place, débute officiellement la performance. Cette performance sur et autour de cet "autel d'exhibitionnisme" au milieu de la place, situe bien le malaise possible du spectateur. Elle semble fort à l'aise, mais moi homme blanc hétérosexuel, quelle posture de spectateur dois-je prendre ? Ma perspective oscille face à ce qui m'est offert et que cela peut susciter en moi. Mais le spectateur que je suis en a vu d 'autres et reste donc très attentif au propos !

Il y aura le chant des oiseaux qui accompagnera les premières étapes du cheminement de cette femme qui se présente à nous de façon fort affirmée tout en se dépouillant ! Le tout peut prendre des proportions multiples rehaussées grâce à sa caméra portative qui projette les perspectives sur les trois murs tout autour. L'esthétique qui en résulte est fort réussie et me plait beaucoup. Mon regard "navigue" frénétiquement entre la performeuse qui évolue en mouvements comme en propos et ses traces visuelles projetées sur les murs. Murs qui déforment d'autant plus qu'ils sont constitués de draps blancs tout ondulés.

Et puis arrive le noir (dans la salle) et le changement de perspective. Une fois les lumières rallumées, nous retrouvons tout au fond de la scène face au mur, un "autel", sur lequel se retrouve offerte à nous de dos, une autre femme (Geneviève Smith-Courtois) qui, elle aussi nous propose une perspective toute intime d'elle même. Perspective projetée qui intrigue d'abord pour ensuite faire réfléchir, sur ce que l'on peut voir ou sur ce que l'on veut voir. Aussi, de de cette autre perspective, jusqu'où peut-on ou doit-on aller pour se dévoiler ? À cette question, je suis incapable de donner ma réponse comme homme, à cette époque du "#me too" durant laquelle on se requestionne sur ce qui est souhaitable et même acceptable.

Et sur ces réflexions, les lumières s'éteignent et peu de temps après les applaudissements se font entendre avec les deux interprètes juste là devant moi !

S'en suit une courte pause durant laquelle nous pourrons rester en place. Et c'est que je ferai, le temps de laisser mon coussin sur la scène pour un siège en première rangée !

Une fois prêt pour la suite, les lumières éteintes et rallumées, nous apparaît dans le coin arrière droit de la scène une femme de dos. Elle n'a qu'une culotte et se met à évoluer de dos, d'abord pour ensuite venir vers nous dans une démarche lente avec un propos gestuels portés par ses mouvements de bras fort captivants que j'apprécie beaucoup! Une entrée en la matière fort bien réussie, de ma perspective. Pour la suite, les jambes et le corps compléteront son propos avec des éclairages qui colorent par intermittence le sol d'un bleu fort apaisant. Arrive le moment de la transformation, de la libération de ses cheveux, durant lequel elle revêt une robe noire et des souliers noirs à talons hauts. Sa métamorphose me captive, mais surtout ses déplacements parfois hésitants, mais le plus souvent affirmés sur ses talons hauts qui me garde rivé à elle. Et puis, en troisième partie de l'oeuvre, elle nous interpellera en anglais (mais on obtiendra en sortant de la salle la traduction française, merci Tangente !) avec un propos qui débute par "It's crazy, it's insane, it's wild" jusqu'à "it's can be funny". Son réquisitoire (traduit en français) de dix lignes et que je peux lire et méditer, j'en retiens principalement quelques mots qu'elle nous à illustrer juste avant "Tout oublier et foncer".

Et arrive le moment où elle revient en arrière, comme si elle revenait dans le passé pour retourner, non pas à son point de départ, mais un peu en avant et vêtue autrement ! Comme si l'expérience des pas faits sur cette scène comme dans la vie l'amenait à être autrement et ailleurs.

Voilà une oeuvre forte, un coup de cœur pour moi, avec je serais tenté de dire, du propos (ou en d'autres termes, riche dans la partie U.V. du spectre d'une oeuvre) et une prestation fort belle et bien exécutée. Une oeuvre dont autant le propos que l'interprétation m'a rejoint et m'a fait réfléchir!

Je ressors de la salle, interpellé, un peu troublé aussi, à la suite de deux oeuvres qui m'ont permis de découvrir autant les corps que les propos de femmes dans des démarches d'affirmation !

mardi 3 mars 2020

Sur mes pas dans "La nuit blanche": Une sortie "Short & Sweet recyclé XXL" tout à fait réussie.

Bon cette année pour cette édition de la Nuit Blanche, une fois venu le temps de prendre une décision, je l'ai prise et je n'aurai qu'une seule destination. Non pas que plusieurs autres propositions n'auraient pas mérité que je m'y rende, mais il arrive, comme en cette nuit, que je veuille faire ça simple. Par conséquent, ça ne sera que "Short and Sweet" au CCOV de 10h00 à 1h00.


Compte-tenu de la popularité pour cet endroit que j'avais constaté l'an dernier, nos pas nous y ont amené une heure avant le début prévu de la soirée. Et nous ne serons pas les premiers dans la file d'attente ! File qui s'allonge rapidement une fois que nous sommes arrivés. Pour ceux et celles qui ne connaîtraient pas la formule de la soirée co-imaginée et co-dirigée par Sasha Kleinplatz et Andrew Tay, c'est tout simple ! Ils laissent carte blanche aux performeurs pour une durée de trois minutes, après cette durée, ils ferment son et éclairage (et ils aiment cela, se plaisent-ils de nous dire !). Pour cette soirée (ou cette nuit blanche), ils ont proposé aux participants de construire leur "trois minutes" sur le thème, au sens large, du recyclage, soit celui des objets ou celui de créations existantes ou tout autre aspect qui peut s'en rapprocher de proche ou de loin. Thème dans le même esprit que la soirée précédente à laquelle j'avais assistée, il y a deux ans et demi et qui avait pour thème "Covers", dans le sens lyrique du terme !

Une demie-heure avant le début prévu, les portes s'ouvrent et nous pouvons descendre jusqu'à la salle du CCOV dans laquelle les spectateurs pourront prendre place sur trois côtés de l'espace de prestation. Fidèle à mes habitudes, c'est sur un siège en première rangée de face que nous prenons place, conséquence heureuse de notre arrivée hâtive. La salle se remplit rapidement et, pile poil à l'heure, après les présentations d'usage des deux organisateurs, le tout débute.

Pendant les trois heures, je verrai défiler environ quatre-vingt interprètes dans trente-sept propositions. Comme je connais bon nombre de ceux qui viendront devant nous, cela ajoute à mon plaisir anticipé. Et dans ce qui suivra, il y aura des propositions couvrant tout le spectre de la danse mais aussi celui de la performance. Des bouts d’œuvres, recyclés que j'avais déjà vues ou d'autres, j'en suis certain, ont été créés pour l'occasion et qui pourront être recyclés !

Je ne mettrai pas à utiliser mes notes pour revenir sur chacune d'elles, même si l'envie ne me manque pas ! Je tenterai donc de m'en tenir à mes principaux coups de cœur dont certaines tiennent au fait de ma réaction, "ben voyons !"

Le tout a débuté en force avec une proposition de Matéo Chauchat qui recycle le tissu (celui qu'il avait utilisé avec Christina Martin lors d'une prestation dans le cadre du Festival Soir rue Beaubien, en 2018) qui recouvre la figure. Une prestation fort inspirante sur les enjeux actuels de la société, ceux que nous n'osons pas regarder en face, d'autant plus qu'une bouteille d'eau de plastique vide est utilisée pour nous en rappeler les enjeux !

Il y aura aussi  Bettina Szabo avec tout son attirail lumineux, bleu et blanc, tout nouveau pour moi, nous propose, une perspective corporelle fort intrigante. Encore une fois, elle utilise ou plutôt réutilise la "matière" pour nous fasciner.

Sydney McManus et Jean Bui nous propose sur "toile de fond" qui est plutôt une longue bande de différents tissus (que j'ai l'impression avoir déjà vue !!!). À tour de rôle d'abord et ensemble ensuite, elle est transformée pour les vêtir de façon fort magnifique. En trois toutes petites minutes, ils réussissent de nombreuses métamorphoses vestimentaires fort impressionnantes. Comme quoi, dans la vie, un même objet (recyclé) peut combler différemment !

Dans un tout autre ordre type de recyclage, Nicolas Patry nous demande d'abord de fermer les yeux (ce que je ferai !) pour les rouvrir à son signal. Et à ce moment, nous le découvrirons, comme "porte-drapeau". Recyclant ses habiletés de jeunesse, il est fort évident qu'il en a gardé les habiletés.

Lucy May, pour sa part, nous propose de recycler un solo de Marie Chouinard (pour laquelle elle a dansé sept ans). Bon OK tout simplement, j'ai été subjugué par sa prestation dans la pénombre.

Geneviève Duong nous arrive dans un peignoir, accompagné d'une autre femme. La séparation, malgré qu'elle semble douce, la laisse dépourvue de tout. Et devant nous, le regard tout désespéré, elle tentera avec des blouses médicales jaunes, de se refaire une contenance humaine. Je me rappelle encore sa prestation à Tangente et encore une fois, elle me rejoint et me fait ressentir de fortes émotions.

Émile Pineault et ses acolytes nous propose l'oeuvre la plus audacieuse, soit celle d'imaginer, parce fait dans l'obscurité, le mouvement de ses corps par le bruit et aussi notre imagination.

Nasim Lootij, être dans l'obscurité, nous livre dans sa robe noire, un propos empreint de souvenirs recyclés (dont celui de sa peur) avec des gestes fort évocateurs.

Côté performance déjantée, la palme revient à Maxine Segalowitz qui dans son personnage tout bougon, recycle le mot "recycling" pendant toute sa prestation fort impressionnante en passant de tons graves à d'autres plus aigus.

La palme d'or du contraste revient à Kimberley De Jong avec Sovan Rochon-Prom Tep et Lucy Mai qui nous déversent sur la scène une mer de canettes vides, prêtes à être recyclées, pendant que derrière eux, sur grand écran,  nous découvrons dans les mers du sud, un Éric Lapointe aux propos discordants dans la plus grande opulence d'un yatch dans lequel le mot recyclage n'existe pas !

Et une toute petite dernière, celle d'Emalie Ruest, Marie Philip Santerre, Marie Mougeolle, Marine Rixhon, Liane Thériault, Stéphanie Fromentin et Marijoe Foucher qui ont découvert dans des exhibits d'une autre époque (lire ici cassettes audio ) pour nous entraîner dans des mouvements aux vêtements multiples. Un trois minutes fort riches et qui, selon moi, mériteraient d'être "recycler" dans une oeuvre bien plus longue.

Je pourrai poursuivre, mais je m'arrête ici, avant de mentionner les créations et/ou les prestations de plein d'autres, dont Hanna Sybille Müeller, Alexandre Morin, Lina Cruz, Ivanie Aubin-Malo, Myriam Foisy, Andréa Page, Bill Coleman, Katie Ward, Alexia Martel, Simon Lacroix, Jordan Brown, Silvia Sanchez, Maria Kefirova, Alexis O'Hara, Stacey Désilier, Jossua Collin. Trois heures qui à coup de trois minutes à la fois devant un public fort réceptif ont semblé si courtes. Une suite de propositions qui ne m'ont pas laissé indifférent, allant des moments fort émotifs, d'autres réflexifs, d'autres surprenants, d'autres aussi provocants, mais jamais ennuyant.

Et dans cette salle dans laquelle, performeurs, amis et spectateur conjuguaient leurs présence, j'en garde de beaux souvenirs et en espérant en revoir une autre bientôt ! Merci à vous, Sasha Kleinplatz et Andrew Tay et toute le reste de l'équipe du CCOV de nous avoir ouvert les portes dans cette nuit blanche "fort colorée" et mémorable !





jeudi 27 février 2020

Sur mes pas en danse: "Les corps avalés" du "Virginie Brunelle" fort et percutant !

Pour peu que vous vous intéressez comme à la scène chorégraphique montréalaise, le nom de Virginie Brunelle vous est bien connu. Pour ma part, ma première fois, c'était il y a presque sept ans, à l'Agora de la Danse, rue Cherrier. De "Plomb", j'avais dit "Wowwwwww!", mais aussi "Plomb" comme dans l'expression "du plomb dans l'aile" pour les relations humaines mais aussi comme l'oeuvre qui amène Virginie Brunelle dans la "cour des grands". OK, je l'avoue la fin de ma citation était un peu prétentieuse pour un simple spectateur de danse ! Depuis cette première fois, j'ai vu et revu plusieurs de ces oeuvres, toujours avec le même plaisir dans lesquelles. J'avais aussi écrit (en 2017), toujours sur "Plomb" que je revoyais pour un soir seulement, " "Au final, "Plomb" irradie comme un corps noir soumis à la haute tension des relations humaines pour lequel les tableaux présentent tout le spectre des excès de notre nature.". Et j'avais complété par "À quand le retour chez un grand diffuseur, pour plus qu'une soirée ?"

                            Photo de la Compagnie Virginie Brunelle tirée du site de Danse Danse

Voici donc venu ce moment ! Celui de faire partie de la programmation de Danse Danse au Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts. Et moi, j'avais bien hâte, comme ceux à qui j'ai parlé juste avant le début de la présentation. En ouverture de rideau, le Quatuor Molinari (Olga Ranzenhofer, Antoine Bareil, Frédéric Lambert et Pierre-Alain Bouvrette) est là au fond de la scène au milieu. Et puis, brillamment portée par les interprètes, Isabelle Arcand, Claudine Hébert, Sophie Breton, Chi Long, Milan Panet-Gigon, Peter Trosztmer et Bradley Eng, le tout débute. Devant moi, les relations humaines se tissent et se présentent en douceur, mais aussi en force, sinon en puissance, tout cela porté par la musique. La chorégraphe aime beaucoup la musique classique et pour son plus récent opus, elle incarne sur scène son accompagnement musical. Et comme Sophie Breton le mentionnait de façon fort convaincante lors de la rencontre d'après représentation, la présence sur scènes des musiciens avait un effet synergique tangible pour eux sur scènes. Et cela, je l'ai bien ressenti ! 

Dans les tableaux qui "explore(nt) les relations de pouvoir, les inégalités et le désordre social" (dixit le feuillet de la soirée). Ils sont incarnées dans des tableaux de groupe, de solo, et aussi de duo qui sont parsemés de symboles fort bien perceptibles, dont par exemple celui du Mur des Lamentations ! J'y retrouve régulièrement avec grand plaisir la répétition des mouvements telle que la propagation des ondes jusqu'à conscience. Si les musiciens utilisent des instruments à corde, les corps eux deviennent des instruments de percussion. soit en se projetant l'un sur l'autre ou en battant la mesure des mains sur leurs corps. Je revoyais là, les relations de cette humanité avec des excès, comme la chorégraphe le fait si bien. Des différents tableaux, j'en ai aussi beaucoup apprécié l'asymétrie des tableaux par le nombre impair des sept personnages. Par ce que découvre, pour moi, amateur de symétrie, il y a celle ou celui qui est seul.e . Cet aspect me trouble, mais surtout m'interpelle avec grand plaisir !

Au final, de cette épopée humaine que me reste-t-il en fin de parcours de ces efforts relationnels parfois inachevés? Désespoir ou désolation, peut-être, mais aussi de l'espoir et de l'émotion qui reste dans nos tripes et aussi des images de "ces corps avalés" déployés, voilà ce que je conserve en moi, à mon retour. 

Je m'en voudrais de ne pas mentionner, en terminant, la satisfaction fort palpable et bien méritée de Pierre Des Marais entendant tous les commentaires fort positifs des spectateurs lors de la discussion d'après. Au final, un grand cru de cette chorégraphe et si cette oeuvre revient sur une scène montréalaise, promis, j'y retourne pour m'en faire une autre lecture parce que cette oeuvre est "polymorphique" de sens !

samedi 22 février 2020

Sur mes pas au théâtre: "Les filles et les garçons", une oeuvre fort percutante !

C'est une entrevue à la radio du metteur en scène, Denis Bernard, qui a scellé le sort ! J'irai voir "Les filles et les garçons" à La Licorne qui nous le propose de façon frontale. Nous pourrons toujours discourir sur l'importance de la promotion d'une oeuvre dans les média, mais pour moi, ce n'est pas la première fois que cela me fait dire oui ! Et encore cette fois comme la plupart du temps, tout comme ma blonde, je suis "tellement" content d'avoir dit oui !

                                    Marilyn Castonguay, tirée du site du théâtre La Licorne

Lorsque nos pas nous amènent, avenue Papineau jusqu'au hall d'entrée de La Licorne en cette avant dernière soirée de présentation. Le hall est fort achalandé et bien que nous soyons là une trentaine de minutes avant le début de la présentation, nous sommes loin dans la file d'entrée. Les portes ouvertes, nous trouvons une place un peu plus haut qu'à mon habitude, mais quand même fort bien placé. Voilà un avantage de ces salles montréalaises. Nous serons proches, peu importe l'où on est assis !

Le temps passe, tous les sièges trouvent preneur, sauf celui juste à côté de moi ! Mais soyez rassurés, je ne le prends pas personnel !

Les lumières de la salle se font discrètes et arrive cette femme dont nous ne connaîtrons pas le nom, ni le prénom (Marilyn Castonguay). Elle nous parlera d'elle et de sa rencontre avec celui qui deviendra son mari. Cet homme qui, juste devant elle dans une file d'attente dans un aéroport en Italie, saura bien répondre. Et celui avec qui elle aura deux enfants. Celui qui aura des rêves, mais qui aussi rencontrera des écueils ! Cet homme qui ne saura pas accepter !

Cette femme, brillamment incarnée par Marilyn Castonguay, nous présentera les différentes étapes de sa relation avec "son" homme, nous interpellera de sa relation avec ses enfants, mais aussi et surtout par ce qui lui arrive ! Une oeuvre sur la violence des hommes envers les femmes dont le texte "Le papier peint" de Martine Delvaux présente si bien ! Et moi,  je suis fort interpellé, même si j'espère ne pas en être, un de ces hommes !

Un texte fort de Dennis Kelly, fort bien traduit (encore une fois) par Fanny Britt, mis en scène par Denis Bernard et brillamment porté par Marilyn Castonguay qui nous présente une réalité dont nous ne devrions pas détourner notre regard, peu importe notre sexe !  Une soirée marquante qui laissera en moi des traces profondes.

Sur mes pas en danse: Inspirants carnets de voyage de Rhodnie Désir avec "BOW'T TRAIL Retrospek"

Je dois me le concéder encore une fois, j'apprécie énormément les œuvres chorégraphiques qui ont un propos (dans la partie U.V. du spectre d'une oeuvre !), mais qui aussi me laisse de la place pour  mon interprétation. Je me souviens encore des pas sur scène de Caroline Laurin-Beaucage avec sa pièce "Intérieurs", il y a quelques mois. Parcourant le "monde", elle a rempli sa mémoire et a construit une oeuvre où elle nous avait présenté son "carnet" chorégraphique de voyage fort riche, pendant que moi j'y voyais mon histoire !

                                          Photo tirée du site de l'Espace libre.

C'est dans la perspective de découvrir ce même type de démarche que mes pas m'amenaient jusqu'à L'Espace Libre à la rencontre de Rhodnie Désir qui nous proposait avec "BOW'T TRAIL Retrospek". Oeuvre construite depuis le "cristallite" de sa démarche, soit "BOW'T", créé et présenté en 2013. Depuis, comme le programme de la soirée sur le site du lieu de présentation nous l'indique, elle a cristallisé son propos "entre autres, à partir du jungo (Brésil), du danmyé (Martinique), de la danse vaudou (Haïti), du son jarocho (Mexique), du blues (Nouvelle-Orléans) et du gospel croisé aux rythmiques Mi’kmaq (Canada). Je dois ajouter que de Rhodnie Désir, j'avais grandement apprécié sa proposition "Dusk Society" présentée dans le cadre de la plus récente édition (en juillet 2019) de "Danses au crépuscule", présentée à Repentigny. Une proposition dans laquelle j'avais vu une ouverture aux autres et de la destruction des barrières entre humains. 

C'est avec tout cela en tête que j'attends que la salle se remplisse et que le "voyage" commence. Et qui commence d'une façon que j'apprécie beaucoup ! Soit tout lentement, tout en douceur, avec devant moi, une forme qui a des allures d'un rocher avec projeté sur l'écran, "le monde devant moi"! 

Et pour la suite, j'y trouve mon plaisir d'interprétation face aux différents tableaux. L'éveil, la libération, l'affirmation et la transformation  de cette femme en action que je sens parfois affronter l'adversité. Accompagnée par deux musiciens (Engone Endong et Jahsun) en symbiose avec ce que je vois, je me sens libre d'interpréter ce que je vois. Cette femme utilise aussi des objets et des vêtements dont le sens que j'y donne, évoluent dans le temps. Cette "robe" blanche que je voie passe d'un symbole d'espoir en un autre d’enfermement ! Ces petites tables qui s'emboîtent et qui sont utiliser, pour entre autres tenter d'enfermer les idées dans sa tête. Et aussi cette pierre qui agit sur elle mais aussi sur le sol et qui résonne en moi !

Sa présence est forte et ses gestes sont fort beaux mais surtout, porteurs de significations. Et lors de la discussion d'après représentation, je suis fort heureux de découvrir qu'elle nous avait laissé toute la latitude pour que l'on puisse y trouver notre interprétation. De ces moments, comme un souffle connecté à la mémoire, je les ai ressenti comme des porteurs d'espoir.

Et encore, lors de la rencontre d'après représentation, je suis séduit par la beauté et la sincérité du propos de la créatrice, comme aussi du rayonnement de son regard et de sa réaction face aux questions et aux commentaires des spectateurs. J'ai aussi appris que cette oeuvre n'est pas la même tous les soirs et qu'eux, les musiciens, doivent être fort attentifs pour accompagner, tout en symbiose, cette femme. Les échanges de regard indiquaient bien qu'ils devaient rester fort alertes !

Et comme je l'ai mentionné, je me promets de la revoir, pour mon plaisir d'avoir à refaire une histoire !





mercredi 19 février 2020

Sur mes pas à comédie musicale: Un peu surpris par "Please Thrill Me" au La Chapelle

Mes expériences de spectateur les plus surprenantes, c'est très souvent au La Chapelle que je les ai vécues ! Se définissant lui-même comme "un véhicule de diffusion des arts de la scène dans toute leur diversité et leur complexité", il m'en a fourni une autre preuve  avec la comédie musicale "Please Thrill Me" qui en ce mardi soir,  affichait complet, comme la veille et la plupart (au moment où j'écris ce texte) des autres représentations qui suivront.

                                                            Photo par Chris Filippini tirée du site du La Chapelle

Si mon attention  avait été attiré par cette proposition, c'est surtout parce que Sophie Cadieux en signait la mise en scène et que Lulu Hugues faisait partie de la distribution. Il y avait aussi sur scène comme interprètes, Sean Nicholas Savage qui en signe aussi le texte et la musique, Adam Byczkowski, Jane Penny et Roland Pemberton. À l'accompagnement musical, tout en haut sur un échafaudage, Pascal Chénard, Alexandre Colas-Jeffery, Antoine Langis, Juliette Leclerc et Max-Élie Oboukangongo-Laroche. Le tout était créé par le Ballet Opéra Pantomime (BOP) que je connaissait peu, sinon par une autre de leur création en collaboration avec Dave St-Pierre, soit "Quatuor pour la fin des temps" que j'avais beaucoup apprécié, il y a près de trois ans lors du OFFTA de 2017. 

C'est donc bien assis devant une scène où se trouve déjà les musiciens "haut perchés" que j'attends que la salle se remplisse et que le tout débute après les mots d'accueil d'un des membres du BOP. 

Le tout débute par l'arrivée de celui qui sera le narrateur de cette histoire. S'en suivra de la découverte de ces deux jeunes hommes, un qui arrive et l'autre qui revient, "à dos de wagon de train". Sur fond d'éléments scéniques fort bien imaginés, nous assistons à leur rencontre. Celui qui arrive sera guidé par celui qui revient. Nous rencontrerons cette femme au propos fort sages et cette jeune femme, prodige en cuisine. Nous serons amenés sur le toit d'un restaurant face à la mer, sous une averse, dans une salle de restaurant, cela dans le même espace scénique grâce à d'habiles modifications d'éléments scéniques. Nous découvrirons en chants, surtout,des personnages avec leurs vies et leurs aspirations ainsi que les relations qu'ils établissent entre eux. 

Le tout est agréable et est habilement présenté. Les différents interprètes sont fort solides et  Lulu Hugues est remarquable (plus particulièrement  dans un des tableaux qui sera suivi d'applaudissements bien mérités). Cependant, Sean Nicholas Savage, selon moi, surjoue dans son rôle de Jazz, ce qui m'a quelque peu agacé. Sinon, la chimie entre les interprètes et les musiciens en cette deuxième soirée de présentation était bonne et leurs mouvements, signés Catherine Dagenais-Savard fort beaux à voir qui appuient et agrémentent bien le propos.

Au final, une soirée agréable qui m'a amené dans de nouveaux territoires à la découverte de jeunes artistes. Je m'en voudrais de ne pas mentionner mon admiration des responsables de ce lieu de diffusion qui programment une aussi importante distribution sur scène, dix interprètes, ce n'est pas rien !!! Et moi heureux d'avoir pu en bénéficier. 

Pour les curieux ou les curieuses, voici le lien pour écouter la pièce titre, https://www.youtube.com/watch?v=2zjJ4zTxyzI&list=PL94MyQ8YK33kcabBqg8Rw_UzLLH9SIpD-&index=5



lundi 17 février 2020

Sur mes pas en danse + cinéma: Des "regards hybrides" qui nous montrent des mouvements d'une perspective différente !

À une invitation de Priscilla Guy pour découvrir ses "Regards hybrides, en tournée", j'en étais à une troisième acceptation. Je me rappelle encore la première fois, il y a un peu moins de trois ans. Au programme, "Off Ground" qui mettait en vedette Louise Lecavalier et un enfant (Antoine Masson) qui lui avait volé la vedette. Admettez, qui l'aurait cru ? Pour le découvrir, voici le lien  https://youtu.be/nhi74vJOt40. Il en reste que lors de la discussion d'après représentation, cette grande dame a été fort généreuse et elle nous avait présenté les défis et les embûches de la création de ce court-métrage, fort bien réussi, mais surtout très touchant. Bon, allez-y, vous verrez bien !



Depuis, je tente d'y être lorsqu'elle nous invite lors de sa tournée de lieu de diffusion culturel. En ce début d'année, compte-tenu de mon agenda, c'est dans un lieu tout nouveau pour moi que mes pas m'ont amené pour découvrir la nouvelle mouture de ses "Regards Hybrides en tournée", soit la salle d'animation de la bibliothèque Jean-Corbeil à Anjou. Dans ce lieu fort beau, mais peu familier à présenter des créations chorégraphiques, en vrai comme sur l'écran, nous serons trop peu nombreux à en profiter! Pour l'occasion, Priscilla Guy sera accompagnée par Carl Beauchemin du duo Flamant (lui et Vickie Grondin) qui présentera une oeuvre au programme, "Baker". 

C'est donc huit œuvres d'une durée entre trois et onze minutes, de différents horizons qui nous ont fait effectivement voyager et voici pourquoi !

Nous débutons la soirée avec "Wamin (La pomme)" de Katherine Nequado (et de l'équipe de Wapikoni mobile). En trois minutes, nous découvrons qu'une couleur peut en révéler une autre, toute aussi vraie ! Habilement fait et fort d'un message fort essentiel en ces temps troubles.

Il s'en suit "This Dance Has No End" de et avec Fenia Kotsopoulos. Pendant les onze minutes en noir et blanc , je suis mystifié par ce personnage qui bouge et qui danse tout en me demandant qui est-il ? Parce que de la façon dont il est habillé, je me mets à douter. Comme pour le titre, ma curiosité face à ce personnage ne s'est pas arrêtée avec la fin de la présentation de l'oeuvre. 

Il s'en suit "Pace" de Katrina McPherson et Marisa Zanotti qui en entrée de jeu de ses quatre minutes m'a étourdi pour me faire ensuite découvrir les mouvements d'une femme. Un point de vue chorégraphique insaisissable, parce que fort "bougeant" !

"Ground-swell" de Kelsey Kramer et Lexie Thrash nous amène "dans la nature" avec deux femmes vêtues en noir et blanc. Les mouvements sont au cœur de cette oeuvre. Et moi durant le visionnement, le rôle de cette "toile" m'intrigue, sans que je puisse en saisir mon sens ! Ce qui au final, n'a pas d'importance puisque que captivé jusqu'à la fin.

La prochaine oeuvre nous ramène dans les années cinquante, lire ici 1950. "Voisins" du grand réalisateur Norman McLaren, nous propose, tel qu'annoncé, une relation entre voisins qui dérape. Pour peu que l'on soit familier avec l'univers de ce créateur hors norme, il sera possible d'y voir une perspective tellement vraie et encore très actuelle de notre "humanité" ! Jusqu'où sommes nous prêts à aller ? Voilà la question qui résonne pendant et après !

"Passing Through" de Robbie Synge et Julie Cleves" est la plus atypique des propositions présentées comme les interprètes qui en font partie. Si tous les deux sont interprètes en danse, elle est lourdement handicapée, ne pouvant se déplacer qu'en chaise roulante, tandis que lui, est tout à fait autonome. Mais à eux deux, ils iront "faire une promenade dans la nature", en utilisant différents objets et nous, nous les suivrons ! Utilisant différents accessoires dont des planches de bois, ils nous montrent qu'il est possible d'aller, ensemble, au-delà de nos limites. Voilà un dix minutes inspirant, nous permettant d'espérer qu'ensemble il est possible de "Passing Through" les difficultés de la vie.

Dans tout autre registre, "Baker" en l'honneur de la célèbre Joséphine Baker, Flamant nous en présente une version flamboyante, talentueusement incarnée par Jossua Collin Dufour. Cette réincarnation de cette artiste, je l'avais déjà vu à une soirée "Short and Sweet", mais, cette fois, sur grand écran, avec l'éclat des mouvements et des bananes toutes actives me rappellent la magie de cette première fois. Un court moment éclatant qui m'a permis de découvrir une version moderne de cette artiste iconique !

Et pour terminer cette soirée trop courte selon mes critères, une oeuvre cérébrale, sinon philosophique, "Asking for a friend" de Bridget Moser. Une proposition "intelligente" ou philosophique sur la relation avec nous même et aussi celle que nous pourrions avoir avec les objets qui nous entourent. Une oeuvre dont le propos m'a accompagné dans l'autobus jusqu'à la maison. 

Et vous qui n'y étiez pas et qui, je l'espère, regrettez de ne pas avoir été présent. Vous pouvez découvrir certaines de ces œuvres en suivant les liens suivants.



https://www.youtube.com/watch?v=XOY6uyRZ0fw&feature=emb_title pour "This Dance Has No End".

De mon côté, j'irai sur le site de Flamant poursuivre ma découverte de leurs créations à l'adresse
http://flamant.co/








samedi 15 février 2020

Sur mes pas en danse: Une expédition toute intense dans "Winterreise" avec José Navas et ses complices !

À cette soirée danse, je m'y suis rendu sans avoir lu quoique ce soit sur ce qui m'allait être présenté. J'y allais les yeux fermés et l'esprit confiant. Danse Danse qui présente José Navas sur scène.

Rendu ici, vous vous direz sûrement, voilà un préambule qui annoncent sûrement une déception de spectateur. Et bien soyez rassurés, ce n'est pas le cas. Et je dirais même que j'y ai trouvé un certain plaisir sinon un plaisir certain de découvrir "Le voyage d'hiver" de cet homme incarné par le danseur-chorégraphe, accompagné sur scène par un pianiste (Francis Perron) et un chanteur-ténor (Jacques-Olivier Chartier). Pas trop amateur et encore moins connaisseur de musique classique, cette oeuvre de Franz Schubert, j'en connaissais "nada" !

                                         Photo de José Navas tirée du site de Danse Danse

Donc à mon arrivée en salle, je prends place en première rangée. Une fois bien assis, je découvre, sur une scène sans artifices, José Navas, assis sur une chaise immobile à l'arrière côté droit. À l'opposé à gauche, un piano solitaire, sans son pianiste. Le temps passe, les mots d'usage sont prononcés, les autres interprètes prennent place et les lumières se font d'abord discrètes pour ensuite devenir "toutes éteintes".

Et lorsqu'elles reviennent "brillantes", je découvre juste devant moi Jose Navas en mouvements de bras bien affirmés. De tableaux en tableaux ou plutôt de lieder en leider (24 au total), porté par le chant fort percutant et le piano fort planant, ce que vit cet homme, je le ressens fortement, tout au long de la "traversée" de son épreuve. N'ayant aucune idée de son histoire, je me fais la mienne qui sera assez proche de celle que j'apprendrai après. Il a réussit à me transmettre avec beauté et intensité ce que Franz Schubert avait composé.

Je dois quand même admettre que mon attention a été parfois amené à suivre les déplacements du chanteur tout près de moi, en première rangée, je vous rappelle. Je dois aussi surmonter mon "attirance" pour un élément oral, soit le "son de crachat" qu'émet régulièrement le chanteur. Il me faudra un effort volontaire pour m'en détacher et à me concentrer sur ce que "vit" cet homme. Mais comme José Navas est un magnifique interprète, il a pu, par son interprétation, me remettre sur "les rails" de l'oeuvre jusqu'à sa destination. Au final, une soirée qui m'a permis de découvrir une grande oeuvre de chant et une oeuvre chorégraphique, malgré un détail qui m'a dérangé pendant un certain temps.

mardi 11 février 2020

Sur mes pas en danse: Une soirée fort contrastée chez Tangente !

Lorsque mes pas m'ont amené jusqu'au Wilder, c'était pour assister à des rencontres avec des artistes que je connaissais, mais d'une différente façon. Avec "Suspendu au sol", Philippe Meunier et Ian Yaworski ne seraient pas sur scène dans leur oeuvre, mais seraient plutôt au commande de leur création. Et avec "Pythagore mon corps", c'est avec Stacey Désilier, la chorégraphe, et non pas l'interprète que j'aurais rendez-vous.

C'est donc dans une nouvelle tangente de leur parcours professionnel que ces créateurs m'invitaient en cette soirée de début février. Et moi, j'étais bien curieux de découvrir leurs propositions ! En cette soirée de première, la salle regorge de leurs collègues et membres de famille aussi, si je me fie à ce que j'entends derrière moi une fois rendu à mon siège.

Pour la première oeuvre de la soirée, à notre entrée, les quatre interprètes (David Campbell, Catherine Lafleur, Geneviève Lauzon et Liane Thériault) sont déjà là, "Suspendu au sol" (!) du grand lieu de l'Espace Orange. Pour peu que l'on s'y attarde, le titre intéresse. Tout amateur de gigue contemporaine sait qu'un élément fondamental de cette danse est le jeu des pieds fort dynamique, tandis que le titre me laisse imaginer ces mêmes pieds, mais tout immobiles ! J'étais donc bien intrigué de découvrir leurs premiers pas "hors piste" de la gigue contemporaine de ces deux chorégraphes-interprètes.

                                          Photo de Justine Latour tirée du site de Tangente

Une fois les lumières devenues discrètes, je découvre les corps qui se mettent à "pulser", les bras en premier, suspendus au sol ! Et puis, tout à coup, le groupe se met en mouvements surtout en duo, mais aussi ensemble tout en étant coloré de leur singularité. Je suis fort attentif, mais aussi très curieux de découvrir des traces de gigue contemporaine, mais rien ne transparaît à mes yeux. Comme pour éloigner la tentation, les mouvements se font surtout dans la latéralité de cette grande scène tout en bois, murs inclus. J'observe toutes les nuances de ces corps qui évoluent jusqu'à, tout à coup, la perspective change. Celle d'une frontalité caractéristique de la gigue. Je me mets à me dire intérieurement le dicton fort bien connu, "chassez le naturel et il revient au galop" ! Mais là, Robert tu conclus trop vite !!! Parce que si la frontalité des corps nous dévoile en fin de parcours des postures de gigue contemporaine, elles ne sont pas accompagnées des pas qui les accompagnent normalement, tout cela porté par une musique porteuse d'espoir vers de nouveaux horizons. Voilà des premiers pas "hors sentier" de ces chorégraphes, une prise de risque, loin de leur zone de confort, avec des interprètes qui ont su les présenter fort habilement. Et pour découvrir les prochaines destinations de ces pas, je surveillerai leur prochaine proposition.

Après les applaudissements bien mérités, arrive la pause durant laquelle nous pouvons rester en salle. Et c'est ce que je ferai ! Arrivent sur scène, pour s'échauffer, les interprètes (Charles Brecard, Justine Chevalier-Martineau, Noémie Dufour-Campeau, Roxanne Dupuis, Maïka Giasson et Alexandre Wilhelm) avec certaines parties de leurs vêtements haut en couleurs.

                                     Photo de Mathieu Desjardins tirée du site de Tangente

Après la pause de quinze minutes écoulée, "Pythagore mon corps" débute. L'oeuvre débute dans les terreaux des arts martiaux, des danses urbaines et de la boxe, comme annoncé, loin donc de mes territoires de prédilection. Mais je dois l'avouer, ce que je vois, capte "ipso facto", mon attention. Il s'y dégage une logique presque cartésienne de relations que je tente de déchiffrer. Je vois dans le tracé du propos chorégraphique, une jeunesse qui s'affirme à la recherche des limites. Est-ce les limites face à soi-même, face aux autres ou tout simplement face à l'environnement ambiant ? Je ne saurais l'affirmer, mais je retrouve dans les mouvements une recherche face à l'adversité colorée d'insolence. Et comme pour la formule de Pythagore, "c'est au carré" qu'il faut considérer l'effet de la gravité pour contrer la chute au sol des corps. Et lorsque, dans un tableau trop court, les corps se colorent tout en bleu, l'effet est fort impressionnant. Et en fin de parcours, j'acquiesce à ce qui m'était annoncé dans le feuillet de la soirée, "le spectateur est témoin de l'éternel balancement entre la rationalité et l'animalité humaines." J'ai eu l'impression de découvrir une reconnaissance corporelle de nos perspectives contradictoires face ce que nous pouvons ressentir intérieurement face à des situations difficiles.

De retour chez moi, dans le métro d'abord et l'autobus ensuite, je me mets à penser à mes collègues, enseignant.es en mathématiques, qui me parlent d'une équation ou d'une démonstration mathématique comme des choses esthétiques "tellement" belles ! Avec cette oeuvre, je me suis mis à mieux les comprendre !