dimanche 17 février 2019

Sur mes pas comme membre d'un jury: À Cégep en Spectacle

Ce n'était pas une première fois pour moi, mais la curiosité n'avait d'égale que le plaisir d'aller découvrir ce que les élèves de "mon" Collège Ahuntsic avait de bon à me proposer lors de la finale locale de Cégep en Spectacle. J'étais invité et honoré de l'être, par Valérie à faire partie du jury de cette soirée. Nous serons presque vingt à devoir déterminer les meilleures performances de cette soirée, mais au final, chacun ou chacune des participant.e.s peut se déclarer grand gagnant et pas juste à mes yeux ! 

Nous, membres du jury, recevons dans un premier temps, les instructions d'usage et les critères de sélection, soit 30 % pour l'originalité, 30 % pour la présence sur scène et 40% pour le talent. Ensuite, nous nous dirigeons à l'Espace Le vrai Monde pour prendre place. Je prendrai place dans cette belle salle, mais pas en première rangée !!! avec les autres membres du jury avec tout autour, entre autre, famille et amis de ceux qui se succéderont sur scène. Onze prestations d'une durée maximale de dix minutes chacune (sinon tu es disqualifié !) sont au programme. Du chant surtout, de la musique aussi et de la danse avec entre chaque numéro une animation composée d'une suite d'épisodes par quatre jeunes fort audacieux, comme leur propos !

Et moi, au début, armé de mon crayon, je me mets en mode écoute et évaluation (comme le prof que j'ai été, l'a fait si souvent !), mais rapidement, il m'a fallu travailler fort à me garder objectif, parce que d'un numéro à l'autre, j'étais impressionné avec de bonnes pointes d'émotion ! Tous n'avaient peut-être pas le plus grand talent, néanmoins toutes et tous, plein de talents, montraient une belle et irradiante détermination. Juste à monter sur scène et nous proposer leur travail, moi, ça me remplissait d'émotion et pas qu'un peu. Oser faire face au jugement et nous proposer un message positif, tous ont relevé haut la main ce défi.

Les prestations toutes effectuées en respectant le temps alloué, je devrai en choisir quatre, comme tous les autres membres du jury. De nos choix, il en ressortira un top quatre, avec un numéro "1" relativement unanime qui, coquinerie de situation, s'avère être un numéro fort impressionnant de danse urbaine par le quatuor "F(x) Crew !



Face à cette jeunesse qui ose de leur talent, moi, je suis ébahi ! Je repars donc, fort heureux de cette soirée, mais surtout me sentant fort privilégié d'y avoir assisté. Merci Valérie pour l'invitation ! 

Merci aussi à Hans Kabeya (musique interprétation), Gabriel Sigouin (musique création), Legacy (danse mixte), Alexendre Parent (musique création), Dieunika Polynice (chant interprétation), Mohamed-El Amine Chennouf (chant mixte), Wesley Rameau (musique création), Lovely Brévil (Chant interprétation), Jean-Simon Desforges (musique interprétation), F(x) Crew (danse mixte) et Félix Beaubien (musique création) et aussi Noémie-Jade Fischer-Choinière, Francis Ménard, Ralph Chouchou et Jonathan Antoine (à l'animation). 


samedi 16 février 2019

Sur mes pas en danse: Perturbé par "Ne me dis pas que tu m'aimes"

Je dois l'avouer, une fois les applaudissements envolés, j'étais quelque peu dubitatif suite à ce que Geneviève Jean-Bindley et sa gang (Marie-Ève Dion, Elizabeth-Anne Dorléans, Myriam Foisy, Jacynthe Léger-Leduc et Marie-Philippe Santerre) m'ont proposé. Découvrant l'oeuvre sans avoir lu sur elle avant de m'y rendre, ma première impression de "Ne me dis pas que tu m'aimes" était assez tiède et c'est un euphémisme ! Si l'esthétique était intéressante et la qualité d'interprétation, gestuelle et vocale, était fort bien réussie, le message lui durant certains tableaux m'a fortement perturbé. J'y ai senti une violence latente, retenue ou exprimée malgré un enrobage séduisant. Pour moi, de voir de la domination, peu importe sa forme, cela m'interpelle et je pourrais dire que cela m'agresse.

                                     Photo de Élisabeth-Anne Dorléans par Josée Lecompte tirée du site de Tangente

Et lorsque une ou des femmes, même face à une autre femme, est ou sont en situation de domination ou de dépendance, là juste devant moi, cela me met inconfortable, pour le moins ! Et ce que j'ai surtout retenu, tout au long de la présentation. Il y aura bien d'autres aspects, mais au final, ils auront été relégués derrière, malgré leur côté flamboyant et même séduisant. De ces femmes qui "font la belle" pour obtenir une récompense, moi, ça me perturbe et ça m'interpelle !

Le tout aurait pu mal se terminer et j'aurais pu repartir avec un goût amer de cette soirée, malgré ses qualités, mais heureusement, je suis resté pour la discussion d'après représentation ! Parce que de cette discussion, j'en ai retenu une partie du message de la chorégraphe et ses interprètes qui me proposaient, pas personnellement évidemment (!) à réinterpréter son oeuvre dans une perspective portant sur la dépendance qui est indépendante de notre sexe. Et effectivement, mémoire toute ouverte, j'ai fait le tour de l'oeuvre et lorsque je revois certains tableaux, ces "états de femme", dont celui du séchoir à cheveux pour se "faire belle", je comprends mieux. Cela a fait monter en haut, de mes tripes à ma tête, le propos reçu et m'a fait mieux apprécier ce que je venais de voir. La chorégraphe, de son propre aveu, ne se donne pas la mission de dénoncer, mais il me semble évident qu'une partie de son propos féministe lui échappe. Et de la violence de son propos, qu'elle assume totalement, difficile d'y rester indifférent, parce que durant certains tableaux, elle insiste au point de me déranger et me rendre inconfortable. Pour cela, elle semble avoir atteint son objectif.

J'en reviens donc de cette soirée avec l'impression que cette chorégraphe, Geneviève Jean-Bindley, dont j'avais apprécié auparavant, "Parade" (pour laquelle j'avais écrit "Six minutes, c'est court, mais l'impression, elle, est durable") et "Rainblow" (dont j'avais conclu mon impression avec "Six minutes, c'est court, mais l'impression, elle, est durable"), que cette impression donc, sera encore "durable"et avec une touche de revenez-y ! De cette discussion d'après représentation, je retiens aussi que cette jeune chorégraphe est fort déterminée et que rien ou si peu l'empêchera de s'exprimer à sa façon. 

Et au final, comment faire suite à "Ne me dis pas que tu m'aimes" ?, sinon par la phrase iconique et aussi tout ambiguë de Serge Gainsbourg, "Je T'aime, ...Moi Non Plus" que j'ai chantonné dans ma tête à mon retour à la maison !

vendredi 15 février 2019

Sur mes pas de spectateur: Une mise à l'épreuve qui me "frappe fort" " avec l'homme de Hus !


Merci Klara et bonjour à vous tous,

Je dois vous faire une confidence, jamais je n’aurais pensé que la prise de risque, dont je vous parlais en début d’année, prendrait un jour, une tournure premier niveau, oui, oui ! Et comment donc, me demanderez-vous ? Pour répondre à votre question, je veux revenir sur ma rencontre fort marquante avec « L’homme de Hus » incarné par Camille Boitel au Théâtre La Chapelle. Cette rencontre qui s’est transformée en une mise à l’épreuve du spectateur.

                                         Photos tirées du site du théâtre La Chapelle

Donc en ce lundi de février, je me suis rendu, intrigué, à la rencontre de cet homme de Hus, « Hus » qui en norvégien signifie « maison », pour les intéressés. Présenté en partenariat avec la TOHU, il était écrit dans le ciel, et dans le feuillet aussi, que les mouvements seraient fort circassiens et oui, ils l’ont été, mais aussi et surtout fort casse-cou.

Toujours difficile de mettre en mots, toutes les sensations, certaines, extrêmes, que j’ai ressenties sur mon siège première rangée, tout au long de la présentation en découvrant cette œuvre surprenante et fortement originale. Mais avec un alphabet de 26 lettres, si je m’applique bien, je devrais y arriver.
Ainsi donc, au départ, nous apparaît cet homme avec quelques objets en bois, pour qui la manipulation n’a rien de facile. Ils sont peu nombreux, mais déjà, il est possible de ressentir que les choses sont habités par un esprit de révolte. Déjà, la manipulation d’un simple tréteau apporte son lot de difficulté. Imaginez donc, la suite lorsqu’il doit composer avec toute une « tonne » de ses bêtes de bois toutes aussi rétives que passives. Dans sa façon de faire le tout s’enchevêtre et le désordre devient inévitable. Ses péripéties toutes périlleuses me fascinent, me font rire, mais aussi font beaucoup rire tout autour de moi. Dans ces empilements de tréteaux qui se font et se défont et qui ont tout du désordre organisé, il évolue avec une maladresse manifestement maîtrisée. Donc jusqu’ici tout va bien pour lui et pour moi ! Mais rien à faire, tous ces objets, individuels ou regroupés ne tiennent pas en place ou ils ne semblent pas vouloir garder leur place. Rien ne semble sous contrôle. Mais il survit, intact même. Mais moi, suis-je à l’abri ? Ces objets qui semblent hors contrôle, sont-ils menaçant pour le spectateur, surtout s’il se trouve au beau milieu de la première rangée, jusqu’à le mettre à l’épreuve. Rien n’en est moins certain et lorsqu’un de ces tréteaux est projeté fortement du derrière de la scène et se dirige droit devant, dans ma direction, mon cœur s’arrête. Le temps se fige comme mon sang. Mais il s’arrête à mes pieds et revient promptement à son propriétaire, par un fil invisible, auquel il était attaché. Plus tard, mon sang froid sera encore mis à l’épreuve, parce que devant moi, il fait tourner un autre tréteau, excité de son énergie centripète par une suite de révolutions sans fin. Suis-je à l’abri ? Je pars ou je reste ? Tétanisé, je reste, tout comme le tréteau dans sa main, ouf !!! J’ai vraiment eu peur !!!

Une mise à l’épreuve qui avait toutes les allures d’une mise en danger. Si lui, il le sera, en danger, tout au long de la représentation et il y survit bien, je suis encore plus heureux que cela ait été aussi mon cas.

Pourtant, pour peu, j’en aurais été averti si j’avais pris la décision de lire le feuillet de la soirée, puisque on pouvait y lire « Puis vient l’attaque frontale d’une machinerie des objets devenus des monstres moyenâgeux et cela se termine par un dédale. ». Cependant, même si j’avais su, jamais, j’aurais pu organiser ma défense. Ce qui, au final, s’est avéré une bonne décision. Je reviens soulagé et très satisfait de cette intense expérience menée par un interprète fort talentueux, appuyé par une équipe discrète mais très efficace. Mais une fois le tout terminé, je te dis merci Camille !

Je m’arrête là. Bonne prochaine semaine de danse!

samedi 9 février 2019

Sur mes pas au théâtre: De "La fête à Sophie" , j'en reviens touché et troublé !

C'est au Théâtre Prospero que mes pas m'ont amené pour assister à "La fête à Sophie" (de Serge Mandeville et Absolu Théâtre). Je le confesse, Sophie, je ne la connais pas, mais je n'étais pas le seul invité présent qui ne la connaissais pas dans la salle intime du Prospero. En plus des spectateurs, il y aura aussi, sur la scène, son frère, sa soeur, sa tante et aussi sa mère !

                                             Tiré du site du Théâtre Prospero

Une fois, tous les spectateurs rendus à leur place, c'est d'abord, Sophie (Simone Latour Bellavance, mon coup de cœur de la soirée !) toute seule qui vient à nous. Elle nous demande notre confiance, parce que, ce qu'elle aura à nous confier est important. Elle se présente à nous avec froideur et lucidité et nous confie qu'elle a "dérapé" dans le laboratoire de chimie. Une fois ce premier contact fait, le tout se poursuit, avec fête d'anniversaire en vue (!) avec les membres de sa famille, sa mère, sa sœur décédée et ses frères jumeaux plus vieux !

Par la suite, nous sommes rapidement entraînés dans une suite de scènes qui lève le voile sur les enjeux familiaux et aussi des secrets qui surprennent et qui peuvent déconstruire des préjugés.

Sophie, cette jeune fille, dont la date d'anniversaire "tombe" la même date qu'un événement dramatique, nous fait plonger creux dans le passé de sa famille et dans les secrets de sa mère (Marie-Ève Bertrand, troublante) pour y voir clair.

Tout au long de ces découvertes, nous y rencontrerons aussi le fantôme de sa soeur (Véronique Marchand, touchante), ses deux frères jumeaux (Frédérick Tremblay bis (!) et fort crédible) et sa tante (Vicky Bertrand, solide)).

Lorsque le tout devient un peu plus clair à mes yeux, ces derniers deviennent trouble par les larmes qui se forment. Et ces yeux larmoyants, ce ne sera pas que moi, sur scène et dans les sièges ! La proposition, comme la présente Serge Mandeville, auteur et metteur en scène, soit "Dire les choses. Les nommer, les mettre en lumière (en les sortant de l'ombre, serais-je tenté d'ajouter). C'est déjà beaucoup", impossible d'y rester indifférent, parce qu'ils résonnent en nous. Et des secrets de famille qui n'en a pas ?

Pendant une heure quarante-cinq, le temps s'arrête et on nous offre une plongée toute intense dans une humanité en eaux troubles. Au moment d'écrire ce texte, cette pièce quitte l'affiche, mais, je ne peux qu'espérer que cette belle petite salle toute intime ou une autre pourra accueillir "La fête à Sophie" ! Et si cela se produisait, n'hésitez pas, vous aimerez Sophie, même si vous êtes prof de chimie comme moi !



vendredi 8 février 2019

Sur mes pas de danse: Un atelier créatif qui m'amène sur la scène de la Maison de la Culture Claude-Léveillée


Merci Klara et bonjour à vous tous, 

Aujourd’hui, je veux rebondir sur ma chronique du début de l’année dans laquelle, je proposais aux autres de prendre des risques. Et ce qui est valable pour les autres, l’est pour soi-même, dirait le sage ! Voilà donc pourquoi, mes pas m’ont amené à un atelier créatif en danse contemporaine de la Maison de la Culture Claude-Léveillé. Ces ateliers sont des invitations conviviales accessibles à tous, pour expérimenter le langage chorégraphique de manière décontractée. De franchir le quatrième mur dans le sens inverse pour que le spectateur monte sur la scène.

Je vous propose donc, un trop court compte-rendu de mon périple en territoire chorégraphique. Une fois délestés du non essentiel et rendus sur la scène, en cercle, les quinze participants ont droit aux présentations d’usage de Sophie Michaud, instigatrice de ce type de médiation et d’Ariane Boulet, interprète et chorégraphe en danse.

Je m’en voudrais de ne pas mentionner au passage le beau travail d’Ariane qui avec sa compagnie « Je suis Julio » amène la danse dans différents lieux, comme elle le fera dans des CHSLD de Ahuntsic dans les prochains jours ! Mais sur cela, je compte y revenir.

Nous apprenons l’objectif de cette rencontre qui est d’avoir une expérience de spectateur rehaussée à partir d’un fil tiré de l’œuvre « À la douleur que j’ai » de Virginie Brunelle qui sera présentée sur ces mêmes planches la semaine suivante.

                                           Photo de l'oeuvre "À la douleur que j'ai tirée du 
                                          site de la maison de la Culture Claude-Léveillée

En entrée de jeu, nous avons droit à une courte bio de la chorégraphe et une description fort appropriée, foi de spectateur averti, de sa signature chorégraphique. Une fois, cette mise en perspective faite, nous sommes invités à mettre notre corps en action en débutant par un échauffement physique. Moi, tout en dedans, je travaille aussi sur un lâcher-prise de mon intérieur, « tout crispé » !!! Nous serons, donc, dix femmes et cinq hommes à plonger dans une exploration physique des émotions que sont la peur, la tristesse, la joie et la colère.

Cette expédition, nous la débutons en solo. Pour cela, nous sommes invités à nous déplacer sur la scène et tout à coup, sans avertissement, exprimer soit de la joie ou de la tristesse, en état de corps, visage compris. Ouf, à cette demande de ressentir et l’exprimer physiquement, j’y travaille fort.
Par la suite en duo, nous devons, entre autres, partir éloignés, face à face, et aller vers l’autre en passant d’un état neutre à un autre colorée de la même émotion. L’exercice est en apparence « simple », mais demande, je le réalise pleinement, de prendre conscience de l’émotion de l’autre et d’y répondre. Découvrir et ressentir ce que ma partenaire d’occasion présente, tout en exprimant soi-même, voilà un travail d’écoute fort exigeant. Et moi, je m’applique du mieux possible et je me décoince peu à peu.

Arrive la phase finale de cette rencontre, qui comme il est possible de voir dans « À la douleur que j’ai », soit de proposer une photo de famille qui peu à peu perd de son vernis. C’est à cinq, tout sourire, avec une chaise comme pivot que nous composons notre photo de famille qui devra se décomposer tout en lenteur, en une minute trente. Nous devons le faire « en famille », attentif à l’évolution des autres membres dans cette illustration d’effondrement familial vers des états émotifs intérieurs physiquement exprimés. L’exercice se complète par la présentation de la photo de famille de chacun des groupes, à tour de rôle et qui s’avèrent toute aussi différente qu’intéressante. Et pour ma part, je suis bien heureux du chemin parcouru sur cette scène et en moi, avec en prime un état d’esprit un peu plus ouvert, oh que oui !

Un atelier qui m’a fait mieux comprendre l’acte créatif et comment il prend racine en soi et en relation avec les autres. Un atelier qui élève encore plus mon admiration à vous, chers créateurs et interprètes. Un atelier aussi que je vous invite à découvrir, chers spectateurs, parce qu’il y en a d’autres.

Je m’arrête là. Bonne prochaine semaine de danse!

jeudi 7 février 2019

Sur mes pas en danse: Exploration fort réussie en danse urbaine avec "Un temps pour tout" !

Depuis que j'arpente les différents territoires de la danse, il est assez rare que mes pas m'amènent à des représentations de danse urbaine, la dernière fois, c'était pour découvrir "Complexe R" d'Alexandra "Spicey" Landé, il y a presque trois ans. J'avais écrit "Peut-être qu'on pourra m'expliquer que derrière ces performances athlétiques, il y a une âme, mais pour l'instant, elle m'échappe." C'est après avoir entendu la présentation, fort invitante par ailleurs, de l'instigateur de la soirée "Un temps pour tout", Sovann Rochon-Prom Tep et me l'être fait fortement recommandé (merci Maud !) que je me suis décidé. Mes pas m'ont donc porté jusqu'au théâtre La Chapelle en ce lundi soir dans un hall d'entrée fort achalandée pour une soirée à guichet fermé !

                                         Photo tirée du site du Théâtre La Chapelle

Une fois, nos chaussures enlevées (ce qui est assez tendance en ces jours, puisque c'était une cinquième fois depuis le début de la saison !!), nous pouvons entrer dans le lieu !

À notre entrée dans la salle, s'offre à nous, soit une chaise sur les deux parties latérales de la scène, soit un coussin par terre tout autour, sauf derrière et soit un siège plus "classique" dans les estrades. Moi, je choisi une chaise sur le côté qui s’avérera une choix fort judicieux. "L'instigateur de la soirée Sovann nous accueille en nous invitant à aller nous servir une tasse de thé et un biscuit. Peu à peu, la salle se remplit "full" et l'atmosphère se réchauffe jusqu'à l'arrivée fort discrète des trois performeurs, Jean-Édouard Pierre Toussaint (alias Sangwn), Frédérique Dumas (alias Pax) et Ja James Britton Johnson (alias Jigsaw) et les deux musiciens Thomas Sauvé-Lafrance et Vithou Thurber-Prom Tep.

Le tout commence tout lentement et a des allures d'un début de cérémonie "religieuse", encens inclus, brisant le quatrième mur. Les "Love", "Vibe", "Spirit" de Sangwn résonnent dans la place et tout le public, moi y compris, est manifestement captivé. La suite se décline dans une suite de tableaux durant lesquels le public, plus habitué que moi à ce type de prestations répond fort bruyamment avec entre autres des "wow" bien sentis, ce qui m'y entraîne !! Impossible de ne pas ressentir la communion entre les interprètes, mais aussi et surtout avec le public. Les performances se succèdent, souvent extatiques, durant lesquelles, je vois la beauté des mouvements et que je ressens, avec grand plaisir, l'émulation entre les performeurs, les musiciens et le public tout proche autour. 

Le tout se terminera par un tableau mené par Jigsaw qui étendu par terre, nous garde tout captif de ses propos. 

De cette soirée fort intense, essentiellement "expérientielle", j'en ai très bien ressenti les "vibes" qui m'ont enveloppé dans un univers par des artistes "habités" qui m'ont permis cette fois, d'y découvrir une âme fort vibrante! Une soirée qui en amènera d'autres, promis !

lundi 4 février 2019

Sur mes pas au cinéma: Touché par l'humanité de "Roma" !

Malgré cette impression d'avoir à pactiser avec le "diable" (lire ici Netflix), mes pas m'ont amené pour une première fois au Cinéma Moderne, boulevard St-Laurent pour assister à la projection de "Roma" d'Alfonso Cuarón. Nous prenons place, à nos sièges réservés, dans cette petite salle d'une cinquantaine de place fort belle et bien inclinée qui nous permettront une vue complètement dégagée sur l'écran et sur ce qui y sera présenté.

                                                  Image du film tirée du site du Devoir

Une fois toutes les places prises, comme toutes les autres séances de ce film jusqu'à maintenant, les lumières se font d'abord discrètes pour s'éteindre complètement et laisser place à une bande annonce, suivi de cette oeuvre qui fait tant jaser.

Après une entrée à la matière intrigante, nous découvrirons, une autre époque (les années 70), un  pays (le Mexique) dans une période trouble de son histoire, par le biais d'une famille de la bourgeoisie et d'une de leur servante (magnifique Yalitza Aparicio) ! C'est par cette dernière que nous serons amenés à découvrir différentes péripéties tout en haut et en bas de sa vie et de celle de la famille. Rapidement, nous sommes captivés, mais surtout touchés par l'amour et la solidarité que nous découvrirons. Plus personnellement, j'ai particulièrement apprécié le décalage entre les scènes dramatiques et ce qui suit, juste après, toute empreint de calme, malgré les traces laissées et montrées.

Dans cette simplicité du noir et blanc utilisé et dans la retenue des sentiments montrés, l'histoire est rehaussée et résonne encore plus fort en nous. Et comme il arrive quelque fois, je suis tout à fait d'accord avec le grand nombre d'étoiles et de prix décernés. Et suite à la lecture de la critique d'Odile Tremblay dans le Devoir, qui indiquait que seul Netflix avait voulu financer ce film, mon opinion sur ce média commence à évoluer, mais pour l'instant, je lui dis merci.

samedi 2 février 2019

Sur mes pas "hors sentier" jusqu'à une expo au MAI pour découvrir "Le je et le nous".

C'était une de mes résolutions de la nouvelle année, soit d'explorer et amener mes pas vers des territoires nouveaux. Et j'avais pris comme exemple d'aller à la rencontre de "Le je et le nous", exposition au M.A.I., présentée jusqu'au 2 mars prochain. J'y étais donc pour le vernissage, le 31 janvier d'une année que je souhaite porteuse d'ouverture de et vers l'autre. Une exposition constituée de vidéos qui comme l'indique la feuille de présentation qui nous est remise, "présentent ainsi des scénarios auxquels les sujets ont eux-mêmes choisi de participer, qu'ils ont imaginés ou qu'ils ont contribué à concevoir." Et après en avoir fait le tour, cela se ressent fort bien.

                                           Kirsten Leenaars, New and Definitively Improved, 2016. 
                                        Capture d'image vidéo, tirée du site du MAI

Mais débutons par le début de la partie plus officielle de cette soirée. Nous avons droit à la présentation d'un chef mohawk qui s'adresse à nous dans sa langue maternelle et ensuite en langue anglaise, pour terminer avec un chant qui se veut inclure tous les gens présents. Par la suite, le grand patron, Michael Toppings, prend le relais, suivi par la représentante de Vidéographe, collaborateur de l’événement et pour terminer la commissaire Zoë Chan qui nous fait faire le tour du propriétaire de l'exposition de façon fort enthousiaste. Enthousiasme qui s'avère fort contagieux.

"Le je et le nous" nous amène dans des rencontres vidéo suintant de sincérité que je ressent très bien, malgré la foule nombreuse tout autour en cette première soirée.

L'autre qui, pour peu que l'on se donne la peine, a tout du je ou du nous, nous le voyons avec ces jeunes filles qui nous proposent leur maison fabriquée en modèle réduit, riche de leur besoins et de leurs aspirations. Une oeuvre forte de cette exposition qui mérite de s'y arrêter et d'y revenir (comme je le ferai, promis !!). Cette excursion sur grand écran et fort belles images dans une histoire en Haïti, j'y suis resté captif. Je pourrais poursuivre, mais de ces découvertes à faire (gratuitement !), il me semble qu'il faut en garder quelques secrets. Et c'est ce que je ferai !

"Le je et le nous" pour que le mot "autre" ne soit plus rien pour chacun de nous !


Sur mes pas en danse: Une soirée avec deux tangentes fort différentes à Tangente !

Se rendre à une soirée à Tangente expose le spectateur à faire la rencontre de propositions fort singulières qui interpellent. Et c'est vers ce type de soirée que mes pas m'ont amené en cette fin de mois de janvier avec sa toute puissance hivernale. Au programme, d'abord deux oeuvres vidéo, "Drain" et "Hold on" de Bettina Hoffmann et ensuite "WorkingOn WorkingOnUs"  du Collectif Indefinable Folks (Joey Eddy, Williams Ellis, Robert Kingsbury, Kate Nankervis et Andrew Tay.

Encore une fois, c'est sans nos souliers, mais avec nos pantoufles (suite à l'invitation faite par les responsables de Tangente) que prenons place dans l'Espace Orange du Wilder, soit sur un des sièges derrière ou sur un "banc-coussin" sur le devant. Pour cette fois, j'ai sacrifié la première rangée aux plus jeunes pour prendre place sur un siège, plus confortable pour moi. La proximité des oeuvres que j'apprécie tant n'en a pas été sacrifiée puisque l'espace attribué aux spectateurs était assez limité.

Le tout débute avec "Drain" avec Kate Ladeheim, Freja Mitchel et Suzan Polat. Impossible de ne pas d'abord remarquer l'esthétique sobre, toute beige de ce qui nous est présenté. Par la suite, nous sommes entraînés dans une oeuvre "sans gravité" qui défie mes perceptions et qui captive mon attention. Et peu à peu, ma perspective se précise et je m'y retrouve dans ce milieu aqueux.

S'en suit, "Hold On", tout aussi esthétique, avec Ilya Krouglikov, Mélanie Lebrun, Keven Lee et Katie Philp. De ce quatuor fort bien soudé physiquement, nous découvrirons comment il est possible de rester "debout et solidaire", malgré les faiblesses de l'un.e ou de l'autre. Le sens de l'oeuvre est limpide, me touche et illustre bien ce que la vie devrait nous permettre d'espérer.

                              Photo de "Hold On" par Bettina Hoffmann sur le site de Tangente

Au final, deux courtes oeuvres, une quinzaine de minutes au total, qui présentent fort bien, deux aspects de notre relation aux autres.Pause et sortie de la salle, le temps d'installer la scène pour la suite,  "WorkingOn WorkingOnUs".

Une fois de retour, nous retrouvons un peu partout sur la scène des artefacts blancs et une console double sur le devant gauche. Et puis tout à coup, les différents interprètes et artisans arrivent sur scène pour tout enlever !!! Nous avons attendu tout ce temps (une vingtaine de minutes) pour finalement voir tous les objets être remis en coulisses !!!

Ce qui suivra et qui est présentée comme une "expérience corporelle queer" se déclinera en différentes parties durant lesquelles le "maître des lieux", Andrew Tay dirige les quatre interprètes tout au long des différents tableaux qui je l'avoue humblement, attise ma fibre dubitative. Suivant docilement les indications du meneur, ils nous proposent d'abord une suite de levers de bras d'abord individuel et ensuite en duo qui nous demandent de lâcher prise sur le sens du mouvement.

Ensuite, les corps s'alignent pour recevoir dans leur bouche la "communion" qui nous sera révélée durant un tableau fort réussi. Par la suite, ils se dénudent peu à peu pour permettre à la matière aqueuse ou visqueuse dont ils ou elles sont enduit.e.s de présenter des effets esthétiques ou sonores. Durant tout ce temps, ce "WorkingOn WorkingOnUs" se mute en "WorkingOn Me" intérieur. Le sens m'échappe, mais je suis néanmoins fasciné par la relation entre lui et eux ou elles. Ça ne sera pas la première fois qu'Andrew Tay repousse mes limites. Je me rappelle encore de  "Fame Prayer/Eating", il y a moins d'un an (au La Chapelle) durant laquelle j'avais repoussé mes limites perceptives de spectateur aguerri face à ce qu'on me présentait. 

Je ne saurais dire honnêtement, en quoi consiste la nature queer de la présentation, mais pour conclure la présentation, j'aurai droit à une tableau, avec trois objets ramenés sur scène qui a tout du rituel queer, suivi d'applaudissements des interprètes qui propulse tout en haut des filaments qui ont, pour moi, tout le symbole d'un espoir. 

Et arrive, par la suite, les applaudissements des spectateurs, dont j'aimerais tellement connaître la réaction suite à leur réception de cette oeuvre. (Demande du spectateur que je suis: si vous avez vu cette oeuvre et que vous avez des commentaires à me partager (juste à moi, soyez assuré), faites moi les parvenir en commentaires sur ce texte. Promis !,  je ne les rendrai pas public. Je suis bien curieux de connaître votre réaction.

Une soirée chez Tangente qui repousse mes limites de spectateur et qui en explique ma présence.

vendredi 1 février 2019

Sur mes pas en danse: Retour sur oeuvre avec un terreau fertile pour le spectateur, "La possibilité d'une tragédie"


Avertissement: Voici le texte de ma chronique du 1er février à l'émission Danscussions & Co présentée sur CHOQ.ca.

Merci Alexia et bonjour à vous tous. Aujourd’hui, je veux rebondir sur une lecture fort intéressante, mais surtout enrichissante que j’ai fait récemment pour revenir sur une œuvre que j’ai beaucoup appréciée un peu après cette lecture. Mais commençons par le début.

Dirigé par les réseaux sociaux jusqu’au site internet du Regroupement Québécois de la danse (le RQD pour les habitués), j’ai lu récemment avec intérêt un texte de Katia Montaignac, intitulé, « Repenser notre regard sur la danse », avec la question toujours fort pertinente en entrée de jeu, Comment regarder la danse? Elle débute sa réponse de façon fort vraie: Il n’y a pas de recette ! Elle ajoute que tout regard sur la danse dépend avant tout d’un point de vue subjectif basé sur la relation que chaque spectateur entretient avec l’œuvre/la danse/l’art en fonction de son héritage culturel, et que « la danse offre une multiplicité d’interprétations.

Il s’en suit cinq parties: La première : Prendre conscience de nos lunettes, la deuxième : Verbaliser (ou écrire, serais-je tenté d’ajouter) ce que nous fait l’œuvre, la troisième : Échanger, discuter, débattre, La quatrième : Réinventer, S’approprier l’œuvre et enfin, Actualiser son regard. Elle conclue avec une question qu’elle emprunte à Gérard Mayen qui nous invite à repérer par où passe la danse ?

Aujourd’hui, je vous propose de surfer sur ses cinq partie et je le ferai avec « La possibilité d’une tragédie » d’Amélie Rajotte, présentée il y a quelques jours à Tangente. Une deuxième rencontre avec cette œuvre qui en suivait une première, quelques semaines plutôt, alors que le tout se peaufinait encore.

                                  Photo par Nelly-Ève Rajotte, tirée du site de Québec Danse

Donc un peu avant Noël, j’avais assisté à la sortie de terre de la graine de l’œuvre pour devenir une fort belle plante qui m’a montré son feuillage. Tout au long de la première présentation, je détournais l’intention première toute végétale de la chorégraphe pour la transposer dans une dimension toute humaine, celle de l’immigration. Peu à peu, dans cette atmosphère fort propice à la réflexion, je m’appropriais l’œuvre et le travail appliqué et méthodique de ces deux femmes (Angie Cheng et Jessica Serli), avec la terre et les plantes. J’y voyais le travail fort bienveillant des « fées de la terre d’accueil ».

Mais mon sens donné, allait-il tenir le coup pour la deuxième rencontre, lors de la présentation du résultat final ? C’est donc dans l’Espace Vert, oui, oui ! du Wilder que je prends place autour du lieu de prestation, où se trouve un module contenant que de la terre. Je découvre aussi des plantes en pot de différentes variétés, sur table, suspendues, ou par terre. Déjà présentes, les deux interprètes travaillent à préparer la terre, y enlevant les débris. Elles prennent soin des plantes en les arrosant, les vaporisant, les examinant et les caressant. Et nous, nous observons leur travail. Ce qui nous laisse tout le temps de prendre racine dans l’œuvre, aider pour cela par l’atmosphère sonore et musicale de Nelly-Ève Rajotte. Et moi, pendant ce temps, je prends des notes avec un crayon vert !

Si en entrée de jeu, trois plantes se retrouvent déjà sur la bordure, à la frontière de cette terre vierge à occuper, par la suite, ce sont plutôt les autres plus en retrait, qui seront d’abord déracinées de leur monde pour trouver leur place dans leur terre d’accueil, grâce au travail de ces deux fées. Elles les choisissent toutes différentes, selon leurs critères propres, et peu à peu, le lieu se couvre tout en vert. Oui, mon sens premier tient la route. Mais surtout, il y a là devant moi, un terreau fertile pour m’approprier l’œuvre et y semer mon sens.

Et tout à coup, le plus beau se produit, l’éclosion de l’œuvre, comme une plante qui nous offre sa fleur. Le module se fissure d’abord, pour ensuite devenir terre grande ouverte, après qu’une fraction de cette terre qui la constituait ait fait pont avec l’extérieur. Dans ce monde nouveau n’ayant plus de frontières, la terre se fait corps, la terre se fait liens tout différemment colorés. Ce travail minutieux et les efforts montrés, créent en moi un espoir vert, « v. e. r. t. » ou vers «  v. e. r. s. » l’avenir d’une terre-mère ouverte à tous. Que du bonheur pour le spectateur, merci Amélie !

Je m’arrête là. Bonne prochaine semaine de danse!