samedi 28 avril 2018

Sur mes pas en danse: "Les rois de la piste" qui a tout du terrain miné

C'est à la première de "Les rois de la piste" de Thomas Lebrun à l'Agora de la danse que mes pas m'ont amené en ce début très hésitant de printemps. De Thomas Lebrun, pas de souvenirs de son passage précédent "en ville", (septembre 2014 avec "Trois décennies d'amour cerné" sur l'amour après le VIH), mais cette fois-ci, on nous annonçait une oeuvre plus légère. Plus légère et encore sur une autre époque, celle de l'époque disco et son plancher de danse, sur lequel tout était permis. Celle de ma jeunesse durant laquelle, de façon occasionnelle, j'étais une des espèces de cette faune qui foulait le plancher de danse. La proposition était aussi intéressante pour la nostalgie que je pourrais y ressentir.

                                          Photo tirée du site de l'Agora de la danse

Comme à mon habitude, un des premiers à prendre place dans la salle, je m'assoie première rangée au milieu, juste devant un carré d'environ un mètre carré, légèrement surélevé. Choix que je ne regretterai pas, par la suite. La salle se fait pleine et le moment arrivé, les lumières de la salle s'éteignent pour laisser place à ce carré qui s'illumine. Il s'en suit un défilé des personnages et de leur comportement sur ce plancher de danse "où tout était permis !". En amplifiant les comportements jusqu'à la caricature, le chorégraphe, nous montrent des personnages d'un soir, loin de leur quotidienneté. Une fois franchi le seuil du plancher de danse, avec les habits "d'apparat" pour la mission à accomplir pour la soirée. Libérant les pulsions ou les retenues, jusqu'où le plancher de danse devient un lieu où tout est permis. La cible ou l'objectif se retrouve en soi ou dans l'auditoire ou sur ce petit espace libéré de tous les autres occupants.

Gros et caricatural est le propos durant ce défilement des genres durant la quarantaine de minutes. À la réaction que je perçois derrière moi, certaines ou certains s'y reconnaissent aussi. J'en retiens les stéréotypes comportementaux et aussi les chansons "disco" qui ont habités mon adolescence et ma période de jeune adulte. Un sensation particulière m'envahie lorsque j'entends "Smalltown Boy" de Bronski Beat (de l'album "The Age Of Consent de 1984), (note à moi-même: retrouver ce CD dans ma pile) qui me ramène avec intensité à cette époque.

Ce "podium" a tout d'un bûcher des vanités, où les corps sont offerts, avant l'époque où la notion des genres ne disparaissent et celles de danger et de "me too" n’apparaissent. Les interprètes sont totalement investis à leur mission et sans retenue devant nous.

Et tout à coup, le défilé s'arrête et de ce petit espace et son ombre, nous sommes libérés. La scène s’agrandit, créant un vide propice à la transformation. Et transformation, il y aura, autant dans les vêtements nettement  plus sobres et dépouillés aussi. Et quand le tout se termine sur la chanson de Gloria Gaynor, "I am what I am" et ses premières paroles, "I am what I am/  And what I am needs no excuses.", j'y vois aussi une confession du chorégraphe qui a voulu le faire "exagéré" et qui l'assume totalement. Comme dirait le sage, le choix des mots (et des chansons) n'est jamais innocent. J'aurais été bien curieux de connaître la réponse à mon affirmation lors de la rencontre avec le public du lendemain avec Thomas Lebrun.

Mon "petit doigt" me dit que l'oeuvre a été reçu très différemment et cela me semble fort compréhensible. Simpliste, facile, provocante, réflexive, exagéré, passéiste pourront être les adjectifs utilisés et je serai d'accord. Je serais bien curieux de savoir s'ils varient selon les générations. Peu importe notre opinion sur la qualité de l'oeuvre, les performances sur "scène" ou sur le plancher de danse de Julie Bougard, Matthieu Patarozzi, Véronique Teindas, Yohann Têté et Thomas Lebrun, elles, ne sauraient être remises en question. 

Une fin de saison à l'Agora de la Danse qui nous amène sur la "piste" de la réflexion de ce que je suis comme personne mais, aussi comme spectateur. Une de mes raisons de me rendre à une de mes sorties danse.


mardi 24 avril 2018

Sur mes pas en danse: Une soirée au La Chapelle pour explorer les limites et les franchir

Pour conclure sa saison danse, le théâtre La Chapelle nous propose deux propositions particulières. Et en ce lundi de début de printemps, il était possible de les voir dans la même soirée. Voilà donc pourquoi, mes pas m'ont amené rue St-Dominique dans le hall d'entrée fort achalandé de cette salle de présentation.

Je n'était donc pas le seul à vouloir profiter de ce "programme double" qui présentait, en première partie, "SOFTLAMP.autonomies" (d'Ellen Furey et Malik Nashad Sharpe) comme un objet chorégraphique et "un slogan vidé de ses prémisses". Ensuite, "Fame Prayer/Eating" (d'Andrew Tay, François Lalumière et Katarzyna Szugajew), comme "une tentative vers une spiritualité queer" et "d'une performance rigoureusement indisciplinée".

                                   Photo de "Fame Prayer/Eating" tirée du Site de La Chapelle

Les portes de la salle s'ouvrent et pendant que les sièges trouvent tous preneur, sur scène étendus par terre les deux interprètes dans leur "uniforme tout blanc", avec dans leurs mains des bâtons d'encens tous allumés. Et nous le constatons rapidement, de l'encens, ça sent et elle prend possession de tout l'espace et aussi, complètement de nos sens olfactifs. Si nos yeux sont au repos, le nez travail et pour certains, cela se répercute pour produire des toussotements retenus. Personne ne quitte cependant.

                               Photo de "SOFTLAMP.autonomies" tirée du site de La Chapelle

Et les bâtons brûlent, l'air se sature et nous nous attendons, nous attendons et nous attendons. Je me retrouve dans une position assez particulière et très peu fréquente, soit d'être plus à l'écoute de la salle que de la scène. Et juste, vraiment juste ! au moment auquel je me demande s'ils auront l'audace de nous laisser repartir une fois l'encens consommé, sans avoir bougé, la musique prend possession à son tour de l'espace. Et eux, laissent les restes de leurs bâtons et ils se mettent à prendre possession de la scène dans une suite de mouvements fort bien synchronisés. Leurs pas explorent tout l'espace, mur à mur, sur le rythme de la musique qui revient en boucles. L'effort de patience que nous avons dû fournir en début est remplacé par l'effort évident des interprètes dans le tableau qui est, pour moi, un terreau fertile d'émotions pour le spectateur.

La suite alterne mouvements et immobilité sur cette trame musicale qui rejoue en boucles et qui sait, se terminera peut-être jamais. J'ai l'impression que l'on m'amène à mes limites de spectateur. Quand l'espoir d'un début succède à celui d'un début, serait-on tenter de penser ! Et dans une finale fort bien réussie, les deux interprètes font leur sortie et après nos applaudissements, nous aussi sortons pour profiter de l'air printanier sans encens !

Retour dans le hall d'entrée pour revenir dans la salle et découvrir "Fame Prayer/Eating". L'univers d'Andrew Tay, j'en connais certains territoires et, j'ai encore en mémoire, sa performance "éclatante" avec Katarzyna Szugajew, lors de sa dernière édition du "Short&Sweet". Alors cette fois, nous irons où ?

Dans notre entrée, les trois interprètes sont déjà présents et nous accueillent avec le sourire. Le moment arrivé, Andrew Tay, micro en main, nous indique les avertissements habituels à propos du contrôle des "bidules" intelligents et aussi sur ce qui nous sera présenté.

La suite est tout sauf prévisible et relève d'une audace corporelle totalement déjantée. En apparence, semis improvisés et comme annoncée "rigoureusement indisciplinée", les tableaux présentent les trois interprètes qui osent physiquement et éclairent leur propos par leur physionomie (à ce titre le regard de François Lalumière durant certains tableaux était hallucinant). Impossible de rester insensible des mouvements casse-cou sur fond d'une légère toile qui répercutent fortement en moi et provoquent, aussi, des ondes de réaction dans les sièges derrière. Les performances qui utilisent "les idées véhiculées par la psycho-pop et les textes pseudo-spirituels" frappent fort et juste. Ils utilisent leurs corps "externes" pour "s'entrechoquer" et faire résonner notre corps "internes". Enrobés des textes, les performances atteignent leurs objectifs, soit d'explorer "un espace queer de culte, une critique de la culture du bien-être et une performance transgressive et désorientante pour le public". Le tout se termine par une expédition périlleuse des trois interprètes dans les estrades, durant laquelle nous retenons notre souffle, en gardant nos bras disponibles qui met un point d'orgue à cette soirée durant laquelle nous avons exploré et franchi les limites.

Au final, deux oeuvres, toutes différentes qui explorent les limites, d'abord, celles des spectateurs, aussi et surtout celles des interprètes, ainsi que les limites du genre artistique et sexuel dans la performance. Deux oeuvres qui provoqueront des réactions de toute nature chez les spectateurs qui oseront, et, pour cela entre autre, je les recommande.

lundi 23 avril 2018

Sur mes pas "de course" en danse: "Running Piece" qui a touché le coureur-spectateur en moi

Une des principales raisons qui me font aller à un spectacle de danse est de me rendre dans un univers loin et différent du mien. Qu'il soit tout féminin ou de culture différente, le plaisir est au rendez-vous. Mais là, c'était différent ! Jacques Poulin-Denis à la chorégraphie et Manuel Roque à l'interprétation me proposerait, moi adepte de la course, une perspective de coureur avec "Running Piece". Cette proposition m'interpellait spécialement, d'autant que l'un et l'autre par leurs oeuvres précédentes m'avaient rejoint. Je me souviens encore de "Waltz", il y a plus d'un an (février 2017) oeuvre présentée au métro Place des Arts dans laquelle les finissantes et finissants de l'École de Danse Contemporaine de Montréal "performaient" avec brio sur ce tapis roulant. Le chorégraphe demandait beaucoup, selon moi, et l'obtenait de cette gang de "jeunes".

Cette fois, pour "Running Piece",  ce "beaucoup", il le demandait de Manuel Roque. Et l'obtiendra-t-il ? 

                               Photo : Robin Pineda Gould; tirée du site de l'Agora de la Danse

Nous entrons dans la salle et, déjà, sur ce tapis roulant, il marche déjà, face à nous, regard paisible, mais déterminé. Moi, je prends place première rangée, juste en face ce lui, "coureur vs coureur" ! Moi je cours dehors, peu importe les conditions climatiques et une heure passe vite. Lui devra le faire sur un tapis roulant devant nous pendant près d'une heure. Et moi, y trouverais-je mon compte, mais plutôt assis qu'en mouvement ? Les critiques publiées m'indiquaient de ne pas m'inquiéter, donc je prends place confiant. Et j'ai été comblé par cette randonnée qui a débuté simplement lui qui court face à nous à bon rythme. Il regarde droit devant montrant un calme réconfortant. Et puis les choses changent évoluent d'abord subtilement puis plus de façon évidente. Le visage et le corps s'expriment aussi indépendamment des jambes qui suivent la vitesse de ce tapis au rythme immuable. Arrive un moment fort, celui durant lequel je me suis transposé dans lui, me mettant dans ses chaussures. 

Et puis, tout à coup, le tapis effectue une rotation de quatre-vingt-dix degrés. Et là, il court sur un fond fort d'une projection lumineuse. L'effet est fort et ramène mon esprit à mon corps bien assis. Le "coureur", inondé de sueurs que l'on voit tomber, devra faire avec la valse hésitation ou les retournements de sens du tapis. Et ouf !, il ne tombe pas lorsqu'il se retrouve si proche du bord, conséquence des humeurs du tapis qui lui fait la vie dure.

Et le tout se terminera avec le retour face à moi de ce tapis. L'expédition tend à sa fin et j'en apprécie les derniers pas. Une oeuvre allégorique, fort de symbolismes que chacun peut y trouver, coureur ou pas, du sens de la vie au différentes sensations intérieurs ou extérieurs ressenties par un coureur, dont moi. Et cela a été reconnu par le public présent qui n'a pas hésité à se lever pour transmettre son appréciation.

Courir une heure, passe vite. Voir courir Manuel Roque sur un tapis sous la gouverne de Jacques Poulin-Denis passe encore plus vite. Et donc ce "beaucoup", le chorégraphe l'a obtenu par son interprète et, moi, je serais tout à fait prêt à revenir pour le revoir courir.

dimanche 22 avril 2018

Sur mes pas en danse: Fortement touché par "Intérieur brut"

Il y a des propositions chorégraphiques qui prennent appui sur la souffrance humaine pour nous la retransmettre. "Intérieur brut"  de Sonia Bustos en collaboration avec Élodie Lombardo en est une de celle là et elle percute fort en nous, homme ou femme. Comme le cycle en trois temps, "Serpentine", de Daina Ashbee nous l'avait présenté, il y a moins d'un an.

 http://surlespasduspectateur.blogspot.ca/2017/11/sur-mes-pas-en-danse-vice-versa-et.html.

Mais commençons par le début. Mes pas m'ont d'abord amené jusqu'à la Galerie du M.A.I. dans laquelle on retrouve une exposition de photos et d'un vidéo en lien avec un événement qui c'est produit il y une douzaine d'années au Mexique. Nous y apprenons que pour réprimer une contestation citoyenne, près d'une trentaine de femmes furent arrêtées et, durant leurs détentions, soumises à des sévices sexuels. Une dizaine d'années plus tard, douze d'entre elles ont décidé de s'affirmer et de demander justice. Voilà le point de départ de la proposition chorégraphique que Sonia Bustos, jeune Mexicaine qui vit maintenant à Montréal, nous proposera.

Arrivé un peu à l'avance, je peux découvrir les percutants et poignants témoignages de ces femmes (Paty, Suhelen, Ana María, Italia, Mariana, Norma, Claudia, Yolanda, Cristina et Edith) au bas de leurs photos prises par Mirada Sostenida. Il y a aussi cette projection vidéo qui présente ces images "pixélisées" incomplètes et déformées de ces figures de femmes. Impossible de ne pas y voir une image forte de ce qu'elles sont devenues après ces événements tout aussi tragiques que troublants dans un état, dit de droit.

                                         Photo de David Chedore

Je me rends dans le lieu de présentation où on retrouve une vingtaine de sièges disposés en demi cercle avec juste derrière, les affiches du visage de ces femmes. Ce qui me frappe le plus est leur regard affirmé, décidé qui semble montrer que plus rien ne leur fera peur dorénavant. Ces femmes sont jeunes ou moins jeunes. Le temps passe et des coussins s'ajoutent, les sièges ayant tous trouvé preneur. La prestation aura lieu dans un endroit sobre, sans artifices sauf une pièce de vêtement, sur un plancher de bois.

Arrive le moment où discrètement l'interprète arrive par une porte et, à l'écart, se réchauffe et s'étire. Les portes de la salle se ferment, les lumières s'éteignent et nous apparaît ce corps féminin d'une belle robe revêtu. Sur un fond sonore qui a tout de la reconstruction, elle se présente tout en mouvement à nous. Par la suite, nous la sentons investie, elles, tout autour de nous, sont elle et elle devient elles dans leurs différences et leur unicité aussi. Il y aura aussi le moment fort puissant par sa connotation, durant lequel le corps sera sans visage, recouvert de son vêtement. Cette femme se métamorphose au son de la trame musicale légère et aussi plus tragique. Elle oscille aussi, sursaute et effectue aussi des soubresauts, nous entraînant dans les méandres de son trouble intérieur. Et arrive le moment durant lequel elle me regarde droit dans les yeux, des yeux vers moi mais de l'intérieur pour elle. Et lorsqu'elle se met à parler, c'est par un langage incompréhensible pour moi, dialecte ou inventé (nous apprendrons après la représentation qu'il était inventé), mais peu importe, la teneur intense du propos résonne dans toute la place et me touche.

Il y aura aussi ce moment où sa petite culotte blanche (symbole de son innocence) est retirée pour montrer une autre beige, comme la vie peut devenir après des événements qui nous enlève nos illusions. La robe aussi sera remplacée par ce pantalon signe de détermination devant la tâche à faire.
Et arrivera la finale où elle prendra place parmi nous dans le noir et moi, comme les autres, incapables de réagir et d'applaudir rapidement. Les moments vécus nous laissant sans contenance. Le témoignage que Sonia Bustos nous a livré, sous le regard de toutes ces femmes, est salvateur.

Comme nous l'apprendrons durant la discussion d'après représentation, ce projet a mis longtemps à "mijoter", mais le résultat est à la hauteur de la qualité et de la sincérité présentée. Durant la représentation, j'ai même vu des larmes dans le visage de l'interprète, ce qui ne laisse aucun doute que devant moi la femme et l'interprète ne faisaient qu'une. De cet "Intérieur brut", j'en ai été chamboulé, mais aussi réjoui de voir que ce la terreur et de la violence, il peut en émerger de la détermination et de la beauté. Cela met un baume sur le pessimisme qui rode en et autour de moi.

Au final, ce que je retiens le plus et garde en moi, c'est la sincérité de cette femme. Une oeuvre à voir et à revoir par le plus grand nombre, s.v.p. !!!

mardi 17 avril 2018

Sur mes pas en danse: "L'art d'être seul.es" mais en bonne compagnie (!) selon Claudia Chan Tak

Avril est le mois de la danse qui culminera avec la journée internationale de la danse le 29 avril prochain. Que ce soit dans les salles habituelles de diffusion ou non, de la danse, il y en a plein et mes pieds ont peine à faire des choix, parfois déchirants. Mais en ce jeudi soir, ils se sont dirigés jusqu'au Studio-Théâtre Alfred-Laliberté (au Pavillon Judith-Jasmin de l'UQAM) pour apprécier le travail d'une de mes chorégraphes "chou-chou" Claudia Chan Tak.

C'était une première, tout comme pour la troupe à l'affiche, La Troupe de danse contemporaine de l'UQAM. Évitons toute confusion, ce sont dix-sept étudiant.es de différents programmes universitaires, dont droit, marketing, sexologie, sauf celui du programme de danse. Pour eux, de programmes différents, la danse a été un point de rencontre et un passe-temps pour lequel, ils ont consacré leurs dimanches soir depuis septembre (et nous sommes mi-avril !).

Une fois rendu dans la salle et à notre place, nous découvrons des chaises vides au fond et sur les côtés de la scène autrement vide. Et ces chaises d'abord seules, viendront s'y asseoir sur ou à côté, à tour de rôle, les interprètes et la chorégraphe. Le temps passe et eux nous regardent, comme si la représentation était inversée, impression particulière (mais pas désagréable) de ma première rangée ! Arrive le moment et la chorégraphe, aussi présentatrice pour l'occasion, se lève et nous fait une brève présentation de son travail avec eux et aussi de l'artiste invitée en première partie, Elise Daubié qui nous présentera "Mon printemps".

La présentatrice quitte la scène et les lumières s'éteignent. Et lorsqu'elles se rallument dans une semi pénombre, Élise Daubié se met en mouvements. Sa courte prestation (une dizaine de minutes) est colorée d'états de grâce et d’apesanteur qui se ressentent bien. Cela en accord avec une phrase de la description, soit "Mon printemps expose un perpétuel renouvellement qui tend vers de nouvelles aspirations ainsi qu'une certaine authenticité." Court moment qui me fait regretter mon impossibilité à me rendre, depuis un certain temps, aux représentations de la "Passerelle 840" du Département de danse de l'UQAM.

La pause est courte, puisque les interprètes étaient restés sur scène. Et graduellement, ils viendront danser et mettre ne mouvement la vision de la chorégraphe, "celle que l'on vit à 17, celle que l'on ressent, que l'on fuit, que l'on maudit, que l'on recherche, que l'on chérit et enfin, celle que l'on danse seul ou ensemble." Les différentes déclinaisons de "L'Art d'être seul.es" avec des solos, des duos, des mouvements de groupes nous permettent de constater que être seul.e peut être mis en évidence et rehaussé avec du monde autour. Et, aussi, avec un nombre impair d'interprètes, le moment tellement éloquent de se retrouver seul.e après la formation de duo. Certains tableaux l'illustrent bien et ces jeunes montrent une intensité et un plaisir à nous les présenter. Ils occupent toute la scène et, juste à être un peu observateur, pour constater l'effet sur leurs visages, dont certains sont totalement irradiants. L'oeuvre permet à des amateurs de goûter aux plaisirs du mouvements avec une oeuvre relativement complexe et nous le constatons aisément dans un des derniers tableaux qui demande une bonne cohésion.

Mes pas me ramenant à la maison, je cogite sur l'apparente contradiction de "L'art d'être seul.es" en bonne compagnie et, un peu aussi, sur le regret de tenir mordicus à ma position de spectateur.

Félicitations, Adrien Poujade, Catherine Fournier, Maude Roussin, Andréanne Bourgeois, Eugénie Pigeonnier, Simon Bilodeau-Colbert, Anne-Marie Vaillancourt, Geneviève Boyer, Thibault Ayrinhac, Camille Vannobel, Inès Amade, Virginie Mikaelian, Candice Zogo Mvoa, Karianne Leclerc-Hallé, Zoé Arena Cosandey, Catherine Descoteaux et Léa Blouin-Rodrigue.

Et bonne poursuite sur d'autres scènes.

                                 Photo du Centre Sportif de la gang sur le site de l'UQAM



samedi 14 avril 2018

Sur mes pas de spectateur: Aller franchir le "Seuil" avec "Le Patin libre"

L'expérience est unique et c'est Danse Danse qui nous la propose. Nous sommes invités à découvrir une proposition de patin "artistique" sans boucle piqué, ni lutz ou double axel, ou devrais-je plutôt dire du Patin libre, comme le nom de cette compagnie montréalaise de patinage contemporain.

                                         Photo tirée du site de Danse Danse

De cette "gang" et de son audace et de sa résilience à poursuivre à "performer", j'avais déjà entendue parlé, mais, jamais, je m'étais rendu à une de leur performance. Cette fois, c'était la bonne et c'est donc, jusqu'à l'Aréna St-Louis, "à l'ombre" du lugubre viaduc Van Horne que mes pas m'ont porté. Il y avait quelque chose de sympathique à aller à la découverte d'un spectacle d'une gang qui a su, depuis huit ans, sortir des sentiers battus des disciplines de la danse et du patin et obtenir la reconnaissance d'un grand public. Plus d'une dizaine de représentations sur deux semaines, "ce n'est pas de la tarte", mais si je me fie à la foule nombreuse présente à cette deuxième représentation, cela devrait être un défi relevé. Suffit de convaincre les indécis, et je me ferai un grand plaisir et un devoir d'y contribuer.

Pour pouvoir prendre place sur la glace, il faut d'abord monter les marches extérieures, montrer notre billet, descendre les marches fort pentues des estrades  (désignées salle d'attente pour l'occasion) pour prendre place sur un siège, le temps que l'on puisse prendre place sur notre siège ou notre coussin à l'une des deux extrémités de la patinoire. "À ras de la glace", toutes les places sont bonnes, sommes-nous rassurés, et c'est vrai, mais pour être confortables, être chaudement habillés et utiliser les couvertures fournies est fort important, comme il nous l'est fortement conseillé.

Nous prenons donc place quelques minutes avant la représentation et attendons. Les lumières se ferment et puis arrive le moment de la découverte. Les cinq interprètes-patineurs (patineuse) sont là et entreprennent la première des deux parties de la soirée. De "Threshold (Seuil)", je serai honnête, je n'y trouverai pas l'habituel sens aux œuvres de danse auxquelles j'assiste. Je me sens ailleurs, mais ma posture de spectateur est différente et fort agréable.

                                                                             Pause.

Je dois indiquer que j'apprécie très peu le patinage artistique, tel que l'on peut le voir aux Olympiques, par exemple. Non pas à cause de la beauté et de la dextérité des performances des athlètes de haut calibre que l'on peut y voir, mais de la perspective constante des fautes et des chûtes que ces athlètes risquent de faire, "because" l'obtention d'une médaille qui leur demande d'aller à la limite.

                                                                     Fin de la Pause

Ainsi donc, dans les gestes et les déplacements que je peux découvrir, il y a une pureté que l'apparente simplicité de ce que l'on voit qui me rejoint avec satisfaction. Si la trame musicale est intéressante et appuie bien ce que je voie sur la glace, c'est le son du patin sur la glace qui me plait le plus. Il y a dans cette simplicité sonore, une résonance qui me comble sans que je ne puisse l'expliquer, une résonance viscérale.

Des deux parties, c'est la deuxième qui m'a le plus rejoint avec des duos fort expressifs. La finale, aussi, avec les cinq interprètes qui se déplacent d'un côté à l'autre en serpentant la glace d'abord et en s'entrecroisant ensuite. De cette perspective latérale, de ma perspective, le moment était magnifique et mémorable.

J'ai pu découvrir, en cette soirée de printemps frisquet, "sur fond de glace persistente", une oeuvre sur glace qui m'a plu autant par son esthétique que par la qualité de la prestation des cinq interprètes, Samory Ba, Jasmin Boivin, Taylor Dilley, Alexandre Hamel et Pascale Jodoin. Et de cette présentation faite de ces moments sur glace, soit "Une tribu, un voyage, un jeu. Un accident. Une transformation des corps, des vies et des désirs.", nous pouvons la partager ou pas, le plaisir sera, de toute façon !

À mon départ, j'ai pu rencontrer un des patineurs-artistes, Samory Ba, tout aussi sympathique que "géant" sur ses patins encore au pieds. À mes questions, ses réponses sont directes et fort instructives et rendent le spectateur fort heureux pour toute cette soirée.


jeudi 12 avril 2018

Sur mes pas en danse: "Déphasé" et comblé par les finissantes et finissants en danse de l'UQAM

Pour une deuxième semaine consécutive, mes pas me portent jusqu'au 840 Cherrier. La gang que je verrai sur scène présentera la première des quatre soirées de leur "dernier tour de piste" avant la diplomation et le départ de leur vie professionnelle. Les finissant.e.s en interprétation et en création en danse de l'UQAM nous proposeront une soirée "Déphasé" en deux temps. Deux oeuvres toutes opposées dans leur style, mais tout à fait en phase sur des enjeux actuels, riches de leurs interrogations.  Soient "À temps perdu" ("Si la vie n'était pas à gagner, ni à devenir, peut-être, ....) de Alice Blanchet-Gavouyère et "Comme tout le monde"( "issue de multiples couches de questionnements ...") d'Ariane Demers et ses interprètes.

                                                 Affiche tirée du site du Département de danse de l'UQAM

La foule est nombreuse à l'entrée de la salle et les bouquets de fleurs, en de bonnes mains pour marquer le grand moment d'après représentation. Le moment venu, Armando Menicacci accompagné des deux chorégraphes nous adresse des mots de bienvenue, belle initiative ! Une fois le go donné, nous entrons dans la salle, toute sombre pour y découvrir une scène noire avec répartis un peu partout, de petits amas de matières blanches. Le temps que la salle se remplisse, je suppute sur la nature de cette matière (styromousse est l'hypothèse que je retiens). Les amas sont tout blanc, sauf ceux qui sont colorés par l'éclairage. Il y a aussi deux interprètes déjà présents debout immobiles d'un côté et de l'autre de la scène. En observant bien, il est possible de voir un léger mouvement de leur part, oscillations, ou vacillements, impossible pour moi de trancher. Décidément, voulu ou pas, le thème de l'interrogation prend place dans mon esprit. Mais pas assez pour m'empêcher de voir prendre place sur la scène, un troisième, un quatrième jusqu'à une septième interprète qui au lieu de prendre sa place, ira proche d'une autre. Tout au long de ces ajouts sur scène, les regard se portent au loin et leurs oscillations toujours plus évidents et légèrement différents pour chacun.e. Nuance intéressante que j'observe avec attention, jusqu'à la chute et la suite.

Nous aurons droit, entre autres, au propos de lui sur l'ennui ("L'ennui est ...) et d'elle sur le moment présent et de son utilité et surtout de ce que nous n'en retiendrons pas ("Et si la vie était un jeu où rien arrive..."). Les gestes sur scènes se déclinent en déplacements, et en chute, en traînée qui au passage défont les amas de matières qui se dispersent un peu partout sur la scène jusqu'à mes pieds, rendant parfois les déplacements périlleux (avec une chute pas prévue et sans conséquence, j'en mettrais ma main au feu !!!). Le temps passe, parfois à temps perdu et les gestes sont là, devant moi, exprimés avec conviction, pour me le rappeler, tout en remodelant le lieu qu'ils habitent. Une danse de rencontres humaines, en deux temps. D'abord avec les interprètes tout et uniquement de noir vêtus, sauf pour une qui a un chandail noir avec une "étoile" dorée devant. Ensuite, celui durant lequel, "le temps change", et qu'ils revêtent un chandail plus coloré, d'une couleur tiède. On pourrait y voir un début de réponse au sens du temps perdu qui passe. Une oeuvre dans laquelle, il est possible d'y voir l'influence de la conseillère artistique, Sarah Dell'Ava.

Une fois revenu au temps présent, les applaudissements fort bien mérités, je constate qu'un seul amas a résisté aux mouvements, tout au fond de la scène, près du mur et que c'est en ouate (en boules) qu'étaient fait ces amas. Merci Maude Archambault-Wakil, Pénélope Desjardins, Catherine Dumais, Léa Noblet, Lian Rodgers, Olivier Rousseau et Giverny Welsch pour vos pas "À temps perdu".

Moment de pause, question de remettre la main sur ces boules de ouate toutes dispersées.

Je reviens en salle pour prendre place "Comme tout le monde" (d'Ariane Demers). La scène est vide, la musique nous arrive d'abord et puis tout à coup, lever du rideau, soit la porte métallique sur le côté cour de la scène. L'utilisation, ici, de ce terme associé au théâtre, s'avère fort à propos parce que la suite s’avérera une oeuvre de danse fort théâtrale. Les six interprètes (Ophélie Dubois, Laurence Gratton, Victoria Juillet, Adam Provencher, Alexia Quintin et Kali Trudel), revêtiront différents costumes fort colorés qui n'ont d'égal que les rôles qui leurs seront associés. Aux moments de danse durant lesquels une bête tout de tissu vêtue, alterneront de moment de forte théâtralité. Impossible de ne pas apprécier cette scène durant laquelle, les personnages sont assis autour d'une table presque toujours immobiles dans des poses de fortes expressions et durant laquelle la "bête" distribue maladroitement le liquide à boire et de la suite, durant laquelle, avec tout son corps, elle nettoie les dégats.

Difficile de garder une image précise de ces multiples couches de questionnements, mais lorsque la touche Gerard Reyes (conseiller et grand spécialiste du voguing) se présente à nous. D'abord, dans un tableau aux carrés lumineux présentant un personnage qui disparaissent pour créer la dispute de l'attention. Mais aussi, celui de l'arrivée de lui en elle (Adam Provencher) qui investit totalement la scène et suscite de fortes réactions dans la salle. Mais sa différence, sur scène provoquera une réaction, parce pas "Comme tout le monde" !

De cette gang qui avait "Quelque chose de sauvage" (présentée l'automne dernier au même endroit), il faudra dire aussi, quelque chose d'audacieux et de limites repoussées. Et de ce dernier tableau, je garde en mémoire, une scène de conversion et en "poche" un petit solide de papier blanc habité par le souffle, de la prêtresse revêtue de son sarrau. qui me l'a remise en main propre en toute solennité.

Une autre belle soirée en deux temps, introvertie en première partie et extravertie en deuxième. qui me laissera qu'une seule interrogation. Quand pourrais-je revoir ces finissants ou leurs oeuvres sur une scène la prochaine fois ? Le monde de la danse en est un qui n'est pas facile, mais, selon moi, elles ou ils ont ce qu'il faut pour "tirer leur épingle du jeu" et nos applaudissements.