dimanche 7 octobre 2018

Sur mes pas en danse: Expédition dans "l'Ailleurs" avec "The Daughters of Quiet Mind" et "TOPO" chez Tangente

De ces deux œuvres au programme, j'en avais déjà vu les "premiers" pas. De "TOPO", c'était au ZH Festival, il y a un peu plus d'un an. Du texte de mes impressions, j'avais conclu, "Selon moi, il reste à travailler les transitions, mais sinon cette vision topographique polymorphique de notre présence sur terre atteint son but." Curieux donc de découvrir cette plus récente version !

Pour "The Daughters of Quiet Mind" (de Laurence Lapierre et Myriam Arseneault-Gagnon), première partie de ce programme double, j'en découvrais la suite, son évolution. D'abord titré, "The Shovel Wings" qui était un duo lors de sa première présentation publique lors des "Danses Buissonnières" de l'an dernier et sa suite, sans titre, présentée (et que j'avais vu et fort bien apprécié) au OFFTA de ce printemps. Voilà une autre belle illustration que la danse est un art vivant, mais aussi toujours en mutation. Il ne me restait d'en découvrir le résultat.

Bien installé au tout début de la file d'attente, je peux prendre connaissance de la note de la commissaire (Dena Davida) dans le feuillet de la soirée: "Ce programme propose une tension esthétique entre formalisme futuriste et angulaire et une poésie onirique et sensorielle. Un lien pourrait être tissé par la notion de perception: de nous-mêmes, des interprètes et de leur environnement imaginé". Et aussi de méditer sur la complexité du sens de cette note, une expédition dans "l'ailleurs" ?, malgré l'activité bourdonnante tout autour. En effet, toutes les places seront occupées pour la première.

Les portes s'ouvrent, je prends ma place et la salle se fait comble. Déjà, elle (Myriam Arseneault-Gagnon) est là, très présente, avec la bâche par terre, sous ses pieds, et le long néon juste au-dessus d'elle. Elle se déplace, attentive au lieu, examinant "au delà" de ses "grands yeux" fort présents. Pour ma part, elle me captive. Il s'en suit, une fois le tout débutant plus formellement, son investissement physique des lieux avec cette bâche sous ses pieds. La bâche devient le territoire à investir sous ses bottes dont le bruit résonne et se propage dans la place. Cette bâche devient aussi un cocon d'où réémerge cet être tout aussi mystérieuse et surprenamment inchangée physiquement, mais intérieurement toute différente, nous le ressentons ! Cette bâche qui se déforme et ses multiples couches, allégorie de ma vie et peut-être de la vôtre, que nous découvrons recèle une dimension de la vie colorée de ses mystères. Toute courte, sinon trop, (moins de trente minutes) cette épopée humaine, riche en résonance visuelle et sonore (merci à Jonathan Goulet, concepteur sonore et Hugo Dalphond, concepteur lumière). Cette femme, je l'ai suivi jusqu'au bout de sa solitude et je l'aurais accompagné plus loin, plus longtemps.

Pour découvrir la deuxième partie, nous devrons sortir de la salle et prendre le temps d'attendre. Ce que je fais fort docilement.

Et les portes s'ouvrent de nouveau pour nous faire entrer dans l'univers déjà fort riche de la présence des interprètes (Ariane Dubé-Lavigne, Laurence Dufour, Kim L. Rouchdy et Jeimy Oviedo) et des différents objets scéniques (dont l'immense écran blanc derrière la scène) de "TOPO" d'Ariane Dessaulles. Je me souviens que la première fois, il y a un an, ces femmes m'étaient apparues graduellement, mais cette fois, elle sont toutes là, immobiles, mais fort présentes ! C'est une rencontre, découpée en tableaux, qui a tout de la courte pointe doucement construite. Je redécouvre avec grand plaisir et grande attention, celui durant lequel, elles se mettent à la tâche en gestes fort appliqués, mon tableau préféré. Ce qu'elles nous proposent, principalement en duo, est fort appliqué, minutieux, d'un formalisme que je qualifierais de scientifique. Nous devons être tout attentif pour en saisir les nuances. L'exploration "topo(graphique) du territoire, formelle, enrichie des projections "déformantes" m'a projeté dans une introspection toute personnelle déstabilisante, je dois l'avouer. 


                                  Photo de Marie-Ève Dion des 4 interprètes de "TOPO"

De cette expédition, fort bien guidée et aux transitions bien réussies, j'en reviens, enrichi par plus de questions que de réponses, comme peuvent l'être pour moi, tous ces corps qui arpentent cette topographie urbaine au quotidien. 

"TOPO" est pour moi, une oeuvre forte de sa formalité et de sa complexité, mais avec des gestes qui la rendent accessible.

J'en ressort fort satisfait, mais aussi interpellé. Notre présence, peu importe ce que l'on peut penser, est en lien avec les autres et elle provoque des effets dont nous pourrons ignorer les effets. J'en prends bien note et pour cela merci, mesdames. 

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