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mardi 30 mars 2021

Sur mes pas (virtuels) à une performance: "Quelque part dans l'inachevé" entre le vivant et le non-vivant !

Fidèle à son habitude, l'équipe de Tangente me propose une oeuvre qui m'amène dans des sentiers audacieux qui peuvent désorientés ! Avec "Quelque part dans l'inachevé", c'est avec mes "guides" Sarah Wendt et Pascal Dufaux que je débute cette excursion qui a son origine dans un lieu fort inspirant pour eux et fort beau pour nous (d'après les images présentées), soit les Tablelands dans le Parc National du Gros-Morne dans la province de Terre-Neuve et Labrador. 

De ce duo, j'en étais à ma deuxième rencontre, la première date du OFFTA 2018 avec "Strange moods and dissonant feelings" que j'avais décrit, à l'époque, d'exploration de la quatrième dimension de la danse !"

Pour celle-ci, je suis entraîné dans des allers-retours de ce magnifique parc au studio, durant lesquels je découvre différents tableaux dans lesquels j'ai parfois de la difficulté à distinguer l'inerte du vivant. Comme si les créateurs et leurs "complices" avaient voulu jouer avec moi et me déjouer aussi. Plusieurs fois, j'ai dû chercher mes repères pour m'y retrouver face à ce que je découvrais. Et cet exercice m'a plu. 

Il y a aussi ce sablier rempli, mais pas de sable mais d'un liquide, qui s'écoule en laissant aller tout en haut une bulle d'air du passage du temps, comme les idées qui se font en nous. (Je découvrirai durant la rencontre d'après représentation que c'est du miel, riche de sa texture et de son vieillissement, qui était dans le sablier, question de mettre en évidence que l'écoulement du temps est continu et non pas discontinu comme le passage du sable, grain par grain dans l'étranglement). 

Les corps dans cette oeuvre-performance tout comme les éléments esthétiques, j'en ai l'impression, sont utilisés pour se jouer de nous et déjouer mes perceptions tout comme certains titres de tableau. Par exemple, "eeing" s'avère malgré l'impression phonétique du titre surtout sonore, tout comme cette femme dont les excroissances en font une créature surprenante aux gestes intrigants que je me lasse pas d'examiner.

                                               Photo par Denis Martin fournie par Tangente

Une oeuvre "haute en couleurs" qui m'a plu mais que j'aurais aussi bien appréciée en salle avec un grand écran pour saisir l'immensité de certaines perspectives. Une présentation suivie d'une rencontre fort instructive avec les deux créateurs qui m'a permis de mieux comprendre leur processus créatifs et leurs choix esthétiques. Ces idées qui émergent en eux comme dans des rêves et leurs perspectives qui viennent de la rencontre des différents systèmes qui doivent cohabiter et s'apprivoiser !



mardi 29 mai 2018

Sur mes pas en danse au offta 2018, première sortie: "Habiter" et Strange moods and dissonant feelings"

Cette année, ma résolution est d'harmoniser mes sorties au FTA et avec celles au offta, sans que cela tourne à la boulimie de spectateur. Pour faciliter le tout, une initiative de la gang du offta mérite d'être soulignée, soit celle de présenter des programmes en après-midi (dont à 13h00), comme celui, dont je reviens en ce lundi fin de PM.

Pour la présentation du programme double,"Habiter" de Katia-Marie Germain et "Strange moods and dissonant feelings" de Sarah Wendt et Pascal Dufaux dans l'espace vert du Wilder, le couloir d'attente achalandé et tous les cinquante sièges étaient occupés lors que la présentation a débuté. À la lumière de cette première fois, le pari semble être gagnant par les organisateurs, "LA SERRE - arts vivants".

À mon arrivée dans la salle, la pénombre nous permet de découvrir deux femmes déjà présentes, immobiles, sur la scène, l'une assise (Marie-Gabrielle Ménard), derrière une table garnie des objets typiques d'un petit-déjeuner, l'autre (Katia-Marie Germain), aussi assise du côté jardin de la scène, proche d'une lampe sur pied.

                                  Photo: Olivier Desjardins tirée du site de la chorégraphe

Une fois les lumières toutes éteintes et le fond sonore des discussions dans les estrades dissipé, réapparaît une femme assise immobile derrière la table, regardant vers nous. Il s'en suit une série de tableaux pour la plupart statiques, intercalés par le noir de l'intervalle (et des déplacements forts discrets et inaudibles), dont le début et la fin sont annoncés par le son de l'interrupteur. Cette femme à la table face à nous semble en attente et de cette attente, difficile de prédire la suite. Et lorsqu'elle m’apparaît, me regardant les yeux tout grand ouverts, directement dans les miens (moi assis dans la première rangée), je me sens un peu gêné de me faire surprendre dans son intimité. Peut-on être "deux" à "Habiter" ce lieu ? La réponse me sera donnée un plus tard avec l'arrivée de cette deuxième femme, pendant que je reprends mon rôle, plus confortable, de spectateur. Toujours modulés par la noirceur, les tableaux sont plus ou moins longs, parfois colorés de mouvements et d'ombre. De ces noirceurs fort actives, l'éclairage du moment nous permet d'imaginer cette rencontre selon notre propre histoire qui se terminera par le retour à la solitude de celle qui occupait le lieu.

Une oeuvre qui a ses dangers, parce que le cliquetis de l’interrupteur et la noirceur qui l'accompagne peut avoir l'effet d'un pendule et de nous amener à un deuxième niveau en nous faisant fermer les yeux. Difficulté que j'ai réussi à surmonter sans trop d'effort.

J'étais curieux et intéressé de voir la reprise de l'oeuvre de celle qui a remporté récemment le prix David-Kilburn (2017) du département de danse de l'UQAM et dont j'avais apprivoisé, il y a quelques années avec "Aube", son utilisation de la noirceur. Toute histoire a ses angles morts et avec "Habiter", fort bien maîtrisée par les deux interprètes, a réussi à atteindre, selon moi, son objectif de créer "des environnements qui altèrent, renouvellent ou détournent les perceptions du danseur et du spectateur" et d'y voir ma version de cette histoire.

Après une pause extérieure qui m'a permis de constater que la saison estivale n'était pas qu'un espoir avec le temps plus chaud et les préparatifs sur la Place des festivals, je reviens à l'intérieur. Je prends place pour découvrir "Strange moods and dissonant feelings" de Sarah Wendt et Pascal Dufaux. C'était une première fois avec eux et à mon entrée dans la salle, c'est sur un banc par terre que j'ai pris place, parce que mon siège se retrouvait juste derrière leur console électronique. Les deux créateurs sont là, attendant que la salle se remplisse (et elle le sera complètement !) pour débuter.

Lui restera derrière la console et elle ira sur la scène sur laquelle on retrouve des exhibits et aussi une autre console sur un chariot. Elle prendra le micro pour nous parler de son métier de danseuse ("I'm a dancer. When I trained to be a dancer, I was taught to be malleable, flexible, available, strong and to learn the movements ...."). Elle le fera avec un micro et une technologie qui lui déforme la voix, produisant chez moi des "dissonant feelings". Où s'en va-t-on ?, je me demande. Ma patience a été récompensée par la suite. Ce texte, capté, enregistré et repris, tous comme les mouvements, qui eux seront aussi décalés et multipliés. Comme ces ondes qui se propagent dans l'espace temps, je suis curieux de revoir ces gestes simples et de leur traînée dans  ma mémoire. Si certains éléments de l'oeuvre (séquences et accessoires) sont à améliorer (opinion de spectateur), la fibre est fort prometteuse. L'utilisation ici de la technologie, même si elle est très visible, trop selon moi, permet une belle excursion dans la découverte de la quatrième dimension de la danse.

Au final, une première sortie au "off" fort bien réussie qui m'en fait espérer quelques autres à venir dont deux sessions Larsen ! Je retourne à la maison avant le programme double au FTA en soirée.