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samedi 22 février 2020

Sur mes pas en danse: Inspirants carnets de voyage de Rhodnie Désir avec "BOW'T TRAIL Retrospek"

Je dois me le concéder encore une fois, j'apprécie énormément les œuvres chorégraphiques qui ont un propos (dans la partie U.V. du spectre d'une oeuvre !), mais qui aussi me laisse de la place pour  mon interprétation. Je me souviens encore des pas sur scène de Caroline Laurin-Beaucage avec sa pièce "Intérieurs", il y a quelques mois. Parcourant le "monde", elle a rempli sa mémoire et a construit une oeuvre où elle nous avait présenté son "carnet" chorégraphique de voyage fort riche, pendant que moi j'y voyais mon histoire !

                                          Photo tirée du site de l'Espace libre.

C'est dans la perspective de découvrir ce même type de démarche que mes pas m'amenaient jusqu'à L'Espace Libre à la rencontre de Rhodnie Désir qui nous proposait avec "BOW'T TRAIL Retrospek". Oeuvre construite depuis le "cristallite" de sa démarche, soit "BOW'T", créé et présenté en 2013. Depuis, comme le programme de la soirée sur le site du lieu de présentation nous l'indique, elle a cristallisé son propos "entre autres, à partir du jungo (Brésil), du danmyé (Martinique), de la danse vaudou (Haïti), du son jarocho (Mexique), du blues (Nouvelle-Orléans) et du gospel croisé aux rythmiques Mi’kmaq (Canada). Je dois ajouter que de Rhodnie Désir, j'avais grandement apprécié sa proposition "Dusk Society" présentée dans le cadre de la plus récente édition (en juillet 2019) de "Danses au crépuscule", présentée à Repentigny. Une proposition dans laquelle j'avais vu une ouverture aux autres et de la destruction des barrières entre humains. 

C'est avec tout cela en tête que j'attends que la salle se remplisse et que le "voyage" commence. Et qui commence d'une façon que j'apprécie beaucoup ! Soit tout lentement, tout en douceur, avec devant moi, une forme qui a des allures d'un rocher avec projeté sur l'écran, "le monde devant moi"! 

Et pour la suite, j'y trouve mon plaisir d'interprétation face aux différents tableaux. L'éveil, la libération, l'affirmation et la transformation  de cette femme en action que je sens parfois affronter l'adversité. Accompagnée par deux musiciens (Engone Endong et Jahsun) en symbiose avec ce que je vois, je me sens libre d'interpréter ce que je vois. Cette femme utilise aussi des objets et des vêtements dont le sens que j'y donne, évoluent dans le temps. Cette "robe" blanche que je voie passe d'un symbole d'espoir en un autre d’enfermement ! Ces petites tables qui s'emboîtent et qui sont utiliser, pour entre autres tenter d'enfermer les idées dans sa tête. Et aussi cette pierre qui agit sur elle mais aussi sur le sol et qui résonne en moi !

Sa présence est forte et ses gestes sont fort beaux mais surtout, porteurs de significations. Et lors de la discussion d'après représentation, je suis fort heureux de découvrir qu'elle nous avait laissé toute la latitude pour que l'on puisse y trouver notre interprétation. De ces moments, comme un souffle connecté à la mémoire, je les ai ressenti comme des porteurs d'espoir.

Et encore, lors de la rencontre d'après représentation, je suis séduit par la beauté et la sincérité du propos de la créatrice, comme aussi du rayonnement de son regard et de sa réaction face aux questions et aux commentaires des spectateurs. J'ai aussi appris que cette oeuvre n'est pas la même tous les soirs et qu'eux, les musiciens, doivent être fort attentifs pour accompagner, tout en symbiose, cette femme. Les échanges de regard indiquaient bien qu'ils devaient rester fort alertes !

Et comme je l'ai mentionné, je me promets de la revoir, pour mon plaisir d'avoir à refaire une histoire !





jeudi 8 septembre 2016

Sur mes pas en danse/théâtre: éclaboussé par le "MA(G)MA" d'une jeunesse en éruption

Mes premiers pas dans la saison officielle,"Automne 16" m'ont amené à L'Espace libre pour y découvrir "MA(G)MA" du collectif Castel Blast, avec Olivia Sofia et Léo Loisel à la mise en scène et à la chorégraphie. Je dois avouer que mes pas ne me portent pas très souvent vers cet endroit parce que ce lieu se dédit plus au théâtre (à preuve, son programme de l'année, indique "Saison théâtre 16-17) qu'à la danse. Mais, en ouverture de saison, cette oeuvre en était une, principalement de danse et, ce qui m'avait amené comme il en était probablement la raison pour un certain nombre de spectateurs présents. Il y avait aussi que pour cette oeuvre, il y aura quarante interprètes sur scène, admettez que seulement cela, pourrait mériter notre attention et notre déplacement. Il semble que cela a peut-être été le cas puisque la salle était comble, un mercredi soir de canicule.

En entrée de jeu, si on se laisse aller à interpréter le titre de l'oeuvre selon la perspective littérale, on pourrait s'attendre à assister à une oeuvre qui comme le magma sera une matière en fusion, contenant des gaz, qui transforme une surface en apparence calme, en une zone, d'abord trouble, pour ensuite produire une série d'explosions plus ou moins contrôlées. Si le tout pourra sembler relever du chaos, l'observateur avisé y trouvera un sens, sinon une direction d'évolution.

Voilà exactement, ce que j'ai découvert lorsque le calme régnait la scène en début de présentation, et que les corps, telle cette matière en fusion, prend possession de la scène, gorgés de pulsion, qui ne tarde pas en s'exprimer en des jaillissement de gestes et d'expressions faciales, en apparence incontrôlés. Comme pour un volcan, riche de son magma, l'oeuvre passe par des périodes fort actives, évidemment riches en énergie cinétique et d'autres plus calmes, mais durant lesquelles ont ressent nettement l'énergie potentielle prêt à s'exprimer.

                                Photo de Jules Bérard fournie par L'espace libre et publiée par La Presse

Pour mieux illustrer mon propos, voici un exemple, soit le début de l'oeuvre. Un petit garçon, est là, tout calme, effectuant avec application une tâche qui nous échappe. Il le fait depuis notre entrée dans la salle. Arrive, tout à coup, un homme, puis un autre, puis encore un autre. En tout, c'est une vingtaine de ces hommes qui prendront possession de cette scène, faisant fuir ce petit garçon et qui peu à peu se feront de plus en plus menaçant. Leurs expressions s'adressent vers nous et moi du siège de ma première rangée, je suis très soulagé que le quatrième mur tienne le coup. Le bouillon magmatique de testostérones s'échauffent de plus en plus et il est difficile d'y rester indifférent. Arrive un corps (féminin) extérieur qui modifie la dynamique et cristallise l'attention de ces corps vers lui, calmant ce bouillement corporel et le déferlement d'hormomes.

Par la suite, sur la scène, les corps féminins s'y ajouteront et produiront des réactions d'amalgamation qui enrichira ce magma dans une suite de tableaux plus actifs ou plus calmes. S'il est méritoire d'avoir réuni autant d'interprètes sur une même scène, quarante je le rappelle, l'effet de groupe est saisissant et rend le propos particulièrement efficace.

Une oeuvre viscérale qui vise fort et qui démontre que par le nombre, il est possible des effects impossibles à obtenir autrement. Ils sont jeunes, ces interprètes, et ils ont mis leur jeunesse au service d'une démonstration de leur nature profonde pour nous la présenter au grand jour avec effervescence.

Si vous ne l'avez pas encore vu, non vécu plutôt, il reste quelques représentations, sinon espérons que toute cette gang, trouvera dans leur agenda et une salle, de l'espace pour la présenter de nouveau dans un futur pas trop lointain.



mardi 15 mars 2016

Sur mes pas imprévus en danse: "Native Girl Syndrome"

Pendant qu'ailleurs à Montréal, deux hommes attendent Godot avec espoir, ici à l'Espace Libre, deux femmes errent sans aucun espoir, anesthésiées par l'alcool et la drogue.

Quand nous entrons dans le studio Espace Libre, elles sont déjà là avec leurs maigres possessions dans un lieu où les détritus occupent toute la place. Décrite comme n'étant pas de la danse ni du théâtre, "Native Girl Syndrome" de Lara Kramer est pour moi une oeuvre sur le mouvement qui fait du sur place. Parce que ces deux femmes, tout au long de notre rencontre, ne parlent pas ou si peu, ne regardent pas devant ou si peu. Intensément interprétées par Angie Cheng et Karina Iarola, elles sont condamnées à errer sur place en gestes désespérés, comme le nageur au milieu d'un lac juste avant de se noyer. Il y a bien un moment d'espoir, au détour d'une chanson ou de leur brève interaction, mais bien vite la réalité reprend toutes ses prérogatives et toutes seules, elles poursuivent vers nulle part. Qui sont ses femmes ? Question que l'on préfère éviter. Pourtant, elles sont là, errantes, prenant le peu qui leur est donné par la vie et la société qui les a déraciné d'ailleurs. Pour moi, qui en rencontre lors de mes déplacements dans le centre-ville, mais qui détourne les yeux en accélérant le pas, cette rencontre, de plus d'une heure, m'a forcé à découvrir plus longtemps cette réalité que ne veux pas voir. Et cela m'a fait forte impression.

Voilà une oeuvre qui n'a rien d'agréable, mais pour peu qu'on l'accepte, elle nous permet de voir une réalité que l'on voudrait bien ignorer et dont nous sommes collectivement responsables. Pour cela, merci Lara Kramer. 

Pour ceux et celles intéressé(e)s à lire une entrevue éclairante avec elle, voici le lien sur Local Gesture:

http://www.localgestures.com/dance/portrait-lara-kramer

                              Photo: Site de l'Espace libre