Aucun message portant le libellé Louise Bédard. Afficher tous les messages
Aucun message portant le libellé Louise Bédard. Afficher tous les messages

mercredi 7 avril 2021

Sur mes pas (bien réels) en danse: "Face-à-face" surprenant et captivant au La Chapelle !

 En cette même journée (mardi 6 avril) durant laquelle nous apprenions que les salles de spectacle ne seraient pas refermées (pour l'instant !), je me dirigeais, le pas heureux, jusqu'au La Chapelle à mon deuxième rendez-vous culturel en chair et en os de ce printemps ! Même ce billet que j'avais acheté, il y a une "éternité" et que j'avais conservé précieusement semblait, lui aussi, tout heureux de notre sortie !

Une fois rendu sur place, c'est dehors que nous attendons avant de nous laver les mains, de recevoir "notre" masque et d'entrer faire la file "à distance" de deux mètres dans la ligne "solo". Le temps d'entrer un à un dans la salle dans une chorégraphie bien rodée (même en cette soirée de première), j'apprends d'Olivier Bertrand qu'il devra refaire "ses devoirs". En effet, les mesures annoncées en catimini durant la journée indiquaient que les distances entre les sièges devraient passer de 1,5 à 2 mètres. Par conséquent, ils devront refaire leurs devoirs et reconfigurer les gradins et (peine!!!) de diminuer encore le nombre de spectateurs qu'ils peuvent accueillir !

Pause

Moi qui me suis déjà procuré mes billets pour plusieurs spectacles dans les prochaines semaines, j'ai comme une ombre qui est passée sur ma bonne humeur du moment ! Et surtout, j'espère ne pas recevoir un courriel avec des mauvaises nouvelles !

Fin de la pause

C'est, donc, un par un que nous sommes guidés et amenés jusqu'à notre siège et moi, je peux prendre place à "mon" siège première rangée. Il faudra environ quinzaine de minutes pour faire salle comble (en temps de restriction !) et aussi une salle comblée d'y être !  Nous découvrirons (ce que nous apprendrons en cours de prestation) une proposition créée par la rencontre de Jérémie Niel et de Catherine Gaudet qui s'inspire de la rencontre de Robert Gravel et Jean-Pierre Ronfard dans l'oeuvre "Tête à tête" présentée en 1994 par le Nouveau Théâtre Expérimental. 

                                                       Tiré du site du La Chapelle            


Déjà, dès l'entrée du premier spectateur, les deux interprètes, Louise Bédard et Félix-Antoine Boutin sont là sur scène à discuter à voix basse l'un avec l'autre, saluant au passage certains d'entre nous qui entrent en salle. Une fois les indications sanitaires d'usage données, les deux interprètes débutent, il me semble, leur face à face. En effet, sans vouloir rien divulgâcher, leurs premiers échanges entre elle venant du monde de la danse et lui, du monde du théâtre, me désarçonnent. Je suis donc coincé dans une position ambiguë, compte-tenu que c'est la première. Le plaisir de ne pas trouver mes repères me fait lâcher prise et remiser ma boussole ! 

Ce qui suivra, me semble une traversée océanique dont j'ai vécu la sortie du port en première partie.

En début de traversée, leurs échanges souvent verbaux, mais aussi physiques nous permettent dans un premier temps de découvrir leurs perspectives fort différentes sur la création artistique avec comme par exemple un échange amusant sur la verticalité versus l'horizontalité décliné en parallèle. 

Et puis arrive le moment où l'oeuvre "sombre dans le sombre" durant lequel nous découvrons la relation de ce couple avec un fjord. Dans cette nuit, leur intimité dans ce sombre irradie pendant que je ressent (et que j'entend) les vagues sur la coque d'un bateau. J'y ressent aussi une distance regrettée entre les deux. Il y a aura la rencontre avec un banc de brume dans lequel, ils se "perdent de vue" ! Revenant en des temps plus cléments, je découvre un tableau sur la transmission, mon préféré, durant lequel elle lui montre comment en trois ou quatre simples étapes, il est possible de voir éclore le geste jusqu'à sa floraison d'une chanteuse fort bien connue. Pour savoir qui, faudra vous y rendre !

Nous naviguons à travers les "eaux" dans des états de corps et des états d'âme parfois en harmonie d'autres en parfaite asymétrie. Un tableau sans paroles crie de désespoir ! Il y aura aussi le passage plus lumineux "Over the Rainbow". Et dans une suite de fausses fins qui désorientent, arrive la "vraie" fin de notre voyage. Un voyage durant lequel, lui a dû danser et elle a dû parler sur scène en partageant leur expérience et leur vécu. Des moments, comme  l'écrit si bien Catherine Lalonde dans Le Devoir (7 avril), "Le réel et la fiction rentrent ici aussi là-dedans ; c’est vraiment par rapport à l’autre qu’on réussit la traversée » qu’est ce Face-à-face." Et c'est cette confusion dans cette rencontre improbable qui m'a particulièrement plu ! 

Revenant les deux pieds sur terre, je quitte avec les gens de ma rangée d'abord et le théâtre ensuite pour revenir sur la terre ferme de ma quotidienneté évoluant à distance des passants que je croise jusqu'à mon propre port !


vendredi 7 février 2020

Sur mes pas en danse: De ma rencontre avec l'univers de Louise Bédard, "Promesses", tenues !

Je me souviens encore de ma rencontre avec "La Démarquise" de Louise Bédard, c'était, il y a un peu moins de quatre ans. Un univers chorégraphique riche, impressionniste, peuplé de personnages féminins et d'accessoires. J'avais écrit à l'époque, que "la réception des différents tableaux, souvent surprenants, toujours métaphoriques, produit un ensemble cohérent de la personnalité féminine, pour peu que le spectateur joue son rôle."

                               Photo de Claudia Chan Tak tirée du site de l'Agora de la Danse

Depuis, mes plus récentes rencontres avec les créations de cette chorégraphe, soient "VU-Vibrations urbaines" et "Tout près du souffle", ont eu lieu en des lieux publics. Encore pour ces œuvres, les accessoires étaient "au cœur du propos" ou plutôt les "cristallites" sur lesquels notre imagination construisait notre réception. Avec "Promesses", les accessoires sont encore bien présents, et ce, dès notre entrée en salle. Nous pouvons, entre autres, découvrir sur la scène blanche, un micro sur pied, une cymbale, une table basse, et des poches en tissus. Nous pourrons aussi découvrir sur cette scène ou tout autour les différents interprètes déjà présents, Marie-Claire Forté, Marilyn Daoust, Nicolas Patry, Sébastien Provencher, Alejandro De Leon et Louis-Elyan Martin. 

Et c'est devant des sièges disposés sur deux des côtés de la scène que tout à coup, au son d'une batterie fort énergique que le tout se met en marche. Tous les interprètes tournent et nous, nous prenons la mesure de ce qui suivra. Le tout, à mes yeux, donne une touche toute impressionniste, parfois aussi avec des allures surannés de bon ton, me laissant une bonne place pour donner les sens aux gestes. 

Et pendant près de deux heures, en groupe, en duos seuls ou avec les autres autour, je découvre un univers, par petites touches, avec dans les premiers moments, des "habitants" qui surtout se déplacent ou qui restent immobile. Et puis, c'est avec l'inscription inscrite en bas d'un panneau blanc, "Nous ne sommes pas seuls", que les personnages vont et viennent, nous permettant d'imaginer les histoires que l'ont veut bien y voir. Dans cet espace, les personnages semblent évoluer à des tâches, sous leur fardeau quotidien, nous montrant des illustrations de pulsions, de vibrations et de tensions ! Des personnages lors d'un duo qui, chacun,  avec leur chandail blanc et leur drap noir polymorphique, en différentes déclinaisons, se transforment et captivent particulièrement mon attention. Il y aura aussi ce moment durant lequel, lui (Nicolas Patry) vient juste devant moi avec sur ses doigts des maisons du jeu de Monopoly, pour m'en offrir. 

Au final, j'ai eu la sensation d'avoir été un observateur des mouvements de différents personnages "hors du temps" évoluant et interagissant dans un paysage toujours en évolution. Et durant mon observation, j'ai été intrigué, surpris aussi, amusé parfois, tout en laissant mon imagination me proposer des histoires. 




dimanche 1 septembre 2019

Sur mes pas rue Prince Arthur: "Tout près du souffle"

C'est par un début d'un beau samedi après midi que mes pas me portent jusqu'en face du Café Campus, rue Prince Arthur pour découvrir "Tout près du souffle". Cette proposition "urbaine" en deux temps est le résultat de la collaboration de l'organisme "Les Escales Improbables de Montréal", de Louise Bédard Danse et pour cette présentation, du Choeur du Brouhaha.

Quelque peu en repli des activités de la foire du boulevard St-Laurent, avec la "vie urbaine" toute active autour, je trouve le lieu de présentation. Il ne me reste qu'à trouver ma place avec tout près, le choeur et les deux interprètes de "pierres brûlantes", Gabrielle Surprenant-Lacasse et Nicolas Patry en mode attente. Bien guidé (par Louise Bédard, elle même), je la trouve, ma place !

                                          Tirée du site de Louise Bédard danse

À l'heure prévue, les voix de la vingtaine de choristes se font peu à peu entendre, suivies par les gestes fort solennels de cette femme et de cet homme dont on remarque les tabliers. Et pendant les dix prochaines minutes, ils "mettent la table" à leur histoire. Parce que moi je ce que j'ai vu par la suite, c'est leur histoire en quatre temps durant lesquels, les voix appuient le propos. Cette histoire se déplace dans l'espace, comme le chœur, ce qui nous demande d'adopter une perspective différente. Parce qu'une fois le tablier enlevé, les pierres prennent place avec leurs propos contradictoires de "oui" et de "non". Tout autour la vie continue, les passants passent, mais aussi s'arrêtent, parfois intrigués ! Il me semble que pour moi, en fin de parcours que lui et elle qui se cherchent, comme un couple vivant leurs difficultés, mais au final, tout se finit bien et qu'ils se retrouvent.

Pas besoin d'être fin observateur pour constater que cette oeuvre présentée en pleine "ville", demande un effort certain aux interprètes, surtout, mais aussi aux spectateurs pour garder le focus sur l'oeuvre pendant que l'activité urbaine se fait fort active tout autour. Bravo à vous choristes et interprètes, les applaudissements vous sont fort bien mérités !

Pause d'une quarantaine de minutes avant la deuxième partie, le temps de partir à la recherche d'un café qui m'a été préparé par une ancienne étudiante de mon Collège ! C'est donc café en main que je reviens prendre place dans l'espace de présentation tout vide. Et puis peu à peu l'espace se garnit et le chœur et les interprètes reviennent.

Un peu de mise en place pour eux est nécessaire pendant que moi, je tergiverse sur le meilleur endroit à prendre. Et je la trouve ma place, pour la première partie parce que comme pour la première oeuvre, il faudra se déplacer pour suivre ! C'était ma deuxième fois pour "Les mains froissées" avec Marylin Daoust et Gabrielle Surprenant-Lacasse, la fois précédente était il y presque exactement un an (le 30 août 2018). Cette fois, deux différences marquées, c'était en plein jour plutôt qu'à la brunante et les deux interprètes étaient accompagnées par une chorale, plutôt qu'une bande musicale. Si le contexte de présentation est différent, ma perspective et mon interprétation de l'oeuvre restent sensiblement identiques. Donc, ces deux femmes, toutes voiles blanches déployées, prennent leur envol portées par le souffle du chant. Le voile qui devient voile pour disparaître et laisser leurs cheveux tout au vent. Et ce sont leurs corps qui se font voile et qui s'envolent, cheveux tout au vent. C'est à un voyage que je me sens invité avec des mouvements, signés Louise Bédard. Et ce voyage nous amène dans une vie riche de sa quotidienneté toute routinière, illustrée ici par des cadres de bois. Mais comble de surprise, de cette apparente tranquillité, nous arrive "de nulle part" une voix (celle d'une des choristes) qui me touche profondément, tel un appel. Comme quoi dans la vie, il faut se méfier des eaux qui dorment, comme de la routine et qu'il faut rester éveillé, parce que l'appel d'un nouveau départ peut nous arriver sans que l'on s'y attende !

Une fois les applaudissements eux aussi envolés, le moment de mon départ est arrivé et celui des bilans aussi. Présenter de la danse dans un espace public et fort achalandé recèle son lot d'écueils, tels les bruits ambiants parfois fort sonores, les distractions de ces passants qui décident de "passer" leur chemin sans arrêter ou de ce vent insensible à la teneur de l'oeuvre. Il en reste que ce type d'initiative permet d'aller à la rencontre du plus grand nombre dont certain.es ont été captivé.es. De cela, je peux en témoigner.  Et d'autres pourront en profiter les 7 et 14 septembre prochains, au même endroit avec un chœur différent, soit celui "du Plateau" !

jeudi 30 août 2018

Sur mes pas en danse: Un programme triple qui occupe fort bien une soirée de ma saison estivale de danse, première partie.

Bien alignées dans mon agenda en cette soirée de fin août, trois propositions danse qui font que les pas du spectateurs ont bien profité de son entrainement de coureur et voici pourquoi. La première oeuvre au programme était présentée rue Prince-Arthur à 18h00. Elle était suivie par une autre à l'édifice Wilder à 19h00, mais avec la "petite" contrainte qu'il y avait un nombre de places limitées avec le corollaire des "premiers arrivés-premiers servis". Et pour finir la soirée, une autre proposition sur Prince-Arthur à 20h00. Et pour rallier chacun des lieux de présentation, mes pas !

Au final, je peux dire mission accomplie, parce que à part la première oeuvre au programme, de laquelle j'ai du m'esquiver un peu avant la fin, j'ai tout vu. Voici donc ce que je retiens de cette soirée fort bien occupée, mais surtout très réussie.

C'est une fois, les forts vents revenus plus calmes et avec les signes tangibles de leurs passages que je me dirige rue Prince-Arthur. En effet, passant dans le Carré St-Louis, je constate que les victimes sylvestres sont nombreuses et de bonne taille. Rendu au lieu de prestation, Louise Bédard et ses interprètes (Marilyn Daoust, Jason Martin, James Phillips, Gabrielle Surprenant-Lacasse) se préparent pour la présentation de "Vu-Vibrations urbaines". Les nombreux accessoires ont "subi" la grosse averse, mais "the show must go on". À quelques minutes du début de la présentation, tout à côté, un moteur fort bruyant se fait encore entendre. La question du moment est, se taira-t-il à temps ? Un autre exemple des "plaisirs" de "performer" in situ en milieu urbain ! Mais cette angoisse se dissipe quelques instants avant de débuter, avec l'arrêt du moteur.

Cette oeuvre, je l'avais déjà vu l'an dernier Place de la Gare-Jean-Talon, mais contrairement à l'an dernier, l'endroit, cette année, était assez peu pourvu de spectateurs en "lever de rideau". Difficile de distinguer le début de la présentation d'avec la fin de la mise en place, mais avec les interprètes  qui investissent la place, les passants ralentissent leur marche, intrigués et plusieurs s'arrêtent et le tout autour se remplit comme par enchantement. Nous découvrons ou nous redécouvrons une oeuvre aux milles perspectives, habités par des personnages qui interagissent dans une mission aux allures fort mystérieuses qui souvent tourne autour ou dedans une boîte de bois, au milieu de la place. En début de présentation, je suis intrigué par la nature des tâches, mais peu à peu, seuls les mouvements deviennent le centre de mon intérêt. Impossible de ne pas apprécier l'ampleur des gestes et la volatilité des mouvements, accentuées dans nos perceptions par le vent, quelque fois fort qui balaye la place. La trame musicale enrichit fort bien les mouvements.



Et comme l'an dernier, j'ai pu constater que la magie a encore opéré auprès des enfants, fort attentifs et sages, comme pour les adultes qui les accompagnent. Rendu au moment auquel les deux interprètes féminines endossaient leur robe noire, moi, je devais remettre mes souliers de marcheur pour me rendre à ma prochaine destination, le studio 2 de l'École de danse contemporaine de Montréal, au Wilder, pour assister à la présentation du résultat du Laboratoire de création Fly 2018. Sur ces moments, je reviendrai dans un autre texte. La présentation terminée, les nombreux et très mérités applaudissements envolés, mes pas se remettent en marche, de retour en ce début de nuit, rue Prince-Arthur pour découvrir Les mains froissées" la plus récente exploration chorégraphique de Louise Bédard qui est un duo interprété par Marilyn Daoust et Gabrielle Surprenant-Lacasse.

                                                       Photo de Claudia Chan Tak

À mon arrivée, la place est calme et les deux interprètes, tout de blanc vêtues, se "réchauffent". Moi, sous les bons conseils de la chorégraphe, je prends place "côté sud-est" du lieu de la prestation à venir. Impossible de ne pas remarquer les cadres en bois, à mes pieds, qui délimitent le lieu de prestation et cette boîte en bois plus loin, avec des tissus blancs qui y sont contenues. Des "poussières" après vingt heures, les deux interprètes se mettent en mouvement accompagnées par une trame sonore qui colorent l'obscurité.  Elle le fera par intermittence jusqu'à la fin de la présentation. Arrivent peu à peu les spectateurs avec une faune urbaine nocturne qui se fait de plus en plus présente, tout autour. Le tout débute avec une prise de possession de l'espace et de notre attention par les deux interprètes. Elles évoluent en maniant les tissus, les transformant, en voiles et en oiseaux, les mettant sur leurs épaules aussi. Les gestes portés par des vêtements blancs sur un pavé sombre en début de nuit occupent fort bien le lieu et rend le contraste fort intéressant. La suite, nous montrera, entre autres, des rencontres avec des spectateurs hors du cadre, une utilisation de ces cadres qui seront maniées de différentes façons pour accompagner les gestes et les mouvements. Le tout se termine une quarantaine de minutes plus tard avec les cadres de bois étalés par terre au milieu de la place. Je partage la présentation faite par la chorégraphe de son oeuvre, "Les danseuses Marilyn Daoust et Gabrielle Surprenant-Lacasse confèrent à de simples cadres une portée singulière. L’éclat et la fraîcheur d’un tableau vivant", sur fond de nuit est d'un effet d'autant plus particulier. 

Ces moments m'ont permis aussi d'apprécier la force de ces interprètes à tenir compte des participants imprévus qui surgissent sur le lieu de présentation et de ne pas perdre le focus. Les défis du "in situ", loin de la scène  sont bien montrés. Je m'en voudrais de ne pas mentionner, en terminant, le nombre, mais surtout la qualité des propositions chorégraphiques présentées sur "Prince-Arthur" gracieuseté de l'arrondissement du Plateau Mont-Royal tout au long de la saison estivale.

jeudi 15 mars 2018

Sur mes pas de spectateur:"Tout ce qui va revient", selon Catherine Gaudet et nous touche

Les oeuvres de groupe de Catherine Gaudet, j'ai les ai tout vues sauf sa première, "L'invasion du vide". Mais à la lecture de la description de cette oeuvre, ("Ce sont ces déclinaisons d’états que L’invasion du vide tente de mettre sous la loupe en cherchant à traduire physiquement la sensation de vide dans ce qu’elle a de terrible et de beau à la fois."), il semble que j'en ai retrouvé, et de belle façon, les prémisses dans les trois solos de cette soirée danse fort bien réussie et voilà pourquoi.

Le hall d'entrée du La Chapelle est particulièrement achalandé en ce mardi soir, même si l'hiver nous laisse encore des traces. Une fois, le "go" pour entrer, nous sommes accueillis dans la salle avec l'offre d'un verre (un "shooter"), d'un chapeau de fête, mais surtout avec de beaux sourires. Ensuite, nous devons faire un choix, prendre place dans un des sièges dans les estrades ou sur un des sièges sur le devant de la scène. Seule condition intrigante du deuxième choix, ne pas déplacer les sièges de leur emplacement déterminé par des traces blanches. Mon choix se fait vite et sur un des sièges sur la scène, je prend place. Il est en retrait, mais quand même. Les autres trouveront preneur peu à peu, mais surtout vers la fin. Peut-être parce que les autres sièges sont occupés, allez savoir !

Est-il possible de bien traduire en mots l'effet de la rencontre de ces trois femmes qui, à mes yeux, mais pas seulement, me présentent tout le spectre des émotions, passant très rapidement d'un extrême à l'autre ? Bien évidemment non, mais pourquoi ne pas tenter le coup. Parce que j'y ai vu des états limites ou extrêmes de corps, des états de corps déformés aussi. États de corps que je peux m'imaginer, proche d'un trou noir dans l'espace (soulignant en passant le départ de ce monde de Stephan Hawking, dont je relirai très bientôt "Une brève histoire du temps". J'ai senti aussi ces "tempêtes intérieures" de ces femmes qui ressortent à la surface et qui se projettent sur l'autre. Cet autre qui est nous (et moi).

D'abord, Sarah Dell'Ava, pour son "anniversaire" qui oscille entre sa joie personnelle et "tout le monde s'en fout", entre son côté innocente et celui "un peu moins", j'en ai retiré un plaisir certain et un "baiser sur la joue". Au final, pour moi, un pur moment de bonheur "danse" durant lequel Donald Duck a pris une certaine place, sinon une place certaine que seuls les spectateurs peuvent comprendre l'importance.

Ensuite, Clara Furey dont l'arrivée est annoncée par ses pas fort audibles en coulisses et qui prendra possession tout autant du micro comme de notre attention. Elle nous expose, sans retenue, son affirmation face à nous, avec une certaine insolence. Ses états expriment, s'expriment sans pour autant nous comprimer.

                                Photo de Clara Furey par Brianna Lombardo sur le site de LaChapelle

Enfin, Louise Bédard nous arrive, tel un être venu de l'ombre pour se présenter. Nous présenter ce qu'elle est, par petites touches qui captivent d'abord, mais aussi qui surprennent. Elle ira à la rencontre des spectatrices et spectateurs, maniant parfois le geste et la parole de façon fort habile mais aussi fort cruelle. Elle présente fort bien les états intérieurs et limites autant par ses gestes que par ses propos. Pour revenir au point de départ, parce que "Tout ce qui va revient", dixit Catherine Gaudet.

Au final, trois oeuvres, présentées dans le bon ordre, avec une filiation évidente qui demande aux interprètes de "jouer" en gestes et en paroles sans réserve et elles ont réussi. Merci mesdames pour ces rencontres bouillantes qui néanmoins ne m'ont pas échaudé.


dimanche 10 septembre 2017

Sur mes pas en danse: Et un peu plus tout autant intéressant

Le samedi de ce début septembre se présentait assez beau, ensoleillé, assez différent de celui que vivra les citoyens de Floride avec l'imprévisible Irma. C'est donc sous la présence de ce beau soleil, entrecoupé de quelques épisodes nuageux que j'ai assisté aux premiers moments du "Le déambulatoire" sur la Place de la Gare-Jean-Talon (juste à côté de la station de métro Parc et d'un supermarché, précision utile pour expliquer la présence d'un public non-averti) présenté conjointement par "Les Escales Improbables de Montréal et ma maision de la culture de Villeray-St-Michel et Parc-Extension.

                                          Photo tirée du site de l'arrondissement

Au programme, cinq performances suivi d'un pique-nique musical, animée par Amélie Poirier-Aubry avec pour "dessert" "15x LA NUIT" de Fortier Danse-Création. De ce programme fort invitant, je ne pourrai apprécier que les trois premières performances parce que mes pas de spectateur devront se métamorphoser en ceux de coureur pour une course nocturne de quinze kilomètres, juste après. Voici donc mes impressions de la prestation des "Buffalo Hat Singers" (chants de pow-wow contemporain), Erika & Jimmy (Cirque contemporain) et de Louise Bédard Danse (danse contemporaine et, par conséquent, était la principale raison de ma présence).

16h00 sonne et quelques minutes après, se met en branle "Le Déambulatoire" avec au milieu de l'espace gazonné face à la Gare, quatre percussionnistes qui entourent un tambour et deux femmes (la mère et la fille mohawk de Kahnawake) tout en couleur habillées, le Buffalo Hat Singers. Les gens approchent, peu à peu et s'en suit des pièces musicales, des danses et des chants amérindiens. Impossible de rester insensible aux rythmes effrénés des pièces musicales. Bien présentée, je suis captivé par la danse du corbeau qui pour l'observateur avisé que je suis, fait fuir tous les pigeons qui étaient tout en haut du toit de la gare et qui, et oui oui, reviendront juste après. Le tout se termine avec un magnifique tableau durant lequel, les deux femmes utilisent fort habilement des cerceaux pour nous présenter des formes, des objets et des symboles provoquant de chaleureux applaudissements dans la foule toujours plus nombreuse.

S'en suit tout proche et en toute discrétion Erika & Jimmy qui débutent le tout sur un drap blanc, entouré de plein de spectateurs. En début de présentation, nous remarquons leurs corps exposés tout de blanc recouverts. La suite a plus les allures de danse que de cirque, mais peu à peu sans qu'on le réalise, l'oeuvre se modifie en celle de cirque, comme cette boule dont on découvre la présence. Pâte à modeler grise qui deviendra instrument de percussion, qui se démultipliera en objets de jonglerie ou se réunifiera en un masque. Pendant un des tableaux, les spectateurs devront, à tour de rôle, choisir entre regarder lui sur le drap ou elle qui se présente tout proche, à quelques pouces. L'effet, juste à côté de cette rencontre imprévue entre l'artiste et un jeune enfant, est fort réussi. Au final, une oeuvre de cirque contemporain, surprenante et fort appropriée dans ce lieu de présentation.

Il faudra se déplacer un peu plus loin sur un espace de pavés unis pour la suite et découvrir "VU-Vibrations urbaines" de Louise Bédard avec Marilyn Daoust, Jason Martin, James Phillips, Gabrielle Surprenant-Lacasse. Tout en osmose avec le lieu de présentation, près d'une rue qui irradait de son activité, le lieu de prestation regorge d'objets, ballots de tissu, petits bancs en bois, vieilles chaies en métal et cubes de bois de toute dimension. Les interprètes chacun de leur côté en ont un, objet, et peu à peu se déplacent, en gestes saccadés ("Bédard style"), comme pour accomplir une tâche, pour se rejoindre. Les objets se déplacent, les vêtements (d'elles) se changent comme cette ville en constante métamorphose. Si en début de prestation la physionomie des personnages semblent fermée, tout à leur tâche, arrive le moment charnière durant lequel, elle devient plus ouverte, souriante. Au final, voilà, selon moi, une oeuvre ambitieuse, sinon exigeante pour être présentée sur une place publique, devant un public moins habitué, mais qui, je peux en témoigner a captivé et a gardé immobiles les cinq jeunes enfants juste devant moi. C'était la première de cette oeuvre (habilement habillée de la musique de Diane Labrosse et Michel F. Côté) et en extérieur ou en intérieur, il faudra qu'elle soit représentée. 

"Le déambulatoire" se poursuit, mais moi, mes pas se doivent de me ramener à la maison, le coeur déchiré, question de revêtir mes habits de coureur.


samedi 19 mars 2016

Sur mes pas en danse: Enchanté par mesdames "La Démarquise"

Pour présenter sa plus récente oeuvre, Louise Bédard utilise des mots fort pertinents (selon moi !), "Emboiter des histoires, s'offrir des instants de mystère et de poésie", tout cela au féminin. Si je voulais décrire de façon macroscopique les très bons moments que j'ai passé à découvrir ces histoires, je dirais que j'ai eu droit à une oeuvre colorée de différents pixels de couleurs différentes (selon l'interprète) dont l'ensemble, de premier abord sans lien, produit surtout après, une impression globale d'unité. La réception des différents tableaux, souvent surprenante, toujours métaphorique, produit un ensemble cohérent de la personnalité féminine, pour peu que le spectateur joue son rôle.

Pendant près de deux heures, les tableaux se succèdent et les interprètes, Miriah Brennan, Marie Claire Forté (mon coup de coeur), Alanna Kraaijeveld, Sarah Williams (à qui je me suis personnellement identifié) et Gabrielle Surprenant-Lacasse vont et viennent (même en vélo), ramassent et mettent, enlèvent et mettent des vêtements sur cette scène blanche et immaculée. Chacun pourra y voir les symboles qu'il veut, mais moi le mythe de Sisyphe (dans un des premiers tableaux) de ces femmes avides de leur apparence, m'a frappé de plein fouet, dès le début.

De cet incursion dans l'univers féminin souvent présenté en talons hauts, j'en ressort ébloui et pensif, mais en même temps quelque peu surpris par l'instantanéité du propos des tableaux versus celles, les femmes, responsables de la perpétuité de l'espèce humaine. Peut-être, j'aurais plutôt dû voir une forme d'adaptation aux changements toujours plus grands en ces temps modernes.

Une oeuvre expressionniste d'une grande chorégraphe de chez nous qui nous permet de mieux voir la complexité de la condition féminine, voilà ce qu'est "La Démarquise".

                                          Photographie montage par Eliot B. Lafrenière & Guillaume Lépine