Aucun message portant le libellé Théâtre La Chapelle. Afficher tous les messages
Aucun message portant le libellé Théâtre La Chapelle. Afficher tous les messages

mercredi 7 avril 2021

Sur mes pas (bien réels) en danse: "Face-à-face" surprenant et captivant au La Chapelle !

 En cette même journée (mardi 6 avril) durant laquelle nous apprenions que les salles de spectacle ne seraient pas refermées (pour l'instant !), je me dirigeais, le pas heureux, jusqu'au La Chapelle à mon deuxième rendez-vous culturel en chair et en os de ce printemps ! Même ce billet que j'avais acheté, il y a une "éternité" et que j'avais conservé précieusement semblait, lui aussi, tout heureux de notre sortie !

Une fois rendu sur place, c'est dehors que nous attendons avant de nous laver les mains, de recevoir "notre" masque et d'entrer faire la file "à distance" de deux mètres dans la ligne "solo". Le temps d'entrer un à un dans la salle dans une chorégraphie bien rodée (même en cette soirée de première), j'apprends d'Olivier Bertrand qu'il devra refaire "ses devoirs". En effet, les mesures annoncées en catimini durant la journée indiquaient que les distances entre les sièges devraient passer de 1,5 à 2 mètres. Par conséquent, ils devront refaire leurs devoirs et reconfigurer les gradins et (peine!!!) de diminuer encore le nombre de spectateurs qu'ils peuvent accueillir !

Pause

Moi qui me suis déjà procuré mes billets pour plusieurs spectacles dans les prochaines semaines, j'ai comme une ombre qui est passée sur ma bonne humeur du moment ! Et surtout, j'espère ne pas recevoir un courriel avec des mauvaises nouvelles !

Fin de la pause

C'est, donc, un par un que nous sommes guidés et amenés jusqu'à notre siège et moi, je peux prendre place à "mon" siège première rangée. Il faudra environ quinzaine de minutes pour faire salle comble (en temps de restriction !) et aussi une salle comblée d'y être !  Nous découvrirons (ce que nous apprendrons en cours de prestation) une proposition créée par la rencontre de Jérémie Niel et de Catherine Gaudet qui s'inspire de la rencontre de Robert Gravel et Jean-Pierre Ronfard dans l'oeuvre "Tête à tête" présentée en 1994 par le Nouveau Théâtre Expérimental. 

                                                       Tiré du site du La Chapelle            


Déjà, dès l'entrée du premier spectateur, les deux interprètes, Louise Bédard et Félix-Antoine Boutin sont là sur scène à discuter à voix basse l'un avec l'autre, saluant au passage certains d'entre nous qui entrent en salle. Une fois les indications sanitaires d'usage données, les deux interprètes débutent, il me semble, leur face à face. En effet, sans vouloir rien divulgâcher, leurs premiers échanges entre elle venant du monde de la danse et lui, du monde du théâtre, me désarçonnent. Je suis donc coincé dans une position ambiguë, compte-tenu que c'est la première. Le plaisir de ne pas trouver mes repères me fait lâcher prise et remiser ma boussole ! 

Ce qui suivra, me semble une traversée océanique dont j'ai vécu la sortie du port en première partie.

En début de traversée, leurs échanges souvent verbaux, mais aussi physiques nous permettent dans un premier temps de découvrir leurs perspectives fort différentes sur la création artistique avec comme par exemple un échange amusant sur la verticalité versus l'horizontalité décliné en parallèle. 

Et puis arrive le moment où l'oeuvre "sombre dans le sombre" durant lequel nous découvrons la relation de ce couple avec un fjord. Dans cette nuit, leur intimité dans ce sombre irradie pendant que je ressent (et que j'entend) les vagues sur la coque d'un bateau. J'y ressent aussi une distance regrettée entre les deux. Il y a aura la rencontre avec un banc de brume dans lequel, ils se "perdent de vue" ! Revenant en des temps plus cléments, je découvre un tableau sur la transmission, mon préféré, durant lequel elle lui montre comment en trois ou quatre simples étapes, il est possible de voir éclore le geste jusqu'à sa floraison d'une chanteuse fort bien connue. Pour savoir qui, faudra vous y rendre !

Nous naviguons à travers les "eaux" dans des états de corps et des états d'âme parfois en harmonie d'autres en parfaite asymétrie. Un tableau sans paroles crie de désespoir ! Il y aura aussi le passage plus lumineux "Over the Rainbow". Et dans une suite de fausses fins qui désorientent, arrive la "vraie" fin de notre voyage. Un voyage durant lequel, lui a dû danser et elle a dû parler sur scène en partageant leur expérience et leur vécu. Des moments, comme  l'écrit si bien Catherine Lalonde dans Le Devoir (7 avril), "Le réel et la fiction rentrent ici aussi là-dedans ; c’est vraiment par rapport à l’autre qu’on réussit la traversée » qu’est ce Face-à-face." Et c'est cette confusion dans cette rencontre improbable qui m'a particulièrement plu ! 

Revenant les deux pieds sur terre, je quitte avec les gens de ma rangée d'abord et le théâtre ensuite pour revenir sur la terre ferme de ma quotidienneté évoluant à distance des passants que je croise jusqu'à mon propre port !


vendredi 18 septembre 2020

Sur mes premiers pas en danse dans une salle: "More-Than-Things" à découvrir, même les yeux fermés !

 L'invitation à revenir en salle, depuis "une éternité" était fort tentante et je l'ai acceptée avec grand enthousiasme. Pour être certain, j'avais tous mes billets pour l'année depuis le pré dévoilement de la saison du La Chapelle et un de ceux là était pour le "laboratoire", "More-Than-Things" d'Émile Pineault et de toute son équipe. Un laboratoire, pour les moins familiers, consiste à présenter à un public, une étape de travail en cours d'une oeuvre en création ou en évolution. Vous avez là tous les ingrédients pour m'intéresser. Parce que voyez-vous, je pourrai peut-être humblement contribuer au produit final ! 

                                                  De Vjosana Shkurti tirée du site du La Chapelle

Et pour ce faire, je me rends bien à l'avance, soit plus de trente minutes, question d'avoir ma "bonne" place ! Et, ne riez pas s.v.p. (!) j'apprends avant de rentrer en salle que nous ne serons qu'une quinzaine de spectateurs disposés tout autour de l'espace de prestation. Malgré tout, tout en respectant les règles de distanciation et d'hygiène propres à notre époque, j'ai pu, pendant mon attente, échanger de façon fort agréable avec les gens du La Chapelle et d'une des membres de l'équipe de l'oeuvre à voir. J'y apprends que cette proposition s'adresse aux personnes voyantes et aux personnes avec un handicap visuel. C'est donc bien informé et surtout bien heureux de revenir en "salle" que j'attends de prendre place. 

Le moment venu, je rentre et après avoir évalué les possibilités (sur les quinze places, je vous rappelle (!) indiquées par une flèche ), je trouve la mienne, y prend place et ensuite, enlève mon masque. Devant moi, un espace circulaire jaune qui a toutes les allures d'une piscine sur ou sous laquelle se retrouvent deux personnages (Nien Tzu Weng et Émile Pineault). La vie réserve parfois des coïncidences, parce que une de mes dernières sorties culturelles, d'avant pandémie, était à la Nuit Blanche du CCOV, "Short & Sweet recyclé XXL) durant laquelle, Émile Pineault et ses acolytes nous proposait l'oeuvre la plus audacieuse, soit celle d'imaginer, parce fait dans l'obscurité, le mouvement de ses corps par le bruit et aussi notre imagination. 

C'est en gros ce qu'il proposera dans ce qui suivra aux spectateurs, dont deux sont des non voyants, comme je l'apprendrai lors de la discussion qui suivra la présentation. 

Parce que le plaisir de découvrir est un aspect fort important de cette proposition, je me garderai d'être trop descriptif. Cependant, je peux facilement vous donner quelques unes de mes impressions sur cette oeuvre qui se veut surtout performative et multi sensorielle. Pour le voyant que je suis, il y a deux corps qui évoluent dans l'espace rempli d'objets. Certains moments sont fort éloquents, tandis que d'autres plus abstraits. Les sons produits par les déplacements sont parfois très éloquents, parfois très discrets. Quelque fois pendant la prestation, je me suis mis dans la peau d'un non voyant et je me suis fermé les yeux. De façon surprenante, mon imagination produisait une histoire, mon histoire, tandis que les yeux ouverts, tout me semblait plus abstrait ! Comme si les sons dans la nuit, toute jeune enfant sous notre couverture pouvaient créer des êtres mystérieux et aussi des inquiétudes. Les bruits entendus, une fois traités et amplifiés dans notre cerveau produisaient une histoire toute personnelle ! 

J'ai donc eu les yeux ouverts, d'autre fois les yeux fermés, mais tout le temps les sons et les mouvements produisaient leurs effets.

Une fois la fin arrivée, nous sommes invités à rester en salle pour partager nos impressions. Et je suis resté ! Pour cette partie, je retiens les aspects suivants, Émile Pineault est entouré d'une grosse et belle équipe. La pandémie a "coupé les ailes" des créateurs qui voulaient présenté une oeuvre de proximité intégrant le toucher que la pandémie a cruellement amputé ! Aussi que pour un non voyant, soixante minutes, c'est long, surtout quand les sons se font plus discrets. Enfin, je suis jaloux, et le mot est faible, lorsque cette spectatrice non voyante nous partage son histoire perçue ! 

Je vous partage enfin, mon dernier commentaire, voilà un minerai encore à purifier, mais qui a une grande valeur et que je me promets de découvrir (les yeux ouverts ou fermés ???) la suite.

vendredi 15 février 2019

Sur mes pas de spectateur: Une mise à l'épreuve qui me "frappe fort" " avec l'homme de Hus !


Merci Klara et bonjour à vous tous,

Je dois vous faire une confidence, jamais je n’aurais pensé que la prise de risque, dont je vous parlais en début d’année, prendrait un jour, une tournure premier niveau, oui, oui ! Et comment donc, me demanderez-vous ? Pour répondre à votre question, je veux revenir sur ma rencontre fort marquante avec « L’homme de Hus » incarné par Camille Boitel au Théâtre La Chapelle. Cette rencontre qui s’est transformée en une mise à l’épreuve du spectateur.

                                         Photos tirées du site du théâtre La Chapelle

Donc en ce lundi de février, je me suis rendu, intrigué, à la rencontre de cet homme de Hus, « Hus » qui en norvégien signifie « maison », pour les intéressés. Présenté en partenariat avec la TOHU, il était écrit dans le ciel, et dans le feuillet aussi, que les mouvements seraient fort circassiens et oui, ils l’ont été, mais aussi et surtout fort casse-cou.

Toujours difficile de mettre en mots, toutes les sensations, certaines, extrêmes, que j’ai ressenties sur mon siège première rangée, tout au long de la présentation en découvrant cette œuvre surprenante et fortement originale. Mais avec un alphabet de 26 lettres, si je m’applique bien, je devrais y arriver.
Ainsi donc, au départ, nous apparaît cet homme avec quelques objets en bois, pour qui la manipulation n’a rien de facile. Ils sont peu nombreux, mais déjà, il est possible de ressentir que les choses sont habités par un esprit de révolte. Déjà, la manipulation d’un simple tréteau apporte son lot de difficulté. Imaginez donc, la suite lorsqu’il doit composer avec toute une « tonne » de ses bêtes de bois toutes aussi rétives que passives. Dans sa façon de faire le tout s’enchevêtre et le désordre devient inévitable. Ses péripéties toutes périlleuses me fascinent, me font rire, mais aussi font beaucoup rire tout autour de moi. Dans ces empilements de tréteaux qui se font et se défont et qui ont tout du désordre organisé, il évolue avec une maladresse manifestement maîtrisée. Donc jusqu’ici tout va bien pour lui et pour moi ! Mais rien à faire, tous ces objets, individuels ou regroupés ne tiennent pas en place ou ils ne semblent pas vouloir garder leur place. Rien ne semble sous contrôle. Mais il survit, intact même. Mais moi, suis-je à l’abri ? Ces objets qui semblent hors contrôle, sont-ils menaçant pour le spectateur, surtout s’il se trouve au beau milieu de la première rangée, jusqu’à le mettre à l’épreuve. Rien n’en est moins certain et lorsqu’un de ces tréteaux est projeté fortement du derrière de la scène et se dirige droit devant, dans ma direction, mon cœur s’arrête. Le temps se fige comme mon sang. Mais il s’arrête à mes pieds et revient promptement à son propriétaire, par un fil invisible, auquel il était attaché. Plus tard, mon sang froid sera encore mis à l’épreuve, parce que devant moi, il fait tourner un autre tréteau, excité de son énergie centripète par une suite de révolutions sans fin. Suis-je à l’abri ? Je pars ou je reste ? Tétanisé, je reste, tout comme le tréteau dans sa main, ouf !!! J’ai vraiment eu peur !!!

Une mise à l’épreuve qui avait toutes les allures d’une mise en danger. Si lui, il le sera, en danger, tout au long de la représentation et il y survit bien, je suis encore plus heureux que cela ait été aussi mon cas.

Pourtant, pour peu, j’en aurais été averti si j’avais pris la décision de lire le feuillet de la soirée, puisque on pouvait y lire « Puis vient l’attaque frontale d’une machinerie des objets devenus des monstres moyenâgeux et cela se termine par un dédale. ». Cependant, même si j’avais su, jamais, j’aurais pu organiser ma défense. Ce qui, au final, s’est avéré une bonne décision. Je reviens soulagé et très satisfait de cette intense expérience menée par un interprète fort talentueux, appuyé par une équipe discrète mais très efficace. Mais une fois le tout terminé, je te dis merci Camille !

Je m’arrête là. Bonne prochaine semaine de danse!

jeudi 7 février 2019

Sur mes pas en danse: Exploration fort réussie en danse urbaine avec "Un temps pour tout" !

Depuis que j'arpente les différents territoires de la danse, il est assez rare que mes pas m'amènent à des représentations de danse urbaine, la dernière fois, c'était pour découvrir "Complexe R" d'Alexandra "Spicey" Landé, il y a presque trois ans. J'avais écrit "Peut-être qu'on pourra m'expliquer que derrière ces performances athlétiques, il y a une âme, mais pour l'instant, elle m'échappe." C'est après avoir entendu la présentation, fort invitante par ailleurs, de l'instigateur de la soirée "Un temps pour tout", Sovann Rochon-Prom Tep et me l'être fait fortement recommandé (merci Maud !) que je me suis décidé. Mes pas m'ont donc porté jusqu'au théâtre La Chapelle en ce lundi soir dans un hall d'entrée fort achalandée pour une soirée à guichet fermé !

                                         Photo tirée du site du Théâtre La Chapelle

Une fois, nos chaussures enlevées (ce qui est assez tendance en ces jours, puisque c'était une cinquième fois depuis le début de la saison !!), nous pouvons entrer dans le lieu !

À notre entrée dans la salle, s'offre à nous, soit une chaise sur les deux parties latérales de la scène, soit un coussin par terre tout autour, sauf derrière et soit un siège plus "classique" dans les estrades. Moi, je choisi une chaise sur le côté qui s’avérera une choix fort judicieux. "L'instigateur de la soirée Sovann nous accueille en nous invitant à aller nous servir une tasse de thé et un biscuit. Peu à peu, la salle se remplit "full" et l'atmosphère se réchauffe jusqu'à l'arrivée fort discrète des trois performeurs, Jean-Édouard Pierre Toussaint (alias Sangwn), Frédérique Dumas (alias Pax) et Ja James Britton Johnson (alias Jigsaw) et les deux musiciens Thomas Sauvé-Lafrance et Vithou Thurber-Prom Tep.

Le tout commence tout lentement et a des allures d'un début de cérémonie "religieuse", encens inclus, brisant le quatrième mur. Les "Love", "Vibe", "Spirit" de Sangwn résonnent dans la place et tout le public, moi y compris, est manifestement captivé. La suite se décline dans une suite de tableaux durant lesquels le public, plus habitué que moi à ce type de prestations répond fort bruyamment avec entre autres des "wow" bien sentis, ce qui m'y entraîne !! Impossible de ne pas ressentir la communion entre les interprètes, mais aussi et surtout avec le public. Les performances se succèdent, souvent extatiques, durant lesquelles, je vois la beauté des mouvements et que je ressens, avec grand plaisir, l'émulation entre les performeurs, les musiciens et le public tout proche autour. 

Le tout se terminera par un tableau mené par Jigsaw qui étendu par terre, nous garde tout captif de ses propos. 

De cette soirée fort intense, essentiellement "expérientielle", j'en ai très bien ressenti les "vibes" qui m'ont enveloppé dans un univers par des artistes "habités" qui m'ont permis cette fois, d'y découvrir une âme fort vibrante! Une soirée qui en amènera d'autres, promis !

dimanche 20 janvier 2019

Sur mes pas en danse: Une sortie devant "El silencio de las cosas presentes"

Voici venu le moment de me rendre à ma première proposition chorégraphique de cette saison, après une introduction magistrale au MAC ( "Canopée" de Catherine Lavoie-Marcus). À cette proposition de Danse-Cité au théâtre La Chapelle, j'y vais équipé de ma paire de pantoufles, tel que nous le demandait les organisateurs. Avec un mercure qui plonge profond sous le zéro, les pantoufles, synonymes de confort chaleureux et douillet, est une apparence contradiction, mais tout en lien avec l'atmosphère annoncée et qui sera vécue dans la salle de prestation.

                                Photo de Martin Benoit tirée du site du Théâtre La Chapelle

Me voilà donc, dans le hall d'entrée, un peu à l'avance mais déjà achalandé, "because" première ! Je peux trouver une place pour mon manteau, pour être un peu plus "confo" ! Le temps que les portes s'ouvrent, je prends le temps de lire le feuillet de la soirée et, surprise pour moi, "El Silencio de las Cosas Presentes" (ou en français, selon Google, "Le silence des choses présentes"), j'apprends que la durée de l'oeuvre est d'environ 3 heures. Rien de bien dramatique en soi, mais lorsque le réveil-matin t'a réveillé très tôt en matinée, que la journée a été fort chargée et que tu avais un rendez-vous en fin de soirée, le spectateur que je suis sent un début d'angoisse s'immiscer en lui. Mais les portes s'ouvrent, mes pantoufles remplacent mes souliers et une belle place confortable, sur coussins blancs, m'attend et je la prends ! Profite du moment présent, je me répète intérieurement !!! Et ce mantra, répété pendant que tous les spectateurs prennent place, fait son effet !

Je m'installe donc et j'évalue ce qui se présente devant moi. Du côté gauche, j'y découvre une console, un piano et par terre, des tasses et des soucoupes. Du côté droit, encore plus de tasses et de soucoupes et ce qu'il faut pour les laver. Le temps que je fasse l'état des lieux, toutes les places trouvent preneurs ou preneuses. Et à l'heure prévue, se présentent à nous, deux hommes et deux femmes, tout de blanc vêtus qui débutent la distribution d'une boisson chaude, qui s’avérera une chocolat chaud fortement aromatisé et très bon à boire. Le tout dure une dizaine de minutes. Le temps que les derniers breuvages soit distribué, Eduardo Ruiz Vergara, le créateur et interprète, prend place au milieu de la scène. Il y restera pendant plus d'une vingtaine de minutes, le temps que son immobilité se métamorphose en une fébrilité, d'une assurance faciale assurée en une autre décomposée, dont ses longs cheveux camouflent ensuite son visage, mais pas l’irradiance de ses gestes, sur un fond sonore qui se fait de plus en plus intense.

Un premier long tableau qui capte mon attention et qui me permet de lâcher prise. Un premier long tableau donc, qui se termine sur une finale qui nous montre que des tasses, comme des "tâches" ou des relations précieuses avec les autres, si nous sommes animés d'une fébrilité aveugle, ne peut qu'annoncer une suite catastrophique et d'innocentes victimes dont certaines, collatérales. À preuve, en cette soirée de première, un résidu d'une tasse, victime de cette fébrilité est resté sur scène, malgré les passages répétés et minutieux du balai et a blessé le pied d'une des interprètes, laissant sur ce plancher tout blanc, les traces de sang pour en fournir la preuve.

La suite m'amène dans une expédition forte en sensations et en prestations. Une suite de tableaux, riches des interactions humaines et de leurs interactions équilibre-déséquilibre ou de leurs perspectives horizontale-verticale, de transitions musicales, de ces intrusions dans les estrades. Tableaux portés par la grande qualité et la présence, forte, des interprètes ( Marie Mougeolle, Sophie Levasseur et Eduardo Ruiz Vergara aux "gestes" et Nathan Giroux et Gabriel Vignola à l'environnement musical et sonore).

Le tout m'a demandé un lâcher-prise avec un certain effort, sinon un effort certain, mais une fois fait, je me suis rendu dans un univers surprenant, recelant des surprises, et des tableaux forts et réussis. Par exemple, celui durant lequel, elle (Sophie Levasseur) nous arrive avec son sac rempli de grésillements et qu'elle ouvre devant nous. Pour, par la suite, être rejoint par lui, pour un bout de chemin, plein de distractions pour finalement être laissée là, en plan, au point de départ. Difficile de dire en mots, ce qu'il est possible de ressentir tout au long, mais le ressenti percute en moi. Et nous pourrons aussi voir, comment aveugle, sur les pas de Marie Mougeolle), il est possible d'aller de l'avant et se rendre à bon port.

Avec "El silencio de las Cosas presentes", Danse-Cité, Le Théâtre La Chapelle et Eduardo Ruiz Vergera, est ce qui est annoncé, "Danse performative axée sur le partage polysensoriel de l’intime" qui nous demandent de sortir des sentiers battus de spectateur pour explorer autrement, en quinze temps et trois heures. Une exploration que j'ai apprécié de faire et qui mérite de la faire.

vendredi 16 novembre 2018

Sur mes pas en danse: Captivé par "The Nutcracker" de Maria Kefirova

Lorsque je tente d'expliquer comment certains univers créatifs m'ont demandé du temps pour les apprivoiser et de donner des exemples, je pense assez vite à Maria Kefirova. Je me souviens encore et très viscéralement de mon départ "furax !!!" suite à la présentation de son "The Paradise". Par la suite à ma présence à "Studio libre" (mai 2016), je me souviens de ce que j'avais écrit, " Comme pour sa dernière présentation à Tangente, "The Paradise", je dois avouer que je suis resté quelque peu dubitatif devant ce qui m'a été présenté, même s'il y avait là, une prémisse intéressante. Quand même curieux d'en voir la suite prochaine ou lointaine, de cette exploration.". J'y détecte avec du recul, une ouverture, toute petite, mais réelle.

                             Photo de Maria Kefirova par Frederic Chais & Svetla Atanasova

Intéressant de noter mes réactions plutôt négatives face à ses propositions, fortement colorées d'éléments rationnels, moi le scientifique. Mais avec "The only reason I exist is you, also why dogs are successful on stage", toujours en 2016, le vent avait tourné et j'avais été séduit et surtout conquis par son univers cérébral, envoûtant (dans le sens de subjugant !). Le spectateur se répète, mais, c'est pour les bonnes raisons, "il faut apprendre à manger du brocoli" !

Ainsi donc, je me suis retrouvé dans le hall d'entrée, fort achalandé du Théâtre La Chapelle pour découvrir sa plus récente création, "The Nutcracker", dont j'avais découvert un très court et intrigant extrait lors de la présentation de la saison de ce lieu de présentation. "À ne pas manquer", que j'avais noté dans mon agenda.

Les portes de salle s'ouvrent devant moi et encore une fois, en première rangée, je prend place, fort curieux. Sur la scène devant moi, je n'y retrouve que quelques accessoires dont un haut-parleur et des micros. Le temps que la salle se fasse comble, nous arrive de l'arrière des estrades, Maria Kefirova, habillée de sa robe rouge et blanche et de sa tuque. Elle s'assoit dos à nous et pendant que nous attendons la suite, nous entendons le son de ses pulsations aux rythmes variables.

Et elle se lève ! Et ce son devient celui de son coeur qui pulse, comme aussi ses pas en résonance. Il s'en suit des tableaux avec une enregistreuse portative et micros qui deviennent une oeuvre abstraite, sinon absurde, mais tout à fait fascinante à découvrir. Quelque soit, la signification des ses mouvements, de ses déplacements, de ce qu'elle veut nous présenter, elle nous garde captif ! Et lorsqu'elle nous ordonne, "Don't look at me", je lui ai obéi sans broncher. 

Puis arriva le moment des "noix" (25 kilogrammes, selon le feuillet de la soirée !) , elles servent d'abord à situer le chemin parcouru de son corps sur la scène et en garder la mémoire. De ce long, mais néanmoins court et très intéressant moment, durant lequel, la scène se remplit de noix (de Grenoble), les gestes captivent. Mais de ces souvenirs, et de ces traces passées, que peut-on en faire ? Maria Kefirova, elle, nous en présente sa version. Comme pour faire une omelette, il faut casser des oeufs, les noix subiront le même sort, sous sa "botte" impitoyable déployée dans une danse colorée d'urgence, comme pour fuir et passer à autres choses. Ce qu'elle fera la tâche complétée.

"The Nutcracker" est définitivement, une oeuvre hors norme, abstraite et captivante. qui laisse une forte impression. Et qui pour moi, scelle définitivement la relation créateur-spectateur avec elle !

mardi 24 avril 2018

Sur mes pas en danse: Une soirée au La Chapelle pour explorer les limites et les franchir

Pour conclure sa saison danse, le théâtre La Chapelle nous propose deux propositions particulières. Et en ce lundi de début de printemps, il était possible de les voir dans la même soirée. Voilà donc pourquoi, mes pas m'ont amené rue St-Dominique dans le hall d'entrée fort achalandé de cette salle de présentation.

Je n'était donc pas le seul à vouloir profiter de ce "programme double" qui présentait, en première partie, "SOFTLAMP.autonomies" (d'Ellen Furey et Malik Nashad Sharpe) comme un objet chorégraphique et "un slogan vidé de ses prémisses". Ensuite, "Fame Prayer/Eating" (d'Andrew Tay, François Lalumière et Katarzyna Szugajew), comme "une tentative vers une spiritualité queer" et "d'une performance rigoureusement indisciplinée".

                                   Photo de "Fame Prayer/Eating" tirée du Site de La Chapelle

Les portes de la salle s'ouvrent et pendant que les sièges trouvent tous preneur, sur scène étendus par terre les deux interprètes dans leur "uniforme tout blanc", avec dans leurs mains des bâtons d'encens tous allumés. Et nous le constatons rapidement, de l'encens, ça sent et elle prend possession de tout l'espace et aussi, complètement de nos sens olfactifs. Si nos yeux sont au repos, le nez travail et pour certains, cela se répercute pour produire des toussotements retenus. Personne ne quitte cependant.

                               Photo de "SOFTLAMP.autonomies" tirée du site de La Chapelle

Et les bâtons brûlent, l'air se sature et nous nous attendons, nous attendons et nous attendons. Je me retrouve dans une position assez particulière et très peu fréquente, soit d'être plus à l'écoute de la salle que de la scène. Et juste, vraiment juste ! au moment auquel je me demande s'ils auront l'audace de nous laisser repartir une fois l'encens consommé, sans avoir bougé, la musique prend possession à son tour de l'espace. Et eux, laissent les restes de leurs bâtons et ils se mettent à prendre possession de la scène dans une suite de mouvements fort bien synchronisés. Leurs pas explorent tout l'espace, mur à mur, sur le rythme de la musique qui revient en boucles. L'effort de patience que nous avons dû fournir en début est remplacé par l'effort évident des interprètes dans le tableau qui est, pour moi, un terreau fertile d'émotions pour le spectateur.

La suite alterne mouvements et immobilité sur cette trame musicale qui rejoue en boucles et qui sait, se terminera peut-être jamais. J'ai l'impression que l'on m'amène à mes limites de spectateur. Quand l'espoir d'un début succède à celui d'un début, serait-on tenter de penser ! Et dans une finale fort bien réussie, les deux interprètes font leur sortie et après nos applaudissements, nous aussi sortons pour profiter de l'air printanier sans encens !

Retour dans le hall d'entrée pour revenir dans la salle et découvrir "Fame Prayer/Eating". L'univers d'Andrew Tay, j'en connais certains territoires et, j'ai encore en mémoire, sa performance "éclatante" avec Katarzyna Szugajew, lors de sa dernière édition du "Short&Sweet". Alors cette fois, nous irons où ?

Dans notre entrée, les trois interprètes sont déjà présents et nous accueillent avec le sourire. Le moment arrivé, Andrew Tay, micro en main, nous indique les avertissements habituels à propos du contrôle des "bidules" intelligents et aussi sur ce qui nous sera présenté.

La suite est tout sauf prévisible et relève d'une audace corporelle totalement déjantée. En apparence, semis improvisés et comme annoncée "rigoureusement indisciplinée", les tableaux présentent les trois interprètes qui osent physiquement et éclairent leur propos par leur physionomie (à ce titre le regard de François Lalumière durant certains tableaux était hallucinant). Impossible de rester insensible des mouvements casse-cou sur fond d'une légère toile qui répercutent fortement en moi et provoquent, aussi, des ondes de réaction dans les sièges derrière. Les performances qui utilisent "les idées véhiculées par la psycho-pop et les textes pseudo-spirituels" frappent fort et juste. Ils utilisent leurs corps "externes" pour "s'entrechoquer" et faire résonner notre corps "internes". Enrobés des textes, les performances atteignent leurs objectifs, soit d'explorer "un espace queer de culte, une critique de la culture du bien-être et une performance transgressive et désorientante pour le public". Le tout se termine par une expédition périlleuse des trois interprètes dans les estrades, durant laquelle nous retenons notre souffle, en gardant nos bras disponibles qui met un point d'orgue à cette soirée durant laquelle nous avons exploré et franchi les limites.

Au final, deux oeuvres, toutes différentes qui explorent les limites, d'abord, celles des spectateurs, aussi et surtout celles des interprètes, ainsi que les limites du genre artistique et sexuel dans la performance. Deux oeuvres qui provoqueront des réactions de toute nature chez les spectateurs qui oseront, et, pour cela entre autre, je les recommande.

vendredi 23 mars 2018

Sur mes pas en danse: "Pluton-Acte 3" qui s'inscrit fort bien dans la série "Trace-Hors-Sentiers" de Danse-Cité.

Jamais deux sans trois, dit le dicton et que reprend à son compte la directrice artistique de "La 2e porte à gauche", Katya Montaignac, pour nous proposer "Pluton-Acte 3". Ce projet un peu fou, avouons-le, mais d'une belle folie, est décrit par sa conceptrice, comme celui d'un voyage qui aura duré sept ans et quatre escales qui a duré sept ans. Un voyage qui nous permet de découvrir, comme spectateurs, des territoires uniques et digne de souvenirs. Je me rappelle encore ma rencontre, en première rangée, avec Louise Bédard. Pour cette autre occasion, la proposition est à la hauteur des créateurs-interprètes réunis, soit deux duo, Benoît Lachambre - Dana Michel et Peter James - Katie Ward. Pour peu que l'on connaisse la scène de la danse contemporaine ici, il est évident que nous irons hors des sentiers battus et ce fût exactement le cas.

                                             Photo des deux interprètes par Claudia Chan Tak

Dans ce lieu de "toutes les audaces", le théâtre la Chapelle, j'arrive un peu à l'avance. Et ce que je découvrirai par la suite, pourrait être résumé en un mot avec toute sa signification, le mot "présence" et des différentes perspectives pour la découvrir.

À mon arrivée, "un peu" à l'avance, la salle est déjà accessible au public. Nous sommes informés que nous pourrons changer de place tout au long de la présentation. Peu de gens y sont déjà et je peux y découvrir la scène séparée en deux par un rideau noir qui nous forcera à choisir un côté ou l'autre, occupés par les deux interprètes, Benoît Lachambre et Peter James qui semblent en latence, mais déjà très présents. Il y a les bancs habituels dans les estrades, mais aussi d'autres sur la scène. Sur les côtés, mais aussi au fond de la scène, dont un permet de voir simultanément les deux côtés. C'est sur ce siège que je qualifierais de "la place à prendre" que je prendrai. Et ce siège, je le garderai égoïstement tout le long de la présentation, je m'en confesse. Il me permettra d'abord de découvrir en "avant show", d'un côté, Peter James immobile et de l'autre, Benoit Lachambre sur un "plateau mobile" qui se déplace dans des mouvements "aller-retour". Déjà, leurs présences sont palpables et captent notre attention.

La salle se remplit peu à peu de spectateurs qui supputent sur la place à prendre et qui échangent entre eux aussi. De ma position, j'observe ce macrocosme en perpétuel évolution. Arrive le moment officiel du début de la prestation que l'on devine par l'abaissement de l'intensité lumineuse. Et moi, de ma position privilégiée, j'en apprécie la présence forte des deux interprètes qui nous proposent des gestes banals, parfois incongrus, mais toujours captivants. Il y a des gens exceptionnels qui nous liraient le bottin téléphonique tout en nous captivant et d'autres, tels que les deux interprètes sur la scène, qui utilisent une bouilloire ou un rouleau vert pour provoquer un choc pour l'autre. La banalité des gestes n'a d'égale que l'effet que nous en ressentons. Difficile de décrire les détails vus, mais surtout perçus, mais facile d'affirmer l'effet "fort" perçu.

Durant toute l'heure que dure les déplacements et les mouvements des deux interprètes, les spectateurs se déplaceront curieux, selon ce qu'ils percevront de leur côté ou de l'autre. Et moi, toujours un peu plus "coupable" de ma position privilégiée (m'est l'est-elle vraiment ?), malgré qu'elle me permet d'enrichir ma perspective de spectateur. Il en reste qu'au final, mon regard délocalisé entre les deux endroits, sera-t-il comme les électrons qui sont délocalisés dans le cycle benzénique, stabilisé dans son état final ? À cette question, ma réponse, je la garderai pour moi, mais je peux concéder qu'elle m'a satisfaite.

Je dois concéder que si l'oeuvre est particulièrement fascinante pour l'habitué en danse, je serais bien curieux de connaître l'accueil qu'un public moins habitué lui réservera. Mais, pas question pour moi, de lui suggérer de passer son chemin.  Parce qu'voir la chance de découvrir "la présence" deux "bêtes de scène" en simultané est une occasion unique qu'il ne faudrait pas manquer. Et comme je l'ai entendu à cette soirée de première, " j'ai été amené ailleurs", juste pour cette raison, mais pas seulement, "Pluton-Acte 3, mérite que l'on y aille.


jeudi 15 mars 2018

Sur mes pas de spectateur:"Tout ce qui va revient", selon Catherine Gaudet et nous touche

Les oeuvres de groupe de Catherine Gaudet, j'ai les ai tout vues sauf sa première, "L'invasion du vide". Mais à la lecture de la description de cette oeuvre, ("Ce sont ces déclinaisons d’états que L’invasion du vide tente de mettre sous la loupe en cherchant à traduire physiquement la sensation de vide dans ce qu’elle a de terrible et de beau à la fois."), il semble que j'en ai retrouvé, et de belle façon, les prémisses dans les trois solos de cette soirée danse fort bien réussie et voilà pourquoi.

Le hall d'entrée du La Chapelle est particulièrement achalandé en ce mardi soir, même si l'hiver nous laisse encore des traces. Une fois, le "go" pour entrer, nous sommes accueillis dans la salle avec l'offre d'un verre (un "shooter"), d'un chapeau de fête, mais surtout avec de beaux sourires. Ensuite, nous devons faire un choix, prendre place dans un des sièges dans les estrades ou sur un des sièges sur le devant de la scène. Seule condition intrigante du deuxième choix, ne pas déplacer les sièges de leur emplacement déterminé par des traces blanches. Mon choix se fait vite et sur un des sièges sur la scène, je prend place. Il est en retrait, mais quand même. Les autres trouveront preneur peu à peu, mais surtout vers la fin. Peut-être parce que les autres sièges sont occupés, allez savoir !

Est-il possible de bien traduire en mots l'effet de la rencontre de ces trois femmes qui, à mes yeux, mais pas seulement, me présentent tout le spectre des émotions, passant très rapidement d'un extrême à l'autre ? Bien évidemment non, mais pourquoi ne pas tenter le coup. Parce que j'y ai vu des états limites ou extrêmes de corps, des états de corps déformés aussi. États de corps que je peux m'imaginer, proche d'un trou noir dans l'espace (soulignant en passant le départ de ce monde de Stephan Hawking, dont je relirai très bientôt "Une brève histoire du temps". J'ai senti aussi ces "tempêtes intérieures" de ces femmes qui ressortent à la surface et qui se projettent sur l'autre. Cet autre qui est nous (et moi).

D'abord, Sarah Dell'Ava, pour son "anniversaire" qui oscille entre sa joie personnelle et "tout le monde s'en fout", entre son côté innocente et celui "un peu moins", j'en ai retiré un plaisir certain et un "baiser sur la joue". Au final, pour moi, un pur moment de bonheur "danse" durant lequel Donald Duck a pris une certaine place, sinon une place certaine que seuls les spectateurs peuvent comprendre l'importance.

Ensuite, Clara Furey dont l'arrivée est annoncée par ses pas fort audibles en coulisses et qui prendra possession tout autant du micro comme de notre attention. Elle nous expose, sans retenue, son affirmation face à nous, avec une certaine insolence. Ses états expriment, s'expriment sans pour autant nous comprimer.

                                Photo de Clara Furey par Brianna Lombardo sur le site de LaChapelle

Enfin, Louise Bédard nous arrive, tel un être venu de l'ombre pour se présenter. Nous présenter ce qu'elle est, par petites touches qui captivent d'abord, mais aussi qui surprennent. Elle ira à la rencontre des spectatrices et spectateurs, maniant parfois le geste et la parole de façon fort habile mais aussi fort cruelle. Elle présente fort bien les états intérieurs et limites autant par ses gestes que par ses propos. Pour revenir au point de départ, parce que "Tout ce qui va revient", dixit Catherine Gaudet.

Au final, trois oeuvres, présentées dans le bon ordre, avec une filiation évidente qui demande aux interprètes de "jouer" en gestes et en paroles sans réserve et elles ont réussi. Merci mesdames pour ces rencontres bouillantes qui néanmoins ne m'ont pas échaudé.


mercredi 28 février 2018

Sur mes pas de spectateur: Rejoins là, tout au fond de moi, dans mes replis obscurs par "Sang Bleu" !

Je débute ce texte, fort utile pour la suite, par la description de l'oeuvre tirée du feuillet de la soirée que j'ai pu lire avant d'entrer en salle. "Sang bleu est une exploration sur le corps et son rapport qui le compose. Qu'elle soit mort, maladie ou infection, Andréane Leclerc et Dany Desjardins proposent une vision de la dégénérescence, non comme une finitude et un anéantissement du corps, mais comme un processus de transfiguration physique et une constante évolution de la chair". Proposition qui s'annonce audacieuse dans des territoires artistiques peu explorés, pour ma part, à tout le moins. Pour cette exploration fort particulière, il y a lui, artiste en danse contemporaine danseur et elle contorsionniste que j'ai déjà pu découvrir, indépendamment dans des oeuvres précédentes.

Pour lui, c'était d'abord, il y a près de sept ans, au Théâtre La Chapelle, lorsque j'ai découvert l'univers fort esthétique et troublant de "POW WOW" que Dany Desjardins nous avait proposé. Le teaser, à lui seul, vaut le détour et en voici le lien (https://vimeo.com/30033308). Depuis, plusieurs fois sur scène ou grand écran, je l'ai revu et toujours, je l'ai senti investi.

Il y a un peu moins longtemps toujours au Théâtre La Chapelle, en 2015, Andréane Leclerc m'avait présenté (et à bien d'autres spectateurs) l'oeuvre sulfureuse, mais surtout envoûtante, "La Putain de Babylone". Si lui mettait tout en lumière, elle utilisait surtout l'ombre.

Un jour, ils se sont rencontrés (dans des circonstances que la discussion d'après représentation nous a permis de connaître) et ils ont décidé de créer ensemble, malgré leur différence de provenance artistique. "Sang bleu" est donc le résultat de plusieurs mois de travail, d'apprivoisement, de discussions orales, mais surtout de travaux physiques pour faire converger leur deux univers de création.

                                          Photo: Patrick Simard

Pour en découvrir le résultat, nous prenons place dans la salle du  La Chapelle dont la scène est vide sauf deux tiges garnies de projecteurs. Les sièges des spectateurs trouvent tous preneur ou preneuse, sauf deux au milieu de la première rangée (à côté de moi et qui sont réservés) et une fois, les derniers préparatifs effectués, le moment de la rencontre arrive. C'est d'abord au fond de la scène derrière un écran que les deux personnages apparaissent. Les gestes sont solennels et préparent au passage de l'autre côté, ce qui arrivera rapidement. Dans un environnement musical fort bien réussi qui débute par une oeuvre classique jouée au clavecin, les deux personnages rampent vers nous, tel des chenilles ou autres bestioles à la recherche d'un corps pour se nourrir. Ils viendront jusqu'à nous, sur les deux sièges, restant immobiles comme dans une période de latence dans un cocon invisible. Par la suite, dans une série de tableaux, "ces bibites humaines" se déploient dans l'espace, interagissent, décomposent leurs corps pour soutenir le propos qui se ressent plus dans mes tripes (ou mes viscères) que dans ma tête. Les corps se déforment ou se font déformer ou se transforment tout en provoquant en moi une prise de conscience qui m'angoisse, celle de la mort, ma mort! Lorsque mon enveloppe charnelle sera laissé par mon esprit qu'est ce que je deviendrai. Si pour les deux créateurs, le moment révèle des aspects festifs, pour moi, il résonne tout autrement. Leurs propos chorégraphiques touchent des ressorts qui me touche particulièrement fort. Si pour eux l'oeuvre, par la question que j'ai eu la chance de leur poser, ne tente pas de vaincre leur propre angoisse face à la fin inévitable de leur vie corporelle, cela en a été le cas tout l'inverse pour moi. Une excursion par procuration donc, qui par ses allures sombres, troubles, mais surtout métaphoriques, m'amène à me retrouver face à mes angoisses face à la mort que je n'entrevoie pas comme une célébration comme ce que j'ai vu en fin de présentation.

Une oeuvre particulière, sinon spéciale, à l'image de ce duo, qui pourra autant fasciner que surprendre, mais pour peu que le propos chorégraphique trouble, il ne déroute pas le spectateur ouvert. Le message se ressentira fort bien, autant pour le meilleur que pour le pire. Pour moi, "Sang bleu" fort de ses images troubles et de ses corps déformés, rehaussés par la trame musicale d'Olivier Girouard a fait surgir des angoisses que je tente de garder tout au fond de moi, où se retrouve aussi les micro-organismes que j'héberge inconsciemment.

mardi 12 décembre 2017

Sur mes pas en danse: Un "Would" fort percutant !

Encore une fois cette saison, mes pas m'amènent vers la présentation d'une oeuvre que j'avais ratée lors de sa première présentation, ("Les Dieux de la danse" sont avec moi !!!!) soit "Would" de Mélanie Demers avec sur scène avec toute leur présence, Kate Holden et Marc Boivin.

Pour tenter de bien transmettre ce que la salle "full" remplie en ce lundi, première soirée de reprise, (merci Théâtre La Chapelle !!!), a pu découvrir, mes mots sont de piètres alliés. De piètres alliés pour le spectateur, mais tout à l'inverse pour Marc Boivin, avec ses grosses lunettes noires, qui nous attend calmement, assis par terre, à notre entrée dans la salle. Cette présence ne semble pas attirer l'attention en entrée de jeu, avec ces conversations fort présentes tout autour de moi. Mais le temps passe, le niveau sonore diminue et moi, je ne trouve pas mon crayon pour noter !!! Le temps passe encore et la salle devient toute silencieuse, sans que les lumières ne diminuent, pendant que j'implore ma mémoire de me rester fidèle pour conserver l'essence de ce que je verrai ou de ce que je vivrai.

                                          Photo de Jeremy Mimnagh tirée du site du Théâtre La Chapelle

Ça y est, les lumières s'éteignent et tous les regards sont dirigés vers l'interprète qui nous interpelle avec un long et interpellant diatribe utilisant une panoplie de phrases débutant par "Ça serait ..." Moi, de ces phrases, je n'en retiens peu de mots, mais de l'intensité de celui qui les émet, j'en suis encore fort impressionné. Moi, qui a encore en tête la sensation des mots d'ouverture de "La vie attend" de ce même interprète, de celui par qui "le verbe arrive", dixit, fort justement, le feuillet de la soirée. Oh, que je voudrais tellement pouvoir relire et ressasser ces mots, denses, dont la poésie percutent comme un jab dans ma tête, mais qui s'évaporent trop vite. Puis, de l'ombre, viendra elle, doucement et en silence avec ses feuilles pour écrire vite et arracher la feuille qui cédera sa place à l'autre. Les mots se disent par lui ou s'écrivent par elle, mais, "for sure", pour la suite, "I would be there" !

Et pour la suite, effectivement, les mouvements prennent place, tout aussi éloquents dans ce duo qui a tout de la matière et de l'antimatière, de l'intensité de l'un et du calme de l'autre. de ces forces tout en opposition. Si le verbe énonce, les gestes expliquent, avec autant d'à propos que de conviction. Et pour conclure, je me permets de citer les mots de Frédérique Doyon (dans Le Devoir du 9 avril 2015), "Petit bijou loufoque, Would, de Mélanie Demers, se situe à l’intersection de ces prospectives diamétralement opposées qui résument si bien l’humain, ses désirs infinis, comme ses peurs." et dans cet humain confronté dans ses oppositions, je m'y suis fort bien retrouvé.

mardi 28 février 2017

Sur mes pas en danse: "Idiot"

Décidément, les bouchons pour les oreilles ont la cote ces derniers temps ! Après ceux proposés pour "Suie" de Dave St-Pierre et Anne Le Beau, les spectateurs s'en faisaient aussi offrir pour "Idiot" d'Helen Simard, présenté au La Chapelle.

"Idiot" n'est pas une proposition si surprenante si vous aviez assisté à "No fun", premier volet de la trilogie en cours, inspirée par Iggy Pop. En effet, j'avais écrit à l'époque (pas si lointaine) pour "No fun" qu'Helen Simard  "rock the place" avec une oeuvre qui décoiffe. Une oeuvre branchée sur le 220 volts, avais-je ajouté. 

Cette fois, c'est à une oeuvre "sur l'acide" qu'elle nous convie. Une oeuvre qui amplifie et qui déforme nos perceptions. Une oeuvre qui au final, pourra plaire ou déplaire souverainement, mais qui ne laissera pas indifférent. 


                                                 Photo :Nikol Mikus

À notre entrée dans la salle, transformée en pièce de garage avec un échafaud à l'appui qui domine à l'arrière, les interprètes sont là immobiles.Une fois, la salle remplie et le "cue" donné, les humains émergent de leur torpeur et la musique prend possession de la place. Comme spectateur, mes perceptions commencent à ressentir différemment et les corps ont l'air à se comporter bizarrement. Régulièrement, leur habillement change, m'empêchant de prendre appui. Mon interprétation rationnelle de ce qui se passe est noyé par le flux visuel et sonore qui évolue hors contrôle. Affirmer que j'ai été hors de ma zone de confort serait un euphémisme ! Affirmer que cette expérience déstabilisante m'a plu serait, d'autre part, une évidence.

Décidément, en danse, Helen Simard nous amène ailleurs,mais surtout différemment avec ses interprètes (Stacey Désilier, Stéphanie Fromentin, Sébastien Provencher (Iggy Pop réincarné), Emmalie Ruest, Jackie Gallant, Ted Yates et Roger White.

Pour résumer, ce que vous pourrez ressentir tout au long de "Idiot" sans l'être (idiot), serait comme si
"vous aviez avalé deux buvards de LSD il y a trois heures et ils commencent à sérieusement faire effet. D’ailleurs, tout est bizarre autour de vous, et les gens (devant vous) ont l’air légèrement différents." Mais n'ayez aucune inquiétude, l'effet est passager, assez agréable et ne laisse pas de séquelles. 

mardi 20 décembre 2016

Sur mes pas en danse: " La pudeur (affirmée) des icebergs"

En entrée de jeu, je me permettrai de dériver comme le font si bien les icebergs qui sont laissés libres dans un océan aux courants changeants. Ces blocs de glace abandonnés par leur glacier peuvent dériver seuls ou rentrer en contact dans leur progression dans les eaux plus chaudes. Il ne faut pas oublier que ces icebergs nous présentent qu'une toute petite partie de ce qu'ils sont. Tout pudique et froid, soient-ils, ils laissent à notre imagination, la plus grande partie d'eux-mêmes, immergés sous l'eau.

Il semble que Daniel Léveillé a trouvé avec ces "êtres de glace", une source riche d'inspiration et que le spectateur attentif et audacieux peut apprécier. L'univers de ce chorégraphe que j'apprivoise peu à peu et que j'apprécie de plus en plus dans les détails des physionomies et la force des mouvements montrés, mais surtout par la place qu'il me laisse pour interpréter. Comment le décrire en quelques phrases sans dénaturer l'essence des différents tableaux ? Selon moi, il faut le faire sans fioritures pour tenter de bien apprécier les gestes qui exigent beaucoup aux interprètes, les regards appuyés de l'un vers l'autre en pleine action ou leur complète indifférence. Il y a aussi ces gestes suivis d'une position immobile et ces duos effrénés dans lesquels l'un va et vient, indifférent à l'effort de l'autre, mais que nous, ressentons fortement. Les corps sont nus, mais nous font obstacle à leur intérieur et leurs sentiments. Il arrive souvent que ce regard froid et indifférent (sur cet aspect, Esther Gaudette était particulièrement efficace), dirigé tout droit vers moi (en première rangée) comme pour me défier, me troublait.

                                          Photo: Jacques Grenier

Sur cette scène sans accessoires, les corps se présenteront à nous, évolueront, s'entrechoqueront et partiront sans crier gare. Nous, pour en apprécier les nuances, devrons rester attentifs aux détails, même lorsque ses corps heurtent fortement le sol produisant une onde de choc qui se répercute dans toute la salle. Peut-être aussi pourons-nous prendre conscience de la trame musicale classique qui interviens, à propos ou non.

L'univers de Daniel Léveillé est particulier, en apparence austère, mais pour peu que le regard du spectateur s'affine (ce que le mien devient après quatre fois), cela lui permettra des découvertes qui pourront l'interpeller sur sa propre nature. Sur scène, Frédéric Boivin et Mathieu Campeau présents à la création en 2004 ainsi que Esther Gaudette, Justin Gionet, Emmanuel Proulx et Simon Renaud rendent fort justement les mouvements fort exigeants du chorégraphe.

Daniel Léveillé créé des oeuvres depuis une quinzaine d'années et grâce à des lieux de diffusion "audacieux" (le théâtre La Chapelle, pour l'occasion), les spectateurs qui comme moi arrivent sur le tard, peuvent se mettre "à jour" !


samedi 26 novembre 2016

Sur mes pas en danse: "J'ai rasé mes jambes six fois and no sex happened" et je n'ai pas été déçu, oh non !

C'était, il y a un peu plus de deux ans, à une "Passerelle" de l'UQAM, j'étais dans la salle et il m'était présenté une oeuvre au titre ambigue, "J'ai rasé mes jambes six fois and no sex happened" d'un chorégraphe que je découvrais pour la première fois. Mes impressions de l'époque, je vous les indique ici en préambule: Enfin, "J'ai rasé mes jambes six fois and no sex happend" de Philippe Dandonneau avec Sébastien Provencher et Claudia Chan Tak ne laisse pas indifférent. De ce moment présenté par rounds, j'en retiens surtout le propos provocant plutôt que les gestes qui l'ont illustré. Voilà des jeunes qui ont des choses à dire et qui ont une audace sans borne. Me faire brasser comme spectateur, j'aime beaucoup."

C'était, je vous le rappelle, il y a deux ans et depuis, le trio "infernal" a poursuivi son chemin de création et il nous présentait une oeuvre toujours aussi audacieuse, provocante et aussi menaçante, mais pour ce dernier qualificatif ambigu (à l'image du propos de l'oeuvre), j'y reviendrai plus loin. Et pour ce faire, si les éléments de base d'antant sont restés bien présents (j'en avais surtout retenus les scènes de combat), d'autres se sont ajoutés et le personnage féminin a pris une plus grande place bien méritée, totalement et parfaitement assumée par Claudia Chan Tak.


                                          Photo Gabriel Germain

Donc, mes pas m'ont amené dans ce lieu, Le Théâtre La Chapelle, qui m'a permis tout au cours des dernières années de découvrir des oeuvres dont l'audace, à défaut de repousser les limites pour illustrer leur propos, faisaient mieux, comme pour cette oeuvre, en les redéfinissant ou en les brouillant.

Et voilà pourquoi en quelques exemples !

Le tout a débuté sur fond de chants d'oiseaux en début de matinée avec deux hommes qui se présentent, l'un imberbe et à la chevelure longue et l'autre aux cheveux rasés et à la barbe bien fournie. Ils seront rejoints par une femme aux vêtements éclatants et au verbe affirmé. Tout au long des différents tableaux présentés en quatre rounds, j'ai pu voir deux hommes aux vêtements et personnalités très variables et souvent contradictoires, une femme, comme le fait "l'Homme", "pisse" tout à la ronde pour établir son territoire, d'un air affirmé. Aussi, déterminé à la cause, un Don Quichotte à la hache sans peur, incarné par Sébastien Provencher qui avait intérêt à conserver l'objet bien en main. "Mosus !" que de mon siège en première rangée, j'ai eu peur, mais vraiment peur, au point de vouloir quitter. Il y a aussi ce tableau durant lequel, nos conceptions simplistes et  "fleur bleue" sur fond de gazon si vert (celui du voisin, sûrement), sont rapidement soufflées comme la vie souvent nous le fait avec nos conceptions. Si la trame musicale était particulièrement réussie, c'est un moment de danse sur fond de bruit de scie à chaîne en pleine action qui m'a le plus touché. Un moment fort de la soirée pour moi. Aussi, nous avons droit à un duo de couple sur fond "c'est pathétique". Il y aura aussi ce tableau d'affrontement qui laisse là, en plan une cuisse de poulet tristement abandonnée. Il y aura aussi ce tableau durant lequel les deux hommes s'exhibent sans pudeur, ce qui me rappelait un tableau tout aussi interpellant de "Warning" de Mandala Situ chorégraphié par Dave St-Pierre. Enfin, le tout se termine avec une scène de rasage avec Philippe Dandonneau et évidemment "No sex happened" !!!

Au final, une oeuvre "folle" qui fait éclater les conceptions faciles sur les hommes et les femmes avec une série de symboles tout aussi intéressants à découvrir qu'à interpréter. Et s'il y a deux ans, j'en avais surtout retenu le propos, cette fois, les gestes m'ont frappé fort aussi. De quoi dépeigner, à défaut de les raser, les plis bien droits de certaines certitudes que nous pourrions avoir de ce qu'est un homme et de ce qu'est une femme.

Impossible de ne pas ajouter qu'il y avait un peu de moi dans ce spectacle, mais cette si petite contribution a été soulignée dans le feuillet du spectacle, merci gang !

mardi 27 septembre 2016

Sur mes pas en danse vers "Pour", un offertoire pour la vie

Pour ma deuxième sortie de ce début de saison en danse tout féminin, après un impressionnant "La Loba", mes pas m'ont porté au théâtre La Chapelle pour y découvrir "Pour" (dans le sens anglais du terme), la plus récente proposition de Daina Ashbee. Le hall d'abord et la salle ensuite étaient "full" remplis pour la première en ce lundi soir, nouveauté intéressante de ce lieu de diffusion.

De cette chorégraphe, j'ai encore en mémoire les deux oeuvres que j'ai vues d'elle. D'abord, "Unrelated" pour laquelle, j'avais écrit "est une souffrance dévoilée, exprimée par des gestes d'auto-violence, par des gestes non aboutis, par des tentatives de prise en charge, mais jamais par la parole. Pour le montrer, elles le font sur un fond blanc tout cru, elles n'ont que le public pour tenter d'obtenir un certain appaisement." Touché et ébranlé en étais-je sorti !

Plus tard, "When the ice melts will we drink the water", solo plus court, mais tout aussi interpellant que sa proposition précédente. Il y a cette femme là, exposée, tout proche de nous dont les gestes trahissait une fébrilité et un désespoir évident. Ayant pour but d'entamer une réflexion sur les changements climatiques, cette "mère nature" a su bien le faire.

Dans ses deux oeuvres, en ressortaient pour moi, d'abord une vulnérabilité crûment exposée, à la merci des autres, face à nous, le regard bien haut, audacieux, pour la première et tout détourné pour l'autre. Il y a aussi cette proximité physique tout à fait assumée. Une si faible distance qui peut briser la fine pellicule de protection de ces femmes pour n'en conserver que l'audace. Des oeuvres viscérales qui m'ont fortement interpellé. C'est donc avec une certaine hâte, sinon une hâte certaine, que mes pas m'ont amené pour la suite du parcours chorégraphique de cette jeune femme à l'âme "audacieuse".


                                          Photo: Daina Ashbee

Avec "Pour", je peux l'indiquer en entrée de jeu, la chorégraphe poursuit dans la même veine, mais en l'ancrant dans "la relation complexe des femmes à leur cycle menstruel", fort justement annoncée comme une oeuvre "alliant force et vulnérabilité", des êtres qui plient, mais qui ne brisent pas. Mais, cette rencontre n'est pas facile, exigeante et interpellante, que l'on soit un homme ou une femme et cela dès le début. 

À notre entrée dans la salle, nous devons prendre notre place dans la pénombre. Nous pourrons entendre à intervalle régulier, le temps que chaque siège accueille son spectateur, le cri ou le chant venant d'une forme humaine que l'on peut distinguer avec effort dans le fond de la scène. Ce chant ou ce cri, tel un appel, se modifiera peu à peu. La salle remplie, les lumières s'éteignent complètement et nous sommes là dans l'attente. Le personnage (Paige Culley, totalement investie du début jusqu'à la fin), s'approche tout à coup de nous, soit juste en face de moi en première rangée. Il fait noir, mais elle est là, prenant possession de notre attention et de notre vision, malgré le peu de luminosité entre nous.

Arrive, le moment, la scène blanche rayonne et nos yeux peinent et vacillent à effectuer la transition. S'en suivra une série de tableaux durant lesquels cette femme, sans défense, exécutera des mouvements ou des cris répétés jusqu'à parfois tester sa résistance et la nôtre aussi. Il a été parfois possible de ressentir cet effet dans la salle autour de moi. Les tableaux étant souvent sans enrobage musical, "cet effet de salle", il est difficile de le rater. D'autant plus vrai pour le dernier tableau qui nous oblige à un certain effort de retenu et qui devrait faire jaser "dans les chaumières" !!!. 

Pour ma part, j'ai été particulièrement touché lors des tableaux durant lesquels, elle m'interpellait (OK !, je sais que je n'étais pas seul, mais c'est tout comme !) avec son regard, les yeux grands ouverts, tout aussi affirmés que vides. Je me sentais visé tout en dedans et de respirer, j'en arrêtais presque.

L'abandon de ce corps féminin aux cycles fondamentaux pour que la vie soit, voilà ce que le spectateur homme que je suis a pu découvrir intensément tout au long de ce "Pour". Les pas de retour m'ont permis de revenir sur terre, comblé !


lundi 5 septembre 2016

Sur ma prochaine saison en danse: Occupée et prometteuse

Voici un des moments difficiles de l'année, celui durant lequel, je dois tenter de tout rentrer mes sorties danse en "harmonie" avec mes quelques autres activités. De m'être mis à la course à pied, pour faire plus et plus vite dans ma vie, ne règle pas mes problèmes de congestion d'horaire. Il y a des semaines pour lesquelles, les choix difficiles seront de mise et des oeuvres laissées de côté (jusqu'à une prochaine présentation !).

D'autres, dont François Dufort sur son blogue de DFdanse, présenteront un calendrier complet des oeuvres présentées dans les principaux lieux de diffusion et je leur laisse cette place. Je me permettrai, cependant, d'ajouter sur un prochain texte sur ce blogue, certaines propositions tout à fait gratuites des Maisons de la Culture de la Ville de Montréal. En danse, voilà une porte d'entrée fort intéressante, sans risque financier, et les incertains, même pas audacieux, devraient s'y intéresser. Il y aura aussi les Passerelles de l'UQAM, premiers pas pour certains chorégraphes/ interprètes et qui permettent au spectateur avisé de prendre en note des noms pour plus tard. Sans oublier, ces invitations qui nous arrivent sans crier gare pour découvrir des présentations, dans des lieux inhabituels pour le spectateur que je suis, résultat de premières étapes de création. Donc dans l'agenda, il faut laisser de la place et surtout ne pas remettre aux lendemainx les corrections de travaux à faire, lendemains qui pourrait s'avérer fort prometteur.

Pour la prochaine saison, le tout débute, cette semaine, avec le Festival Quartier-Danse. Cette année, j'y ferai une plus grande place tout autant en plein air qu'en salle. Je vous met le lien ici, parce qu'il n'y a aucune raison de ne pas s'y déplacer. Pour ma part, parmi les oeuvres extérieures qui nous sont proposées, j'en retiens particulièrement deux. D'abord, "Déracinement" de Chloé Bourdages-Roy parce que d'elle, les gestes me plaisent beaucoup. Aussi, "Children of Chemistry" en version extérieure de Sébastien Provencher qui juste par le titre, attire mon attention de prof de chimie (évidemment !!!), mais aussi et surtout par le propos chorégraphique de ses oeuvres précédentes.

http://quartiersdanses.com/


J'irai en salle aussi, mais pour en savoir plus, faudra revenir sur mon blogue. Et aussi, je me ferai un devoir (plaisant) d'aller écouter une table ronde, "Tribune 840" à l'UQAM sur Cherrier (devinez l'adresse !). Le sujet "Quand l'art devient-il social ?" et pour moi qui pense que tout est dans tout, les réponses sauront m'intéresser. Intéressé(e) ?, c'est vendredi le 16 septembre à 12h30 et c'est Nayla Naoufal qui mène la discussion.

Je parle, je parle (oups, cela devrait être plutôt j'écris, j'écris) et la prochaine saison, je ne l'ai pas encore abordé. Je résume donc (oui,oui j'en suis capable !)

Quelques sorties chez Tangente, d'autres à l'Usine C/Agora de la danse, plusieurs au Théâtre La Chapelle, deux avec Danse-Cité, sans oublier celles à Danse-Danse et pour une première fois au MAI, parce que Claudia Chan Tak y présente, en décembre, "Moi, Petite Malgache-Chinoise". Je ne vous fournie pas les liens, tout bon fureteur, vous y mènera sans difficulté.

Je reviendrai sur le résultat de mes "quelques" pas, mais soyez avisé, faites en vous aussi, parce que de beaux mouvements, les scènes vous présenteront en abondance.









vendredi 22 avril 2016

Sur mes pas en danse: troublé par "When the ice melts, wil we drink the water ?"

En conclusion de RAOTIHON:TSA (Focus sur la création contemporaine des premières nations), gracieuseté du Théâtre La Chapelle, nous étions invités à découvrir, pour une soirée seulement, au Café du Monument National, "When the ice melts, will we drink the water ?" de Daina Ashbee.



Cette jeune chorégraphe aux origines autochtones m'avait touché avec "Unrelated" présenté, il y a moins d'un an. Voici un extrait du texte que j'avais écrit à propos de cette oeuvre,  "....c'est une souffrance dévoilée, exprimée par des gestes d'auto-violence, par des gestes non aboutis, par des tentatives de prise en charge, mais jamais par la parole". Voilà pourquoi, j'étais là pour découvrir ce qu'elle avait à nous proposer avec l'interprète Esther Gaudette qui elle ne demande aucune présentation aux amateurs de danse d'ici. 

La soirée commence avec une prestation de musique électroacoustique de Jean-François Blouin dans l'entrée du café, juste devant un rideau qui annonce l'endroit de la suite de la soirée. Armé de son "Bâton de parole" les ondes musicales inondent l'espace avec en arrière plan sonore des captations sonores provenant de la réserve Nutashkuan, située sur les rives de la rivière Natashquan de la Côte Nord. Douce et agréable entrée en la matière, pour la suite qui, elle, ne le sera pas. Mais cela, nous ne le savons pas encore lorsque nous nous déplaçons pour prendre place sur les sièges qui entourent de part et d'autres la petite scène sur laquelle se retrouve déjà l'interprète, couchée sur le dos sur la scène blanche.

Bien que j'avais lu le feuillet qui indiquait, autant par le titre que par la description, "ouvrir la réflexion sur les changements climatiques" la thématique présentée, c'est la femme autochtone et toute son impuissance face à la violence de son destin que j'ai vu durant les trente minutes de prestations intenses qui ont suivies. Cette femme, à peine vêtue, toujours couchée sur le dos, ira chercher dans son intérieur ses mouvements qui illustrent sa souffrance et sa résillence. Pour ma part, j'ai été gardé captif par ce visage tellement expressif malgré une apparence de stoïcisme ou de regard projeté au loin. Les gestes sont violents et montrent une résistance passive fortement exprimée. L'interprète toujours le dos au plancher, tourne, se déplace, se contracte et se relâche vigoureusement durant un long moment, fort en intensité, tout cela dans le silence ou avec une légère trame sonore. Tout à coup, le noir se fait. La lutte semble féroce, si nous nous fions à ce que l'on entend, tandis que notre imagination permet d'y voir un affrontement sans lendemain. 

Les lumières se rallument et toujours couchée sur la scène, nous aurons droit à la conclusion et au lever de ce corps qui s'éloignera de nous, sans jamais revenir.  Long silence et enfin, des applaudissements fort mérités. Quelle belle fin !

Une oeuvre qui m'a troublé mais aussi interpellé. À y repenser, il y a certainement un lien entre le sort que l'on réserve à ces femmes autochtones et à celui réservé à "Mère Nature". Une fois que l'on aura détruit notre environnement, serons nous capables d'en assumer les conséquences ?




vendredi 11 mars 2016

Sur mes pas en danse: "Cake" glacé épais

Lors d'une de mes excursions passées dans la Zone Homa, j'avais découvert "Cake" d'Audrey Rochette et cette oeuvre m'avait fait bonne impression. Depuis ce temps, la chorégraphe a enrichi son propos et a travaillé fort, je peux en témoigner, pour nous en présenter une version "plus riche" au Théâtre La Chapelle.

C'est devant une salle enthousiaste que le "cuisinier" (Patrick R. Lacharité) s'est amené pour nous proposer une recette "riche". Confiant, il sera presqu'inébranlable tout au long de l'utilisation des ingrédients, personnifiés par les six interprètes qui viendront prendre place sur scène. Élise Bergeron, Marie-Ève Demers, Noémie Dufour-Campeau, Joannie Douville, Marie-France Jacques et Alexia Martel laissent leur individualité au vestiaire pour former un tout truculent. Cette critique "beurre" épais, mais ne lève pas le coeur, tout en soulignant à gros gestes le culte du "dieu" du moment.

Étant de ceux qui croit que le propos doit être fort pour être compris, "Cake" est pour moi, une illustration toute aussi efficace que réussie de certains de nos travers. Qui n'a pas cherché et trouvé, à un moment de sa vie, le gourou ou le cuisinier pour lui fournir la recette du bonheur ou du succès ? Et qui ne s'y est pas abandonné corps et âme ? "Sauvez mon âme", chantait Luc De LaRochellière avec les paroles: "On se vide la tête question de faire la fête / On se lève les bras ou on se les met en croix."

Mais l'éphémère est la règle et la chorégraphe nous le rappelle. 

Une oeuvre déjantée au propos fort qui est à la hauteur des travers qu'elle dénonce avec des interprètes qui s'y investissent totalement pour notre plaisir.


Photo: Charles F. Marquis



samedi 27 février 2016

Sur mes prochains pas en mars

Cette année, février a bien beau avoir 29 jours, il nous quittera quand même pour laisser place au mois de mars. Et  irais-je pour découvrir de la danse durant ce mois. Surprenamment, peu de sorties à l'agenda, mais en contrepartie, des oeuvres qui promettent. Il y aura aussi le dévoilement de la saison 2016-2017 de Danse Danse en début du mois et un peu plus tard celui de la programmation complète du FTA 2016 (Note à moi-même: vérifier l'état de mes finances !)

Mais revenons aux sorties "danse" de ce mois. Première arrêt à l'Agora de la Danse qui présente la re-création de "Les choses dernières" (9 au 12 mars) de Lucie Grégoire danse avec sur scène Isabelle Poirier. Cette pièce créée il y a plus de vingt ans, je ne l'ai pas vu et c'est donc une très bonne occasion de découvrir la sensibilité de Lucie Grégoire qui me rejoint et qui s'inspire librement d'un roman de Paul Auster qui m'avait fait forte impression, "Le voyage d'Anna Blume". Un moment à venir pour ressentir intensément et découvrir une oeuvre de notre patrimoine culturel.

                                          Photo: Angelo Barsetti sur le site de l'Agora de la danse

Dans l'autre extrémité du spectre, le théâtre La Chapelle présente la pièce haute en couleurs "Cake" (8 au 12 mars) d'Audrey Rochette. Ayant vu la première mouture de l'oeuvre à Zone Homa, mon réflexe a été de me procurer "to the go" un billet pour revivre ces explosions de gestes.

                                          Photo: La Chapelle

De retour à l'Agora de la Danse pour "La Démarquise" (16 au 19 mars), la plus récente création de la chorégraphe Louise Bédard. J'ai eu eu le plaisir d'en découvrir un premier jet l'été dernier et j'ai bien hâte de replonger dans cet univers "pluri féminins".

                                          Photographie montage par Eliot B. Lafrenière & Guillaume Lépine

Plus tard, direction Tangente, pour y découvrir, d'abord "Avec pas d'coeur" (16 au 19 mars) de Maïgwenn Dubois. La fois d'avant, elle et ses interprètes, là juste devant moi, m'ont interpellé sur la réalité des gens différents (Gabrielle a le syndrome de Williams, Anthony celui d'Asperger) et ils me l'ont fait découvrir sur des pas de gigues sur fond de théâtralité. Cette fois, se joint à eux Roxane, pour nous "parler" du tabou entourant la sexualité des personnes handicapés. Leur point de vue est énoncé en entrée de jeu, "Défendre à quelqu’un de faire l’amour, ce serait comme nier sa nature humaine", il n'en reste qu'à en découvrir le . (Autre note à moi-même: t'as pas encore ton billet, mon cher et tant qu'à y être, qui veut venir avec moi ?)


                                          Photo tirée du site de Tangente

En fin de moi, toujours à Tangente, "Mobilier mental" (24 au 27 mars) de Michel F Côté et Catherine Tardif (sans oublier Marianne et Simon), se présente comme une"drôle" et attirante proposition dont nous pouvons lire l'intrigante description sur le site du diffuseur. "Jeu rétinien et postural interactif pour spectateurs et dix artistes. Ce projet commando offre une série de courtes interventions chorégraphiques conçues à partir de la grammaire visuelle du magazine Permanent Food, objet pirate et anthropophage créé par Maurizio Cattelan. À son tour, Et Marianne et Simon pirate – cannibalise – ce magazine." 

Je ne pourrais pas dire pour vous, mais moi, il y a là tout ce qu'il faut pour que j'y sois. 


                                         Photo : Tiari Kese

Et pour terminer ce mois de début de printemps, il y aura un autre passage sur la Passserelle 840. 

Durant ce même mois, se terminera le 13 mars  l'exposition SIGHTINGS 15
The Names of Dancers (this is swallowed by neoliberalism or else fades into obscurity) 
[Les noms des danseurs (ceci est avalé par le néolibéralisme ou alors se fond dans l’obscurité)]
Quatre moments de prestations au programme de mois-ci (Lara Kramer le 2 mars, Leah McFly le 4 mars, Angie Chen,le 7 mars et ??? le 11 mars) et j'espère bien pouvoir me rendre à au moins une d'entre elles. Si j'y arrive, je vous en fais un compte rendu, promis !


Sur ce, beau mois en danse et que vos pas vous y portent aussi.