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vendredi 21 juin 2019

Mes recommandations de sorties culturelles pour l'été présentées à la dernière émission de l'année de Danscussions & Co.


Merci beaucoup Klara, bonjour à vous toutes et tous,



Heureux de revenir vous voir pour participer à la dernière émission de l’année de Danscussions & Co, juste avant de plonger dans la période estivale. En espérant, cependant que mère Nature ne nous proposera pas trop souvent des douches froides. Je voudrais aujourd’hui avant que l’on se quitte, vous proposez de sortir des sentiers fort achalandés, que sont ceux qui nous amènent aux grands festivals de notre métropole. Pas que je vous demande de les ignorer, ben non (!), mais plutôt de considérer aussi d’aller découvrir des propositions culturelles qui sont présentées dans les espaces publics de Montréal et qui sont gratuites.

Voici donc les propositions du spectateur qui reste en ville, mais qui n’est pas en reste de découvertes et d’émerveillements.

Côté danse, les amateurs pourront se faire plaisir. Il sera possible avec « Vuela, Vuela, la danse » du Collectif Dans mon Salon de sentir le vent chaud du sud, en gestes, en mouvements portés par la chanson « Voyage, Voyage ». J’ai vu deux fois cette prestation, dans deux contextes différents, et chaque fois, ma réception et celle du public de tout âge présent était positive. Et pour moi, ça sera, jamais deux sans trois. Et les occasions seront nombreuses. Et ça commence le mercredi 3 juillet à 19h00, au Parc de Normanville dans le quartier Villeray. Il est possible de connaître les dates des sept autres représentations, comme toutes les autres propositions culturelles sur le site de la Ville Montréal dans l’Onglet « Accès culture ».

Aussi de retour cet été, « Children of Chemistry » de Sébastien Provencher. Voilà une pièce qui propose au spectateur d’imaginer le masculin autrement. Pour l’avoir vu deux fois, voici une œuvre dans l’air du temps et qui permet d’ouvrir notre esprit. Sept occasions s’offrent à nous pour la découvrir dont la première est le 3 juillet prochain à 19h00 au Théâtre de Verdure.

Amateurs de danse urbaine, vous pourrez découvrir « In-beauty » d’Alexandra Spicey Landey de la compagnie EBNFLOH. Dans cette œuvre, les « quatre interprètes poussent leurs capacités physiques et revisitent les codes de la danse de rue, déployant une force intérieure qui déjoue les clichés liés au féminin et au masculin ». Pour apprécier le travail de cette chorégraphe, deux occasions, à Ville LaSalle, le 9 juillet et sur la rue Masson, le 7 septembre.

Une dernière proposition danse dans les lieux publics de Montréal, « AKO » du Collectif Danza Descalza qui sera présentée trois fois en deux soirées. Je suis bien curieux de découvrir les « trois personnages à la fois envoûtants et chaleureux qui invitent le public à entrer dans un univers onirique à la fois mystérieux, coloré et enflammé ». De la danse afro-colombienne traditionnelle avec une écriture contemporaine à découvrir les 10 et 13 juillet prochain.

Dans un autre registre, « Bercer le temps » de Sarah Dell’Ava, Ilya Krouglikov et Wolfram Sanderau, que j’ai eu l’occasion de découvrir récemment. J’étais vanné lorsque je me suis rendu au Parc Molson et le moment que j’y ai passé m’a fait un grand bien. Tout comme le sourire de notre chère Maud lorsqu’elle m’a accueilli sur le site. Le principe est simple, dans un lieu public, des chaises berçantes sont dispersées. Nous sommes accueillis, nous trouvons une chaise libre et nous nous y assoyons. Pas question d’en dire plus, sinon que tout le temps que j’y étais, j’ai pu constater que je n’étais pas le seul qui appréciait beaucoup. Il est aussi possible de laisser un peu de soi lorsqu’on s’y rend. Prochaines occasions, les mardi après-midi du 23 juillet, 6 et 13 août au Square Cabot tout à côté de la station de métro Atwater.

Aussi prochainement, soit jeudi prochain le 27 juin à 18h30, au Parc du Pied du Courant, sur la rue Notre-Dame, près de Fullum, je vous invite à vous rendre découvrir « un spectacle de cirque qui ne laisse personne à sec ». Soit « Aquaphonie » du Collectif Toxique Trottoir dont nous avons reçu la visite la co-directrice artistique, Muriel de Zangroniz, il y a deux semaines. Et elle m’a convaincu de m’y rendre.

Allez fouiller sur le site Accès Culture de la Ville de Montréal, vous y trouverez encore plein d’autres propositions, telle que « Cache-Cache » du Théâtre de la Roulotte. Elle sera présentée dans un parc près de chez vous. Pour les 6 à 12 ans, mais aussi pour leurs parents ou leurs grands-parents.

Je veux terminer avec deux dernières propositions. D’abord, le Festival SOIR, présenté rue Beaubien, le 9 et 10 août prochain. Les organisateurs veulent nous faire naviguer « entre art visuel, musique, théâtre, danse, cinéma et poésie. Et de mon expérience de l’an dernier, ça fonctionne !
Enfin, pour ceux et celles qui peuvent se rendre jusqu’à Repentigny à l’est de Montréal, « Les danses au Crépuscule » nous proposeront, les 4, 5 et 6 juillet, « un parcours déambulatoire dansé sur le site extérieur du Centre d’art Diane-Dufresne! » Ayant assisté aux deux précédentes éditions, je compte bien y être cette année encore et c’est pour toute la famille !

Et voilà, ce qui complète mon court tour d’horizon de différentes propositions qui nous sont faites. À vous toutes et tous, bonne saison estivale et aller dehors à la rencontre d’univers riches. Et je m’en voudrais de ne pas profiter de l’occasion pour vous inviter à aller participer aujourd’hui aux différentes activités de la Journée Nationale des peuples autochtones.

vendredi 19 avril 2019

Ma chronique bilan et remerciements à Danscussions & Co.


Merci Klara et bonjour à vous toutes et tous,

Ainsi donc, voici venu ma dernière chronique de cette première saison de Danscussions & Co. Chers auditrices, auditeurs, ressentez ici la nostalgie qui colore mon propos. Propos du spectateur, amateur de danse contemporaine, mais aussi de prof retraité et blogueur, qui a eu le privilège de recevoir et la sagesse d’accepter une invitation de partager ses impressions sur des moments de danse, et aussi ses perspectives scientifiques en lien avec la danse. Des occasions où j’ai eu l’immense privilège à chaque émission de vous communiquer ma vision toute personnelle sur un univers qui me fascine.



Une chronique pour laquelle, Klara et Maud m’avaient donné carte blanche et accordé leur confiance. Une chronique qui, les jours précédents ce rendez-vous hebdomadaire, me demandait quelques heures pour résumer et contrôler le débit et le volume, en quatre minutes, de ce qui bouillait dans ma tête. Tout en tentant, évidement, d’être intéressant et pertinent, parce que, voyez-vous, chers auditrices et auditeurs, l’objectif est de vous garder à notre écoute. Parce que ce qui suivait le méritait. L’ex enseignant que j’ai été, n’avait jamais eu cette obligation, des élèves, ça revient au prochain cours ! Nous en sommes rendus à la vingt-deuxième émission et moi, pour cette fois, vous me permettrez de faire un bilan personnel de ce que j’ai vécu tout au long de ces émissions.

Je veux, d’abord témoigner de la chance que j’ai eu de rencontrer, chaque semaine, des invités intéressants, inspirés et inspirants qui nous partageaient leur passion. Et moi, cette radiation humaine, comme peut l’être, le soleil pour une plante avec la photosynthèse, me faisait croître humainement. Je ne pourrai pas énumérer ici les moments durant lesquels le spectateur que je suis, est devenu « groupie » ! Les fois aussi, où, juste après l’émission, je me suis précipité pour me procurer un billet ou de regretter de ne pas pouvoir le faire. Rarement, sinon jamais, les propositions méritaient que mon attention ne s’en détourne.

Les fois qui m’ont permis aussi de découvrir ceux et celles, directrices ou directeurs artistiques qui font des choix parmi un large menu pour les mettre à l’affiche. Ceux et celles, dans l’ombre, qui enrobent et enrichissent les œuvres par leur éclairage, leur musique et leurs costumes. L’homme curieux que je suis a fort bien apprécié découvrir cette autre perspective.

Chaque semaine aussi, j’ai eu la chance et le privilège de rencontrer des chroniqueurs qui m’éclairaient, me confrontaient ou me confortaient dans mes perspectives actuelles. Comment rester insensible devant Jérôme Pruneau qui là juste devant moi, après une explication fort éloquente, supprime son profil Facebook ou qui nous rappelle que la diversité pour nous enrichir collectivement, ne devrait pas être une utopie, mais une nécessité. Comment ne pas être captivé lorsque Bettina Szabo nous parle d’un programme universitaire qui allie sciences et arts. Moi, le grand casanier, j’ai eu le privilège de voyager grâce aux mots de partout à travers le monde de Jérémie Vitupier. Et que dire des trop peu nombreuses chroniques d’Alexia Martel qui à chaque fois réussissait à me surprendre ou me troubler !

Aussi lorsque David Lavoie nous présentait des constats troublants avec son ton posé, riche de ses arguments sur des situations actuelles, dont la relève à la direction de certaines institutions ou de l’utilisation du français pour le titre des œuvres chorégraphiques. Il a fait souvent cristalliser des réflexions qui étaient là latentes en moi et je ne suis certainement pas le seul. 

Mais, et je conclurai sur ceci, comment ne pas être admiratif devant le travail et le dynamisme de Maud et de Klara. À chaque semaine, elles étaient là, bien préparées et documentées, comme l’avait si bien remarqué, entre autres, l’écrivain Larry Tremblay qui mieux que moi, sait de quoi il parle. Mesdames, comment vous dire merci pour votre confiance et votre écoute bienveillante tout au long de cette saison. Un des avantages de vieillir est d’avoir l’occasion de vivre des choses nouvelles et enrichissantes. Et pour cela, je vous dis un grand merci. Et qui sait, à une prochaine fois !

vendredi 5 avril 2019

"Ces jeunes qui font du bien à voir danser"; ma chronique du 5 avril à Danscussions & Co


Merci Klara et bonjour à vous tous,

Quiconque me connaît un peu, sait déjà que c’est avec un plaisir et un intérêt toujours renouvelé que je me rends découvrir ce que les jeunes chorégraphes et interprètes en danse ont à nous proposer. Voilà donc pourquoi, je me suis rendu dans les locaux de l’École de Danse Contemporaine de Montréal pour assister à la première édition de « Boomerang-Danses partagées » organisée par un comité de diplômé.es de cette école, avec au programme, des premières ébauches de quatre œuvres. Avant de revenir brièvement sur chacune d’elles, vous demanderez probablement qu’est-ce qu’une soirée Boomerang ?

Matéo Chauchat, membre du comité organisateur, nous l’indique de façon fort claire. Tout à l’image du boomerang, ces œuvres en création nous seront d’abord « lancés » et nous, en retour, serons invités à leur retourner nos impressions. Pour ce faire, inspiré d’une séance Larsen, il nous transmettra d’abord la question de la chorégraphe, ensuite nous serons invités à fermer les yeux pour trouver le mot ou les mots inspirés des moments passés. Enfin, nous pourrons partager notre réception, avec une phrase qui débute par « ce qui a fonctionné pour moi » ou « ce qui n’a pas fonctionné pour moi ». Tout cela pour permettre aux chorégraphes d’en prendre bonnes notes et d’aller de l’avant.

Voilà, une formule qui me plait bien et j’ai totalement embarqué autant dans la découverte des quatre œuvres que dans la rétroaction qui s’en est suivi. Je vous en propose donc un court compte-rendu.
En ouverture de rideau, « Collecting the Bones » de Jenna Beaudoin. Avec son long, très long foulard riche en nœuds, enroulé autour de son cou, elle trace sur le sol un chemin à suivre labyrinthique, comme pourrait le faire nos gènes et notre éducation. Et une fois fait, elle en entreprend le parcours, mais, et c’est ce qui a le plus fonctionné pour moi, elle ose passer par-dessus les bordures du chemin qui se présente à elle, pour aller jusqu’au bout de ses aspirations. Voilà un témoignage fort éloquent et bien rendu.

Il s’en suit « Ellipses » de Stefania Skoryna, qui nous présente trois femmes, incarnées par Miranda Chan, Lena Demnati et Mathilde Heuzé, qui me captivent dès le début, par leurs mouvements ondulatoires et circulaires. Leurs positions changent, mais l’effet de leurs ellipses en est le même. J’y ai vu des allers retours de notre univers modulé par l’aller du Bing Bang et du retour « ensemble » et implosif du Big Crush. Une version allongée sera présentée l’été prochain. J’y serai, promis !

Après une pause, Mathilde Heuzé nous revient seule pour nous présenter sa création, « Hypotypose ». L’hypotypose qui est une figure de style consistant à décrire une scène de manière frappante et animée. Et c’est ce que nous découvrirons au pluriel, avec elle s’animant devant différentes images animées de notre monde, projetées sur le mur derrière elle. La séquence de présentation mériterait, selon moi, d’être allégée, mais j’ai pu en voir quelques-unes avec lesquelles, elle était en parfaite symbiose avec ses gestes. J’en retiens surtout une durant laquelle elle bougeait en parfaite harmonie avec les volutes de fumée juste derrière. Un pur moment de bonheur esthétique qui a bien fonctionné pour moi et que j’ai partagé avec un grand enthousiasme par la suite.

La soirée se terminait par le solo de Hélène Remoué, « Sans rien forcé ». Elle se donne le défi de nous faire ressentir avec une seule personne ce que le corps vit et exprime dans la foule lors d’un rave underground. La contradiction de cette singularité, normalement exprimée dans une foule est confrontée et surmontée grâce à la performance fort intense de Cara Roy sur une trame musicale toute en phase avec la pulse souhaitée.

Une soirée qui annonce de beaux jours. Je ne peux m’empêcher de vous rappeler qu’il est possible de poursuivre sur cette voie, avec, cette fois, les étudiantes de deuxième année du département de danse de l’UQAM qui nous présente ces jours-ci, rue Cherrier, « Paradis » de Catherine Gaudet. Je m’arrête ici, bonne prochaine de danse.

vendredi 22 mars 2019

Un autre pas sur ma présentation "spectrale" à Danscussions & CO: La région cérébrale de l'ultraviolet


Merci Klara et bonjour à vous tous,

Lors de précédentes chroniques, j’entreprenais la présentation d’une perspective spectrale pour décrire la relation entre une œuvre en danse et les spectateurs. Je veux aujourd’hui poursuivre sur cette voie.



Une œuvre est une donc source qui émet dans une ou plusieurs parties du spectre lumineux. D’abord dans le visible, ce que l’on voit. Ensuite dans l’infrarouge, ce que le ressent. Aussi dans l’ultraviolet, dont le préfixe ultra vient du latin et qui signifie au-delà. En lien avec la partie cérébrale de l’œuvre, ce que l’on comprend ou pas du message voulu par le chorégraphe et porté par l’œuvre.

Pour traiter de la partie « rationnelle » de l’œuvre chorégraphique, je présenterai la triple nature de ce type de rayonnement en mettant en évidence certaines analogies avec ce que l’on vit pendant et après une représentation chorégraphique.

L’ultraviolet possède trois composantes, les UV-A, les UV-B et les UV-C. Émis par le soleil, leur destin est fort différent. Les UV-C, les plus énergétiques et destructeurs sont totalement filtrés par l’atmosphère, tout en haut de nous, qui nous en protége. Jamais donc, ils ne parviennent à nous, comme les œuvres aux propos inappropriés, donc oublions les !

 Les UV-A et les UV-B, quant à eux, se rendent jusqu’à nous, mais produisent des effets fort différents.

Les UV-B, quoi que de plus haute énergie que les UV-A, produisent un effet qu’en surface. Ils sont, entre autres responsables du bronzage. Comme il en est pour le message ou le sens voulu de l’œuvre ou notre sens de l’œuvre, tel que nous le découvrons sur place ou juste après. Il pourra avoir une coloration historique, instructive, comme Akram Khan nous le proposait avec « Xenos », récemment.
Les UV-A, eux, sont beaucoup moins énergétiques et les scientifiques en ont longtemps sous-estimé les effets sur nous, parce que considérés inoffensifs. Par exemple, les crèmes solaires n’étaient pas conçus pour nous en protéger. Ils ont moins d’énergie peut-être, mais ils pénètrent plus profondément dans la peau et altèrent les protéines tout en dedans, Et c’est là qu’ils produisent un effet beaucoup plus tard, cumulatif et persistant jusqu’à produire certaines formes de cancer. Certaines œuvres, qui émettent dans cette partie du spectre peuvent produire le même type d’effet. Ils nous changent à long terme, mais sans danger, soyez rassurés ! Cet effet peut être amplifié ensuite par la lecture d’une critique ou d’une discussion avec d’autres spectateurs. Pour ma part, cet effet, je le ressens, lorsque je rédige plus tard un texte.

Par exemple, lors de ma réception initiale de « Phenomena » d’Ismaël Mouaraki, ce sont les androïdes, mi humain, mi automate qui me sont apparus. Mais plus tard, c’est la rencontre avec l’autre, riche de sa dualité, différence et similitude avec moi qui m’a amené à poursuivre ma réflexion sur mon rapport aux autres, d’origine différente à la mienne et de l’importance de la prise de contact physique avec l’autre. Et de me requestionner sur mon comportement ! Et le modifier.
Évidemment, toutes les propositions n’émettent pas dans cette région spectrale, comme pour la région de l’infrarouge, d’ailleurs. Et même si elles le font, rien ne permet d’être certain qu’elle déclenche une réaction. Tout dépend évidemment du type de spectateur présent, de sa zone de détection et de son état de réception du moment.

Voilà donc pourquoi, je reviendrai plus en détails sur la perspective spectateur, dont plusieurs aspects méritent que l’on s’y penche. Tout cela peut paraître bien complexe, j’en conviens, mais pour peu que l’on s’y mette, cette approche permet d’apporter un éclairage sur la relation œuvre-spectateur.

Je m’arrête là. Bonne prochaine semaine de danse!

vendredi 1 mars 2019

La suite de ma présentation spectrale de la danse à Danscussions & Co: Le visible et l'infrarouge au programme avec des exemples !


Merci Klara et bonjour à vous tous,



Lors de ma plus récente chronique, je vous présentais les prémisses de ma toute personnelle perspective spectrale pour apprécier une œuvre chorégraphique et mieux comprendre son interaction avec les spectateurs. Pour porter un éclairage plus complet, je vous invite à poursuivre ma présentation en y ajoutant des exemples. Ainsi donc, une œuvre est composée d’une partie visible, allant du rouge éclatant au violet plus discret, en passant par le jaune, riche de sa chaleur scénique et le bleu plus profond. Chacune des œuvres nous propose un profil spectral qui lui est propre. En face, il y a le spectateur qui comme un détecteur peut être plus sensible à certaines de ces couleurs.

Pour tenter d’illustrer mon propos sur la couleur d’une œuvre, je reviendrai d’abord, sur ma plus récente sortie chez Tangente qui donnait carte blanche à Cédric Delorme-Bouchard, concepteur de lumières pour un programme triple et que nous avons reçu ici. La première partie de Castel Blast était riche dans la partie violette, par sa sobriété, sans nous proposer une partie rouge fort éclatante. Camille Lacelle-Wilsey avec sa proposition, nous entraînait, elle, dans la partie rouge éclatante, sinon écarlate de passion, serais-je tenté d’ajouter, peu intense dans la partie violette ! Entre ses deux œuvres qui possèdent des spectres complémentaires, nous avions droit à Annie Gagnon et une nouvelle version, de ma perspective, de son « Rituel géométrique » qui nous plongeait tout en profondeur dans le bleu, riche de sa sagesse et de sa poésie. Trois œuvres complémentaires qui, au final, couvraient l’ensemble du spectre dans le visible et pouvaient donc, satisfaire un grand nombre de détecteurs, oups (!) de spectateurs.

Mais la partie visible, comme vous le savez maintenant est complétée par deux autres parties, l’ultraviolet et l’infrarouge. Pour cette fois, je veux porter votre regard vers cette dernière. Cette partie spectrale, touchant nos émotions, se décline en trois parties, le proche, le moyen et le lointain infrarouge. Toutes invisibles soient-elles, chacune de ces parties produit des effets temporels différents. La partie proche-infrarouge de l’œuvre, lorsque présente, c’est surtout mais pas seulement, au moment de la présentation que nous la ressentirons. Une émotion de joie, ou de peine, par exemple, qui pourra se ressentir fortement ou non sur le moment, mais qui pourrait se dissiper assez rapidement. Si les émotions mises en mouvement dans l’œuvre, s’avèrent beaucoup plus fortes ou touchent un de nos points sensibles, elles pourront produire des harmoniques, comme le diraient les spectroscopistes, qui seront encore fort présentes et qui résonneront en nous pour un certain temps, sinon un temps certain.

Des exemples éloquents de ce type d’œuvres produisant ce type d’effet, nous ont été proposés, selon moi, ces dernières années par Daina Ashbee, qui avec « Unrelated », « When the ice melts, will we drink the water ? », « Pour » et, plus récemment, « Serpentine ». À chaque fois, elle a exploré l'univers féminin, ou de celui de notre Mère Nature, durant lesquelles, elle nous plongeait dans une mer d’émotions. Et à chaque fois, à des nuances près, j’ai ressenti fortement et profondément, ce que peut être une agression, fortement colorée de violence. Avec une simplicité scénique fort efficace, chacune de ses œuvres nous interpellent au moment de la rencontre, mais aussi et surtout, bien longtemps après. Par exemple, durant « Serpentine », incarnée par Areli Moran, elle le faisait en trois temps relativement identiques durant lesquels, la notion d’harmoniques, caractéristiques des infrarouges prend tout son sens. Spectateur, suis-je, mais aussi un peu observateur, j’ai pu assister au départ d’un bon nombre de spectateurs, tout à fait similaire au phénomène de saturation d’un détecteur. Montrant bien que notre capacité de détection est fort variable. Mais peu importe, lorsque nous repartons, impossible de ne pas méditer longtemps sur son propos appuyé qui n’avait pourtant pas une intensité si forte dans la partie du visible, mais qui répercutait en harmoniques !

Je pourrais poursuivre plus de l’avant vers la région de l’ultraviolet, mais pour l’instant je m’arrête ici. Bonne prochaine semaine de danse.

vendredi 22 février 2019

La fois où à Danscussions & Co, l'ex prof de science que je suis a pris la parole pour parler danse !


Merci Klara et bonjour à vous tous,

Avertissement à toutes et tous, cette chronique sera fortement colorée de science par l’enseignant de chimie que j’ai été. Parce qu’un des buts de la science est de tenter de modéliser et d’expliquer un phénomène ou un ensemble de phénomènes. Cela m’a toujours allumé. Voilà donc pourquoi, je vous propose de le faire pour la danse. Mais soyez sans crainte et ne changez pas de poste, la danse gardera bien sa place. Le spectateur aguerri que je suis devenu s’en assurera ! Allons-y !

Il était une fois une petite graine qui était enfouie dans un coin sombre au fond de ma tête. Et puis arrive ce jour, quelques semaines après la chronique de Bettina Szabo « Arts and Science, an unusual mix ? » présentée à cette émission et au lendemain d’une représentation, allez savoir pourquoi cette fois-là! que la graine trouve ce qu’il faut pour germer. Et cette petite graine d’idée se transforme en une plante à se mettre à son activité préférée, la photosynthèse, soit de transformer la lumière en du vivant.
Et pour la petite histoire, c’est sous la douche que cela s’est fait !!! Comme quoi, de l’eau c’est toujours utile pour faire germer une graine, idée soit-elle ! Et cette plante toute réflexive que je veux vous présenter à partir d’aujourd’hui, est une plante qui vient de la greffe d’une tige de spectateur de danse sur un porte greffe d’un prof de science.

À partir d’aujourd’hui, donc, et dans de prochaines chroniques, voici une approche spectroscopique pour mieux comprendre autrement ce qui se passe lorsque nous assistons à une représentation chorégraphique.
La spectroscopie, pour les moins familiers est selon monsieur Larousse, l’ensemble des méthodes et des techniques d'études générales des rayonnements émis, absorbés ou diffusés par une substance. Ce qui présente de fortes analogies dans les arts de la scène et donc en danse. Et voici pourquoi.
Habituellement, lorsque nous assistons à une présentation, il y a l’œuvre incarnée par les interprètes sur la scène et il y a nous, sur notre siège dans l’estrade. Transposée en science, nous pouvons parler de la relation entre un émetteur de radiation ou de lumière, soit une source, et un récepteur ou un détecteur qui la reçoit. Et tout spectroscopiste pourrait vous dire que chacun possède ses caractéristiques propres, fort importantes pour définir la nature, la qualité  et le succès de leur interactions.

Donc techniquement, la source produit des longueurs d’onde de différentes natures. Par exemple, une lampe au sodium émet surtout une lumière jaune qui lui est caractéristique. En général, une source lumineuse émet un rayon polychromatique qui est composé de plusieurs longueurs d’onde, et qui peut être une lumière blanche. Cette lumière blanche peut être séparée à l’aide d’un prisme en ces différentes composantes.

Une belle illustration de ce phénomène est la pochette de l’album fort connu du groupe Pink Floyd, « Dark Side of the moon », qui montre la composante rouge tout en haut et violet tout en bas, une fois ce rayon lumineux passé à travers le prisme. Mais ce que la pochette ne montre pas, ce sont les parties invisibles de ce rayon qui en haut du rouge est la partie infrarouge. Tandis que tout en bas, sous le violet du spectre, il y a l’ultraviolet.

Lorsqu’une source émet, elle le fait, habituellement dans les différentes régions du spectre avec des intensités variables (ce qui n’est pas le cas pour un LASER qui lui, le fait à une seule longueur d’onde). De son côté, le récepteur reçoit la radiation émise avec une sensibilité variable selon les régions spectrales. Il se peut donc qu’une source soit fort intense dans une région spectrale, mais que le récepteur y soit totalement insensible et n’ait pas de réaction. Comme nous pouvons être sourd au son d’un sifflet à ultrason tandis qu’un chien lui, le percevra de façon fort claire.

Et Robert, c’est quoi le lien de ce long préambule tout coloré avec une représentation chorégraphique ?

Et bien, en danse, il y a une œuvre qui est la source de radiations et il y a le spectateur qui est le détecteur et qui reçoit les différentes ondes émises par l’œuvre. Dans cette œuvre, tel un rayonnement lumineux, il y aura la partie visible (la chorégraphie, les costumes, la trame sonore et l’éclairage, évidemment !) que tous pourront voir. Cette partie visible de l’œuvre peut être différente, selon le type d’œuvre, comme peuvent l’être du buto ou de la danse urbaine.

Et il y a aussi les parties invisibles de cette œuvre, comme pour la lumière. D’abord les infra-rouges, qui sont pour moi, la partie « émotions »de l’œuvre, celle qui touche nos trippes. Des émotions qui seront de différentes natures. Voilà en gros, ce qui constitue la partie infrarouge de l’œuvre sur laquelle je vous reviendrai à un autre moment.

Il y a aussi la partie dans l’ultraviolet de l’œuvre, toute aussi invisible, qui, elle, s’adresse à notre tête, à notre rationalité, à nos connaissances ou à notre bagage culturel. L’intention et le message que la ou le chorégraphe veut ou souhaite nous transmettre. Et j’y reviendra aussi.

En conclusion, un œuvre possède donc son « spectre » qui lui est caractéristique dont le rayonnement avec ces maximas rayonnera vers un public fort diversifié, peut-être hétéroclite, qui sont donc des détecteurs fort différents. Alors quand, le chorégraphe créé, est-il conscient de « son spectre » et quand le spectateur se procure un billet est-il conscient de ses zones de détection ?
Question fort large sur laquelle, je vous laisse et qu’il me fera plaisir d’échanger avec les intéressé.e.s. Je reviendrai aussi pour compléter cette perspective qui peut s’avérer fort complexe.
Mais d’ici là, bonne prochaine semaine de danse!

vendredi 11 janvier 2019

Sur mes pas de spectateur: Mes voeux de début d'année !

Chaque début de saison est l'occasion de transmettre ses voeux.  Ce que j'ai fait lors de l'émission "Danscussions & Co" du 11 janvier 2019. Je vous invite à écouter toute l'émission, mais pour l'instant, je vous remet en mots mes voeux de la prochaine année.

http://www.choq.ca/episodes/danscussions/emission-du-11-janvier-2019/

Merci Maud et bonjour à vous tous. Très, très heureux de vous retrouver en ce début d’année 2019 qui luit encore comme un sou tout neuf. Pour ouvrir la saison, je vous offre avec cette chronique, d’abord mes vœux pour la nouvelle année et une de mes résolutions.

C’est de coutume, fort bonne, de commencer l’année en souhaitant à toutes et tous, des vœux pour la nouvelle année que je veux colorer, cette année, avec les thèmes de l’ouverture et du risque.

D’abord, j'offre mes vœux pour les créateurs et les interprètes, par qui tout est possible. Qu’ils prennent, encore plus cette année, le risque d’explorer des univers nouveaux, de mettre des pas nouveaux sur scène, des pas de tout horizon culturel et ethnique, des pas hors des sentiers et de leurs ornières. Et que leurs prises de risque, au risque de décevoir, soient soutenus par les organismes subventionnaires, par les diffuseurs qui leur ont ouvert leurs portes et aussi par les spectateurs.

Ensuite, mes vœux pour les diffuseurs montréalais et ceux en région afin qu’ils prennent encore plus de risque et qu’ils continuent de soutenir les créateurs et à offrir des programmations toujours plus audacieuses et aussi encore plus inclusives de la diversité, si riche. Et que leur audace soit récompensée par des salles bien pleines et des applaudissements.

Aussi, mes vœux pour les organismes subventionnaires afin que nos gouvernements leur fournissent, pour toute la nouvelle année, de quoi remplir leurs goussets. Et une fois ces goussets bien remplis, qu’ils permettent au plus grand nombre de créateurs de prendre des risques et de faire rayonner la grande valeur de la diversité humaine si riche de tous ses pas sur scène, jusqu’au fond de la salle, dans le cœur et la tête de chacun des spectateurs.

Et tant qu’à y être, j'offre mes vœux à nos gouvernements. En effet, pourquoi pas leur souhaiter un peu d’audace et de risque pour qu’ils affrontent, tel des Robin des Bois, les géants du WEB pour prélever, en toute équité fiscale, les taxes afin de les redistribuer aux artisans qui sauront bien les utiliser.
Aussi mes vœux pour les spectateurs, afin qu’ils ouvrent leur tête, leur cœur et leur portefeuille aussi, pour découvrir, au risque d’être surpris et déstabilisé Qu’ils remplissent « full », chaque représentation de chaque œuvre à l’affiche. Parce que dans le risque, il y a une décharge d’adrénaline qui peut être récompensée par une dose de plaisir, accompagnée par une ouverture sur des univers diversifiés.

Enfin, pour vous, ma très chère gang de Danscussions and Co, pour chacun et chacune de vous, qui mettez votre cœur, votre enthousiasme et votre temps afin de guider les spectateurs vers les œuvres sur scène. Je vous, non plutôt, je nous souhaite encore de poursuivre notre beau travail. Et, pourquoi pas, qu’on adopte, cette année, la devise suivante « Risquer encore plus et faire le pas de plus pour aller encore plus loin, à la rencontre de l’autre ».

Une fois tous ces vœux faits, devant, 2019, ce territoire temporel à investir et à conquérir, je veux vous partager une de mes résolutions de spectateur pour la nouvelle année.

Je me promets de trouver du temps pour porter mes pas sur des sentiers que j’arpente peu. Me porter à la rencontre des autres, d’ici et d’ailleurs, dont je partage la différence. Nous qui sommes si semblables par delà nos différences pour peu que l’on se rencontre. Et pour cela cette année, je me propose de regarder attentivement la programmation du MAI (Montréal arts interculturels) et de m’y rendre plus souvent. Et pour débuter l’année, je me propose de m’y rendre pour découvrir l’exposition « le je et le nous » de la commissaire Zoë Chan accessible du 31 janvier au 2 mars prochain. Une expo qui rend hommage aux groupes qui passent souvent inaperçus ou qu’on ne célèbre que trop rarement. Et c’est gratuit !


Je m’arrête là. Bonne prochaine année de prises de risque et de danse! 

dimanche 28 octobre 2018

Sur mes pas à la radio WEB: Ma perspective sur les réseaux sociaux et le monde culturel


Voici le texte de ma prestation à "Danscussions & Co"  du 26 octobre dernier.



Bonjour à vous. Cette semaine, je brûlais d’être avec vous d’autant plus que la chronique de mon collègue et ex-ami Facebook Jérôme Pruneau de la semaine dernière a allumé le feu de ma réflexion et fait mijoter mon imagination. Admettez, assister en direct à la mise à mort d’un profil Facebook, ce n’est pas rien.

Sa mise à mal des réseaux sociaux m’a fait réfléchir sur ses objets virtuels dont la maîtrise peut s’avérer délicate avec son lot de pièges, j’en conviens. Mais avant permettez moi un petit détour littéraire.

Le feu, il y a « plusieurs millénaires », comme les réseaux sociaux aujourd’hui ont demandé à l’être humain un apprentissage associé aux maladresses et aux excès précédant sa maîtrise. J’ai encore très présent en tête, le livre « Pourquoi j’ai mangé mon père. » de Roy Lewis, paru en langue française en 1975. Je vous encourage à lire ou à relire, dont le propos est, selon moi, toujours actuel. En utilisant de nombreux anachronismes savoureux, l’auteur interroge le lecteur sur des débats de la société moderne dont la technique, le progrès et l’éducation. Mettant face à face, au final, le père qui veut partager avec les autres hommes sa découverte du feu qu’il a maîtrisé, malgré les risques de ce partage et le fils qui, lui, ne le veut pas, au cas où ! Utilisant l'humour, qui m’est fort cher, Roy Lewis propose une approche ludique face aux débats actuels. Parce que le feu, nous le savons tous, alimente, il éclaire, mais aussi le feu peut détruire.

Il en est du feu comme il en est des réseaux sociaux et de leur aspect aliéno-technologisant, comme l’a si bien présenté notre ami Jérôme. Parce ce qu’il veut, et je résume, amis-créateurs des arts, c’est vous voir en personne sur une scène et que vous ne vous perdiez pas votre précieux temps de création avec du temps passé devant votre écran. Mais en existe-t-il que des aspects négatifs ? Pour ma part, je pense que non !

Parce que, voyez-vous, « Qui êtes-vous, comme artiste, si personne ne sait que vous existez et que vous créez ? » Pour aller à votre rencontre, il faut savoir que vous allez vous produire sur une scène.
« On a mis quelqu’un au monde, on devrait peut-être l’écouter » chantait Harmonium et le voir performer, je pourrais ajouter. Voilà pourquoi si, comme le feu, les réseaux sociaux sont utilisés adéquatement, ils deviennent des flambeaux qui guident et montrent le chemin pour se rendre à votre rencontre. Un artiste-créateur pourra inviter le plus grand nombre en quelques coups de doigts sur un clavier et un clic pour conclure. Et cela, sans brûler de précieux dollars qui pourront mieux servir à la promotion de votre création.

Et de cela, je veux ici en témoigner comme spectateur! Et plus qu’une fois !
Comment, j’aurais pu prendre connaissance, sinon par les réseaux sociaux, que le jeune Festival Soir présentait l’été dernier, sur la rue Ontario faire une rencontre avec Marie Chouinard, fort généreuse de sa présence et de ses propos ou sur la rue Beaubien dans un sous-sol, faire ma première rencontre avec Hélène et Manuel en duo. Ou d’être invité personnellement par une chorégraphe pour assister à une présentation, à la suite d’une semaine de création, d’une œuvre que je découvrirai dans les prochaines semaines. Ou répondre à un appel lancé sur Facebook aller à la rencontre un samedi après-midi d’été au Fringe pour découvrir une jeune artiste de théâtre dont j’apprécie depuis les créations.

Comment aussi, si mes ami.e.s Facebook avaient effacé leur profil, j’aurais pu retransmettre mes impressions de spectateur, telles des étincelles pour allumer les intérêts des autres. Pour être lu par le plus grand nombre et pas seulement ceux du monde chorégraphique.

L’utilisation des réseaux sociaux comme le feu, demandera, j’en suis convaincu un certain temps. Il causera quelques incendies, au sens figuré, évidemment, mais qui pense, aujourd’hui, se débarrasser du feu. Il se doit d’être manipulé avec doigté, mais pas éteint, parce qu’il permet aussi d’allumer la flamme afin d’éclairer le chemin que nos pas feront vers les lieux de prestation. Je m’arrête là. Bonne prochaine semaine de danse!