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vendredi 8 juin 2018

Sur mes pas en danse: Une rencontre réussie avec Deborah Dunn et sa présentation de mémoire création

L'invitation m'est parvenue par courriel et mon vendredi après-midi étant libre, je m'y suis rendu. Donc au département de danse de l'UQAM, j'étais l'un des spectateurs présents, d'abord dans le hall d'entrée et ensuite dans le lumineux local K-1150 pour assister à la présentation "dansée" du mémoire de recherche-création de Deborah Dunn, “Three Re-enactments of the American’s monologue from Alibi (2001) by Meg Stuart “.

                            Photo de Deborah Dunn par Michael Slobodian tirée du site de Corpuscule danse

Voilà bien un territoire bien plus propice aux spécialistes qu'au spectateur que je suis, mais pourquoi pas, le curieux aventurier ! Parmi gens du milieu de la danse, les amis et le jury dont un des membres nous a fait patienter quelques minutes, j'ai pris place sur une chaise tout au bout de la première rangée. Devant nous, Deborah Dunn et son "complice", Dean Makarenko, attendent, assis de part et d'autre de l'espace scénique, éclairé par le beau soleil qui s'est invité par les grandes fenêtres. 

Une fois les portes refermées, nous avons droit aux informations, fort instructives pour moi, d'Andrée Martin, directrice de cette présentation de ce projet de maîtrise. Et ensuite, aux trois parties, qu'humblement, je n'ai pas tout à fait distingué. Mais ce que j'ai pu apprécier, mais vraiment, je vous le résume dans les prochaines lignes, qui je l'avoue, ne rendra pas justice à l'ensemble de ce qui m'a été présenté.

D'abord, Deborah Dunn s'avère une interprète qui manie intensément tout aussi bien la danse que le propos, sans oublier le chant. Une artiste mature qui reprend une oeuvre avec "les questions de recherche (qui) tournent autour des dimensions esthétiques et politiques des performances qui répondent à la violence sociale et politique. Alibi était par inadvertance une réponse aux événements du 11 septembre."

Ensuite, de cette oeuvre créée en 2011, qu'elle a vu en 2013 et qui pour moi, entre ses mains résonnent encore très fortement, aujourd'hui. Elle nous interpelle, elle nous provoque avec les interjections "asshole", "I'm guilty" qu'elle nous projette de façon fort convaincante, regard appuyé et expression faciale à l'appui. La maturité convaincante de cette femme jaillit de ces moments. Et moment magique, lorsque ce qui l'anime contamine son acolyte de scène, Dean Makarenko dans une finale tout à fait réussie.

Enfin, après les applaudissements fort bien mérités, la séance de questions réponses, enrichie par "l'éclairage" de spectateurs-enseignants, m'a permis de mieux comprendre ce qu'est un re-enactment (qui pourrait être traduit de façon plus ou moins correcte par le terme "reconstitution"), selon ce que la mémoire de l'interprète a retenu de l'oeuvre ou ce que les bandes vidéo lui présentent, les différents niveaux d'une oeuvre aussi. Impossible de ne pas apprécier, même si beaucoup d'éléments théoriques m'échappent, comment une oeuvre en réponse avec un moment historique percutant (le 11 septembre 2001), s'est insérée dans la mémoire d'une femme (en 2013) et de sa résonance aujourd'hui plus de quinze ans plus tard. 

Ce moment rejoint, aussi, une de mes réflexions actuelles sur le monde de la danse, qui porte sur les traces que les nombreuses oeuvres vues par un.e chorégraphe et de leur influence sur ses propres créations. Comment le tamis de sa mémoire conserve les particules des oeuvres vues lors de son propre travail de création. 

Une sortie danse tout aussi belle qu'instructive, malgré le fait que je suis conscient que de ces propos, seulement une petite partie j'ai pu emmagasiner. Mais plus riche en compréhension de certaines  parcelles de territoires de la danse contemporaine. 

vendredi 14 avril 2017

Sur mes pas en danse: Deux belles soirées avec les étudiant(e)s/finissantes en danse de l'UQAM

Le printemps se pointe le bout du nez et le mois d'avril prend le pas sur celui de mars, par conséquent les spectacles de fin d'année du département de danse de l'UQAM prennent place dans mon agenda de sortie. Ainsi donc, pour la première soirée, nous avons droit à deux créations de finissantes en création, interprétées par d'autres finissantes en interprétation. En entrée de jeu, pour cette soirée "Heurt", "Reset" (note au lecteur : le programme lui, montrait le pictogramme le représentant, mais le présentateur s'est bien assuré que nous le comprenions) de Elie-Anne Ross avec Mélanie Boisliveau, Maïté Fournel, Christine Heyraud, Kim Lacoste, Julie Lédée et Sabrika Leduc.



Une oeuvre particulièrement intéressante qui démarre tout en immobilité, bien assumée par les différentes interprètes qui gardent captifs durant ces premiers moments. Mais, qui par la suite, m'a permis de voir, là juste devant moi (en première rangée) mes propres états d'être, souvent très différents, en compétion, mais aussi en harmonie, quoique pas tout à fait, toujours. Ces états d'être incarnés par les interprètes s'éveillent et s'épanouissent jusqu'à leur pleine expression (gestuelle), pour arriver au point du "Stop/Replay". Une oeuvre que j'ai beaucoup apprécié, parce que, entre autre, elle m'a rejoint efficacement. Bravo à vous mesdames !

Courte pause avant de reprendre avec "De mémoires ignorantes" de Laurence Lapierre avec sur scène, Ornella Anquez, Myriam Arseneault Gagnon, Alexandra Kelly, Juliette Le Foll et Valérie Picotte. Déjà le titre me plaisait de par son apparente contradiction et ce que j'ai pu voir m'a plu tout autant. J'y ai vu des destins de femmes séparés, une fois l'éveil fait. Un aspect de la vie quelque peu obscur pour moi, mais qui m'était présenté fort éloquemment avec des gestes affirmés et déterminés. Merci à vous de me faire comprendre.

Une semaine plus tard, c'est le reste de la gang non finissant de ce programme de Danse (de l'UQAM) qui me présente "Danses de Société" créée par Danièle Desnoyers, une de leur prof. C'est donc une vingtaine, plus précisément vingt et une interprètes (trois gars, donc le féminin l'emporte !) qui nous entraînent dans une suite de tableaux qui permettent de découvrir les différentes facettes de leur talent. La chorégraphe reprend un aspect réussi de sa dernière création, "Anatomie d'un souffle" présentée par Danse-Danse à la Maison symphonique, soit l'utilisation des murs. Les interprètes y sont déjà bien ancrés à notre arrivée dans la salle et y seront bien installés jusqu'à se déployer devant nous. Les "Danses de Société" qui ont tout des jeux de société de par leur relation de duo, de trio ou de groupe, toujours en évolution. À ces murs. ils y reviendront, mais pour mieux nous revenir, pointe à l'appui ! Une oeuvre qui demande une grande polyvalence qui est bien assumée jusqu'à la finale particulièrement bien réussie.



Une oeuvre qui me permettait de voir et revoir des interprètes que je devrais revoir avec d'autres pas sur une scène.

Au final, deux soirées fort intéressantes et surtout prometteuses pour le spectateur que je suis.

lundi 19 décembre 2016

Sur mes pas en danse: fort différents, cette fois à l'UQAM

Depuis quelques années, je découvre les pas sur scène des étudiants de troisième année du baccalauréat en danse de l'UQAM. Et leurs pas sont toujours différents, variés et très surprenants, à preuve, les derniers mois. Après nous avoir présenté, "Ensemble"  une oeuvre très cérébrale et technologique, en mi-session, "MTL, Mettre le terrain lisse", s'avère tout autre. Chorégraphiée par Todd Lawrence Stone, cette oeuvre s'avère toute différente, très poétique dans une chorégraphie de grand ensemble. Et pour moi, elle le sera vraiment à plusieurs niveaux et voilà une des raisons. Premier à entrer dans la salle, "ma première rangée et la deuxième aussi, me sont interdites (par un ruban), tandis que celles tout en haut me sont fortement recommandées. Ainsi donc, dérogeant à mes habitudes fortement ancrées, je me dirige en haut et au milieu, juste à côté de Linda Rabin, pour découvrir ce qui me sera présenté.

                                                       Affiche de Sarah Bronsard

En début de programme, le chorégraphe anglophone faisant l'effort de parler français, se présente (il a dansé pour Trisha Brow) et il met la table à ce qui suivra en nous indiquant que la thématique des niveaux enrobe les tableaux présentés. Les lumières éteintes arrivent en roulant par terre, la vingtaine d'interprètes jusqu'à ce qu'ils prennent possession de toute la scène. Il s'en suivra de beaux mouvements de corps, surtout par groupes de trois ou quatre et ces mouvements jaillisaient fort bien synchronisés. De ces moments, j'en retiens que de ce conseil de voir cela de tout en haut a été fort pertinent et que de ce groupe de jeunes interprètes, une douceur poétique émanait et elle appaisait le spectateur que je suis. Dans le titre, il y a "Mettre le terrain lisse" et c'est exactement ce qu'a produit cette oeuvre à mon état d'esprit intérieur en ce début d'hiver. Bravo et merci à vous, Ornella Anquez, Myriam Arsenault, Mélanie Boisliveau, Isabelle Boudreau, Stéphanie Boulay, Nancy Boyer, Tanya Dolbec, Maïté Fournel, Laurence Gratton, Christine Heyraud, Alexandra Kelly, Kim Lacoste, Julie Lédée, Sabrika Leduc, Juliette Le Foll, Charles-Alexandre Lévesque, Judith Messier, Marilou Morin, Emilie-Claude St-Amour Maillé et Natasha Woytiuk.

Arrivé tôt, comme à mes bonnes habitudes, j'ai été fort bien accueilli et guidé (merci Chloé !) jusqu'à une installation interactive réalisée par Armando Menicacci (créateur de la pièce "Ensemble, présentée en début de texte) et Marc-André Cossette. D'abord en duo et ensuite seul, mes déplacements devant un écran et des capteurs ont produit de belles formes tout en traits blancs projetées. Toujours bien intéressant de découvrir comment mon corps peut donner vie à quelque chose de beau et d'inattendu. Voilà définitivement une installation "grand public" qu'il faut proposer aux organisateurs du FTA.

jeudi 20 octobre 2016

Sur mes pas en danse: un ensemble "Ensemble" fort instructif et surtout intéressant

Au risque de proposer un détour que certains pourraient trouver superfétatoire, je ferai un bout de chemin dans un domaine de la chimie qui me plait particulièrement, celui des mécanismes de réaction chimique. Illustrer comment une molécule d'alcool (d'odeur assez ordinaire)  s'accocie avec une autre d'acide carboxylique (qui elle, possède une odeur désagréable, pensez au vinaigre) pour devenir une molécule d'ester à l'arôme invitante et agréable, voilà le rôle d'un prof de chimie. Pour transmettre ces informations, il utilisera une écriture stylisée et des symboles selon des codes que ses élèves comprendront après quelques efforts. Il leur sera demandé d'en limiter leur interprétation et de fidèlement retransmettre les mouvements des molécules soumis aux aléas des rencontres et des collisions qui en résultent pour une transformation de la matière. Le tout pourra sembler opaque aux non-initiés et pas question de les blâmer.

                                                        @ Nathalie St-Pierre

Ainsi donc, lorsque mes pas m'ont amené vers le département de danse de l'UQAM pour découvrir sa proposition de mi-session (une première pour moi qui suis habitué aux oeuvres de fin de session), rien ne me préparait à découvrir avec "Ensemble", une illustration "pédagogique" fort éclairante et similaire à ma perspective chimique du début. Cette oeuvre conçue par leur prof Armando Menicacci avec la collaboration de Marc-André Cossette est interprétée par les 20 finissantes-finissant du baccalauréat en danse. Cette pièce chorégraphique pour huit interprètes et logiciel génératif nous est proposée en deux temps pour une durée de deux heures qui passent très vite. En entrée de jeu, le "prof" nous indique, assis tout autour de l'espace danse qu'il nous laissera nous faire une idée sur le lien entre les mouvements que nous verrons et ce qui sera projeté sur les quatre écrans de chaque côté de la salle. Par la suite, il nous expliquera comment le tout se passe avec tous les codes d'interprétation. pour par la suite, mieux comprendre les liens.

Petite parenthèse personnelle, voilà une brillante méthode pédagogique qui propose deux approches différentes sur un même sujet qui mérite que je m'en inspire (merci, prof Menicacci !).

Bon, revenons dans la salle, sur mon siège sur un des quatre côtés de la scène. J'y resterai toute la première partie, malgré les invitations de circuler durant la prestation. Le tout commence, par sous-groupes de six, les interprètes évoluent en solo, en duo ou en groupe, selon des indications projetés sur les écrans, en déduis-je, après un certain temps.  Sur l'écran face à moi et les autres, il y a des points de différentes couleurs qui se déplacent, clignotent et disparaissent. De couleurs différentes aussi des bandes qui apparaissent sur les deux côtés et des "mots", tels que "Tensions" "utiliser la voix", "en contrepoint" et aussi "le plus important est facilement oublié". Il y a un sens, je le pressens, mais les mouvements fort expressifs et surtout bien présentés me compliquent la mise en relation. Après un certain temps, ma décision est prise, je lâche le cérébral et je me concentre sur les mouvements et les relations entre les interprètes. Le spectateur assume sa décision et est heureux !

Arrive la fin de la première partie et le moment de l'explication des codes. Ah oui ! Je comprends et apprécie d'autant plus ce que l'on demande à ces élèves. Petite pause et début de la deuxième partie, je change de place et de perspective. Fort des explications, mes yeux naviguent de l'écran face à moi aux prestations,parce que là, je peux faire les bons liens. Ma détermination faiblit, parce que c'est les mouvements, parfois accompagnés de paroles qui m'intéressent le plus. Par conséquent, "au diable" l'écran que je laisse à ces élèves qui savent l'utiliser, eux ! Mon allégeance se fait aux gestes et y restera fidèle jusqu'à la fin.

La soirée me réservera une surprise et un gros plaisir. La trame sonore, en ce mercredi 19 octobre, nous présentera un extrait, en direct, du débat Clinton-Trump et aussi un extrait d'une pièce qui a fait vibrer l'adolescent que j'ai été, "Maggot Brain" du groupe Funkadelic. Et ce n'est pas la seule fois que mon corps s'est mis à vibrer en phase avec les interprètes.

Au final, une très belle soirée aussi intéressante qu'instructive grâce au prof, mais aussi à chacunes et chacun des élèves que je nommerai parce qu'ils le méritent bien. Alors, Ornella Anquez, Myriam Arsenault, Mélanie Boisliveau, Isabelle Boudreau, Stéphanie Boulay, Nancy Boyer, Tanya Dolbec, Maïté Fournel, Laurence Gratton, Christine Heyraud, Alexandra Kelly, Kim Lacoste, Julie Lédée, Sabrika Leduc, Juliette Le Foll, Charles-Alexandre Lévesque, Judith Messier, Marilou Morin, Émilie-Claude Saint-Amour Maillé et Natasha Woytiuk. Nous nous donnons rendez-vous en décembre (du 14 au 17 décembre), promis, parce que ensemble, le plaisir y est !


samedi 17 septembre 2016

Sur mes pas d'auditeur à la Tribune 840: quand la danse ouvre au monde

Dans le cadre du festival Quartier Danses, la Tribune 840 (adresse de la faculté de danse de l'UQAM), proposait une table ronde, ouverte à tous, dont le titre était "Quand l'art devient-il social ?"

Chacun peut se faire une idée à partir du titre de ce qui sera dit durant cette heure et demie. En entrée de jeu, je peux dire que j'ai été déjoué, mais cela ne veut pas dire que j'ai été déçu du contenu des présentations et des échanges qui en ont suivi. Tout au contraire et voici pourquoi.

Avant d'aller dans le vif du propos, je me permettrai une petite mise en situation. Il y a encore sur certains grands écran de Montréal (dont le Cinéma Beaubien) un film documentaire, "Demain" qui porte un regard sur les initiatives locales tout autour du globe pour rendre notre monde "meilleur". Un observateur quelque peu sceptique pourra toujours dire, qui cela peut-il intéressé ? Et bien, les sceptiques seront confondus, puisque ce documentaire est à l'affiche pour une 17e semaine. Dans le monde cinématographique actuel, cela relève du miracle, mais surtout montre l'intérêt d'un grand nombre de nos concitoyens pour découvrir comment il est possible d'aller "dans la bonne direction".

Prendre le temps et les énergies de changer le monde une personne à la fois ou un quartier ou une ville à la fois et surtout comment, voilà ce que proposait cette Tribune 840.

Animée et dirigée par Nayla Naoufal, trois invités ont présenté des initiatives en ce sens qui utilisait la danse. Tim Casson l'a fait dans une ville de Leeds en Grande-Bretagne, avec des gens de tout genre, Élise Hardy l'a fait, elle dans deux prisons de femmes, une à Lima au Pérou et une autre ici à Montréal, tandis que Manon Hotte l'a fait en Suisse avec des jeunes et des adolescents.

Difficile de mettre en quelques mots, le détail de ces projets présentés, mais comme le documentaire "Demain", il est possible de constater que peu importe la façon, il est possible de prendre chacun et chacune, qu'ils soient enfants, adolescents, prisonnières, immigrants ou citoyen "bien ordinaire" pour les amener à se mettre en mouvement et surtout aller de l'avant dans leur vie. Gagner une estime de soi et comprendre que l'autre peut être un appui, voici deux illustrations que ces exemples montrent. Le tout n'est pas sans difficultés et embûches et les formules peuvent différer, mais porté par des intervenants compétents et dévoués, cela peut aller loin. Il a aussi été possible d'apprendre qu'à Montréal, l'organisme "Quartier-Danse" depuis quelques années, faisait des interventions auprès de personnes gravement malades en milieu hospitalier.

Mais qui sait tout cela ?  Pas moi en tout cas, jusqu'à cette présentation devant une cinquantaine de personnes. Il me semble que cela mériterait bien une plus grande diffusion, nous en avons grand besoin pour garder espoir en notre humanité. Pour ma part, tellement heureux d'avoir pu y être et cela me rappelle que mon rôle d'enseignant peut être plus que de transmettre des notions (chimiques), parce que devant moi, il y a des jeunes êtres humains tous différents, mais qui veulent être capable d'affronter les grands défis qui nous attendent tous. Ils devront le faire avec détermination et espoir, chacun à sa façon. De cela, j'en prends bien note et merci à vous, le département de danse de l'UQAM et Festival Quartier Danse.

dimanche 17 avril 2016

Sur mes pas en danse: Ébranlé par "Vestiges" des finissantes de l'UQAM

Débutons par une mise en contexte, depuis quelques années, je suis un habitué des spectacles chorégraphiés dirigés des étudiants, mais beaucoup moins des spectacles chorégraphiques libres. Si je le mentionne, c'est que j'ai perçu un contraste entre les oeuvres colorées ou ludiques (dirigées par  Frédéric Gravel, Dominique Porte et Marie Béland, entre autres) et les trois propositions plus sombres présentées dans "Vestiges" (j'allais écrire Vertiges et ce n'est peut-être pas tout à fait accidentel). Dans le titre de ce texte, j'ai écrit ébranlé, mais le mot déstabilisé serait peut-être plus adéquat. Je vous épargne mon débat de sémantique intérieur et allons dans le vif du sujet, soit comment j'ai bien apprécié cette soirée.



Trois oeuvres créées par des finissantes du BAC, interprétées par des finissantes du même BAC. "Habitué" aux Passerelles 840, plusieurs "visages" m'étaient familiers et ce fût un plaisir de les redécouvrir autrement. Il y a d'abord la perspective du titre, qui porte résolument vers le passé. "Vestige: Restes d’une chose détruite ou disparue", peut-on lire et cela me semble tout à fait approprié pour décrire l'ensemble des trois oeuvres, "La mort est une question de temps de verbe" (que j'aime ce titre !!!) "Limonade et jus de raisin" et "Adoptée vive", présentées dans cet ordre. Il y aussi la perspective inverse de la trame sonore, que chacune des oeuvres a utilisée,  les crépitements ou les grésillements, venant "du bas" plutôt que la musique habituelle qui elle vient "du haut".

Ce regard porté est sombre et pour moi, montre déjà une certaine maturité des trois chorégraphes finissantes. Dans "La mort est une question de temps de verbe", Marie-Pier Laforge-Bourret s'inspire du décès de son père pour construire une oeuvre qui débute par une série de courtes images, intercallées de noir, telles des flashs du passé, serais-je tenté de dire. Sur le crépitement d'une fin de 33 tours, les tableaux mis en mouvement par Christina Birri, Élisabeth-Anne Dorléans, Adèle Dussault-Gagné, Frédérique Savoie et Natacha Viau pourront évoquer nos propres souvenirs, le tout sur fond sombre, uniquement éclairé par ce simple projecteur venant "du passé". Cette coloration intimiste, rehaussée par la trame musicale de Pink Floyd (elle aussi d'une autre époque dont celle de ma jeunesse) aurait pu faire le tout, mais, tout à coup, la lumière se fait. Éclairage et "The Mexican" de Babe Ruth déstabilisent, comme un appel à se reprendre en main, avant de revenir à ces flashs du passé et à l'obscurité finale. Pause de cinq minutes bien appréciée, question de ravaler mes propres souvenirs.

Suit, "Limonade et jus de raisin" de Tanya Dolbec, dont un extrait de l'extrait du poème présenté dans le feuillet de la soirée me semble fort bien résumé ce que j'y ai vu. "Qu'est le soi/ Une terre foisonnante". En apparence, plus lumineuse que les deux autres oeuvres de la soirée, le jeu du dévoilement que nous propose Mélanie St-Georges, Marie-Hélène Desrochers et Roxane Dion interpelle. Jusqu'où, sommes-nous prêts à aller sans considérer le lendemain. Impossible aussi de rester indifférent face à la chevelure de Roxane, à la prestance de Marie-Hélèene et à la détermination de Mélanie de vouloir boire jusqu'à la lie. S'en suit une pause de quinze minutes qui permet d'y réfléchir soi-même.

Pour terminer, "Adoptée vive" de Pascale Talbot, qui a tout du écorchée vive sans le titre est sans aucun doute dans mon esprit, celle qui m'a le plus interpellé. Trois personnages différents, interprétés par Andréa Corbeil, Sophie Levasseur et Julie Villeneuve (mon coup de coeur de la soirée), nous présentent des relations particulières sur fond d'osselets éparpillés sur le sol et sur une scène sombre, tels des vestiges du passé. J'ai été troublé par cette apparente insensibilité (du personnage de Julie tellement bien interprété) et par le tableau de ce personnage désarticulé ( montrant la trace de Caroline Gravel dans la chose). 

Rien de facile durant les deux heures de cette soirée, mais pour m'avoir permis de ressentir des sensations fortes et déstabilisantes, bravo mesdames et félicitations à votre prof Armando Menicacci. Je me promets d'être présent l'an prochain et surtout de vous suivre sur d'autres scènes pour vous et d'autres salles pour moi. 

samedi 9 avril 2016

Sur mes pas en danse à l'UQAM; charmé j'ai été !

Lorsque je me suis procuré mon billet (pour seulement $12, une vraie aubaine), il y était inscrit "Titre à déterminer". C'était pour le spectacle chorégraphique dirigé des étudiantes en danse de l'UQAM. Titre réel ou ils n'y étaient pas encore arrivés à le trouver? Les affiches sont apparues et comme sur le feuillet de présentation, le titre a évolué et il est devenu "La pièce sans titre (titre provisoire)" et la chorégraphe est Dominique Porte. Pas encore ???? "Ben non" Robert, tout dans ce titre annonce l'essence de l'oeuvre à découvrir, faut juste être un peu patient !



Moi qui avait bien bien apprécié "Hors je" de Dominique Porte, entre autre pour sa touche "cérébrale" et pour la plongée dans son intériorité d'interprète/chorégraphe, sa signature était bien perceptible dès la lecture du titre. Il représente bien l'état de la carrière de ses 16 danseuses pour lesquelles tout est à définir et à construire, mais ce n'est que provisoire. Soyez en assurées toutes parce que je dois avouer que si parfois, devant moi, certains ou certaines se démarquent, cette fois impossible d'avoir un coup de coeur pour une ou quelques une d'entre elles.

En entrée de jeu, le plancher et le fond de la scène sont blancs (tout est à construire) et à l'arrière côté droit (pour nous), des chaises "IKEA" sont empilées pêle-mêle, à l'image des premiers tableaux. Comme si de vouloir trouver sa voie, entraînait une valse hésitation, un certain chaos, question de brasser les choses et de tenter de trouver l'approche, le mouvement, le lieu et les partenaires. Même la trame musicale en bris de rythme y ajoute sa touche. Par la suite, certaines viendront nous faire des confidences sur elle-même et sur la relation face aux autres ou à la vie et à la danse, plongée sympathique dans leur intériorité. Au gré du déplacement des chaises, les choses évoluent, la pièce gagne en personnalité, se construit. Certains tableaux sont particulièrement beaux, intéressants et même drôles. Lorsque de la boîte, sort les éléments à faire ou à refaire, ce qui est retenu est un magnifique clin d'oeil à des évènements récents. M'ont aussi fait forte impression, le tableau de la danse "automate" et ceux aussi dans lesquels, elles dansent toutes ensemble dans une belle harmonie et une esthétique relevée.

Bravo, Ornella Anquez, Myriam Arseneault, Mélanie Boisliveau, Anne Valentine Florentiny, Maïté Fournel, Christine Heyraud, Alexandra Kelly, Kim Lacoste, Laurence Lapierre, Julie Lédée, Sabrika Leduc, Juliette Le Foll, Laeticia Philantrope, Valérie Picotte, Elie-Anne Ross et Louisa Rouabah. Dominique Porte vous a demandé de vous investir dans une oeuvre subtile et engageante et vous avez relevé le défi avec brio. Je suis convaincu que nous nous reverrons ailleurs.

lundi 4 avril 2016

Sur mes pas en danse; Troisième et dernière Passerelle 840 pour cet hiver encore bien présent

Juste après l'expérience "Indeep" et juste avant les grandes manoeuvres de Marie Chouinard, la Passerelle portait bien son nom, le week-end passé. Une heure durant laquelle quatre oeuvres nous étaient proposées et qui chacune, à leur façon, m'ont bien plu et qui surtout étaient intéressantes.



En lever de rideau, ou plutôt à notre arrivée dans la salle, était présents les quatre danseurs et les trois musiciens pour nous entraîner dans "Duende" de Marine Morales. Accompagnée par Andréa Corbeil, Maggie Sauvé et Alexis Trépanier en mouvement et Antoine Marquet, Blanche Moisan Méthé et Nick Wroe en musique, la chorégraphe nous propose une oeuvre sur le rythme. "Duende", terme espagnol sans équivalent en français est surtout associé au flamenco et à la tauromachie et selon ce que le Net nous indique, est aussi "un savoir sur l'expérience subjective". Ma curiosité quelque peu rassasiée sur ce terme mystérieux, ces informations concordent assez bien avec ce que j'ai vu. Les quatre interprètes rythment leurs mouvements, d'abord individuellement, pour peu à peu se mettre en phase et pour nous proposer un crescendo de mouvements, bien alimenté par les musiciens. J'y voyais une majestueuse locomotive à l'assaut d'une montagne et de cette ascension, j'en aurais pris encore longtemps. Voilà une pièce que j'espère revoir en version allongée.

Suivait "Abrasion" de et avec Alexandra Kelly et Miriam Arseneault qu'elles décrivent par la simple phrase "C't'une fois deux filles en studio, le cerveau à off". Pour des filles avec le cerveau à off, elles m'ont semblé pas mal allumées. Le tout commence par de courts tableaux qui ont tout du conte de fée, fleur bleue, mais le tout se transforme, comme si le rêve se dissipait, dépouillant, au sens propre comme au figuré, les interprètes de leurs illusions. L'abrasion de la réalité n'arrive toutefois pas à faire en sorte que l'avenir soit teinté à l'eau de rose.

Par la suite, "Somewhere out of flatland" de et avec Martine Castera et Lola Coinaud est directement inspiré de "Flatland: a romance of many dimensions" de Edwin Abott Abott publié en 1884. "Chaque objet physique est susceptible de changer de couleur, de forme, de position, d'espace et de temps" peut-on lire dans la présentation de cette oeuvre et cela concorde avec ce que j'ai vu et bien apprécié. Oeuvre athlétique d'abord individuelle, elle se transforme en un duo cohérent et dans lequel les interrelations deviennent fortes et marquantes.

En fin de programme, "Et... What next ?" de et avec Emmanuelle Martin est une oeuvre éminemment engagée dont la phrase de présentation annonce bien le propos "lorsque nous partons à la dérive....", quoi que..... La danseuse se présente à nous avec des allures de guerrière avec la bouche recouvert d'une bande adhésive. Elle semble en mission et elle intrigue. Tout à coup, elle s'effondre et par la suite, l'écran prend la relève avec des images montrant les excès "côté noir" des hommes. Elle se relève et peu à peu reprend le combat jusqu'à ce que ce que l'espoir renaisse et se traduise par un geste que je ne trahirai pas, parce que j'espère qu'elle sera reprise ailleurs et que vous le découvrirai.

De ce laboratoire-galerie de recherche et de création en est sorti quatre belles oeuvres intéressantes porteuses d'avenir, quatre expériences réussies, en ce qui me concerne.

lundi 28 mars 2016

Sur mes pas en danse en avril

Mars a été un mois riche et intéressant en danse et il s'achève bientôt, mais avril prend la relève. Les propositions sur les scènes habituelles sont peu nombreuses, mais la relève prend la "relève". À mon agenda, sept sorties.

Un début chargé avec trois propositions. Je débuterai avec un passage sur la Passerelle 840 qui présentera son troisième programme de la saison. Toujours intéressant de découvrir ces jeunes en début de parcours.

Suivra la découverte pour moi et la redécouverte pour d'autres de deux oeuvres phares de la Compagnie Marie Chouinard, "Prélude à l'après-midi d'un faune" et "Le Sacre du printemps". Affirmer que j'ai hâte, serait un euphémisme !

Suivra juste après, le spectacle de danse contemporaine de l'Université de Montréal propose deux oeuvres chorégraphiées par Sébastien Provencher et Gabrielle Surprenant-Lacasse. Deux noms qui sont, pour moi, des cartes de visite qui ne se refusent pas.



                                         Photos: Site de l'Université de Montréal

Un peu plus tard dans le mois, Spectacle chorégraphié dirigé par Dominique Porte d'abord et libre plus tard des étudiant(e)s du département de danse de l'UQAM. Soirées toujours intéressantes pour moi et que je ne rate pas.

                                         Photo: Pierre Castera

Entre temps, à la Place des Arts, "Monumental" de Holy Body Tattoo. Cette pièce créée, il y a plus de dix ans, par une compagnie maintenant dissoute (Dana Gingras et Noam Gagnon) est reprise par neuf interprètes fort connus ( Caroline Gravel, Louise-Michele Jackson, Kim De Jong, Shay Kuebler, Louis-Elyan Martin, Esther Rousseau-Morin, Sovann Prom Tep, Michael Watts, Jamie Wright) et huit musiciens. Une autre occasion pour moi de découvrir une oeuvre passée que je ne connaît pas.

                              Photo: Site de la Place des arts

Le mois se termine avec une visite à la Place des Arts pour découvrir une des dernières propositions de Danse-Danse pour cette année, un programme triple de la Sao Paulo Companhia de Dança, incluant une création d'Édouard Lock. Une belle façon de finir un mois, n'est-ce-pas ?