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mardi 5 octobre 2021

Sur mes pas en danse sur l'Esplanade de la Place des arts: Découvrir autrement "Habiter sa mémoire" qui nous montre encore que les gestes nous parlent !

Mère Nature établit son agenda météorologique, sans discussions, et nous devons nous y ajuster. Mes pas devaient m'amener sur l'Esplanade de la Place des Arts le samedi, mais les nuages fort chargés de pluie ont annulé les performances de cette journée. Fort heureusement, une éclaircie dans mon agenda et aussi dans les nuages m'ont permis de m'y rendre pour presque deux heures en ce dimanche. 

Au programme, "Habiter sa mémoire", de Caroline Laurin-Beaucage, présenté par Danse Danse que j'ai eu la chance d'apprécier, deux fois plutôt qu'une, mais cette fois incarné pour cette occasion par huit interprètes (Carole Prieur, Brianna Lombardo, Angélique Willkie, Ariane Levasseur, Susanna Haight, Marie-Reine Kabasha, Claudine Hébert and Marine Rixhon). Chacune pendant une heure prenne place dans le cube et habite leur mémoire pour nous la présenter en gestes.

                                                            Tirée du site de Danse Danse

À mon arrivée, Susanna Haight complète sa prestation, tandis que moi je trouve une belle place assise, juste devant, une place comme je les aime ! Nous ne sommes pas nombreux en ce début d'après-midi quelque peu frisquet, mais les gens déjà présents sont fort attentifs. Caroline Laurin-Beaucage est là tout près. Pour ceux et celles, mais évidemment pas moi qui ont un téléphone intelligent, il est possible d'accéder "à une archive vocale où diverses impressions, réflexions et souvenirs rassemblés par les interprètes viennent compléter la performance vivante." 

(Note à moi-même: un jour, il faudra faire le pas et en acquérir un mon cher dinosaure!). 

Il en reste qu'il y a un dieu bienveillant, même pour les dinosaures comme moi. Et cette bienveillance m'est proposée par Caroline qui m'offre son téléphone (désinfecté !). Offre acceptée avec gratitude pour la prochaine proposition, celle de Brianna Lombardo. Pendant qu'autour de moi, les gens vont et viennent, Susanna quitte au son des applaudissements suite à ses confidences chorégraphiques. Et puis arrive Brianna Lombardo, elle aussi, tout de rouge vêtue, qui prend place dans le cube. Et pendant qu'elle se met en mouvement, moi, j'écoute ses confidences qui nous informe de son début de processus dans le Parc Baldwin. Je suis surpris, mais peut-être ne devrais-je pas l'être, les gestes devant moi, concordent souvent avec le propos que j'entend et que je réentend une deuxième fois ! Il y a vraiment une plus value à cet ajout vocal ! 

Je dois le concéder, cette interprète est une de mes préférées. La portée de ses gestes et de ses mouvements me rejoint et me touche et cette fois ne fait pas exception. Pendant une heure, je la suis, même si parfois mon attention est détourné, because place extérieure et ses activités tout autour. 

Et puis se termine sa prestation dans le cube et après les applaudissements, elle laisse sa place à Marine Rixhon qui prendra possession du lieu et de mon attention pour les trente minutes suivantes. De cette interprète, je reconnais les mouvements qui la caractérisent. Un élément de sa prestation me frappe, celui de l'utilisation de ses cheveux. Ses cheveux qui voilent et qui dévoilent son visage.

Mais le temps passe et moi je dois, avec regret, quitter ! Sur cette esplanade, avec un public toujours attentif, se poursuivra les prestations jusqu'à la fin de l'après-midi. Ça sera aussi pour moi la fin de la saison extérieure qui se termine donc sur le bon pied !

mercredi 24 février 2021

Sur mes pas (virtuels) en danse: "Body and Soul" de Crystal Pite, captivant, mais surtout très beau !

La proposition de Danse Danse pour découvrir "Body and Soul" m'est arrivée et acceptée de ma part, il y a un certain temps. Et puis "le gars" se réveille et réalise que la période de diffusion tire à sa fin ! C'est donc, juste avant qu'elle ne soit plus disponible que j'ai eu la chance de la visionner, deux fois plutôt qu'une ! Je dois avouer que de pouvoir voir et revoir une oeuvre est une opportunité que confère la fermeture temporaire des salles et de leur webdiffusion. Alors, pourquoi pas en profiter ! 

                          Photo de Julien Banhamou tirée du site de Danse Danse

Il est intéressant de noter qu'une de mes dernières sorties en vrai était chez Danse Danse avec un programme triple de la Nederland Dans Theater qui incluait "The Statement" de cette chorégraphe et que j'avais particulièrement apprécié !  

Après l'introduction qui donne la parole aux différents artisans de la présentation (ce qui est fort intéressant et instructif !), nous avons droit à trois "actes". 

Avec une distribution de presque quarante interprètes de l'Opéra National de Paris sur une scène dépouillée d'artifices et illuminée, la beauté et la virtuosité des gestes étaient mises en valeur, même à travers mon toujours trop petit écran. 

De ce premier acte, mon préféré, qui avait une touche toute "Crystal Pite", j'ai particulièrement apprécié la parfaite synchronisation des gestes avec les paroles et les différentes déclinaisons (lire ici histoires)  de ces mêmes paroles jusqu'à la fin fort touchante avec des duos dans différentes déclinaisons au sens large.

Le deuxième, plus classique, m'a surtout permis d'apprécier la virtuosité des différents interprètes et des différentes illustrations des modulations des corps en groupe dans cet espace si grand. Des moments qui m'a permis de réaliser que de pouvoir avoir devant soi autant d'interprètes pouvait produire autant d'effet. Oh que j'aurais aimé être dans mon siège "première rangée" pour recevoir ces vagues de mouvements face à ce grand espace !

Le troisième acte réserve des surprises. La première, je découvre des créatures toutes en noir qui ont l'allure d'insectes. Leur déplacement me captive. Et le tout se termine avec une touche toute éclairée, mais surtout éclatée !

Au final, trois déclinaisons sur le thème du corps et de l'âme dans lesquelles on peut apprécier des interprètes de haut niveau et une théâtralité forte sans superflus. De l'oxygène pour le corps et l'âme du spectateur que je suis.

jeudi 29 octobre 2020

Sur mes pas en danse: Quand mon écran me présente des moments riches avec "Dancing at Dusk" !

 Un à un mes billets pour découvrir des propositions en salle disparaissent de mon agenda, comme les feuilles tombent en grand nombre de mon érable. Je fais des efforts pour ne pas penser que cela m'amène à traverser une période froide et toute blanche de sorties culturelles ! Dans cette "traversée du désert blanc", il y a des oasis qui se présentent à moi, via mon écran et une de celles là, gracieuseté de Danse Danse, était "Dancing at Dusk". Avec mon "Billet" acheté pour pouvoir découvrir sur une période d'une semaine, cette chorégraphie qui est "Le sacre du printemps", version Pina Bausch par des interprètes africains sur une plage . Une semaine, c'est long, ça laisse du temps pour reporter au "bon moment" pour le procrastinateur que je suis ! Voilà donc pourquoi, c'est à la dernière soirée de sa disponibilité que je me suis installé pour découvrir cette œuvre et les compléments qui l'accompagnent !

                                                          Tirée du site de Danse Danse

Le programme de la "soirée" d'un peu plus soixante-dix minutes comprenait une présentation documentaire fort enrichissant, l'oeuvre elle-même, suivi par un documentaire sur sa création et pour terminer une entrevue de Valérie Lessard avec deux artisans importants de la création de cette version. 

Habilement documenté par Valérie Lessard, je découvre le "Sacre du Printemps" a fait scandale à ses premières présentations.  Qu'il a été repris dans différentes déclinaisons à travers le monde dont quelques unes d'ici dont certaines que j'ai eu l'occasion de voir. Une présentation fort claire et instructive sur cette chorégraphie intemporelle avec en prime, le témoignage lumineux et allumé de Marie Chouinard !

Et puis pendant de trop courtes minutes (environ quarante), sur le sable d'une plage, les interprètes m'amènent loin de mes tracas et de mon isolement de spectateur confiné. Leurs gestes me captivent et je suis le destin de ce groupe de femmes et d'hommes jusqu'à la finale connue de cette femme sacrifiée, mais toujours aussi touchante. 

Le tout se poursuit par des instants très intéressants pour moi, soit des moments de répétition qui permettent de juger le travail fait. Enfin, l'entrevue  de Valérie Lessard avec "Germaine Acogny, directrice artistique de l’École des sables, et Jorge Puerta Armenta, ancien membre du Tanztheater Wuppertal Pina Bausch et répétiteur (restager) du Sacre du printemps à l’École des sables". De "Dancing at Dusk", j'en apprends son origine, ses enjeux de création et aussi et surtout que la pandémie a interrompu les choses. Il fallait encore du temps pour peaufiner l'oeuvre, mais de cette décision d'en capter la prestation sur le sable s'est avérée excellente. Il est prévu et souhaité que c'est sur une scène qu'elle soit présentée dès que possible et si elle vient à Montréal, ce que je souhaite fortement, j'y serai, promis !

Entretemps, merci au gens de Danse Danse de me permettre de voyager loin de mes tracas quotidiens en temps de confinement !

dimanche 15 mars 2020

Sur mes pas en danse: Un mémorable programme triple de la Nederlands Dans Theater !

Je serai honnête, en entrée de jeu (ou de soirée de spectacle de danse), un programme composé de plusieurs œuvres, entrecoupé d'entractes, je n'aime pas trop ! Et c'était ce qui était prévu pour ce programme triple de la Nederlands Dans Theater présenté par Danse Danse. Devant nous, nous attend pour les deux heures quinze à venir (qui seront plus proche de deux heures trente !) à trois œuvres de 30 , 19 et 34 minutes. Faites le compte, cela fait presque une heure pour les deux entractes !

Je vous rassure, ma soirée a passé vite et les entractes ont été bien utiles ! Parce que, voyez-vous, les trois propositions au programme, la première de Hofesh Shechter, la deuxième de Crystal Pite et la troisième de Sol Leon et Paul Lightfoot étaient tellement différentes que les pauses permettaient de "faire le vide" entre chacune. Les pauses permettaient aussi au personnel technique d'installer les éléments scéniques fort importants pour les deux dernières œuvres, dont surtout la dernière. Mais, sur ce dernier point, j'y reviendrai !

                                                    Tirée du site de Danse danse

Les directives d'usage énoncées et les lumières de la salle devenues discrètes, le rideau se lève et nous découvrons des personnages immobiles pour débuter "Vladimir". Le tout débute, donc, de façon très lente avec des personnages d'allure menaçantes. Pour ma part, ce début me laisse un peu "froid" ! Et puis arrive le moment où les mouvements se font anarchiques, menaçants, intenses et dynamiques. Impossible de rester indifférent devant la qualité d'exécution et la beauté des gestes de ces interprètes. Une oeuvre, je dois l'admettre, qui m'a plu surtout par l'exécution que par le propos !

Une pause s'en suit, le temps pour le personnel technique de faire son travail et pour nous de faire le vide avant la suite, "The Statement" de Crystal Pite (et de Jonathan Young à la dramaturgie). Le rideau se lève pour nous permettre de découvrir un homme et une femme autour d'une table (qui j'imagine, on peut retrouver une carte géographique et des enjeux politiques) et au-dessus d'eux, un immense plafonnier. Nous découvrirons les tractations politiques, tout en discours verbal et gestuels. Ils seront rejoints par deux de leurs supérieurs qui comme on peut l'imaginer, tentent d'influencer le cours des choses sans s'impliquer formellement.  Le tout a beau être en anglais et rapidement débité, la gravité du propos est fort évident et les contorsions morales présentées par les gestes.Pour ma part, je retrouve, en un concentré d'une vingtaine de minutes, la façon "Crystal Pite" que j'avais fort bien apprécié, il y a moins d'un an avec "Revisor" présenté aussi par Danse Danse. De ma perspective toute personnelle, un moment fort de la soirée de par son propos fort clair, en mots comme en gestes.

Il s'en suit un très long entracte de près de trente minutes, selon mon estimation non chronométrée ! Mais lorsque, une fois tous assis les spectateurs, les rideaux s'ouvrent, nous comprenons mieux la raison de ce délai à poursuivre la soirée. La scène est complètement métamorphosée et nous nous retrouvons devant un salle d'attente d'une gare pour découvrir "Singulière Odyssée" de Sol Leon et Paul Lightfoot". Une salle vide, avec deux portes de dimensions différentes, une au fond à droite plus petite et l'autre en avant à gauche beaucoup plus grande. Et aussi en haut du mur du fond, une horloge qui conservera précieusement la même heure, 9h35 jusqu'à la toute fin, symbole du temps immobilisé pour ce que nous verrons ! Il y a déjà une femme immobile assise sur un banc. Arrivera un homme habillé tout en noir, en apparence immense parce que la porte. Il semble désorienté, sinon inadapté à ce lieu et il l'exprime avec ses mouvements. Puis arrive les usagers de la place, ces femmes et ces hommes qui vont et viennent. J'y vous un poème chorégraphique qui se décline en différentes strophes au propos doux. Je me laisse bercer aux vagues des gestes portés par une musique fort efficace qui me plait énormément ! Pour les intéressé.es, il s'agit de "Exiles" par Max Richter, composée spécifiquement pour cette oeuvre.

Et puis arrive sur scène un déluge de feuilles qui proviennent d,abord de la porte avant et ensuite du plafond. Et c'est sur un tapis de feuilles que la pièce se poursuit et se termine. Et comme pour les deux œuvres précédentes, la fin est suivie d'un déluge d'applaudissements et de commentaires dithyrambiques tout autour de moi.

Mon bilan de la soirée est fort positif, malgré les longues pauses qui permettaient de faire le vide entre trois oeuvres toutes fort différentes. Une soirée qui m'a présenté de brillantes performances d'interprètes. Une soirée qui malheureusement qui n'a pas pu être présentée jusqu'à la fin, because "COVID-19" ! Il en reste que de la deuxième oeuvre, je ne peux m'empêcher qu'elle peut représenter les tractations dans certaines officines gouvernementales !

jeudi 27 février 2020

Sur mes pas en danse: "Les corps avalés" du "Virginie Brunelle" fort et percutant !

Pour peu que vous vous intéressez comme à la scène chorégraphique montréalaise, le nom de Virginie Brunelle vous est bien connu. Pour ma part, ma première fois, c'était il y a presque sept ans, à l'Agora de la Danse, rue Cherrier. De "Plomb", j'avais dit "Wowwwwww!", mais aussi "Plomb" comme dans l'expression "du plomb dans l'aile" pour les relations humaines mais aussi comme l'oeuvre qui amène Virginie Brunelle dans la "cour des grands". OK, je l'avoue la fin de ma citation était un peu prétentieuse pour un simple spectateur de danse ! Depuis cette première fois, j'ai vu et revu plusieurs de ces oeuvres, toujours avec le même plaisir dans lesquelles. J'avais aussi écrit (en 2017), toujours sur "Plomb" que je revoyais pour un soir seulement, " "Au final, "Plomb" irradie comme un corps noir soumis à la haute tension des relations humaines pour lequel les tableaux présentent tout le spectre des excès de notre nature.". Et j'avais complété par "À quand le retour chez un grand diffuseur, pour plus qu'une soirée ?"

                            Photo de la Compagnie Virginie Brunelle tirée du site de Danse Danse

Voici donc venu ce moment ! Celui de faire partie de la programmation de Danse Danse au Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts. Et moi, j'avais bien hâte, comme ceux à qui j'ai parlé juste avant le début de la présentation. En ouverture de rideau, le Quatuor Molinari (Olga Ranzenhofer, Antoine Bareil, Frédéric Lambert et Pierre-Alain Bouvrette) est là au fond de la scène au milieu. Et puis, brillamment portée par les interprètes, Isabelle Arcand, Claudine Hébert, Sophie Breton, Chi Long, Milan Panet-Gigon, Peter Trosztmer et Bradley Eng, le tout débute. Devant moi, les relations humaines se tissent et se présentent en douceur, mais aussi en force, sinon en puissance, tout cela porté par la musique. La chorégraphe aime beaucoup la musique classique et pour son plus récent opus, elle incarne sur scène son accompagnement musical. Et comme Sophie Breton le mentionnait de façon fort convaincante lors de la rencontre d'après représentation, la présence sur scènes des musiciens avait un effet synergique tangible pour eux sur scènes. Et cela, je l'ai bien ressenti ! 

Dans les tableaux qui "explore(nt) les relations de pouvoir, les inégalités et le désordre social" (dixit le feuillet de la soirée). Ils sont incarnées dans des tableaux de groupe, de solo, et aussi de duo qui sont parsemés de symboles fort bien perceptibles, dont par exemple celui du Mur des Lamentations ! J'y retrouve régulièrement avec grand plaisir la répétition des mouvements telle que la propagation des ondes jusqu'à conscience. Si les musiciens utilisent des instruments à corde, les corps eux deviennent des instruments de percussion. soit en se projetant l'un sur l'autre ou en battant la mesure des mains sur leurs corps. Je revoyais là, les relations de cette humanité avec des excès, comme la chorégraphe le fait si bien. Des différents tableaux, j'en ai aussi beaucoup apprécié l'asymétrie des tableaux par le nombre impair des sept personnages. Par ce que découvre, pour moi, amateur de symétrie, il y a celle ou celui qui est seul.e . Cet aspect me trouble, mais surtout m'interpelle avec grand plaisir !

Au final, de cette épopée humaine que me reste-t-il en fin de parcours de ces efforts relationnels parfois inachevés? Désespoir ou désolation, peut-être, mais aussi de l'espoir et de l'émotion qui reste dans nos tripes et aussi des images de "ces corps avalés" déployés, voilà ce que je conserve en moi, à mon retour. 

Je m'en voudrais de ne pas mentionner, en terminant, la satisfaction fort palpable et bien méritée de Pierre Des Marais entendant tous les commentaires fort positifs des spectateurs lors de la discussion d'après. Au final, un grand cru de cette chorégraphe et si cette oeuvre revient sur une scène montréalaise, promis, j'y retourne pour m'en faire une autre lecture parce que cette oeuvre est "polymorphique" de sens !

samedi 15 février 2020

Sur mes pas en danse: Une expédition toute intense dans "Winterreise" avec José Navas et ses complices !

À cette soirée danse, je m'y suis rendu sans avoir lu quoique ce soit sur ce qui m'allait être présenté. J'y allais les yeux fermés et l'esprit confiant. Danse Danse qui présente José Navas sur scène.

Rendu ici, vous vous direz sûrement, voilà un préambule qui annoncent sûrement une déception de spectateur. Et bien soyez rassurés, ce n'est pas le cas. Et je dirais même que j'y ai trouvé un certain plaisir sinon un plaisir certain de découvrir "Le voyage d'hiver" de cet homme incarné par le danseur-chorégraphe, accompagné sur scène par un pianiste (Francis Perron) et un chanteur-ténor (Jacques-Olivier Chartier). Pas trop amateur et encore moins connaisseur de musique classique, cette oeuvre de Franz Schubert, j'en connaissais "nada" !

                                         Photo de José Navas tirée du site de Danse Danse

Donc à mon arrivée en salle, je prends place en première rangée. Une fois bien assis, je découvre, sur une scène sans artifices, José Navas, assis sur une chaise immobile à l'arrière côté droit. À l'opposé à gauche, un piano solitaire, sans son pianiste. Le temps passe, les mots d'usage sont prononcés, les autres interprètes prennent place et les lumières se font d'abord discrètes pour ensuite devenir "toutes éteintes".

Et lorsqu'elles reviennent "brillantes", je découvre juste devant moi Jose Navas en mouvements de bras bien affirmés. De tableaux en tableaux ou plutôt de lieder en leider (24 au total), porté par le chant fort percutant et le piano fort planant, ce que vit cet homme, je le ressens fortement, tout au long de la "traversée" de son épreuve. N'ayant aucune idée de son histoire, je me fais la mienne qui sera assez proche de celle que j'apprendrai après. Il a réussit à me transmettre avec beauté et intensité ce que Franz Schubert avait composé.

Je dois quand même admettre que mon attention a été parfois amené à suivre les déplacements du chanteur tout près de moi, en première rangée, je vous rappelle. Je dois aussi surmonter mon "attirance" pour un élément oral, soit le "son de crachat" qu'émet régulièrement le chanteur. Il me faudra un effort volontaire pour m'en détacher et à me concentrer sur ce que "vit" cet homme. Mais comme José Navas est un magnifique interprète, il a pu, par son interprétation, me remettre sur "les rails" de l'oeuvre jusqu'à sa destination. Au final, une soirée qui m'a permis de découvrir une grande oeuvre de chant et une oeuvre chorégraphique, malgré un détail qui m'a dérangé pendant un certain temps.

samedi 1 février 2020

Sur mes pas en danse: Une semaine "danse" signée Marie Chouinard !

"Un programme double, qu'est ce que t'en dis", chantait Sylvain Lelièvre qui en rajoutait avec " Un programme double, y'a rien comme ça". Et c'est à ce type d'invitation de Danse Danse que j'ai dit oui cette semaine. Deux soirées au Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts avec deux oeuvres de Marie Chouinard, soient "bODY_rEMIX/les_vARIATIONS_gOLDBERG"et "RADICALE VITALITÉ, SOLOS ET DUOS" et ce dans la même semaine !

Deux soirées très différentes qui nous présentaient une oeuvre complète pour la première et une vingtaines de courtes pièces, pour la plupart des extraits d'oeuvres déjà présentées, pour la deuxième. Je dois l'avouer, j'ai une préférence pour une oeuvre longue. Par conséquent, "bODY_rEMIX/les_vARIATIONS_gOLDBERG" (ballet en deux actes) m'a encore une fois tout à fait ravi. De ces êtres qui là juste devant moi (parce qu'en première rangée !) évoluent avec différentes contraintes (orthèses, déambulateur, par exemple), présentent des tableaux riches de personnages de toute sorte. Des personnages colorés d'animalité qui d'un tableau à l'autre éblouissent, mais surtout fascinent. Une oeuvre dans laquelle, la chorégraphe nous convie dans un univers riche et éblouissant !

Pour sa part, "RADICALE VITALITÉ, SOLOS ET DUOS", débute dans le hall d'entrée avec ""IN MUSEUM V2" oeuvre créée et interprétée, il y a quelques années par Marie Chouinard. En cette soirée, son "personnage" était incarné par deux de ces interprètes, aux deux extrémités du hall, sur un petit espace blanc, qui se tiennent debout en posture d'ouverture. Juste devant moi, je le sens bien, une de ces femmes s'est préparée à la rencontre et elle ira ! À celui ou celle qui ose se rendre à la rencontre, il y aura un échange fort discret pour nous qui sera suivi par un solo fort riche et qui je le suppose, traduit en gestes le court échange qui a précédé.

                                    Photo de Sylvie-Ann Paré tirée du site de la chorégraphe

Il s'en suit notre entrée en salle et de la suite de la soirée composée de 24 miniatures dansées, des solos et des duos. Si ce type de présentation ne me permet pas de m'installer confortablement dans une "histoire", elle m'a permis, en revanche, de me faire voyager dans le temps et de me faire découvrir ou de redécouvrir des oeuvres de la chorégraphe. Par exemple, si tout amateur de danse connait la "Petite danse sans nom" créée par Marie Chouinard en 1980, dans laquelle elle boit d'abord un verre d'eau pour ensuite "uriner" dans un verre.  Pour cette fois, c'est Sayer Mansfield qui m'a permis de la découvrir pour la première fois. Le tout pourrait sembler un peu douteux, mais pas du tout, sympathique, même ! Et tout autour de moi, comme moi-même, impossible de rester indifférent.  Il y a aussi ces moments qui me permettent d'apprécier, encore une fois, le grand talent et la présence de Carol Prieur. De ce tour d'horizon chorégraphique de cette créatrice hors norme, impossible de rester insensible. Et lorsqu'en fin de programme, je redécouvre quatre courtes pièces tirées de "LE NOMBRE D'OR (LIVE), je ne peux que me rappeler le plaisir de la première fois !

Merci à vous Michael Baboolal, Adrian W.S. Batt, Kimberley De Jong. Jossua Collin Dufour, Valeria Galluccio, Motrya Kozbur, Luig Luna, Sayer Mansfield, Scott McCabe, Sacha Ouellette-Deguire, Carol Prieur, Celeste Robbins et Clementine Schindler, d'incarner avec grand brio l'univers de Marie Chouinard.

Impossible pour moi de ne pas relever aussi la grande générosité de Marie Chouinard lors de la rencontre avec le public après la représentation de "RADICALE VITALITÉ, SOLOS ET DUOS". J'ai pu y apprendre le processus de création de cette oeuvre en collaboration "fort active" des différents interprètes. Je vous partage sa réponse. Elle a d'abord demandé à ses interprètes de choisir des "parties" de ses créations qu'elles ou ils voudraient interpréter. Une fois toutes les propositions (une quarantaine), elle a sélectionné, d'abord pour ensuite déterminer le ou les interprètes. Dans une suite d'aller retour et de déception (si deux interprètes voulaient en être), le tout s'est concrétisé. Et en cette deuxième soirée de présentation, le tout a été rondement ! Parce que des extraits de quelques secondes à quelques minutes demandent beaucoup de travail scénographique avec peu de temps pour le faire. Je rappelle qu'en début de semaine, une autre de ses oeuvres était présentée sur la même scène.


vendredi 13 décembre 2019

Sur mes pas en danse: "Intérieurs" tout en éclosion

C'était il y a un peu plus de deux ans (juillet 2017), la chorégraphe et interprète Caroline Laurin-Beaucage avait interrompu sa tournée "Habiter sa mémoire" pour poser son cube, le temps d'une résidence à la Galerie L'Arsenal, gracieuseté de Danse Danse. Et moi, j'y étais et j'avais fort bien apprécié. J'espérais aussi qu'une fois les prochaines étapes pour enrichir sa "mémoire" effectuées, je pourrais en apprécier le résultat.

                                                Photo tirée du site de Danse Danse

Tous ces pas (et gestes) extérieurs dans son cube durant les trois dernières années, comme elle l'indique dans le feuillet, l'ont guidé pour créer ce spectacle sur scène. Tout ce temps, j'en suis certain lui a permis d'aller au-dedans de soi et d'y trouver la matière, telles des "pépites d'or" pour une oeuvre. Voilà ce que j'ai ressenti tout au long de la présentation de sa proposition "Intérieurs", titre qui représente bien la trame narrative que j'y ai vu tout au long des différents tableaux.

En entrée de jeu, le premier montre comment le corps, riche de sa dualité "noir et blanc", avec ses mouvements fort riches peut évoluer dan un environnement aux couleurs extérieures fluctuantes. Ce tableau fort beau et riche met bien la table à ce qui suivra.

Pour la suite, l'utilisation de ses panneaux semi transparents qui nous présentent des projections parfois floues, comme peuvent le devenir les souvenirs avec elle derrière qui y prend place. Un moment où esthétisme et message s'amalgamait fort bien.

Et puis le moment fort surprenant (lire ici surréaliste aussi !) de la soirée, celui durant lequel avec sa robe rose (ou rouge ?), notre attention se portait à sa bouche de laquelle, la lumière du propos se fait. Il est suivi par ses moments qui nous montrent cette femme qui comme un papillon se libère de son cocon pour endosser une robe toute légère pour devenir un papillon. Comme si les nombreux pas faits l'avaient libéré du poids de certaines contraintes vers sa lente et déterminée affirmation de femme !

De mon siège en première rangée, tout proche de la scène, j'étais au premier rang pour apprécier l'intensité de ses gestes et de ses expressions faciales qui enrichissaient ses fragments de mémoire exposés. Et fin de parcours, j'ai pu aussi être témoin de son large sourire de satisfaction qui était contagieux !

dimanche 8 décembre 2019

Sur mes pas en danse: Fasciné par les symboles de "Frontera"

C'était, il y plus de trois ans, ma première rencontre avec l'univers chorégraphique de Dana Gingras et son "Monumental". Une belle rencontre, marquante suite à laquelle j'avais écrit " Arrive le moment où chacun quitte son petit lieu et que tous occupent tout l'espace dans une série de tableaux présentant des relations de toute nature. Vivre avec les autres, faire sa place, prendre sa place, se faire entendre, entrer en relation tout en douceur, mais aussi avec, parfois la violence du contact ou de l'indifférence". 

                                                                 Tirée de La Presse

Voilà donc que quelques années plus tard, la chorégraphe poursuit son exploration de la relation avec les autres dans l'espace avec "Frontera". Elle le fait en utilisant les notions de frontière et de territoires avec des corps fort vivants, incarnés par des interprètes investi.es (Robert Abubo, Justin de Luna, Stacey Désilier, Léna Demnati, Louise Michel Jackson, Mark Medrano, Koliane Rochon-Prom Tep, Caroline Gravel, Sovann Rochon-Prom Tep et Lexi Vajda)  que j'ai pu apprécier de ma troisième rangée, les regards déterminés et affirmés me le démontraient avec éloquence !). Et voici comment !

Le tout débute avec les lumières qui se font discrètes et des voix qui nous présentent des définitions de la notion de frontière. Et puis arrive cette femme qui arpente la scène délimitant le territoire pour en établir la frontière. Dans ce territoire, d'autres viendront la rejoindre et c'est ensemble que les illustrations de ce que peut être une frontière nous est présentée. Frontière qui peut être un objet de séparation, mais aussi objet de liaison. Frontière qui à notre époque, ne peut être franchie sans que l'on soit empêché ou scruté, comme l'on fait ses faisceaux lumineux. Faisceau linéaire mobile qui scrute  chirurgicalement ceux qui la traversent ou faisceaux fixes qui empêchent les déplacements. Faisceau coupé par le ou les corps qui se déplacent. Faisceaux qui montrent des paries de corps mais jamais en leur entier, comme s'il était impossible de bien en saisir l'ensemble. Les symboles que j'y ai vu ont été nombreux et fort évocateurs, portés par les interprètes, corps en mission. Très impressionné par ce moment durant lequel les corps se sont faits "pont", porteur d'espoir. 

Dans cet univers sombre, enrobé la performance musicale de Fly Pan Am (Roger Tellier-Craig, Jonathan Parant, J. S. Truchy et Felix Morel), impossible de ne pas réfléchir sur les aspects modernes des séparations que l'on se créé entre humains.

Voilà une oeuvre forte de sa perspective réflexive qu'elle nous présente. Une oeuvre qui émettait sobrement dans le visible (lire ici interprétation), mais aussi et surtout dans la partie ultra-violette  (ou rationnelle) du spectre chorégraphique de ma perspective scientifique. Qui portait aussi un message d'espoir fort que, malheureusement, trop peu de spectateurs ont pu apprécier (la salle avait trop de sièges inoccupés), de ma perspective. Merci Dana !

samedi 4 mai 2019

Sur mes pas en danse: Quand l'oeuvre, "Propelled Hearth", se présente à moi au bon moment et me fait du bien !

Lorsque je me procure mon billet, longtemps à l'avance, plus d'un an dans ce cas ci, impossible de connaître mon niveau de réceptivité ! S'il arrive que ma qualité d'écoute ne soit pas à la hauteur, il arrive aussi que l'oeuvre "tombe bien" et devienne un "baume sur mon coeur", qu'elle me soit thérapeutique ! Et c'est exactement ce que l'effet de  "The Propelled Hearth" de Alonzo King présenté par Danse Danse a eu sur moi.

                                                         Tirée du site de danse Danse

Vanné suite à une semaine fort exigeante, c'est de mon siège, troisième rangée dans la salle du Théâtre Maisonneuve que j'attends dans un état incertain, le début de la présentation.

Les lumières s'éteignent, les rideaux s'ouvrent sur une scène toute vide, sauf sur le devant de la scène, quatre femmes qui, à tour de rôle, nous amènent dans le centre de ce "coeur animé" (traduction de "Propelled Heart"). Un coeur animé qui nous sera présenté par douze danseuses et danseurs (Babatunji, Robb Beresford, Adji Cissoko, Madeline DeVries, Shuaib Elhassan, James Gowan, Ilaria Guerra, Maya Harr, Yujin Kim, Ashley Mayeux, Michael Montgomery et Jeffrey Van Sciver), la chanteuse Lisa Fischer et en retrait, côté cour, le multi-instrumentiste et compositeur JC Maillard.

Une rencontre en deux temps, avec une pause juste comme il faut pendant, qui nous entraîne les différents tableaux durant lesquels la chanteuse intervient régulièrement dans le propos chorégraphique pour le rehausser par sa voix, si belle et si puissante et ses gestes, aussi !

Une soirée qui m'a permis de me sentir ailleurs, sentir, par procuration sur scène, mes fibres cardiaques dans une déclinaison de différentes relations. Les gestes sont épurés et fort éloquents, l'écran tout au fond de la scène se colore tout en nuances, en osmose avec les mouvements et le chant, selon les états du moment. Impossible pour moi, de décrire en détails, le bien-être ressenti, mais de ces différents états si bien exprimés, en solo, en duo ou en groupe, mais mon "coeur", lui, se met en phase avec le propos de l'oeuvre !

Pour sa dernière proposition de la saison 18-19, Danse Danse nous propose, pour une première fois, l'oeuvre d'un chorégraphe "visionnaire" (comme l'indiquait le feuillet de la soirée !) mais aussi fort "thérapeutique", de mon point de vue. Une fort belle soirée qui fût suivie d'une fort longue et sincère ovation des spectateurs.


jeudi 4 avril 2019

Sur mes pas en danse: Une soirée fort belle avec "Revisor" chez Danse Danse

Ce n'était pas ma première fois et à chaque fois la théâtralité des propositions de Crystal Pite et Jonathon Young (Kidd Pivot) me font différents effets. Ils m'interpellent, me désarçonnent parfois, mais jamais ne me déçoivent. En ce début de printemps qui se fait encore tout timide, Danse Danse me proposait leur plus récente création "Revisor". La lecture préalable du feuillet de présentation "mettait bien la table" à ce qui allait suivre. Le point de départ est une pièce de théâtre russe, une comédie, de Nicolas Gogol qui portait sur des sujets, tels que la tromperie, la cupidité et la corruption.

                                                Photo de Tiffany Tregarthen par Michael Slobodian
                                                tirée du site internet de la compagnie Kidd Pivot

Mais même averti, je suis quelque peu désarçonné par la tournure fort verbale du début. De mon siège en première rangée, je devais suivre l'action toute gestuelle et le propos des protagonistes en langue anglaise, pour lequel je devais lever tout haut mes yeux pour en voir la traduction. Je devais donc choisir entre voir ou comprendre certaines parties de ce premier tableau. Mais, assez vite, j'ai fais mon choix et je me suis concentré sur ce qui se passait sur la scène, même si certains propos m'échappaient. Il faut avouer que la grande qualité d'interprétation des différents interprètes,  Doug Letheren, Jermaine Spivey (mon coup de coeur), Matthew Peacock, Rena Narumi, Ella Rothschild, David Raymond, Cindy Salgado, Tiffany Tregarthen et Renée Sigouin a rapidement happé mon attention et, donc, a détourné mon attention du propos exprimé.

Et puis arrive le moment, où le propos devient essentiellement chorégraphique. Ce que l'on vient de voir m'est présenté fort différemment avec les interprètes dépouillés de leurs vêtements d'époque, d'autres neutres. Cette façon de faire en "focalisant" sur les gestes m'a beaucoup plu. Pas de surprise sur le propos dramaturgique, donc toute mon attention se porte sur les gestes fort bien exprimés et le propos oral qui les présente. C'est pour moi, la partie "forte" de l'oeuvre, qui, néanmoins, ne l'aurait pas été sans ce qui l'a précédé.

Et puis, nous revenons à la forme de présentation initiale, pour découvrir l'acte final. La conclusion ne surprendra pas, comme certains travers de la nature humaine transcendants les époques. Moi, de cette soirée, j'en reviens comblé et satisfait de la forme choisie par les chorégraphes.

mercredi 20 mars 2019

Sur mes pas en danse: Un voyage "haut en mouvements" avec la compagnie Red Sky Performance chez Danse Danse

Il semble que les astres s'alignent pour moi et que les rencontres avec des artistes autochtones se font plus nombreuses. Et le spectateur de danse que je suis, l'apprécie beaucoup.

Il y a eu la semaine dernière, ma rencontre avec Ivanie Aubin-Malo, pour assister à sa conférence dansée, elle artiste autochtone d'origine malécite. 'en avais écrit un court compte-rendu sur mon blogue.

Cette semaine, une autre rencontre, gracieuseté de Danse Danse avec une chorégraphe autochtone (Sandra Laronde) de la communauté des Teme-Augama Anishinaabe  ou Peuples des eaux profondes qui nous présentait "Backbone", précédée par "Migiis" comme introduction. Cette introduction représente le voyage de la Côte Atlantique vers les Grands Lacs (comme le texte l'indiquait sur l'écran). Cette rencontre aura lieu à la Cinquième Salle de la Place des Arts, dont la forme d'Agora se prêtait fort bien à la présentation.

                                         Photo par David Hou tirée du site du Devoir

Les mots d'accueil sont faits par Pierre Des Marais et la chorégraphe qui semblait sincèrement heureuse de cette première visite à Montréal. Elle nous indique qu'ils reviennent d'une tournée européenne de vingt-deux représentations de "Skybone". Pour leur passage à Montréal, la troupe nous propose en plus une introduction, "Migiis" ("un "teaser, indique-t-elle), un cadeau serais-je tenté d'ajouter. Elle présente ensuite, l'inspiration de "Skybone", soit la cordillère américaine, chaîne de montagnes tout à l'ouest de notre continent, séparées par des frontières, mais qui sont "une". Mais qui est surtout, d'une perspective autochtone, la colonne vertébrale de notre terre mère, les Amériques. Et à partir de la danse et de la musique, "nous incarnons les paysages qui la composent, c'est aussi une cartographie autochtone que nous dévoilons et qui révèle notre "vérité".

La table est mise et les lumières s'éteignent. Le premier tableau est "magique", nous montrant un amalgame de corps d'où émerge l'un d'entre eux.  La suite nous entraîne dans les deux oeuvres qui comme peut le faire la découverte de ces géants montagneux fort spectaculaires, suscitent l'admiration et les ébahissements. Les interprètes Ageer, Eddie Elliot, Lonii Garnons-Williams, Samantha Halas, Lindsay Harpham, Philipe Larouche, Julie Pham et Jera Wolfe, accompagné.e.s par Rick Sacks à la musique nous proposent des tableaux spectaculaires, entrecoupés de moments plus calmes, comme le passage par un col avant la découverte de la prochaine montée tout en hauteur.

Les différents tableaux sont riches en performance athlétique, en "physicalité" et aussi un d'entre eux, en contorsion. Le mouvement des corps est accompagné par la musique "live" riche en percussion qui semble (et qui est, je le saurai plus tard) en interactions constantes avec les interprètes. Le voyage sur cette colonne se termine sur un tableau fort approprié, tout en douceur, "le retour vers la plaine" ! et de sa sombre tranquillité du soleil couchant.

Un moment fort de ma saison danse qui, si je me fie aux commentaires entendus en sortant, semble être une impression partagée !

Avant que mes pas me ramènent à la maison, j'ai pu échanger avec les artisans de cette oeuvre et donner mon appréciation. Ils semblaient tout frais et dispos après avoir fourni une performance physique qui étai exigeante !!! Et un brin de nostalgie aussi, lorsque Rick Sacks, le musicien sur scène, est venu vers nous pour demander ce qu'il advenait de Gilles Maheu (fondateur de la compagnie Carbone-14) ? Il était un des musiciens dans la présentation, il y a "longtemps" (détecter ici le ton nostalgique), de "Peau, chair et os". Une fois, l'information transmise sur la suite des choses, il nous remercie, tandis que de notre côté, nous nous mettons à rêver de revoir sur scène une oeuvre de cette troupe mythique !



mercredi 13 mars 2019

Sur mes pas en danse: À la rencontre de "The man who travelled nowhere in time" à l'Arsenal Montréal

Avec "The man who travelled nowhere in time" de la chorégraphe et interprète Kyra Jean Green, ce n'était pas ma première fois. Effectivement, au mois d'août dernier, j'avais assisté à "l'informal showing" sans éclairage, ni de scénographie de sa proposition en construction. J'avais été impressionné par la théâtralité de la proposition, de son propos et aussi de l'utilisation des gestes et des mouvements pour soutenir une dramaturgie fort intéressante. Le produit final, malheureusement pour moi, je n'avais pu l'apprécier sur une grande scène dans les semaines qui ont suivi au Festival Quartiers-Danses.

Voilà donc pourquoi, que c'est sans hésitation, que je suis parti de mon "est de la ville" pour me diriger dans le tout ouest de ma même ville, Griffintown, à la Galerie Arsenal art contemporain pour la revoir une fois la résidence en ces lieux complétée.


Une fois sur place, la Galerie est encore tranquille, nous ne sommes que quelque-un.e.s qui arpentent les lieux pour apprécier les œuvres ou pour échanger avec d'autres. Mais dans les minutes précédant le moment du début de la prestation, le lieu devient fort achalandé. Nous sommes donc nombreux à avoir dit oui à cette invitation, soutenue aussi par Danse Danse. Le spectateur que je suis, étant un peu difficile sur la place à prendre pour apprécier une oeuvre, se met tout prêt de la porte de la salle de présentation, à l'affût de son ouverture prochaine. Mais une bonne âme (merci Vanessa !) vient vers moi pour m'informer que la prestation débutera ailleurs, là où justement il y a plein de monde, évidemement !!!!  Je m'y rend pour trouver une place et assister à l'arrivée, venant de "nowhere", de "l'homme" qui est en fait la chorégraphe qui vient vers nous. Elle est accompagnée par les autres habitant.e.s de sa pensée consciente ou inconsciente (Janelle Hacault, Emmanuelle Martin, Sara Harton, Brittney Canda, Geneviève Gagné, Alexandre Carlos) dont une nous propose un chant de sirène pour nous entraîner dans son sillage. Pendant que la troupe passe dans ce "tunnel" aux couleurs hallucinantes, nous tentons de les suivre ou de trouver une place pour les voir passer. 

Retour dans l'espace central de la Galerie pour écouter un morceau sur piano et l'évolution de ce groupe dans un univers manifestement parallèle au nôtre ! Le tout se poursuit dans la grande salle de présentation dans laquelle les tableaux se succéderont à différents endroits au propre comme au figuré. Les interprètes en solo, en duo ou en groupe se relaient d'un endroit à l'autre, utilisant différents types d'éclairage (éléments scéniques particulièrement bien utilisés) pour nous guider dans les lieux ou pour éclairer le propos chorégraphique. Difficile pour le spectateur que je suis de toujours trouver le bon point de vue, mais pour une moins bonne place pour voir en succède une autre bien meilleure. Et puis arrive le moment, pour les interprètes de se déplacer sur l'espace de prestation principal et pour nous de prendre un siège dans l'estrade, et moi évidemment en première rangée ! Et c'est à ce moment que j'ai le plus reconnu, l'oeuvre en devenir d'il y a quelques mois. Ce voyage, utilisant fort habilement une grande partie de cette Galerie en investissant les différents lieux trouvait sa destination sur l'espace de prestation. Et elle se conclue par la projection sur grand écran de ces mêmes personnages dans une maison "tout en haut de la colline" tout droit sortis des souvenirs de cet homme !

Une soirée qui m'a permis d'apprécier encore une fois une chorégraphe qui réussit à joindre une dramaturgie intéressante et de la danse contemporaine fort bien exploitée et très bien interprétée. C'était la deuxième oeuvre que je découvrais de Kyra Jean Green (il y avait eu aussi "Tous les flocons sont les mêmes quand ils tombent" avec les élèves de l'École Contemporaine de Danse de Montréal, il y presque deux ans), mais ce ne sera pas la dernière fois. À vous d'y voir chers diffuseurs et organismes subventionnaires !


jeudi 24 janvier 2019

Sur mes pas en danse: Fuir la grisaille grâce à l'éclatant "Grupo Corpo"

Comme me le disait, fort sagement mes parents, tout se mérite dans la vie. C'est donc après avoir marché pendant plus d'une trentaine de minutes sur des trottoirs fort riches d'une neige "gadoueuse" et sous une légère pluie (ben oui !, le bus n'arrivait pas et moi je voulais me rendre !!!) que j'ai pris le métro pour me rendre à la première soirée de Danse-Danse en 2019. Et en cette première soirée, je ne serai pas le seul, parce que la file pour entrer ans la Salle Maisonneuve était fort longue, tout comme celle de la salle de bain, une fois rendu à l'intérieur.

                                         Photo de José Luiz Pederneiras tirée du site du Devoir

Mais une fois rendu à ma place, tout cela était oublié et je passais en mode "accueil" pour ce programme double de la compagnie Grupo Corpo et de son chorégraphe Rodrigo Pederneiras. Cette compagnie est une habituée de la place (c'est une quatrième présence pour elle), mais au final, pour moi, c'était une première et j'espère que cela ne sera pas une dernière.

Au programme donc, deux propositions toutes différentes qui m'ont permis de fuir la grisaille que Dame Nature me proposait sur la tête et sous mes pieds, un peu plus tôt.

En première partie, "Bach", créée en 1996, mais qui comme le compositeur, titre de l'oeuvre, reste encore et toujours actuel. Une oeuvre formelle et rigoureuse, qui a tout d'une courte pointe fort bien tissée. Des mouvements souvent athlétiques dont l'utilisation des bras m'a particulièrement captivée. Des mouvements brillamment exécutés qui "surfent" sur la partition musicale. Des pas sur scène qui nous permettent une évasion du moment vers d'autres lieux et d'autres époques.

Une évasion qui a sa conclusion, suivie d'applaudissements fort bien mérités.

Après une entracte qui me permet de revenir ici et d'observer deux spectatrices qui squattent deux sièges devant moi, le temps de prendre plein de selfies avec la nombreuse foule derrières elles, les lumières de la salle se font de nouveau discrètes.

Et débute "Gira", plus récente création de la compagnie, qui est inspirée des rituels traditionnels afro-brésiliens. Une oeuvre, à mes yeux, éclatante, festive, éclatante, portée par une trame musicale tout à la hauteur. Une oeuvre toute colorée d'une sensualité, qui capte mon attention et prend à plein corps  ma satisfaction, Ce qui en cette soirée hivernale, m'a fait grand bien. Toute colorée d'une sensualité, mon attention est captive et mon plaisir satisfait. De ma place, j'ai beaucoup apprécié les astuces scéniques qui dissimulaient tout autour de la scène, les corps sous les "draps" noirs, leur permettant de disparaître et d'apparaître rapidement.

Pendant que dehors, Mère Nature faisait des siennes, moi dans mon siège, j'étais transporté dans un ailleurs plus chaud, grâce à un chorégraphe et des interprètes fort talentueux. Et j'en ai profité pleinement, parce que pendant le retour, je n'ai aucun souvenir de ce que mes pas ont foulé !

mercredi 14 novembre 2018

Sur mes pas en danse: "Ghost" pour me faire rêver é(mer)veillé !

Chers Emmanuelle Lê Phan et Elon Höglund (et tout le reste de votre gang de Tentacle Tribe,Victoria Mackensie, Mecdy Jean-Pierre, Marie-Reine Kabasha et Rahime Gay-Labbé), je veux vous dire merci. En cette soirée automnale froide et sombre, vous avez éveillé en moi le petit enfant pour le faire rêver réveillé, mais tellement bien qu'il fallait qu'il se pince pour qu'il y croit, parce que magique !
                                     Photo d'Alexandre Gilberttirée du site de Danse Danse

Et dans ce rêve, j'y ai vu des êtres qui évoluaient devant moi, en des formes toutes aussi polymorphiques que fantastiques. J'y ai vu aussi comment le souffle nourrissait et pouvait influencer le mouvement des autres. De ces gestes qui se propageaient, tel le mouvement des ondes de la lumière. Et comment aussi, des éclairages (Bravo Benoit Larivière !), pouvaient créer des illusions des gestes qui flottaient sur scène, comme le feraient des fantômes. Et aussi, comment, il est possible d'un geste de projeter la lumière vers les autres. De ces êtres qui là, juste devant moi changeaient de couleurs, de foncé à pâle. Des moments hors du temps qui m'ont amené dans des lieux fantastiques, enrobés de la trame musicale (Samuel Nadaï) desquels, j'ai eu peine à revenir. De ce difficile retour dans la réalité, je ne vous en veux pas, parce que des souvenirs (de ce rêve) accompagnent mes pas encore maintenant.

Et moi, il y a deux ans, je me demandais à la sortie de votre proposition "Fractals of you", "Après les pixels et les fractals, je suis bien curieux de savoir vers quels territoires poético-technologiques, ils nous amèneront dans le futur." Ce soir, j'ai eu une réponse qui me permet d'affirmer que les territoires poétiques que vous explorez sont fertiles et que vous les exploitez admirablement bien. Au plaisir et surtout dans l'espoir de vous redécouvrir bientôt.

jeudi 27 septembre 2018

Sur mes pas en danse: À la rencontre de "Giselle" de Dada Masilo

C'était il y presque trois ans (janvier 2016) que j'ai eu ma première rencontre avec Dada Masilo et son "Swan Lake". De cette rencontre, j'avais écrit ""Swan Lake" est une oeuvre percutante sans artifices techniques, que j'avais fort bien apprécié. Il y avait une audace dans le propos, mais surtout des interprètes, incluant la chorégraphe qui portaient une histoire. 

                                          Photo de John Hogg tirée du site de Danse Danse

Cette fois, c'est une version "revisitée" de "Giselle", oeuvre classique, décrit comme un ballet romantique (dans le feuillet de la soirée) que la chorégraphe nous propose. Et c'est de la première rangée que je découvrirai cette histoire douloureuse d'amour et de trahison. Choix fort judicieux, et j'y reviendrai pour le pourquoi, pour apprécier cette oeuvre en deux temps. 

Une fois les spectateurs en place, les mots de bienvenue "envolés" dans la salle, les lumières s'éteignent et se rallument sur l'histoire de cette jeune femme interprétée par Dada Masilo. Une histoire dansée, sans décors, mais avec des interprètes qui remplissent toute la place. De tout proche, j'entends bien ce qu'ils nous proposent avec leurs voix, mais surtout j'apprécie totalement leurs expressions faciales qui enrichissent les gestes. Leurs performances sont tout dévoués dans le propos. Si la première partie "Un village", met la table au drame, c'est la deuxième partie, "Pays des Wilis/esprits", plus courte qui frappe notre imaginaire avec des scènes fort évocatrices et une finale éblouissante (oui, oui, un qualificatif, un peu fort, mais tout à fait approprié). 

Et nous une fois la "poussière" retombée, nous revenons sur terre pour applaudir chaleureusement la douzaine d'interprètes. Impossible de rester insensible face à leurs expressions éclatantes devant nous et qui à leur tour, nous applaudissent avec une sincérité fort belle. 

Voilà une histoire que je ne connaissais pas, mais que j'ai bien suivie. Avec des performances solides et inspirées, cette première soirée chez Danse Danse met la table à une saison prometteuse.

samedi 14 avril 2018

Sur mes pas de spectateur: Aller franchir le "Seuil" avec "Le Patin libre"

L'expérience est unique et c'est Danse Danse qui nous la propose. Nous sommes invités à découvrir une proposition de patin "artistique" sans boucle piqué, ni lutz ou double axel, ou devrais-je plutôt dire du Patin libre, comme le nom de cette compagnie montréalaise de patinage contemporain.

                                         Photo tirée du site de Danse Danse

De cette "gang" et de son audace et de sa résilience à poursuivre à "performer", j'avais déjà entendue parlé, mais, jamais, je m'étais rendu à une de leur performance. Cette fois, c'était la bonne et c'est donc, jusqu'à l'Aréna St-Louis, "à l'ombre" du lugubre viaduc Van Horne que mes pas m'ont porté. Il y avait quelque chose de sympathique à aller à la découverte d'un spectacle d'une gang qui a su, depuis huit ans, sortir des sentiers battus des disciplines de la danse et du patin et obtenir la reconnaissance d'un grand public. Plus d'une dizaine de représentations sur deux semaines, "ce n'est pas de la tarte", mais si je me fie à la foule nombreuse présente à cette deuxième représentation, cela devrait être un défi relevé. Suffit de convaincre les indécis, et je me ferai un grand plaisir et un devoir d'y contribuer.

Pour pouvoir prendre place sur la glace, il faut d'abord monter les marches extérieures, montrer notre billet, descendre les marches fort pentues des estrades  (désignées salle d'attente pour l'occasion) pour prendre place sur un siège, le temps que l'on puisse prendre place sur notre siège ou notre coussin à l'une des deux extrémités de la patinoire. "À ras de la glace", toutes les places sont bonnes, sommes-nous rassurés, et c'est vrai, mais pour être confortables, être chaudement habillés et utiliser les couvertures fournies est fort important, comme il nous l'est fortement conseillé.

Nous prenons donc place quelques minutes avant la représentation et attendons. Les lumières se ferment et puis arrive le moment de la découverte. Les cinq interprètes-patineurs (patineuse) sont là et entreprennent la première des deux parties de la soirée. De "Threshold (Seuil)", je serai honnête, je n'y trouverai pas l'habituel sens aux œuvres de danse auxquelles j'assiste. Je me sens ailleurs, mais ma posture de spectateur est différente et fort agréable.

                                                                             Pause.

Je dois indiquer que j'apprécie très peu le patinage artistique, tel que l'on peut le voir aux Olympiques, par exemple. Non pas à cause de la beauté et de la dextérité des performances des athlètes de haut calibre que l'on peut y voir, mais de la perspective constante des fautes et des chûtes que ces athlètes risquent de faire, "because" l'obtention d'une médaille qui leur demande d'aller à la limite.

                                                                     Fin de la Pause

Ainsi donc, dans les gestes et les déplacements que je peux découvrir, il y a une pureté que l'apparente simplicité de ce que l'on voit qui me rejoint avec satisfaction. Si la trame musicale est intéressante et appuie bien ce que je voie sur la glace, c'est le son du patin sur la glace qui me plait le plus. Il y a dans cette simplicité sonore, une résonance qui me comble sans que je ne puisse l'expliquer, une résonance viscérale.

Des deux parties, c'est la deuxième qui m'a le plus rejoint avec des duos fort expressifs. La finale, aussi, avec les cinq interprètes qui se déplacent d'un côté à l'autre en serpentant la glace d'abord et en s'entrecroisant ensuite. De cette perspective latérale, de ma perspective, le moment était magnifique et mémorable.

J'ai pu découvrir, en cette soirée de printemps frisquet, "sur fond de glace persistente", une oeuvre sur glace qui m'a plu autant par son esthétique que par la qualité de la prestation des cinq interprètes, Samory Ba, Jasmin Boivin, Taylor Dilley, Alexandre Hamel et Pascale Jodoin. Et de cette présentation faite de ces moments sur glace, soit "Une tribu, un voyage, un jeu. Un accident. Une transformation des corps, des vies et des désirs.", nous pouvons la partager ou pas, le plaisir sera, de toute façon !

À mon départ, j'ai pu rencontrer un des patineurs-artistes, Samory Ba, tout aussi sympathique que "géant" sur ses patins encore au pieds. À mes questions, ses réponses sont directes et fort instructives et rendent le spectateur fort heureux pour toute cette soirée.


lundi 9 avril 2018

Sur mes pas en danse: "Again" parce que la nature humaine n'apprend pas ?

Pour la première de l'oeuvre d'ouverture au programme du festival "Printemps nordique" de la Place des Arts (co-présentée par Danse Danse), même mère Nature y a mis du sien. En effet, elle nous proposait un  -7 degré Celsius qui enveloppait toute la ville en ce début d'avril. Au programme de cette soirée, nous avons eu droit à "Again" de la norvégienne Ina Christel Johannessen ( Danse zero visibility corp.).

                               Photo de la Place des Arts

Avec cette première soirée, vient le discours d'ouverture de l’ambassadrice de Norvège qui s'adresse à nous en français et très beau de surcroît. Merci madame l'ambassadrice !

Le feuillet de la soirée nous indique que "Again parle de la répétition des mêmes gestes, des mêmes émotions pour, au final, créer une oeuvre unique". À cette présentation, j'adhère mais en y additionnant une perspective toute personnelle et qui sait peut-être partagée. Dans cette oeuvre, j'y ai vu de proche ou de loin, des épisodes de guerre, "again et again" !

Dans l'oeuvre présentée, en entrée de jeu, nous sommes protégés de ce que le paravent de carton plié nous cache. Il y a la vie devant, mais dans un espace ne laissant pas beaucoup de marge de manœuvre à la paix qui y règne, avec derrière l'incertitude. Moi, dans la première rangée, l'effet me rejoint. Arrive le joueur d'accordéon (symbole, pour moi, des Années folles entre les deux grandes guerres) et son accompagnatrice, juste devant moi, en première rangée excentré vers la gauche.

Et les choses évoluent, la scène se fait plus grande, le paravent reculant, et les interprètes prennent possession de la place. Les relations se font mouvementées, les mouvements dansés différemment déclinés comme il est possible d'imaginer une population face à la guerre. Le panneau, comme le front, se déplace, se module et engloutit nos illusions et les humains qu'il rencontre. Moi, de ma place, j'ai une frayeur, parce que se retrouve soudain, sur le devant de la scène, un meuble sur lequel, des interprètes empile des cartons ce qui me cache une partie de la scène. Aucune action sera présentée derrière, mais ce sont plutôt les cartons qui seront mis en action, juste devant moi, passant du meuble au plancher. Et le meuble sera déplacé vers l'arrière. "Ouf", plus de peur que de mal !

Comment vivre quand rien n'est certain pour le lendemain ?  Voilà ce que je vois en mouvements sur scène. Et pour en ajouter une couche dramatique, une bizarre de machine vient prendre place, encore une fois, juste devant moi, une machine qui s'avère sonore, sinon musicale entre les mains de lui et d'elle. Lui utilise un archet ou un marteau, elle s'y met à taper de grands coups de pieds ou utiliser des cordes effilochés pour produire des sons fort grinçants. La musicalité de la violence sur le front de guerre se perçoit fort bien. Et ne me demandez pas ce qui se passait ailleurs sur la scène, mon attention y est restée tout accrochée. J'y entend la guerre et les combats, avec le métal qui se déchire, se tord, mélangé avec la chair humaine. Le mur mobile devient colonnes et chacun y trouve son abri, avant le dénouement final. Attendant que "Again", la violence guerrière reprenne ses quartiers.

Sept danseurs dont Anne Plamondon qui, sans que je le réalise durant, a capté mon attention par sa prestation fort solide. Intéressant aussi, l'utilisation des bottes portées par eux, mais qui parfois sont retirées, nous indiquant des changements de leur état d'esprit.

Une soirée riche qui m'a permis de découvrir une chorégraphe qui vient de loin, mais dont le message m'est proche.

mercredi 21 mars 2018

Sur mes pas en danse: "Le cri des méduses" fort complexe selon Alan Lake

De Alan Lake, j'avais vu "Ravages", mais de cette oeuvre, peu de souvenirs bons ou moins bons, sinon l'utilisation de la matière pour soutenir le propos chorégraphique. Mais, à cette soirée de première, je m'y suis rendu plein de curiosité et d'intérêt pour découvrir "Le cri des méduses" qui selon son créateur "prend de nouvelles résonances à la fois avec l’actualité des naufrages des migrants en Méditerranée, mais également quant au futur de l’humanité soumise aux changements climatiques" (Le Devoir 17 mars 2018). Dans le hall de la Cinquième Salle de la Place des Arts, quelques minutes avant l'entrée en salle, la foule est nombreuse et hétéroclite, à l'image de cette humanité. En effet, jeunes et moins jeunes, gens du milieu de la danse et "simples" spectateurs attendent de prendre leur place. 


                                          Photo de l'oeuvre tirée du site de Danse Danse

Le moment arrive et nous entrons dans la salle pour y découvrir, sur scène, une structure de bois et de métal, en apparence banale, mais fort énigmatique à mes yeux. Une fois les lumières éteintes et les avertissements d'usage envolés dans l'espace, nous pouvons découvrir des hommes et des femmes venus de l'ombre qui prennent l'assaut de la structure, telles des méduses prenant place dans un radeau. Nous sommes rapidement entraînés dans une suite de mouvements alliant puissance et élégance. Impossible de rester indifférent durant les tableaux qui nous montrent ces corps qui évoluent avec des mouvements ondulatoires que l'on imagine dans le fond de l'eau. Tout cela enrobé par la musique fort efficace et en direct d'Antoine Berthiaume. Il m'est arrivé de ressentir que j'y étais avec eux et lorsque sur cette façade au fond, un rayon lumineux y perce, de l'oxygène dans mes poumons s'est engouffré. Il y aura bien ce moment trop vite présenté durant lequel, hommes et femmes sont rapidement aspergés par un jet de liquide noir, suivi d'un rapide passage de linges sur eux et sur scène, comme s'il fallait passer rapidement à autre chose et effacer nos erreurs.

Aussi, j'ai été fortement impressionné par ces différents tableaux de "poses de superposés" durant lesquels les corps s'agglutinaient et d'autres en émergeaient, pour nous présenter des formes fort marquantes. Il y aura aussi ces mouvements en duo qui se répètent comme la vague sur le sable et dont je ne me lassais pas de la répétition. Enfin, ce radeau, polymorphique et constamment modifié et déplacé, devient le support d'élans chorégraphiques marquants. Malheureusement, ces élans sont souvent trop courts et comme les vagues sur la plage, effacent toute trace des impressions en nous, des mouvements précédents.

Au final, une oeuvre riche (trop peut-être !), abondante, brillamment et athlétiquement interprétée par Josiane Bernier, Kimberly De Jong, Jean-Benoit Labrecque, Louis-Elyan Martin, Fabien Piché, Odile-Amélie Peters, David Rancourt, Geneviève Robitaille et Esther Rousseau-Morin). Des tableaux qui nous proposent une plongée dans les eaux souvent troubles d'une humanité à la dérive. Une expédition forte en courants et en vortex, mais parfois trop rapide pour que les sensations persistent en nous. Il en reste que la finale, elle, avec les interprètes tout enrobés, nous laisse avec une forte et bonne impression qui sera durable.

samedi 24 février 2018

Sur mes pas en danse: Une rencontre marquante avec la Martha Graham Dance Company et son "Repertoire"

Mes plus récentes sorties danse chez Danse Danse furent tout à fait réussies et la plus récente a été à la hauteur. Au programme, "Repertoire" de la Martha Graham Dance Company qui m'a permis de découvrir l'univers chorégraphique de Martha Graham, cette chorégraphe pionnière et audacieuse du siècle dernier. Nous aurons droit à quatre oeuvres, présentées par Janet Eilber, la directrice artistique et ancienne première danseuse de la compagnie. Ce type de présentation, une première pour moi, rendait la rencontre plus solennelle. Et, traduite en français, disponible plus tard dans le hall, me permettra surtout de pouvoir la relire et la conserver.

                                         Photo tirée du site de Danse Danse

Ne comptez pas sur moi pour expliquer la contribution significative de cette chorégraphe, qualifiée de révolutionnaire, je n'y arriverais pas, mais pour les intéressé(e)s, le texte de Catherine Lalonde, "Le legs radical de Martha Graham" dans Le Devoir mérite le détour (http://www.ledevoir.com/culture/danse/520344/grand-angle-le-legs-radical-de-martha-graham ).

La soirée se met en branle avec "Chronicle", une pièce en trois tableaux, créée en 1934, suite à son refus de "performer" aux Jeux Olympiques de Berlin. Le message politique est fort évident et surtout fort courageux. Décrits par Janet Eilbert, comme intemporel, les propos chorégraphiques sont fort percutants et surtout tellement beau à voir. J'en retiens surtout le premier tableau dans lequel, l'interprète, PeiJu Chien-Pott, utilise son vêtement  pour nous présenter ses différents sentiments face à l'horreur qu'elle pressent. Ce tableau constitue une superbe entrée en la matière, autant par le propos que par la qualité de l'interprétation.

Il s'en suit, après un court temps de transition, "Lamentation Variations". Trois pièces inspirées du solo de la chorégraphe (et interprétée par elle) capté sur pellicule et qui nous est présenté. Trois "variations" pour souligner la tragédie du 11 septembre. De ce cristallite qui nous permet de voir la chorégraphe, les gestes créés par les trois jeunes chorégraphes, Doug Varone, Aszure Barton et Larry Keigwin sont à leur tour fort éloquents et captivants.

Les applaudissements s'estompent, le rideau s'abaisse et l'entracte arrive.

La prochaine pièce "Ekstasis" sera plus courte, mais nous permet de revenir dans le temps et de se "ré-imaginer" un moment charnière de la carrière de la chorégraphe en 1933. Comme il nous le sera annoncer, "Ekstasis (pièce solo) se dessine comme une sculpture moderne qui prend vie". Courte oeuvre, peut-être, mais tout à fait marquante, surtout de la première rangée qui est la mienne.

En clôture de programme, "Mosaic" nous entraîne ailleurs, autant dans le temps que dans l'espace, mais tout proche des préoccupations de Martha Graham, puisque c'est l'an dernier que Sidi Larbi Cherkaoui aborde un thème politique sensible qu'est celui de la diversité culturelle dans une perspective actuelle. Impossible de ne pas apprécier le propos et la qualité de l'interprétation qui nous sont présentés. La danse est encore un instrument de sensibilisation politique, parce que l'histoire elle est un éternel recommencement.

Le spectateur, citoyen engagé que je suis, en ressort fort satisfait par une soirée riche pour les sens avec ses mouvements, mais aussi forte pour la raison par ses propos. Une sortie danse mémorable !