lundi 19 avril 2021

Sur mes pas (virtuels et réels) en danse : Question de perceptions (doubles) grâce à Tangente et ses deux propositions !

 La proposition de Hélène Messier, "Soie", Tangente nous proposait de la découvrir en présence, mais aussi en webdiffusion. J'ai donc profité de cette opportunité pour la découvrir des deux façons. Et lors de cette visite dans ces lieux si familiers, dans le Wilder, pour moi en des temps pré pandémiques, je pouvais aussi découvrir la proposition d'Hugo Dalphond. 

Mais reprenons par le début ! Habitué à arriver assez tôt et prendre place à la porte de la salle, Hélène Messier a été un bon nombre de fois là en service. Et moi le bavard-curieux, dans la limite du raisonnable, je vous rassure, j'ai pu en apprendre sur cette oeuvre en création en lien avec son mémoire de maîtrise en préparation aussi. J'étais donc très curieux de découvrir le résultat de son travail. Et je l'ai fait en trois temps, d'abord via le web, ensuite en présence et une troisième fois en web encore, question de vérifier un petit détail qui me turlupinait durant la prestation en direct !

                            Photo d'Hélène Messier prise par David Wong fournie par Tangente

Je débuterai ce retour avec ma visite dans l'Espace Orange. Accueilli.es dans la salle un.e à la fois, nous sommes dirigé.es vers un des sièges disponibles tout autour d'un espace central. C'est donc sur le périmètre de ce cercle que la vingtaine de spectateurs, spectatrices découvriront ce "modèle vivant" comme il peut être possible lors d'un atelier de peinture. Le lieu est sombre, respire le calme et prédispose parfaitement à l'arrivée de l'artiste. Comme l'indique le programme de la soirée, elle nous propose une illustration de "Comment habiter une pose? Invoquant le butō et le modèle vivant, Hélène cherche à entrer dans un mode méditatif qu’elle partage avec le public." 

Et de ma perspective, elle réussit bien. Mon laisser-aller, déstabilisé par la proposition précédente d'Hugo Dalphond (sur ce point, je reviendrai). reprend tous ses droits. Elle débute sa prestation immobile, sur son petit carré illuminé, dos à moi et peu à peu tournant sur elle même, elle se présente de face à moi. Tout aussi calmement, elle évolue. Elle laisse le temps aux gestes de se déployer et de notre attention de la rejoindre ! Mon moment fort est le passage à terre où elle entreprend des rotations de façon tellement naturelle que je cherche ce plancher tournant qui évidemment n'existe pas. J'y ressent la rotation du corps apprivoisée, tout en douceur et maîtrisée. La rotation de ce corps qui veut calmer, me calme aussi. Je suis aussi attentif aux détails, comme cette main qui semble sortir du cadre ou du sens de la rotation qui il me semble passe du sens horaire au sens anti-horaire en fin de prestation. Et comme une fleur que j'ai vu éclore, chercher le soleil et le regard des autres, elle se refait discrète une fois la nuit arrivée tout en laissant une trace dans nos pupilles. Je m'en voudrais de ne pas mentionner la contribution de Vincent Gagnon à la musique qui enrobe le tout de façon fort douce et pertinente. Au final, des moments qui permettent de se détacher du moment présent et de se rendre dans un espace temps tout en douceur et en calme. 

Et pour ceux et celles qui sont curieux de connaître la raison de mon visionnement web après, la raison est bien simple. Bien attentif à la proposition, il m'avait semblé que le sens de la rotation avait changé vers la fin. Et c'est en le revisionnant que j'ai pu constater que je ne m'étais pas trompé, confirmant que j'étais bien attentif. (La web diffusion a certains avantages !)

Un aspect qui, selon moi, amenait une plus-value fort intéressante à la captation présentée en web-diffusion est définitivement la perspective "tout en haut". Perspective que jamais il ne serait possible de découvrir en "live" !

En début de séance, comme je l'indiquais précédemment, m'était présenté, "Étude sur la pénombre" d'Hugo Dalphond que je connaissais par ses nombreuses contributions aux éclairages de propositions chorégraphiques dont celle d'Hélène Messier que j'ai vue juste après. Malgré le titre, nous étions informés, c'est dans un "contexte d'obscurité" que l'interprète François Richard évoluerait ! Il en reste que j'étais muni de mon attention de chat, à défaut de ses yeux pour découvrir cette proposition. Et, une fois la musique fort envoutante (de Mathieu Seulement) tout en contrôle de ce lieu, mes yeux et mon cerveau ont échappé à mon contrôle. Dans cette pénombre, j'ai vu ou imaginé, je ne saurais dire ce corps apparaître, pour disparaître tout aussi rapidement. Pendant toute la représentation, il y a eu en moi, un combat constant, rien de reposant ! Comme si les projecteurs de ce créateur s'étaient déplacés de la scène jusque dans ma tête ! Une proposition qui déstabilise, ce qui en soit mérite le déplacement !

Soyez rassuré.es, durant mon retour à la maison, la paix s'est faite en moi ! Juste impatient de retourner en salle. La prochaine fois, c'est une proposition de l'Agora de la danse qui sera ma destination. À suivre !!!!

mardi 13 avril 2021

Sur mes pas (virtuels) en danse: La collection automne fort riche des "Solos, prêts-à-porter" de Danse K par K.

Lorsque j'ai vu passer cette proposition, je n'ai pas pu la refuser. Cette collection de "Solos, prêts-à-porter" de Karine Ledoyen que je pouvais découvrir sur mon écran, je me la suis procuré sans hésitation. À ces cinq propositions d'abord présentées aux creux des mains des spectateurs dans différents publics extérieurs, moi, je n'y avais pas été ! 

Ces cinq oeuvres sont le prolongement différent de ces solos qui avaient été présentés dehors devant un ou deux spectateurs,trices l'été dernier. Moi qui avait pu en découvrir deux l'été dernier dans "mon" Montréal, je pourrai cette fois découvrir des artistes qui performent surtout à Québec. Parmi les cinq chorégraphes-interprètes, un seul m'était connu, soit Fabien Piché que je connaissais par l'intermédiaire des oeuvres du chorégraphe Alan Lake. C'est donc avec un grand plaisir et une curiosité toujours présente que j'ai fait une première rencontre avec Julie-Maude Cloutier, Léa Ratycz-Légaré, Nelly Paquentin et Odile-Amélie Peters. 

                                                    Affiche tirée du site de Danse K par K

Au menu donc, cinq propositions qui se déclinent en deux temps. Chaque proposition débute avec la présentation chorégraphique d'environ cinq minutes dans lesquelles la thématique des mains est pour moi une constante bien exploitée malgré qu'elle soit discrète. Elle est suivie par un échange avec l'instigatrice de ce projet, Karine Ledoyen. Dans cet échange, il sera question d'abord du lien avec la création fait en "live", un échange sur la perspective que l'instigatrice voulait apporter et le tout se termine avec la "question" à cette instigatrice par l'artiste performeur.se. Ces échanges ont fait en sorte que j'ai revu les différentes oeuvres pour en apprécier une perspective nouvelle, un avant et un après complémentaires pour ma réception des propositions.

Pause

Je dois avouer que si découvrir une proposition en personne sera toujours pour moi, ce que je préfèrerai. Il en reste que de pouvoir voir et revoir des oeuvres sur mon écran comporte certains avantages.

Fin de la pause

Me voilà donc devant mon écran pour découvrir d'abord, Fabien Piché évoluer sur du ciment comme s'il voulait y prendre racine pendant que tout autour la vie, je sens vie quotidienne fort présente. Dans ces mouvements, j'y vois les efforts d'un "travailleur" en uniforme qui tente de construire un lien entre le ciel et la terre. 

Ensuite, Julia-Maude Cloutier qui nous amène dans sa proposition dans laquelle, elle fait corps avec la nature de Limoilou méconnu de moi. Elle évolue dans ces lieux pour monter dans un arbre et aussi prendre s'enraciner dans le sol. 

Ensuite, Léa Ratycz Légaré m'amène dans une proposition forte en symboles que je perçois très bien. De par cette fenêtre, il y le présent devant et le passé derrière. Cette femme semble fragile et être en proie à du désarroi. Elle évolue, se met en mouvement pour se transformer, je dirais plutôt se métamorphoser, laissant derrière elle une partie de soi. Et sur cette fenêtre, elle laisse sa trace tout comme dans mon esprit. Ma proposition préférée !

Il s'en suit, la proposition de Nelly Paquentin qui dès les premières images me fait penser à des créations d'Alan Lake (chorégraphe de la ville de Québec). La matière (terre et matière végétale) est fort présente tout au long. Cette tête, je la vois comme une fleur sort de terre ou de son nid  pour s'épanouir et qui suivra son destin. Une proposition audacieuse et différente. Et la question qui me reste en tête est la suivante : A-t-elle vraiment la terre dans sa bouche ? Je serais bien curieux de connaître la réponse.

Le tout se termine avec Odile-Amélie Peters qui joue à mes yeux sur la dualité intérieur-extérieur. S'évader du lieu confiné tout doré soit-il semble sa mission. Une fois qu'elle prend place sur son tapis doré marqué par les traces du passé et y évolue avec de forts beaux gestes, partira-t-elle ? Question dont je garde la réponse pour moi.

Cinq "trop courtes" propositions qui m'illustrent encore une fois comment Karine Ledoyen peut me  proposer des oeuvres dans territoires chorégraphiques hors des sentiers, comme pour la première fois avec moi, il y a quelques années dans l'ouest de Montréal, soit ma rencontre avec son projet "Osez !" sur le site du collège Gérald-Godin en 2005. Cinq propositions qui m'ont permis aussi de découvrir de "nouveaux visages" fort intéressants.

samedi 10 avril 2021

Sur mes pas (réels) dans un univers fascinant : "Echo Chamber" de Martin Messier

Juste un peu avant que le couvre feu ne retrouve sa place dès 20h00, mes pas ont pu se déplacer en début de soirée jusqu'à un studio-atelier rue De Gaspé pour découvrir en toute intimité (soit 5 spectateurs), "ECHO CHAMBER" de Martin Messier. Concours de circonstance, j'avais, il y a peu de temps. assisté, via Zoom, à une rencontre avec lui qui présentait une rétrospective de quelques-unes de ses créations, gracieuseté de la Maison de la Culture Notre-Dame de-Grâce. 

                                               Photo de INNERVISION tirée du site Herby.TV

Impossible de ne pas être impressionné par "SEWING MACHINE ORCHESTRA", même sur mon petit écran, l'oeuvre fait effet ! Je découvre un bel exemple d'un magistral détournement d'objets. J'ai revu aussi des extraits de "INNERVISION" Cela me rappelait ma présence à  la Place des Festivals pour découvrir ce projet avec soixante, oui, oui, soixante interprètes lors du FTA 2019. De cette rencontre Zoom, j'ai appris lors qu'il avait pris "appui sur des pierres", matières brutes, pour construire cette oeuvre impressionnante !

Voilà donc pourquoi, le spectateur que je suis, "pisté" par Caroline Laurin-Beaucage, via les réseaux sociaux, a sauté sur l'occasion de découvrir en toute intimité (avec quatre autres spectateurs), "ECHO CHAMBER". C'est donc en ce vendredi soir "tout estival" que je me dirige dans le Mile-End et attend au bas de l'immeuble, en bonne compagnie, le moment de me rendre dans le "lieu" de présentation. 

Ce moment arrivé, nous montons les escaliers et nous sommes accueillis par notre hôte à la porte de son atelier. Il nous invite à entrer pour d'abord découvrir, juste à l'entrée, une installation en cours de création qui fait jaillir d'un mur des filaments tout blanc "qui volent au vent" ! Il m'en a fallu de si peu pour que je m'approche et que je tende la main pour toucher. N'ayez crainte, mes mains sont restées bien sages. Cet élan de curiosité réprimé, je prend place sur l'un des cinq sièges, prêt à découvrir, dans ce lieu la pièce de résistance de la soirée. 

Devant moi, tout proche, différents objets, dont, il me semble un lutrin ! Une fois le moment de débuter arrivé, les lumières s'éteignent et notre "chef d'orchestre" s'activera pour faire jaillir la lumière de l'ombre et la musique du silence en toute harmonie. Mon attention porte d'abord sur lui et ses gestes. Peu à peu, je l'oublie presque et mon attention porte surtout sur ces différentes déclinaisons photoniques, jusqu'à en oublier les aspects techniques. Il se déplace dans l'espace, déplace et modifie les objets complices dans ce qu'il me semble être une chorégraphie préparée avec une grande précision. 

Le temps passe mais pas pour moi, je suis fasciné, mon attention est captive par ce qui se passe devant moi. Cette impression sera partagée par certains spectateurs lors de la discussion après la présentation. Et puis, tout s'arrête et c'est dans le noir redevenu maître de la place, que la réalité reprend ses droits. Une fois les lumières réouvertes, je découvre certains objets responsables de la danse de la lumière à l'état de repos.

Cette création qui a manifestement demandé de longues heures de travail a été très peu présentée, because la pandémie, et aurait dû l'être dans des espaces plus vaste. Elle l'a été quelque fois dans la Cinquième Salle de la Place des arts avec une perspective, pour les spectateurs, plus grandiose, mais malgré tout, il y a avait pour moi, un plaisir à me sentir proche et le voir interagir avec ses objets. Je me promets d'aller découvrir une de ces oeuvres dans une salle plus grande et comparer mes impressions. Pour les curieux,, voici un lien pour se diriger vers son site (.https://martinmessier.art/echochamber.html)

Il en reste que durant cette soirée, je l'ai vu tel un orfèvre qui construit et manipule les objets précieux pour forger la lumière dans un écrin de musique. Durant la discussion fort intéressante d'après représentation, j'en apprends plus sur lui, sur cette oeuvre et aussi sur ces "2 ou 3" projets en élaboration, dont celui que nous avons vu à notre entrée dans les lieux. 

 

mercredi 7 avril 2021

Sur mes pas (bien réels) en danse: "Face-à-face" surprenant et captivant au La Chapelle !

 En cette même journée (mardi 6 avril) durant laquelle nous apprenions que les salles de spectacle ne seraient pas refermées (pour l'instant !), je me dirigeais, le pas heureux, jusqu'au La Chapelle à mon deuxième rendez-vous culturel en chair et en os de ce printemps ! Même ce billet que j'avais acheté, il y a une "éternité" et que j'avais conservé précieusement semblait, lui aussi, tout heureux de notre sortie !

Une fois rendu sur place, c'est dehors que nous attendons avant de nous laver les mains, de recevoir "notre" masque et d'entrer faire la file "à distance" de deux mètres dans la ligne "solo". Le temps d'entrer un à un dans la salle dans une chorégraphie bien rodée (même en cette soirée de première), j'apprends d'Olivier Bertrand qu'il devra refaire "ses devoirs". En effet, les mesures annoncées en catimini durant la journée indiquaient que les distances entre les sièges devraient passer de 1,5 à 2 mètres. Par conséquent, ils devront refaire leurs devoirs et reconfigurer les gradins et (peine!!!) de diminuer encore le nombre de spectateurs qu'ils peuvent accueillir !

Pause

Moi qui me suis déjà procuré mes billets pour plusieurs spectacles dans les prochaines semaines, j'ai comme une ombre qui est passée sur ma bonne humeur du moment ! Et surtout, j'espère ne pas recevoir un courriel avec des mauvaises nouvelles !

Fin de la pause

C'est, donc, un par un que nous sommes guidés et amenés jusqu'à notre siège et moi, je peux prendre place à "mon" siège première rangée. Il faudra environ quinzaine de minutes pour faire salle comble (en temps de restriction !) et aussi une salle comblée d'y être !  Nous découvrirons (ce que nous apprendrons en cours de prestation) une proposition créée par la rencontre de Jérémie Niel et de Catherine Gaudet qui s'inspire de la rencontre de Robert Gravel et Jean-Pierre Ronfard dans l'oeuvre "Tête à tête" présentée en 1994 par le Nouveau Théâtre Expérimental. 

                                                       Tiré du site du La Chapelle            


Déjà, dès l'entrée du premier spectateur, les deux interprètes, Louise Bédard et Félix-Antoine Boutin sont là sur scène à discuter à voix basse l'un avec l'autre, saluant au passage certains d'entre nous qui entrent en salle. Une fois les indications sanitaires d'usage données, les deux interprètes débutent, il me semble, leur face à face. En effet, sans vouloir rien divulgâcher, leurs premiers échanges entre elle venant du monde de la danse et lui, du monde du théâtre, me désarçonnent. Je suis donc coincé dans une position ambiguë, compte-tenu que c'est la première. Le plaisir de ne pas trouver mes repères me fait lâcher prise et remiser ma boussole ! 

Ce qui suivra, me semble une traversée océanique dont j'ai vécu la sortie du port en première partie.

En début de traversée, leurs échanges souvent verbaux, mais aussi physiques nous permettent dans un premier temps de découvrir leurs perspectives fort différentes sur la création artistique avec comme par exemple un échange amusant sur la verticalité versus l'horizontalité décliné en parallèle. 

Et puis arrive le moment où l'oeuvre "sombre dans le sombre" durant lequel nous découvrons la relation de ce couple avec un fjord. Dans cette nuit, leur intimité dans ce sombre irradie pendant que je ressent (et que j'entend) les vagues sur la coque d'un bateau. J'y ressent aussi une distance regrettée entre les deux. Il y a aura la rencontre avec un banc de brume dans lequel, ils se "perdent de vue" ! Revenant en des temps plus cléments, je découvre un tableau sur la transmission, mon préféré, durant lequel elle lui montre comment en trois ou quatre simples étapes, il est possible de voir éclore le geste jusqu'à sa floraison d'une chanteuse fort bien connue. Pour savoir qui, faudra vous y rendre !

Nous naviguons à travers les "eaux" dans des états de corps et des états d'âme parfois en harmonie d'autres en parfaite asymétrie. Un tableau sans paroles crie de désespoir ! Il y aura aussi le passage plus lumineux "Over the Rainbow". Et dans une suite de fausses fins qui désorientent, arrive la "vraie" fin de notre voyage. Un voyage durant lequel, lui a dû danser et elle a dû parler sur scène en partageant leur expérience et leur vécu. Des moments, comme  l'écrit si bien Catherine Lalonde dans Le Devoir (7 avril), "Le réel et la fiction rentrent ici aussi là-dedans ; c’est vraiment par rapport à l’autre qu’on réussit la traversée » qu’est ce Face-à-face." Et c'est cette confusion dans cette rencontre improbable qui m'a particulièrement plu ! 

Revenant les deux pieds sur terre, je quitte avec les gens de ma rangée d'abord et le théâtre ensuite pour revenir sur la terre ferme de ma quotidienneté évoluant à distance des passants que je croise jusqu'à mon propre port !


mardi 30 mars 2021

Sur mes pas (virtuels) à une performance: "Quelque part dans l'inachevé" entre le vivant et le non-vivant !

Fidèle à son habitude, l'équipe de Tangente me propose une oeuvre qui m'amène dans des sentiers audacieux qui peuvent désorientés ! Avec "Quelque part dans l'inachevé", c'est avec mes "guides" Sarah Wendt et Pascal Dufaux que je débute cette excursion qui a son origine dans un lieu fort inspirant pour eux et fort beau pour nous (d'après les images présentées), soit les Tablelands dans le Parc National du Gros-Morne dans la province de Terre-Neuve et Labrador. 

De ce duo, j'en étais à ma deuxième rencontre, la première date du OFFTA 2018 avec "Strange moods and dissonant feelings" que j'avais décrit, à l'époque, d'exploration de la quatrième dimension de la danse !"

Pour celle-ci, je suis entraîné dans des allers-retours de ce magnifique parc au studio, durant lesquels je découvre différents tableaux dans lesquels j'ai parfois de la difficulté à distinguer l'inerte du vivant. Comme si les créateurs et leurs "complices" avaient voulu jouer avec moi et me déjouer aussi. Plusieurs fois, j'ai dû chercher mes repères pour m'y retrouver face à ce que je découvrais. Et cet exercice m'a plu. 

Il y a aussi ce sablier rempli, mais pas de sable mais d'un liquide, qui s'écoule en laissant aller tout en haut une bulle d'air du passage du temps, comme les idées qui se font en nous. (Je découvrirai durant la rencontre d'après représentation que c'est du miel, riche de sa texture et de son vieillissement, qui était dans le sablier, question de mettre en évidence que l'écoulement du temps est continu et non pas discontinu comme le passage du sable, grain par grain dans l'étranglement). 

Les corps dans cette oeuvre-performance tout comme les éléments esthétiques, j'en ai l'impression, sont utilisés pour se jouer de nous et déjouer mes perceptions tout comme certains titres de tableau. Par exemple, "eeing" s'avère malgré l'impression phonétique du titre surtout sonore, tout comme cette femme dont les excroissances en font une créature surprenante aux gestes intrigants que je me lasse pas d'examiner.

                                               Photo par Denis Martin fournie par Tangente

Une oeuvre "haute en couleurs" qui m'a plu mais que j'aurais aussi bien appréciée en salle avec un grand écran pour saisir l'immensité de certaines perspectives. Une présentation suivie d'une rencontre fort instructive avec les deux créateurs qui m'a permis de mieux comprendre leur processus créatifs et leurs choix esthétiques. Ces idées qui émergent en eux comme dans des rêves et leurs perspectives qui viennent de la rencontre des différents systèmes qui doivent cohabiter et s'apprivoiser !



lundi 29 mars 2021

Sur mes pas (virtuels) en danse sur la Passerelle 840: Mon retour sur les collectifs 843, 844 et 845.

 Un des rares avantages en ce temps de pandémie, c'est d'être à la maison et par conséquent de pouvoir intégrer à mon agenda toutes les présentations de saison de Passerelle 840. Ainsi donc, il y a une semaine et vendredi dernier aussi, nous avions droit aux Passerelles 843, 844 et 845 qui chacune nous présentaient trois propositions avec, de ma perspective une thème qui les unissait, celui de la dualité. Comme si il y avait un alignement des planètes! 

Malgré le temps qui passe et la mémoire qui peu à peu laisse derrière moi, quelque peu évaporés, mes souvenirs et mes impressions, je m'en voudrais de ne pas en partager certaines en concentré !


En un vendredi soir, le collectif 843 nous propose d'abord:

"Différente comme toi" de et avec Hasna Lionnet, Adrien Poulin, Estelle Weckering

"Y a pu rien à perdre !" de celle qui parle et de ce que cela produit sur celle qui danse avec entre les deux celui qui joue. La combinaison des gestes de l'une avec les paroles de l'autre, tout en harmonie, forme un tout fort poétique tout enrobé par la musique jusqu'à ce bref moment de rencontre à la toute fin.

Ensuite, "Terrain parfaitement familier", d'Éloi Angers-Roy et Léonie Bélanger

Une proposition qui joue sur l'intérieur et l'extérieur ou le dedans et le dehors ou plus simplement, "le soi dans le dedans du moi"

Et enfin, "Trip(es)/bonbon" de Morgane Guillou et d'Ariane Levasseur avec la collaboration de Mélia Boivin, Margot Carpentier, Oksanna Caufriez, Rozenn Lecomte, Anaïs Levert-Beaulieu, Cyrielle Rongier, Daphné Sanscartier, Julia Smith. 

Une oeuvre toute "Zoom" en 3 par 3 sur écran sur mon écran (dualité pandémique !). Les corps qui s'expriment chacun de leur côté en harmonie jusqu'au "happy ending "!

Mon prochain rendez-vous est avec le Collectif 844.

En début de programme "Moi aussi je sais nager… mais pas dans l’eau!" par Anaïs Levert-Beaulieu, interprété par le tout jeune Samuel Roy (7 ans). 

Une proposition qui surprend et qui ravit. Voir évoluer, bien dirigé, ce jeune avec sa fraicheur toute naturelle, fait grand bien ! La dualité illustrée par ce jeune qui danse et qui s'exprime comme un grand, "moi j'aime ça être souriant, content..."

Ensuite, "Carte Postale" de et par Lila Geneix et Alice Marroquin-Ethier

Une excursion à deux dans les lieux proches de leur foyer. De la danse par cartes postales qui amènent une perspective différente et sympathique.

"Tri-logis Tragi-comédie Tri-hadal" de et par Camille Courchesne-Couturier et Léa Kenza Laurent

Une oeuvre fantaisiste qui nous permet de les découvrir dans leur quotidien chez elles. Avec une double perspective, celle de la caméra à l'intérieur ou l'extérieur d'un aquarium. Perspectives claires, perspectives floues alternent pour nous faire découvrir ces deux femmes dans leur "habitat naturel" et nous dans le nôtre !

Et pour terminer, (oui toute bonne chose a une fin !) les propositions du Collectif 845:

"my emptiness" de Rozenn Lecomte et avec Margot Carpentier

Une oeuvre qui me montre "l'attente de l'autre", sinon "l'absence de l'autre" en teintes de bleu et rouge. Une proposition riche de sa dualité qui tente de combler un vide chargé.

"Déméter" de Jeanne Tétreault avec Camille Gendron, Lucca Bella Stothers, Alice Levert, Kathryn Terzian, Sarah Germain, Zoé Cloutier-Boyd, Marianne D. Gagnon et Monica Navarro.

Une proposition dans laquelle la dualité de la propagation des mouvements est illustrée, soit son côté ondulatoire des gestes et de son côté corpusculaire par les corps qui en groupe dehors et en dedans. Une proposition qui a été pour moi un coup de coeur ! 

Et pour terminer, changement au programme, "pétrichor" d'Ariane Levasseur, en reprise (ayant été présentée à l'édition précédente de Passerelle, l'automne dernier). De celle qui arrive calmement en parlant à un auditeur invisible et de sa transformation suite à la lumière qu'elle ferme dans "la pièce" en sortant pour aller de l'avant.

Trois soirées qui m'ont montré que ces jeunes peuvent s'adapter rapidement et avec imagination aux conditions difficiles actuelles et qui y trouvent même des zones d'opportunités pour explorer autrement la danse contemporaine. Qui leur a aussi permis de découvrir et apprécier (selon le témoignage entendu lors d'un échange d'après présentation) que la caméra leur permettait de déterminer la perspective du public. D'évaluer les effets d'être vulnérable, là juste devant nous ou être en contrôle total grâce à la caméra. Il reste à découvrir où ces explorations loin des sentiers habituels les mèneront dans le futur!


dimanche 28 mars 2021

Sur mes pas (bien réels !) en danse: "Deux solitudes dans une même présence" avec d'autres spectateurs !

 C'était il y a environ un mois, j'avais accepté l'invitation de découvrir des extraits de "Deux solitudes dans une même présence" d'Ariana Pirela Sánchez qui l'interprète avec Camille Trudel-Vigeant. Elle fait suite à une résidence à la maison de la culture Notre-Dame de-Grâce. Les extraits présentés m'avait fait très bonne impression et lors de la rencontre zoom d'après, une remarque m'avait particulièrement frappé. Celle d'Eduardo Ruiz-Vergara qui les a accompagné durant la création dont certaines fois à distance, "ce que nous avons vu en ligne, sur mon petit écran avait une perspective magnifiée lorsque vu en personne !" Remarque qui n'est pas tombée "dans l'oreille d'un sourd" !

 L'oeuvre était programmée en cette fin de mois de mars au MAI. Lorsque l'annonce de la réouverture des salles a été faite, j'étais à l'affût et lorsque les billets ont été mis en vente, j'étais prêt et l'un d'eux s'est rapidement retrouvé en ma possession. Je serai donc un de seize chanceuses ou chanceux qui pourront assister en présence à la représentation du samedi soir. Pour ce faire, il faudra remplir au préalable (soit avant d'entrer dans la salle d'attente) un questionnaire COVID et arriver à l'avance. Consignes suivies par tout.es puisque vingt cinq minutes avant le début de la représentation, plus de la moitié des gens sont déjà arrivés.

C'est tout fébrile que je franchis la porte de la salle et prend place, première rangée. Une fois tous les gens à leur siège, c'est un silence tout solennel qui règne dans le lieu avant le lever du rideau !

                                              Photo d'Ariana Pirela Sánchez par David Wong

Ce sont d'abord des voix qui se présentent à nous et ensuite les deux interprètes avec des souvenirs de jeunesse. En arrière scène, il y a des fils qui pour la suite seront ceux qui tisseront la trame narrative. Ces fils qui font le lien entre les moments passés et les moments présents. Ces fils qui pour moi représentent les souvenirs. Ces fils de différentes couleurs sont pour certains tout mêlés, pour d'autres très longs, comme il en est de nos souvenirs, heureux ou pas, précis ou confus et proches ou lointains. 

Nous avons droit à ce tableau qui illustre très bien le propos de l'oeuvre, soit celui durant laquelle Ariana nous décrit de vieilles photos de famille que j'aurais bien voir sur grand écran derrière ! Il en reste qu'autant son visage et que son ton m'apportaient suffisamment d'informations pour les reconstituer dans ma tête. 

Dans les différents tableaux qui suivent, je découvre l'effet de ses souvenirs dans les mouvements des corps, fort riches, qui utilisent les fils comme "fil conducteur" du propos et portés par une trame musicale fort riche. Celui durant lequel on tente de le dénouer. Celui aussi qui est mon tableau préféré de la soirée (le plus fort selon moi !) durant lequel Camille Trudel-Vigeant traverse tout lentement et avec une grande intensité la scène du côté cour au côté jardin amenant derrière elle, un fil. Celui du souvenir que l'on traîne vers le futur et qui nous retient dans le passé, ouf ! 

Il y a aussi ce tableau plus joyeux, dans lequel elles dansent allègrement à tour de rôle tout sourire, une avec une belle robe rouge qui vient de là-bas et l'autre avec des vêtements d'ici tout en bleu et blanc. Le tout se termine par un tableau riche tout intense de forts beaux mouvements énergiques, empreint d'allégresse festive dans lequel on voit qu'il est possible de faire en sorte que les souvenirs avec leur dualité fusionnent pour devenir un en nous !

Dans la présentation de l'oeuvre sur le site du MAI, je retiens la phrase suivante qui, selon moi, la présente bien, " Épousant la forme de la narration confessionnelle, l’artiste explore les thèmes de l’oubli, de la compensation par l’imagination et du rejet propres au processus d’assimilation culturelle afin de mieux ramener à la surface ses mémoires les plus profondes." Et tout cela avec les souvenirs incarnés par des corps fort éloquents, je serais tenté d'ajouter !

Une proposition fort riche en symboles, avec un propos accessible et qui surtout permet de nous projeter en nous et nos propres souvenirs par la suite. Une oeuvre qui mérite d'être représentée bientôt et vue par le plus grand nombre ! Merci Ariana de nous avoir ouvert les portes à ton intimité pour que l'on puisse découvrir tes souvenirs !