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mardi 20 août 2019

Sur mes derniers pas au ZH Festival 2019: Un beau programme double riche de son contraste

En ce mercredi soir d'un mois d'août tout à fait conforme à l'idée que l'on peut se faire d'un été dans l'hémisphère nord de notre planète terre, mes pas m'ont porté pour une cinquième et dernière fois jusqu'aux portes de la Maison de la Culture Maisonneuve pour assister au ZH Festival.

Au programme deux œuvres chorégraphiques "Au revoir zébu" de et avec Claudia Chan Tak et "Elles : Work in progress" de Andrea Pena avec Roxanne Dupuis, Eryn Tempest, Janelle Hacault, Kaitlyn Ramsden et Marijoe Foucher. Dans le hall d'entrée, la foule est, encore cette fois, fort nombreuse. Au hasard des rencontres, deux artisans me parlent de façon fort enthousiasme d'une oeuvre à venir cet automne ( "Camille: Un rendez-vous au-delà du visuel" d'Audrey-Anne Bouchard présenté au MAI). Pour la petite histoire, suite à cette soirée, je me suis procuré mon billet et vous devriez le faire vous aussi ! Mais revenons au propos premier de ce texte, soit les deux œuvres de la soirée !!!!

                                          Tirée du site du ZH Festival

À mon entrée dans la salle, je trouve ma place, en première rangée, tout juste à côté de Claudia Chan Tak, assise elle aussi, tout proche de moi avec, devant elle, sa tête d'un animal tout argenté mais qui semble si loin, dans ses souvenirs sûrement, ceux de sa grand-mère paternelle, comme il l'est écrit dans la description de l'oeuvre. Les sièges trouvent place à côté et derrière moi et une fois la salle bien pleine, les lumières se font discrètes. Elle se lève lentement et se dirige vers la scène où se trouve des rayons de tissus qui composent la robe promis à son aïeule, occupent toute la scène qui compose. Impossible de ne pas remarquer les éclats toutes couleurs flamboyantes de ces tissus dont elle fait d'abord tout le tour. Sa marche a tout du début d'un rituel fort solennel avec son regard qui va vers là-haut et qui y entraîne le nôtre. Et de la périphérie, elle se rapproche du centre tout en rotation. Et puis elle prend place dans la robe et encore par rotations, elle amène à elle tous ces tissus déployés. dans le tableau que j'ai préféré. Comme nous pourrions l'imaginer de cette femme appelant à elle sa famille. L'effet esthétique de ces rayons de tissu qui se rapprochent peu à peu est fort surprenant et éminemment beau. Le tout est riche en symbolique et en introspection. Et puis arrive le moment du départ, fort de sa simplicité. Merci Claudia pour ces moments !

Une fois la pause terminée, nous reprenons place dans la salle avec une rangée en moins pour découvrir "Elles : work in progress" qui débute par l'arrivée en scène des interprètes toutes de blanc et gris vêtues. La suite se présente, sur une musique percussive fort efficace, différents tableaux d'une oeuvre assez classique. Nous découvrons, par exemple, comment le vent peut porter les corps ou comment l'effet d'entraînement peut se propager d'un corps à l'autre. Comment la cohésion dans un groupe se fait ou se défait. Avec une gestuelle assez formelle, bien portée par les corps des interprètes, relativement facile de se faire son histoire avec les différents chapitres qui nous sont proposés. "Elles : work in progress" est une oeuvre accessible qui a, de ma perspective, les "ailes" qu'il faut pour prendre son envol sur d'autres scènes. 

Une dernière sortie fort bien réussie pour cette onzième édition du ZH Festival. 

lundi 12 août 2019

Sur mes autres pas au ZH Festival: Un laboratoire qui augure de beaux jours à venir

La foule se pressait fort nombreuse dans le hall d'entrée de la Maison de la Culture Maisonneuve pour découvrir "La fin des haricots / The end of beans" de "La Fratrie" (Alex Trahan, Erika Mathieu et Patrick Lacharité). En ce samedi soir, un public de tout âge, fort diversifié qui, à quelques instants de prendre place dans la salle, on rappelle que nous assisterons à un "laboratoire" suite à une trentaine d'heures de travail et que les artisans seront fort intéressés, par la suite à obtenir nos commentaires, autour d'une bière. Cela dit, les portes s'ouvrent et nous trouvons place pendant que devant nous, sur grand écran nous est présenté, en boucle, des images d'un party. Sur la scène, une tente dans le coin arrière droit et une "matière noire et blanche (sinon grise) avec des monticules à certains endroits.

                               Tirée du site de La Fratrie

Et puis la projection vidéo se fait discrète et les lumières dans la salle tout juste après ! Sors de la tente, un homme (Patrick Lacharité) qui entame un monologue post apocalyptique, mettant la table à "La fin des haricots" ! Seul devant nous dans une tirade fort riche (un peu trop rapidement déclinée, selon moi compte tenu de la richesse et la solennité du propos !), il nous captive. Et puis, le sol autour de lui, se met à bouger et des êtres en émergent. La suite, un peu toute mêlée dans ma tête, nous présente différents tableaux alternant des moments drôles et d'autres plus solennels. On nous annonçait dans le texte de présentation une ligne du temps brisée et pour cela l'effet est réussie, même si au final, la trame dramaturgique "brisée" m'a quelquefois déstabilisé et aussi laissé pantois.

J'apprécie particulièrement certains tableaux, dont celui "You can dance" traduit en simultané et ceux aussi qui nous demandent de revenir dans le temps (lire ici un tableau précédent) pour rejoindre le bout de cette ligne. Autant les prestations théâtrales (Patrick Lacharité, Catherine Paquin Béchard et Alexandre Lavigne) que chorégraphiques (Alexia Martel et Jossua Collin Dufour) tout au long de la présentation des tableaux supportent fort bien le propos. Même lors des brisures de rythme, ils réussissent à nous remettre en selle. J'ai aussi beaucoup apprécié les tableaux qui nous apportent des précisions ou des éléments à un autre qui l'a précédé.

Une oeuvre qui amalgame fort bien le théâtre et la danse dans un monde "tout brisé" de fin d'humanité qui, malgré tout a devant elle, de l'avenir.

mercredi 7 août 2019

Sur mes autres pas au ZH Festival: Un programme double en pas de danse qui en promettent d'autres.

Pour cette soirée, "programme double", deux oeuvres que j'avais vues dans une première ébauche, il y a peu de temps ( le 29 mars 2019) à la première édition de « Boomerang-Danses partagées ». Les deux m'avaient fait bonne impression (https://surlespasduspectateur.blogspot.com/2019/04/ces-jeunes-qui-font-du-bien-voir-danser.html). Par conséquent, j'étais présent,tel que promis, pour découvrir les plus récentes moutures de "Fjord" (présentée initialement sous le titre de "Ellipses") de Stefania Skoryna avec Miranda Chan, Salina Léna Demnati et Mathilde Heuzé en première partie et  "Sans rien forcer" d'Hélène Remoué avec Cara Roy.

                                Tirée du site de ZH Festival

Pour découvrir ses deux oeuvres, il faut d'abord attendre à l'extérieur de la Maison de la Culture Maisonneuve, "because", présentation d'une "lecture" en cours dans la Grande salle. Une petite ondée produit une entrée dans le tout petit hall dans lequel nous nous retrouvons tout entassés, mais "ouf", le moment est presque arrivé. Le moment venu, nous montons jusqu'au "Cube" qui rapidement manque de sièges. La réaction est rapide des organisateurs et tous et toutes ont un siège lorsque les lumières se font discrètes.

Devant nous, apparaissent trois femmes tout de noir vêtues, avec des pantalons de largeur différent, l'une derrière l'autre sur un plancher de bois. De ma première interprétation qui me faisait écrire "J’y ai vu des allers retours de notre univers modulé par l’aller du Bing Bang et du retour « ensemble » et implosif du Big Crush", cette fois, mon interprétation est assez différente. Cette fois, avec leurs gestes amples, ces trois femmes, telles des notes noires, nous proposent leurs déplacements sur une partition musicale fort efficace de Victor De Coninck. Ensemble, "en phase" ou parfois avec l'une d'entre elles en "solo", ces femmes me montrent en beaux gestes et en mouvements harmonieux, comment une partition musicale peut s'incarner sur scène. J'y ai vu aussi un prélude à une oeuvre plus longue, un "fjord" qui nous amène à la grande étendue, "la mer". Et arrive le moment que la "valse" des notes riche de ses bras tellement expressifs, retournent au bercail et au calme de sa noirceur si riche et des applaudissements fort bien mérités qui ont suivi.

Une fois l'entracte terminé, les lumières se font d'abord discrètes pour disparaître. Nous apparaît, tout à coup, une femme (Cara Roy) dont les déplacements sont d'abord éclairés par la lumière verte qu'elle a en main. Si l'intensité que j'avais ressentie la première fois, le message me semble quelque peu différent. Comme annoncé, celle qui évolue devant moi, "devient métronome, composant et décomposant une pulsation entêtante. Un solo puissant (oh que oui !) dans un univers aussi coloré que décalé" et captivant aussi ! Aller jusqu'au bout, coûte que coûte avec plein de fausses pistes dramaturgiques (fort plaisantes !) et d'une illustration du "supplice de la goutte d'eau", voilà ce que je découvre durant la vingtaine de minutes que dure l'oeuvre, suivie des applaudissements fort bien mérités. 

Et moi par après, je redescend tout en bas de l'immeuble, conservant entre-temps plein de beaux  mouvements fort évocateurs. 


vendredi 26 juillet 2019

Sur mes deuxièmes pas au ZH Festival: Frappé de plein fouet par "Les avalanches" !

C'est connu, une avalanche dans le magnifique endroit qu'est un flanc de montagne entraîne la destruction. C'est une version toute humaine de ce phénomène que nous propose Julie Artacho en abordant de front la question des agressions sexuelles. Et pour cela, elle nous propose, en collaboration avec Natacha Filiatrault, une courte oeuvre d'une trentaine de minutes qui une fois rendue "dedans", semble interminable. Non pas qu'elle soit ratée, oh que non, tout au contraire ! Parce que les différents tableaux sont percutants et difficiles à voir, ce qui me rappelle un des tableaux très fort de "La Pornographie des âmes" de Dave St-Pierre durant laquelle, il nous suggérait une scène de viol sans qu'on la voit. Mais avant d'aller plus loin, reprenons l'oeuvre par le début.

                                                                  Photo de Julie Artacho

Julie Artacho et sa pièce sur l'après #moiaussi, "Les avalanches", était la raison de l'achalandage de la hall de la Maison de la Culture Maisonneuve pour cette troisième soirée du ZH Festival. Une fois les portes ouvertes, je me dirige comme "d'hab" première rangée pour découvrir sur la scène sombre, des chaises disposées en "V" avec cinq femmes habillées en noir qui sont assises (Gabrielle Boulianne-Tremblay, Marilyn Daoust, Chanel Mings, Julie De Lafrenière, Zoé Lajeunesse-Guy), tandis qu'une autre, vêtue en noir aussi, danse sur un rythme endiablé (Claudia Chan Tak) dans l'espace entre elles. C'est pour elle, manifestement la fête et nonchalance et désinvolture sont à l'ordre du jour !

La salle se remplit et puis arrive le moment, que l'avalanche se produise. Parce ce que nous verrons, "tout classique peut-être est-il !" le moment où un humain décide de s'arroger le droit de s'en prendre à un autre pour le dominer sexuellement ! Si ces gestes sont innommables et inacceptables, il en reste qu'ils sont trop présents et représentent une épée de Damoclès sur la tête des femmes et des hommes. Par conséquent, le fait de le voir fait par une autre femme ne rend pas la perspective plus facile. Je serais même tenté d'affirmer l'inverse, comme s'il s'agissait d'une trahison comme pour un père, un frère, un proche, un ami, un collègue, si mis au masculin!

Impossible pour moi de rester impassible (et je n'ai sûrement pas été le seul !) durant la suite qui nous montre, entre autre, sur scène cette femme qui nous implore (et moi, à quelques pas d'elle dans la première rangée !) en disant "mon frère" pendant que les autres tentent de la faire taire. Ou aussi le moment le plus fort, pour moi, durant lequel les autres détournent le regard ! Ce qui représente notre responsabilité collective lorsque "tout le monde sait" et se tait ! Et aussi, avec la contribution musicale et vocale de Fanny Migneault-Lecavalier qui rehausse le propos et qui aussi nous énonce ceux qui sont responsables des ces abominations.

Le dernier tableau pourra être vu comme un espoir avec l'émergence de la femme de ce magma noir de la "réalité" ! Je perçois le message, c'est par solidarité et compassion qu'il faut aller de l'avant et en grand nombre, tout sexe ou genre confondus !

 Julie Artacho écrivait par après "J’ai le corps mort et le cœur gros gros. Nos avalanches ont ébranlées et ont fait réfléchir. Je suis incroyablement fière de tout ça et suite à la belle réponse du public, je peux affirmer que ce n’est pas la fin de ce spectacle-là." 

Je partage ses propos et je souhaite aussi, comme elle et bien d'autres que ce ne soit que le début. Parce que selon moi cette réalité sur ces abominations, "on veut pas le savoir, on veut le voir et avec "Les avalanches", nous l'avons bien vu, mais surtout bien ressenti tout en dedans de nos trippes. Ce que j'en entendu, derrière moi, durant la présentation me l'a confirmé ! Longue vie à cette oeuvre ! Nous nous le devons bien !





jeudi 25 juillet 2019

Sur mes premiers pas au ZH Festival : Une surprenante soirée, signée Thomas Duret !

C'était pour moi, ma première sortie au ZH Festival qui lui en était à sa deuxième soirée. Au programme, de la compagnie "Baobab - Création multidisciplinaire" (Thomas Duret) d'abord "Quelque chose de chuchotant entre la gloire et le désordre" dans la salle principale avec Noël Vézina, Francis Jacques, Camélia Letendre et Étienne St-Pierre, suivi par "En survolant la mer Égée" avec Robine Kaseka dans le Cube tout en haut de la Maison de la Culture Maisonneuve.

                                Tirée du site de ZH Festival

Dans le hall d'entrée, la foule est nombreuse en cette belle soirée d'été pas trop caniculaire et elle remplira la salle pour découvrir la première oeuvre au programme. De mon siège en première rangée, je suis ébloui par un projecteur qui "cache" la scène, là juste devant moi.

Et puis arrive le moment de la présentation officielle (par Thomas Duret) et celui où "le" projecteur se fait discret. Et puis nous apparaît un homme immobile dans l'espace scénique totalement dénudé d'éléments scéniques. Il conserve son immobilité jusqu'à ce qu'un sac de plastique, d'allure fort banale ne tombe du ciel (OK ! du plafond, plutôt) Et c'est lui seul, d'abord, qui nous gardera captif de ce sac qu'il projette en l'air et qu'il capte avant qu'il ne touche terre. Il pourrait le faire d'une façon simple et facile, mais comme dans la vie, (la mienne et peut-être la vôtre aussi ?). Il se la fait compliquée et moi je dois l'avouer, je suis craintif que ce sac de plastique blanc touche à terre et que l'inéluctable se produise. Il faudra que je me familiarise à la situation avant d'apprécier pleinement les gestes fort bien exprimés devant moi. Et puis arrive discrètement une deuxième interprète et qui prend place sur scène, reste immobile jusqu'à ce qu'un deuxième sac ne tombe, mais que n'arrivera pas jusqu'au sol grâce à elle.

Et c'est en solo et aussi en duo que la suite arrive, durant laquelle les sacs poursuivront leurs mouvements. Arrive une troisième et enfin un quatrième interprète qui, une fois le sac tombé d'en haut, poursuivent ce que faisaient les autres déjà présents. Les sacs sont projetés encore et encore, ils tomberont au sol, moins d'une dizaine de fois (j'ai compté et noté !) mais jamais longtemps. Ce que je vois illustre très bien un élément de la présentation de l'oeuvre, soit être "un système chorégraphique explorant et questionnant les notions de compétition, de libre-arbitre et d'individu versus le collectif."
J'y vois aussi et très bien une réflexion sur notre mode de vie qui nous demande de toujours être à la course pour respecter les échéances qui se présentent à un rythme effréné. Échéances qui laissent peu de temps pour relaxer, échéances que l'on doit respecter seul ou en équipe avec des interactions pas toujours évidentes.

De ces échéances à respecter, comme des sacs de plastiques blancs, il nous pend comme des épées de Damoclès et pour cette occasion, il y en aura huit qui arriveront jusqu'à la finale fort bien réussie qui a tout du lâcher prise. Une trentaine de minutes qui captive autant par les gestes montrées que par le sujet que l'on peut y voir. Malgré les applaudissements, nous ne verrons pas les interprètes de retour sur la scène. Et nous, nous serons informés de la durée de la pause et de la suite de la soirée dans le Cube.

Le moment venu, nous pouvons monter en haut et prendre place sur un des sièges qui entourent un petit espace scénique (un carré métallique) où se retrouve une femme immobile de noir vêtue avec de grosses cordes blanches qui l'enserrent. Nous prenons donc place tout autour et nous observons, elle devant nous, mais aussi les spectateurs devant nous. Et puis débute "En survolant la mer Égée", lorsque cette femme (Robine Kaseka) commence à tourner lentement sur elle même et puis commence à s'adresser à nous en nous posant des questions qu débutent d'abord avec des "pourquoi". La suite se poursuit avec une longue suite de questions qui examinent l'ensemble des aspects de la vie. Parfois ces questions sont tellement interpellantes qu'elles amènent des réponses de certains spectateurs. Et tout au long de cette litanie de questions, un homme arrive avec des roches qui sont attachées l'une des cordes qui l'enserrent. Le poids des réponses se fait bien réel, là juste devant nous.

Arrive le moment, où il semble qu'elle ait fait le tour de la question (ou des questions) parce qu'elle répète certaines questions. Et puis, tout discrètement, elle nous quitte, alourdie de son fardeau, vers, je l'espère, certaines réponses fort chères à toutes et tous. Et nous, encore une fois, nous applaudirons sans que cette femme nous revienne pour les accueillir. Ce qu'elle mériterait bien pour sa performance et avoir appris ce texte fort exigeant, de ma perspective.

Au final, une soirée avec deux oeuvres fort riches en symbole qui démontrent bien que la "jeunesse" (lire ici, Thomas Duret) peut explorer des sujets fort pertinents de façon fort surprenante et intéressante.

jeudi 9 août 2018

Sur mes pas au théâtre: Des "Fragments d'Ana" au propre comme au figuré

Bon OK, le titre est quelque peu nébuleux, sinon obscur, mais promis je vais dégager le ciel de vos nuages interrogatifs. Mais il faudra être patient et la patience est une vertu qui se "cultive" ! Tout comme les proches d'Ana devront la cultiver aussi.

                                          Tirée du site de ZH Festival

Mais commençons par le début. À cette proposition théâtrale du ZH Festival, j'ai décidé de me rendre parce que Patricia (Rivas), y était et que le sujet intéressait ma blonde. Cette proposition était un laboratoire (ça, j'aime ça beaucoup, mais pas parce que l'ex-prof de chimie que j'étais, appréciait les laboratoires !) et c'était "hors les murs", soit quelque part, sans être dans une salle de présentation habituelle. Donc, une fois rendus rue Ontario, nous recevons "l'invitation" officielle pour assister à une fête d'anniversaire chez Ana dans une maison du quartier. Le temps que la vingtaine de spectateurs arrivent au point de départ, nous entreprenons notre marche, mettant les pas du spectateur en pleine action, pour une dizaine de minutes jusqu'à une adresse, rez-de-chaussée, rue de Chambly. Cette marche nous permet d'avoir un échange avec Ligia Borges (metteure en scène, guide et fort bonne accompagnatrice aussi)

Une fois, tous rendus, nous sommes accueillis à la porte par Ana ((Isabel Dos Santos) en robe de chambre, surprise par notre arrivée, elle avait oublié ! Et c'est au rez-de-chaussée d'une maison du quartier que nous rentrons pour devenir spectateur-participant d'une fête, croustilles en soutien, pour sa fille (Patricia Rivas). Mais la fille n'est pas là, sûrement à cause d'une panne de métro ! et la mère est bien embêtée de son retard, tandis que la fille est à quelques heures de vol de la maison. Dans ce salon, nous découvrirons cette femme qui nous entretient une fois ou deux de ses fragments de vie et qui nous interpelle gentiment aussi. Si sa solitude intérieure frappe d'abord, c'est son isolement qui nous touche surtout.

Sous la surface, rapidement, nous sentons que quelque chose cloche et nous le ressentons bien. À preuve, lorsqu'elle demande à une des spectatrices si elle lui a déjà parlé du sauvetage du dauphin, celle-ci lui répond non, malgré que quelques minutes à peine avant, nous avions eu droit à cette histoire. Cette femme, nous devons la ménager et le message a bien passé.

Arrive la fin de la "fête", sans la fille ! Après les applaudissements, nous sommes conviés dans la cour arrière pour un échange avec les artisans. C'est donc dans une cour arrière de Hochelaga-Maisonneuve que les spectateurs ont pu donner leurs impressions et exprimer leurs souhaits pour cette oeuvre qui sera présentée en 2019. Moments forts intéressants pour tous dont moi, parce qu'ils m'ont permis de découvrir le spectre des perceptions face aux mêmes moments. En cette soirée chaude du mois d'août, nous avions eu droit à des fragments (fort prometteurs) de la pièce en création, d'une femme qui nous revit des fragments de sa vie avec sa tête qui peu à peu dérape et lui échappe. Merci aux lecteurs et lectrices patient.e.s !

De ce laboratoire, j'en retiens que le sujet est prometteur et pertinent et que les ingrédients sont là. La proposition, une fois peaufinée et certains enjeux dramatiques résolus, nous aurons droit à une rencontre tout aussi mémorable que touchante. Rencontre que je promets d'avoir avec cette femme attachante.


jeudi 19 juillet 2018

Sur mes pas en danse: première sortie réussie au ZH Festival avec deux courtes oeuvres

Sans vouloir partir une polémique, je ne partage vraiment pas une affirmation que j'ai pu voir sur un autre blogue et qui se lisait comme suit, "Il n’y a rien au menu de la semaine en ce qui concerne la danse en cette cinquième semaine de relâche à Montréal." Et pourtant, en plus des nombreuses propositions extérieures, le ZH Festival revient cette année avec des propositions danse prometteuses qui méritent notre attention. En cette troisième soirée de festival, mes pas m'ont amené aux deux premières propositions danse et voici quelques impressions. 


                   Photos de Ömer Kardeş Yükseker et de Guzzo Desforges tirées du site internet du ZH Festival

Le tout débute avec un peu de retard dans l'obscurité et le silence avec "WithIn and WithOut" de et avec Bailey Eng. La dernière phrase de la présentation annonce bien ce que l'on verra, soit, "En interaction avec notre environnement, que communiquons-nous à l’intérieur (WithIn) et à l’extérieur (WithOut)? " Et le tout se fait graduellement avec, d'abord, des mouvements au sol comme le ferait un être venant de l'intérieur avec les grincements de l'arrivée en terrain inconnu. J'y vois dans cette arrivée, une réaction à un environnement oppressant, avec des contractions et des déformations du corps captivantes à observer. Et ensuite,débute la musique qui propulse l'oeuvre et celle qui l'incarne dans une série de déplacements pour prendre possession du lieu. Le tout avec des contorsions qui nous présentent un corps qui se déforme face à des forces que l'on peut imaginer agressives. Et puis arrive le moment durant lequel elle se met debout, pleinement affirmée, regard déterminé et avance vers nous dans un corridor tout illuminé, jusqu'à sa libération tout de bleu colorée. 

Une oeuvre courte (une quinzaine de minutes) qui a tout de la courte pointe par la finesse du propos chorégraphique et qui fascine sans jamais lasser. Un solo qui m'a permis d'apprécier totalement, sans distraction, une performance athlétiquement poétique. Une première partie tout à fait réussie et que je reverrai volontiers.

Pause qui m'a permis d'échanger sur le long travail préparation nécessaire pour permettre à un corps de produire des contorsions athlétiques de ce niveau de qualité.

Une fois de retour dans la salle, les lumières s'éteignent de nouveau et se rallument sur le début de "Halves" de David Albert-Toth avec Stefania Skoryna, Salina Léna Demnati, Audray Julien et Julie Robert. Du propos annoncé, soit "La pièce Halves est une réflexion sur les ombres.", moi dans la suite j'y ai vu plutôt une illustration des différentes relations entre quatre femmes. Ce qui n'a pas du tout porté "ombrage" à mon plaisir, juste une "lecture" différente.

Donc, cette femme seule, en entrée de jeu, qui semble chercher ou se chercher, sera rejointe par trois autres. En résulte une série de tableaux dans lesquels, je peux voir des liens qui se créent, des abandons, des regards détournés, des mouvements de solitude ou des regroupements synchronisé. Le tout fort bien appuyé part les éclairages  appuyant le propos. Une oeuvre courte (une vingtaine de minutes) mais qui a su faire le tour de la question des "Halves" que je traduirais par les "dédoublements" du moi par les autres avec ses beaux et ses moins beaux aspects. Une oeuvre qui pourrait, et je le souhaite, s'enrichir et prendre plus de temps. 

Au final, une soirée de danse belle et intéressante, sans accessoires, ni décors, avec les corps et leurs mouvements fort bien mis en valeur. Cela, en été !, pour les amateurs qui étaient nombreux en cette soirée de juillet.

jeudi 10 août 2017

Sur mes pas au Festival ZH: Danse et théâtre au menu

Je viens d'effectuer ma deuxième et fort probablement dernière visite au Festival ZH dont la programmation de cette édition était assez peu garnie en danse. Pour cette soirée, première partie danse, "Habitat" de et avec Bettina Szabo (création dont j'avais bien apprécié les "premiers pas" au Studio 303 l'an dernier, http://surlespasduspectateur.blogspot.ca/2016/10/sur-mes-pas-imprevus-en-danse-au-studio.html) qui sera suivie par la proposition théâtrale "Chef d'oeuvre" de Christian Lollike (adaptée par la Charles Dauphinais).

"Pas mal de monde", encore une fois pour cette soirée et "tout ce beau monde" prend place dans la grande salle pour découvrir dans "Habitat", grâce à un faible, mais efficace faisceau de lumière, un être qui semble venir des profondeurs de la mer ou du dedans de soi. Apprivoisant ses gestes, je découvre là, tout au fond, de dos à moi, un être ou une femme qui par ses beaux mouvements semble polymorphique. Si ma raison ne fonctionnait pas, j'aurais été tenté de dire que parfois, elle me faisait face avec sa chevelure devant la figure. L'ombre se dévoilait juste assez pour ne pas perdre tous mes repères. Les gestes captivent, mais qui est-elle ? Peu à peu, elle s'approche de nous pour prendre possession d'une toile toute d'épines composée (sculpture de Jacinthe Derasp) et l'endosse pour se métamorphoser en une chose, coquillage de mer (meilleur terme que je puisse utiliser). Cette forme, éclairée de l'intérieur, se déforme, semble se moduler à partir des sentiments de l'être qui l'habite et qui parfois semble vouloir en sortir. L'évolution est captivante, mais surtout magnifique à voir. J'ai l'impression, de voir mon coeur se débattre en dedans de moi lorsqu'il bat de la chamade (cette image de coeur fortement ressentie la premièere fois, me revient encore). La grande question est, se libérera-t-elle de cette enveloppe ? Les déformations deviennent extrêmes et oui, amèneront le corps à devenir libre et exposé devant. Corps tout affirmé avant de nous quitter, après tout ce chemin ou ce parcours intérieur fait en une trentaine de minutes fort bien remplies et efficacement enrobées par la trame musicale de Brice Gatine.

                                         Guillaume Vallée - Métamorphose, Studio 303, 2016

Si à la fin de la présentation, j'étais tenté de proposer d'inverser les deux premières et principales parties, le temps passant, ma lecture de l'oeuvre évoluant, je suis moins convaincu. Il en reste que de cette performance, il y a là s'y retrouver et aussi, mais surtout apprécier une belle et exigeante prestation de Bettina Szabo, fortement et sincèrement applaudie.

Le temps d'un court entracte et l'appel d'usage, nous nous dirigeons vers le Cube, endroit situé en haut du même édifice. Nous sommes invités à prendre place sur l'une des chaises placées en deux rangées, face à face et séparées par un bras de distance. Dans cet aménagement des lieux, notre voisin est derrière, à côté, mais aussi juste devant. Pas de scène, sinon deux fauteuils au bout de l'allée séparant les sièges de la salle. Et tout à coup, les quatre interprètes se "dévoilent" et sont parmi nous, dont une juste devant moi. L'effet de surprise est réussi. Le débat entre les personnages qui s'en suit sur la tragédie du 11 septembre, débat initié par la citation du compositeur Karlheinz Stockhausen, "Les avions qui ont percuté les World Trade Center le 11 septembre 2001 ont produit l'oeuvre d'art la plus grandiose de tous les temps." (tirée du site du festival). Déjà, avec cette affirmation, la réaction dans la salle est fort évidente. La suite nous entraîne dans une suite d'échanges qui interpelle, perturbe, choque même. La réaction dans cette petite salle et dont la moitié se retrouve juste devant moi en est fort éloquente. Le propos percute et comme pour l'actualité des derniers jours, les dérives sur l'étranger se font grandes et fréquentes. Jusqu'au moment, arrivant de nulle part, ce personnage omniprésent d'abord dans le propos, de Mohamed, s'adresse calmement à nous pour replacer certains enjeux.

Une oeuvre qui a tout pour choquer (je vous fait grâce de certains extraits qui comparent les pires excès des comportements humains et de l'importance d'être à la TV), mais qui peut aussi faire réfléchir, une fois notre ébranlement intérieur passé. Une oeuvre audacieuse avec des artisans qui le sont tout autant, Mustapha Aramis, Charles Dauphinais, Dominick Rustam Chartrand, Catherine Le Gresley, Julie Tessier et, ma "voisine du siège d'en face" Tatiana Zinga Botao.

vendredi 21 juillet 2017

Sur mes pas en danse: une première sortie réussie au ZH Festival

Contrairement à ce que certains croient, un spectateur de danse peut remplir son agenda de bonnes propositions en salle ou extérieure durant tout l'été. À preuve, pour ma troisième sortie de la semaine, mes pas m'ont porté jusqu'en Zome Homa, oups!!! jusqu'au ZH Festival dans la salle de présentation de la Maison de la culture Maisonneuve pour une première fois afin de découvrir le programme double, "Cessation Garden" et "Topo".

Début de soirée chanceux puisque les premières gouttes de pluie d'une forte averse ont débuté à mon entrée dans l'autobus et qu'à ma descente, le sol était fort humidifié, mais les nuages avaient déjà tout donné. Et la chance, accompagnée de plaisir, s'est poursuivie par la suite.

Dans une salle assez remplie, nous découvrons "Cessation Garden" de et avec Alaiah Schwartz et Guillaume Loslier-Pinard. De cette présentation d'une dizaine de minutes, j'en retiens que d'explorer un territoire artistique "situé dans les limbes, entre la vie et la mort", en utilisant "l'absurdité inhérente à la réalité" est une démarche fort délicate. Il y a sur la scène des plantes et une tête (avec son corps) dans des pots, y arrivera le promeneur sans vêtements, ni trop d'apparats, sinon son chapeau et son lourd sac. Nous sentons la catastrophe toute proche. Sur cette ligne mince, il me semble qu'il y manquait certains éléments ou trop de symboles déployés et pas assez de temps pour que je les suive. Il en reste que la démarche est audacieuse, demande une période d'acclimatation au spectateur et que la finale est risquée dans tous les sens du terme.

Après la pause, suit "Topo" d'Ariane Dessaulles avec Ariane Dubé-Lavigne, Laurence Dufour, Kim L. Rouchdy et Jeimy Oviedo, sans oublier l'importante contribution à la vidéo d'Émilie Allard.
D'Ariane Dessaulles, je me souviens encore de son "Struwwelpeter" (de l'allemand par Pierre l'ébourrifé). Pour moi, j'en retiens un personnage qui était au centre de son environnement avec tous les impératifs de joie, de peine et, surtout, de nombreuses contraintes dans lequel il devait évoluer.

                                                   Photo de Chloé Poirier-Sauvé

Pour "Topo", la chorégraphe poursuit dans la même veine avec "l'effet qu'ont les formes contenues au sein de la ville sur notre façon d'être et de nous mouvoir". Et cette fois, le personnage seul, laisse place à quatre jeunes femmes qui nous apparaîtront à tour de rôle, tissant "le fil invisible de leur destin" ou la carte topographique de leur monde, souvent sur le bout des pieds. Mais qu'elle est donc cette oeuvre collective à laquelle, elles travaillent? Les lumières de la salle encore allumées en début de présentation, s'éteindront pour mieux mettre en perspective la suite des choses que je qualifierais de poésie synthétique. Les différents tableaux se présentent à nous en deux tons. D'abord ceux dans lesquels les interprètes nous montrent des gestes saccadés et des déplacements linéaires comme la chorégraphe désire nous le montrer (selon le feuillet de la soirée),"explorant la trace des déplacements et nos rapports aux lieux", colorée par la géométrie inhérente à notre globe avec ses parallèles et ses méridiens. Les gestes des bras guident les intentions. Et ensuite, comme il arrive souvent , nous faisons partis des lieux et dans les tableaux durant lesquels les vidéos prennent possession de la scène, les interprètes deviennent des caméléons et sont partis prenantes des lieux. Le premier tableau "vidéo" est le plus réussi esthétiquement, mais pour moi, le deuxième est celui qui recèle une signification plus grande avec ces symboles géométriques (cercles et lignes) dont les liens se modifient constamment. Selon moi, il reste à travailler les transitions, mais sinon cette vision topographique polymorphique de notre présence sur terre atteint son but.

Ce projet encore en cours de création, se poursuivra et c'est à la Maison de la Culture du Plateau Mont-Royal que la prochaine étape sera montrée avec un rendez-vous en décembre 2017.